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Fig. 123.
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNEBRES
sont presque toutes pre'cédées de portiques à colonnes, ce qui donne à l'ensemble un aspect fort pittoresque. La figure 128 nous montre le plan et la figure 127 la vue en perspective d'une terrasse rocheusCj ornée d'une série de façades funéraires; la
Fig. 124. — Tombeau de Lindos.
figure 129 représente la partie de la nécropole de Cyrène qui touchait aux maisons habitées de cette ville.
c) Tous ces tombeaux étaient garnis à l'intérieur ou à l'exté-
Fig. 125. — Vue d"un Tombeau de Chypre.
Vis- 12G. — Plan.
rieur de différents objets destinés à les décorer ou à indiquer la qualité du personnage défunt. Nous avons déjà dit un mot de certains ustensiles qu'on y plaçait et dont le mort s'était servi de son vivant. Comme tout mort était élevé au rang de héros^ le hèroon^ nom qui désigne en général un tombeau, même lorsqu'il n'a pas la forme d'un temple, devait aussi être pourvu d'un autel.
On rencontre enBéotie, autour de l'Hélicon,, des autels funéraires cubiquesj portant le nom de la personne qui repose au-dessous; d'autres ronds et lisses et couverts seulement d'une inscription, comme celui qu'on a découvert à Délos (fig, 1 3o), ou bien de sculptures figurant des guirlandes et des bucrànes (voy. fig. 55 et 56), se trouvent en assez grand nombre surtout dans les îles grecques. D'autres enfin sont ornés de représentations figurées ; tel est^ par
Fig. 127. — Vue de plusieurs Tombeaux de Cyrène.
Ji^
Fig. 128. — Plan.
exemple, l'autel d'une sépulture de Délos (fig. i3i)j où l'on voit outre l'inscription :
nATSANIAS MEIAONOS XAIPE
la représentation en relief d'un sacrifice. Les pierres tombales trouvées par Ross dans l'île de Kasos sont d'une espèce toute particulière : ce sont des demi-sphères de marbre bleu, d'un diamètre de 22 à 28 centimètres; sur la face plane on a ciselé, sur plusieurs lignes, le nom du défunt en caractères anciens, mais très lisibles, du troisième ou quatrième siècle avant Jésus-Christ.
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNÈBRES
Les signes commémoratifs les plus répandus en Grèce et Jusqu'en Asie, pour marquer la place des se'pultures^ sont les vieilles stèles attiques (crT-/]Xr,). Ce sont des dalles de pierre longues et
Fig. 129. — Vue d'une partie de la Nécropole de Cyrèno.
étroiteSj s'amincissant peu à peu vers le haut; elles étaient placées verticalement, tantôt immédiatement sur le sol, tantôt sur un
Fi^. 130. — Autel funéraire avec Inscription.
Fig. 131. — Alltel fuiicraii-e orne de Figures.
piédestal; consacrées au défunt, dont elles doivent perpétuer la mémoire, elles portent son nom gravé et sont ornées de fleurs ou de feuillages, sculptés en relief ou peints sur la surface polie de la pierre; quelquefois elles sont couronnées d'un fronton triangulaire, embelli de rosaces. La figure i32 représente une stèle sem-
Pig. 133.
Colonne funéraire avec chapiteau.
