LES LIEUX PUBLICS DE RÉUNION ET D'EXERCICE
Sommaire . Palestres et gymnases. Les différentes parties du gymnase. Les gymnases d'Hie'rapolis et d'Ephèse. — L'agora. Sa signification. Les agoras de Délos et d'Aplirodisias. La tour des vents à Athènes. — La stoa. Les stoas doubles ou triples de Paestum, de Thorikos et d'Élis.
En abordant l'étude des constructions qui étaient destinées à l'usage du public, parlons d'abord des gymnases. Les gymnases n'étaient primitivement que des endroits correspondant aux besoins de certains individus; ils devinrent, dans la suite, des monuments d'une grande magnificence et des foyers de la vie publique des Grecs. On sait quelle immense importance les Grecs attachaient au développement artistique des forces et de l'adresse corporelle de la jeunesse. Les contemporains d'Homère s'exerçaient déjà avec plaisir à différentes luttes physiques; nous aurons à montrer plus loin, avec de plus amples détails, combien, depuis l'époque homérique jusqu'à l'apogée de la civilisation, la jeunesse grecque aimait la course et le saut, le javelot et le disque, la lutte corps à corps et le pugilat ; nous verrons que, dans les solennités religieuses, il n'y avait pas de plus bel ornement que le spectacle de ces luttes et de ces jeux.
Une chose qui avait une telle influence sur la vie grecque devait naturellement revêtir certaines formes dans le domaine artistique^ et si les arts plastiques ont retiré un grand profit de ces beaux exercices corporels^ l'architecture y a trouvé aussi un nouveau stimulant et a produit des emplacements convenables pour les lutteurs. Ces exercices, lorsqu'ils n'étaient pas publics, avaient lieu dans les palestres et dans les gymnases; quand il s'agit de temps anciens, il faut distinguer les palestres des gymnases. La palestre (TraXai'aTpa, de TraX/i, lutte corps à corps) était un local, où les jeunes gens s'exerçaient à la lutte et au pugilat. Ces locaux, qui, pareillement aux écoles des grammairiens, étaient tenus par des personnes privées, il faut, bien entendu, se les figurer, à l'origine, réduits à l'espace strictement indispensable. Mais plus les exercices en question prenaient une tournure artistique et variée, plus se faisait sentir le besoin de construire des édifices vastes, spécialement disposés pour cet usage ; si, au début, des aires à ciel ouvert, situées, autant que possible, au bord d'un ruisseau et entourées de bouquets d'arbres, suffisaient pour ces divertissements, on construisit plus tard des places et des édifices spéciaux, qu'on appela gymnases (yujAvàaiov) et qui n'étaient qu'un agrandissement des écoles de lutte privées, réunies à quelques coursou places ouvertes (fîg. 1 60). La forme la plus simple consistait en une cour ouverte, environnée de portiques à colonnes et flanquée de compartiments couverts. Dans la cour on s'exerçait à la course et au saut, on luttait dans les enceintes fermées. A mesure que les exercices corporels se perfectionnaient et que les hommes mûrs s'attachaient et donnaient une partie de leur temps à ces jeux de la jeunesse, — les gymnases s'agrandissaient en même temps et prenaient une apparence luxueuse. Ils devinrent bientôt une nécessité de la vie grecque, à un tel point qu'il n'y avait pas de ville sans gymnase et que les grandes villes en renfermaient souvent plusieurs. Les anciens ne nous ont pas laissé de descriptions exactes de ces constructions; mais il est facile d'en reconstituer les principales parties, d'après certains passages des écrivains de l'antiquité. Quelques observations contenues dans les dialogues de Platon sont notamment d'une grande importance pour ce sujet. Il y est fait mention d'abord de l'ecpriPstov, salle ré-
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servée aux exercices des jeunes gens' ; puis des bains (PaXaveiov), auxquels vient se joindre le TruptaTr'ptov^ l'étuve^ où les lutteurs et les visiteurs du gymnase avaient l'habitude de venir se baigner. L'àTToSuTviptov, nom qu'on peut traduire par garde- robe, était l'endroit où l'on se déshabillait. Dans une pièce appelée D.atoOsGiov on conservait l'huile pour frotter le corps des lutteurs, et c'est là aussi que se faisait l'opération du frottement, pendant que dans le xoviffTr^piov on saupoudrait les lutteurs de sable ou de poussière, ce qui était indispensable pour que les lutteurs pussent se saisir et se serrer. Le dcpatpiffxyipiov servait au jeu de balle; les coureurs ou les simples promeneurs avaient àJeur disposition de longues avenues couvertes ou découvertes, qui semblent avoir reçu la dénomination générale de opou.oç. Les ^uaxoi formaient un genre d'avenues à part; ils se composaient d'un bas-fond central, réservé aux lutteurs, et de deux avenues latérales un peu élevées, pour les promeneurs; cela ressemblait assez aux stades, et c'est pourquoi les Romains leur donnèrent le nom de po}'ticus stadiatœ.