blablCj trouvée devant le Dipylon d'Athènes et qui a, le piédestal compris, 4™j3i de hauteur. Les stèles des époques macédonienne et romaine ont cela de caractéristique qu'elles sont plus courtes^ mais plus larges, et sont toujours couronnées d'un fronton. A ces stèles il faut joindre les colonnes funéraires en marbre bleu de
l'Hymette, particulières à l'Attique; elles sont pourvues d'inscriptions; en souvenir du défunt, on les garnissait de couronnes et de bandelettes; celles que nous montrent les figures i33 et i34 sont empruntées à deux vases d'argile athéniens :
l'une est tronquée, l'autre se termine par un chapiteau à feuilles d'acanthe. Il s'est conservé un assez grand nombre de stèles tombales auxquelles on a donné la forme de petites chapelles (hèroa); dans l'intervalle compris entre la bordure on a figuré en relief les traits de la personne décédée. La figure i35 représente un monument de ce genre, trouvé sur un tombeau de l'île de Délos ; nous en voyons un semblable à la figure i36; il a été mis au jour dans des fouilles exécutées près d'Athènes; le bas-relief nous fait voir une femme nommée Phrasikleia se séparant des siens, sujet que les Grecs aimaient à choisira l'époque la plus florissante de leur art pour décorer leurs sépultures. Le superbe monument funèbre de Dexileos trouvé en i863 près de Hagia Triada, à Athènes, haut de l'^A^} ^^"s compter le frontispice, et de même largeur, appartient également à la période la plus brillante de l'art grec : l'inscription est gravée sur le socle (fig. 137). C'est à l'époque macédonienne et à l'époque romaine.
Fig. 132. Pig. 134.
Stèle attique. Colonne funéraire tronquée.
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNERAIRES
et principalement dans les îles, qu'on avait coutume de placer des statues entières ou à mi-corps soit sur les tombes, soit à l'intérieur des hèroa, si l'espace disponible le permettait*. On a trouvé dans l'île d'Anaphè une quantité considérable de fragments de semblables statues ayant appartenu aux tombeaux de la race noble des Télésicratides, qui y avaient régne; Ross prétend que les couvercleSj en forme de toit^ des sarcophages trouvés dans l'île de Rhénée ont porté aussi des statues de ce genre.
Il n'est pas rare enfin de rencontrer dans les chambres sépulcrales des cercueils ou sarcophages mobiles en pierre, où l'on dé- [,.,, , ,,. posait les cadavres^ comme on le faisait dans Fig. 135 les lits mentionnés plus haut, établis dans
Stèle d'un Tombeau de Délos.
Fig. 13G. — Stèle de Pbiasikleia, Fig. 137. — Stèle de Dexileos.
OU contre les parois de la chambre. Quant aux sarcophages isolés,
^ Devant le dipylon d'Athènes on a trouvé, en 1870, plusieurs séries de monuments funéraires qui faisaient partie d'une vaste nécropole située des deux côtés de la route conduisant à Eleusis, Il est facile de reconnaître les stèles fig. i36 et iS; dans le panorama de ces monuments que Gurtius et Kaupert ont annexé à leur ouvrage. (Atlas von Athen, pi. IV.)
taillés dans le roc vif, comme il s'en trouve en Lycie, il y en
a peu en Grèce; on en rencontre à Platées et dans les îles de Thèra^ de Karpathos et d'Anaphè.
II. Parmi les monuments funèbres élevés au-dessus du sol, nous distinguerons deux sortes différentes, suivant le mode de construction et l'exécution technique des détails.
a) La première sorte^ ce sont encore des tombeaux taillés dans le rocher, mais qui, arrangés et décorés extérieurement ou intérieurement par la main de l'ouvrier, ont l'apparence de véritables édifices.
La Lycie, si riche en terrains rocheux, nous en offre naturellement les plus nombreux exemples. Dans cette contrée, à l'origine de son existence comme après l'introduction de la civilisation grecque, on transformait les rochers bruts en monuments aux formes les plus variées. La forme la plus élémentaire consistait en piliers quadrangulaires, très solides, reposant sur des marches et couronnés d'une simple corniche; il s'en est conservé.
Fitr. 13S. — Tombeau rocheux de TIos.
Fig. 139. — Tombeau rocheux de Lycie.
Fig. 140. — Tombeau à Toit ogival.
entre autres, un spécimen à Tlos (fig. i38). La seconde forme est
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNÈBRES
Fig. 141.
Tombeau de Pinara.
une imitation complète de la maison de bois^ fort bien agencée et n'ayant de commun que la façade avec les monuments rocheux (fig. I 39). Des troncs d'arbres, alignés l'un à côté de l'autre^ semblent constituer le toit, qui fait saillie de tous côtés et se termine par une corniche horizontale faite de solives croisées. Dans la troisième forme^ le toit, au lieu d'être plat, est ogival (fig. 140), à deux versants, et correspond aux combles à croupe de nos jours; quelquefois il est surmonté sur la face antérieure d'une tête de taureau en pierre. La figure 141 représente un tombeau de Pinara, taillé ainsi en relief dans le rocher. Cette sorte de tombeaux n'était pas rare non plus en Grèce, comme le démontrent de nombreux spécimens dans l'Ile de Rhodes, qui ne sont peut-être qu'une imitation des monuments lyciens situés vis-à-vis. Ross a trouvé, près d'une localité appelée Liana, un bloc de rocher qui avait roulé du haut de la montagne, et qui contenait à l'intérieur une chambre sépulcrale complète avec trois lits funéraires; à l'extérieur, on remarquait deux niches
pratiquées dans la pierre, à côté de la porte d'entrée (fig. 142).
Un monument que Ross a également découvert, dans l'île de Rhodes, a des proportions bien plus grandioses et s'écarte beaucoup des tombeaux lyciens: c'est un immense bloc de pierre friable, coupé à sa base en carré, à pans verticaux; sur chacune de ses faces, longues de 27^,8 1, il y a 21 colonnes, hautes d'environ 5 mètres; reposant sur trois marches, elles ont dû être couronnées d'une corniche, que l'éboulement des parties supérieures a détruite à la longue. Y avait-il au-dessus de cette masse pierreuse une pyramide à gradins, également en pierre, ou une montagne de terre, plantée d'arbres et de buissons? c'est ce qu'il est
Fig. 142.
Tombeau rocheux de Liana.
impossible de distinguer aujourd'hui. Sur la face septentrionale^ qui est la mieux conservée (fig. 143), se trouve, comme le montre la figure 144 (échelle = i5 mètres), entre la cinquième et la
Fig. 143. — Vue d'un Tombeau de Rhodes,
sixième colonne de l'angle ouest, une simple porte a; de là on pénètre dans les chambres sépulcrales de l'intérieur, et d'abord dans
^■^... -^^ -^ un vestibule ayant 0^20
1^^^=^^^^^^^ .^^.-^^-^mgx-^: --M^-^^^^^^^i^r^^A de largeur sur 3 de profondeur; aux deux parois étroites de ce vestibule, se rattachent des niches. Une seconde porte c conduit dans un compartiment plus grand, long de ô^yo et large de 4^,40 d, dont les parois sont flanquées de niches d'inégale grandeur et d'une série de cinq lits funéraires de même dimension; ces lits, lorsqu'on les a ouverts, ne contenaient plus aucune dépouille mortelle. Les murs intérieurs de toute cette enceinte qui occupe à' peine le quart de la surface totale, où l'on pourrait sans doute trouver encore d'autres compartiments, sont enduits d'une couche de stuc assez fin, et certaines traces semblent indiquer que cet enduit avait été primitivement couvert de peintures.
Fig. 144. — Plan.
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNEBRES
Ces monuments, sculptés dans le roc vif, n'étaient pas d'ailleurs très répandus dans la Grèce même; on rencontre en revanche dans ce pays un grand nombre et une grande variété de tombeaux en maçonnerie. Appuyés sur quelques exemples, nous nous bornerons à en faire connaître les principales espèces.
b) Les plus anciens et les plus simples de ces monuments sont ceux qui ont eu pour point de départ les tertreSj dont nous avons parlé plus haut. En effet, comme on environnait ces monticules d'un mur de soutènement, pour leur donner plus de solidité, l'idée est venue d'en construire de pareils tout en pierres; plus tard on leur donna, au lieu de la forme ronde, une forme carrée,
et il en est résulté une pyramide en pierre à quatre faces.
Fis;. 145. — Plan (le la Pyramide de Kenchieai.
i' l'A- 145 bis. — Coupe transversale.
tronquée au sommet. Pausanias a vu un monument de ce genre près d' Argos, sur la route d'Epidaure; les habitants de cette localité le lui ont désigné comme étant le monument commémoratif élevé en l'honneur des guerriers tombés dans un combat entre Proitos et Akrisios. Bon nombre de semblables monuments ont été découverts tout récemment dans l'Argolide; un des plus remarquables est la pyramide en pierres quadrangulaire construite près de Kenchreai; les figures 145, 145 è/5 et 146 nous en donnent le plan, la coupe transversale et la vue d'ensemble; sa surface mesure i5™,o6 de longueur sur 12"", 24 de largeur. L'arête sud-est, d'après la description de Ross, forme le sommet d'un angle droit; là une porte recouverte, à la manière des galeries de Tirynthe, de pierres en surplomb, conduit dans un passage au bout duquel on pénètre à droite, par une seconde porte, dans la chambre intérieure de la pyramide, mesurant à peu près 10 pas carrés de surtace. Nous ne chercherons pas à savoir si cette
Fig. 146. — Vue de la Pyramide funéraire de Kenchreai.
construction a servi de sépulture ou de tour de garde. — Si l'on conservait la forme ronde du tertre en imprimant au mur de soutènement (voy. le tombeau de l'île de Symè à la fig. io5) un caractère plus artistique^ il en résultait une construction gracieuse^ reposant presque toujours sur une base carrée, qui semble avoir été
usitée assez souvent dans les sépultures et dont un tombeau de la nécropole de Cyrène (fig. 147) nous fournit un beau spécimen.
Quelques sépultures de Mycènes sont très simples et fort anciennes. Semblables aux monuments funéraires mégalithiques de l'Europe occidentale, elles se composent de pierres grossièrement taillées, qui forment de petites chambres basses, recouvertes de grosses dalles de pierre, où l'on déposait les cadavres. La figure 148 représente le plus grand de ces monuments.
Viennent ensuite des tombeaux d'un caractère plus monumental. Près de Delphes, on en a trouvé un, qui a tout à fait l'aspect
Fig. 147. — Toiubeuu roud de Cyrène.
Fig. 148.
Tombeau mégalithique de Mycènes.
Fig. 149.
Tombeau de Delphes.
d'une maison. Il est placé parmi les ruines de différents tombeaux, parmi des fragments de sarcophages et autres débris qui dénotent l'existence de l'ancienne nécropole de Delphes. Thiersch le décrit comme un édifice construit en pierres équarries, mais d'un style très antique, à en juger par les faces du mur, la porte et la fenêtre, qui vont en rétrécissant vers le haut; il est convaincu que c'était bien là un tombeau. La figure 149 nous en donne le dessin.
Quelques tombeaux, trouvés à Carpuseli, dans l'Asie-Mineure,
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNEBRES
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Fig. 150.
Vue d'un tombeau de Carpuseli.
offrent des formes plus décoratives. Toujours carrés^ ils s'élèvent sur plusieurs marches; le mur, d'une dispositien régulière en pierres équarries, est orne en bas d'une base, en haut d'une corniche. Un des plus grands monuments de ce genre, représenté à la figure i5o et i5i, renferme dans l'intérieur de la chambre sépulcrale, où aucune entrée visible ne donne accès, un fort pilier qui supporte les poutres et les dalles de pierre du plafond, et sur lequel était érigée peut-être primitivement la statue du défunt.
Une autre espèce de sépultures est assez commune dans les îles grecques; ce sont celles qui, pareillement aux chambres souterraines, contiennent plusieurs lits. Elles consistent dans un ouvrage de maçonnerie, dont le plafond est bâti en voûte; de là le nom de constructions tholaires ^, qu'on leur donne aujourd'hui. Citons comme spécimen un tombeau quia été découvert dans l'ile d'Amorgos (fig. i52). Il comprend trois caveaux, séparés par des dalles de pierre; au-dessus de chacun d'eux on remarque dans le mur un renfoncement, où l'on a trouvé des ustensiles en verre, des lampes, etc. Le seuil de la porte, très basse, est une dalle arrondie. Ce tombeau est maintenant entièrement couvert de terre d'alluvion; mais à l'origine il était tout-à-fait audessus du sol, comme d'autres monuments de ce genre, dans les îles d'Icaros, de Calymnos, de Lèros, etc., dont quelques-uns contiennent cinq à six caveaux.
Les tombeaux en question n'avaient guère d'autre but que de conserver en sûreté les cendres de personnes aimées et d'offrir aux parents du défunt un lieu où ils pussent honorer sa mémoire; car l'entretien soigné des sépultures était regardé chez les Grecs comme un de leurs principaux devoirs. D'autres tombeaux avaient, en
Fig, 151. — Plan.
i De OôXoi;, «construction ronde, à coupole ». (O. R.)
Fig. 152. — Plan d'un Tombeau de l'Ile d'Amorgos.
outrCj une seconde destination; on les entourait d'un imposant appareil artistique, pour perpétuer dignement et sous une forme toute spéciale le souvenir du mort au delà du cercle de sa famille. C'est ainsi que le tombeau (et ce fait a été confirmé déjà par les exem.ples étudiés plus haut) se transforma en véritable monument commémoratif.
Si maintenant nous considérons que, conformément à la coutume grecque, on rendait aux personnages décédés les honneurs dûs aux héros, quelquefois même un véritable culte religieux, on comprendra qu'on ait cherché à donner l'apparence d'édifices religieux aux monuments funéraires, souvent appelés hèi'oa. Les façades des tombes rocheuses, dont nous avons parlé plus haut, rappelaient déjà les façades des temples. De même un assez grand nombre de tombeaux en maçonnerie reçurent la forme de véritables temples, comme, par exemple, dans l'île de Thèra et dans d'autres îles de la Grèce. Un tombeau, que Fellows a découvert à Sidyma, en Lycie, et dont la figure i53 retrace les ruines, semble, en effet, imiter un temple avec des colonnes libres sur la façade.
Cette analogie avec la forme d'un temple est non moins frappante dans un tombeau de Cyrène, dont la façade (fig. iSg), chose peu ordinaire, est pourvue de deux portes adjacentes.
C'est grâce aux fouilles exécutées par Fellovi^s à Xanthos, en Lycie, que nous connaissons le type le plus achevé de cette catégorie de monuments commémoratifs. Lors de sa découverte, il était dans un état de complet délabrement; néanmoins le soubassement s'était conservé et l'on trouva une telle quantité de débris architectoniques et de fragments de sculptures qu'on a pu tenter
Fig. 153. — Tombeau de Sldyme.
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNEBRES
sans crainte de se tromper^ la restauration de l'ensemble. On a exposé au British Muséum ^ où ces précieux débris ont été transportés, un modèle dans lequel chaque fragment occupe une place déterminée. Falkener en a tenté une autre restaurationj peu dififérente de celle-là; la figure i55 en représente le plan général^ et la figure i54 la vue en perspective. D'après cette restauration, le
Fig. 154. — Vue d'un Tombeau-Temple de Lycie.
monument se composait d'un soubassement long de io"j25, large de 6™jgo et environ de même hauteur; il était entouré de deux bandes de bas-reliefs et couronné d'une belle corniche. Au-dessus s'élevait un temple périptère ionique; le péristyle se composait de quatre colonnes sur chaque façade et de six sur les faces latéraleSj la cella était limitée de chaque côté par deux colonnes entre des antes. Une porte ^ richement décorée, conduisait du pronaos a, auquel correspondait vis-à-vis le posticum b, dans une vaste cella c. La frise et le fronton étaient ornés de bas-reliefs et le sommet du fronton de figures,, comme on en retrouvait aussi
dans l'espacement des colonnes qui étaient de la plus belle ordonnance ionique. Les monuments commémoratifs de ce genre étaient très répandus; la preuve en est dans un édifice encore existant à Cirta (la Constantine d'aujourd'hui); il passe généralement pour avoir été la sépulture du roi Micipsa, qui avait fondé là une colonie grecque. Sur une base à degrés repose une construction carrée qui, semblable au tombeau de Théron à Agrigente, présente sur
chacune deses faces uneporte en relief; au-dessus se dresse un petit temple de style dorique ; également carré, il est surmonté d'un fronton sur chacune de ses faces. Le toit ainsi formé est supporté par huit colonnes rangées en carré, qui, complètement isolées, n'embrassent aucune cella. La figure i56 montre le monument, vu en perspective.
Nous terminerons la revue des édifices funèbres affectant la forme de temples par la description d'un des plus superbes monuments du genre : le tombeau du roi de Carie Mausole à Halicarnasse. Il ne reste malheureusement de cette construction grandiose que quelques débris insignifiants, qui, retirés de dessous les décombres environnants, de i856 à i85g, par ordre du gouvernement anglais, sous la direction de C. T. Newton, furent exactement mesurés par l'architecte R. P. Pullan, attaché à cette expédition scientifique. D'après la description que Pline nous a laissée de ce monument {Hist. nat.^ XXXVI, 5), admiré par les anciens mêmes à l'égal d'une des sept merveilles du monde, c'est Artémise qui l'aurait fait construire pour son époux, Mausole, mort la 2« année delà 107^ olympiade (352 av. J.-C). Il est d'une
Fig, 155. — Plan.
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNÈBRES
forme oblongue^ les côtés tournés au sud et au nord mesurent i8™j90 de longueur^ ses faces frontale et postérieure sont plus étroites; sa périphérie totale est de 34™j2o; il s'élève à une hauteur de i in^^aS et il est environné de trente-six colonnes ; son pourtour s'appelait ptéron. Skopas avait fait les sculptures du côté est^ Bryaxis celles du côté nord, celles du sud étaient l'œuvre de Timothée et celles de l'ouest de Léocharès. Audessus du ptéron se dresse une pyramide, analogue à la partie inférieure du monumentj et formant vingt-quatre marches; elle est tronquée en haut et supporte un attelage de quatre chevaux en marbre, œuvre de Pythis. Le mausolée, y compris cette décoration finale, a une hauteur totale de 42 mètres. C'est à l'aide des marches de marbre, des tambours de colonnes, des chapiteaux, et de plusieurs fragments de sculptures retrouvés, et grâce aux mesures et aux renseignements, assez inexacts d'ailleurs, fournis par Pline, que les deux savants anglais, imaginant diverses combinaisons ingénieuses, ont pu tenter la restauration de ce monument, La figure iSy en représente la façade principale, tournée à l'ouest. Cet essai de restauration a, sans contredit, de nombreux avantages sur beaucoup d'autres tentatives faites auparavant; c'est pourquoi nous le donnons ici, au lieu de la restauration de l'architecte Falkener, reproduite dans les deux premières éditions de notre livre. Les fragments des chevaux et du char ont permis de déterminer avec une exactitude approximative leur grandeur, ainsi que l'étendue de la plate-forme de la pyramide, où reposait le quadrige; les marches de marbre ont donné la hauteur de la pyramide même et ks tambours de
Fig. t5S.
Tombeau de Micipsa (?) à Cirta.
colonnes celle du ptéron, etc. On remarque partout sur le monument des traces distinctes de peintures rouges et bleues. Quant aux bas-reliefs, exe'cutés par les artistes nommés plus haut, on en avait placé quatorzedans les murailles de la citadelle turque de Boudroun, construite sur les ruines d'Halicarnasse; le gouvernement anglais les a acquis, en 1846, pour le British Muséum. Ajoutons, en ter-
Fig. 157
Façade principale du ilausolée d'Halicarnasse.
minant, que les Romains, se souvenant de ce type par excellence de tombeau grandiose, appliquaient le nom de ..mausoleum" à tout monument funéraire, qui, par la magnificence de sa décoration et par sa forme extérieure, rappelait le monument de Mausole, à Halicarnasse.
c) Nous avons vu les Grecs passer du tombeau, simple réceptacle des cendres du défunt, à d'autres monuments funéraires, qui, outre cette destination primitive, avaient encore pour
TOMBEAUX, MONUMENTS FUNEBRES
but de perpétuer et d'honorer la mémoire des moris. Ce dernier caractère était même parfois si prédominant que le monument ne semblait plus avoir rien de commun avec la conservation des cadavres. De là sont nés les cénotaphes (tombeaux vides), consacrés à certains personnages, dont le corps n'était en possession ni de leur famille ni de leur ville, et dont on tenait cependant à honorer la mémoire*.
Le tombeau devient ainsi un simpb monument commémoratif. Mentionnons enfin un spécimen des monuments, très fréquents en Grèce, qui étaient destinés à rendre un respectueux hommage aux vivants. A cette catégorie appartenaient notamment les monuments qui devaient célébrer les victoires remportées dans les luttes ou dans les jeux publics. Le plus beau d'entre eux, qui est en m.éme temps un des plus gracieux débris de l'antiquité grecque, c'est celui qu'on éleva, en 334 avant Jésus-Christ, à Athènes, en l'honneur d'une victoire remportée par Lysicrate, en qualité de chorège; on lui donne le nom de "monument choragique de Lysicrate», ou encore, par erreur, celui de " Lanterne de Démosthène -> (fig. i58). Sa hauteur totale est de loni.ôy. Il s'élève sur un soubassement carré et élancé, sous forme d'un petit temple rond très bien décoré; six
demi-colonnes corinthiennes émergent du mur circulaire et supportent un entablement; sur la frise règne la représentation en relief d'un épisode de l'histoire de Bacchus, dieu des jeux solen-
liilklliÏÏîii'ti'Aîiji,
Fig. 158.
— MonuiUfiil cliuvugiquo de Lysicrate.
1 Les tertres de Marathon, dont il a e'te' question pltJS haut (p. 118, fig. io3}, peuvent, depuis les dernières découvertes, être considérés comme des cénotaphes. (F, T.)
nels. Au-dessus de l'entablement, se dresse^ sous forme d'une coupole plate, le toit fait d'un seul gros bloc de marbre; de son milieu semble pousser une fleur à feuilles d'acanthe. Cette fleur a servi à soutenir le prix d'honneur du vainqueur^ un trépied, dont les extrémités reposaient sur des points d'appUi, artistement travaillés, qui se sont conservés sur la coupole*.
1 Les constructions voûtées que nous avons décrites (p. 104, fig. 05 et 96) sous le nom de trésors, rentrent plutôt dans la catégorie des monuments funèbres : tel est du moins l'avis de plusieurs savants d'aujourd'hui. Ce nouveau classement qui paraissait très douteux il y a une vingtaine d'années à peine, a prévalu dans la science depuis les dernières découvertes de Mycènes. MM. Schliemann et Adler ont constaté que ces hypogées étaient toujours placés en dehors des murs d'enceinte, circonstance qui, à elle seule, semble exclure toute idée de trésors. Ce dernier archéologue prétend qu'on est là en présence de tombes royales; il les attribue à une époque où l'influence de l'Asie occidentale prédominait sur le sol de la Grèce. Ces monuments ont sans doute précédé de plusieurs siècles l'établissement de la civilisation grecque proprement dite; les Grecs les ont trouvés chez eux en même temps que les murs cyclopéens. Il est donc tout naturel qu'ils aient rattaché leurs mythes héroïques à des constructions qui remontent à une très haute antiquité. (F. T.)
Fig. 159. — Tombeau de Cyiène à deux Portes.
Fig. 160. — Intérieur d'un Gymnase.