Vitruve nous renseigne sur la corrélation qu'il y avait entre ces différentes parties; car il nous donne une description complète du gymnase grec, dans le onzième chapitre du livre V de son ouvrage sur l'architecture. Dans ses règles, qu'il a empruntéesà la construction des gymnases d'une époque grecque assez récente, il commence par établir une cour qui, de même que dans la maison d'habitation, s'appelle TreptaTÔXtov ; elle est carrée ou oblongue, son périmètre devait avoir deux stades, c'est-à-dire 36o m. Tout autour régnent des portiques à colonnes, dont trois simples et un double du côté sud, ce qui abritait mieux contre le mauvais temps les compartiments qui s'y rattachaient. De vastes salles, exedrœ, sont contiguës aux portiques simples; là étaient installés des sièges pour les philosophes, les rhéteurs et pour tous ceux qui venaient y converser ou étudier. Le portique double est attenant à beaucoup d'autres compartiments. Au milieu, on trouve Vephebeum, grande salle d'exercices pour les jeunes gens, garnie
« Sur les éphèbes, v. l'ouvrage de M. A. Dumont, Essai sur Véphébie attique. Paris, 1876, 2 vol. Cf. aussi CoUignon, Quid de coUegiis epheborum apud Grcecos, excepta Attica, ex titulis epigraphicis commentari liceat. Paris 1877. (O. R.)
de sièges; pareille à la prostas de la maison antique, cette salle semble avoir été le centre de tout l'édifice. A droite est situé le coryceum (salle du jeu de balle, xojpuxoç), le conisterium (voy. plus bas F), et à côté, au tournant du portique, la frigid a lavatio (bains froids), que les Grecs appelaient Xourpov, De l'autre côté, se succèdent dans le même ordre \ elœothesium^ \e frigidarium, ou ce qui est plus vraisemblable, le tepidarium (bains tièdes), ensuite l'entrée du propnigeum (salle de chauffage), enfin l'étuve, à laquelle sont adjacents le laconicum et la calda lavatio.
Le gymnase grec le plus ancien est peut-être celui qui a été découvert à Olympie et dont nous donnons le plan à la fig. 160 bis. Nous sommes ici en présence d' u ne cour carrée longue de 41 mètres et qui est entourée d'une galerie couverte ayant 1 9 colonnes sur chaque côté.
Sur cette colonnade s'ouvrent un certain nombre de salles de grandeur inégale soutenues par des colonnes ioniques et qui servaient sans aucun doute aux divers usages que nous venons d'indiquer. Deux entrées principales, encadrées chacune de deux colonnes corinthiennes et de deux antes, étaient pratiquées dans la muraille sud de l'édifice.
Le gymnase n'était généralement composé que de ces différentes parties. Mais aux époques postérieures de l'histoire grecque, où l'on aimait le luxe, on y a ajouté plusieurs agrandissements; parfois même le gymnase contenait alors un stadium. Vitruve tient compte de ce développement dans ce qu'il dit à la suite de la description que nous venons de reproduire. D'après lui, en effet, il y aurait eu, outre le péristyle, trois portiques, ce qui présente une analogie curieuse avec la transformation de la maison à une cour en une maison à deux cours. Le premier, longeant le péri-
Fig. 160 ois — Plan du Gymnase d'Olympie.
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Style ' et tourné vers le nord, était très large et pourvu d'une double colonnade ; les deux autres, tout à fait simples, situés l'un à gauche, l'autre à droite, étaient disposés de manière à former contre le mur et contre les colonnes une double bordure (m^r^/«^5), large de 3™ et dominant un bas-fond central où l'on descendait au moyen de deux marches; les lutteurs venaient s'exercer ici pendant l'hiver, sans gêner ceux qui se promenaient sur les bords. C'était là, paraît-il, les ^uazol des Grecs. Entre ces deux xystesse trouvaient des plantations d'arbres et des jardins, que les Grecs appelaient TrepiSpouLiSsç et les Romains xysti. Du troisième côté s'étendait probablement le stadium, emplacement très commode pour les spectateurs et pour les lutteurs.
Il est à peine besoin de faire observer qu'il ne faut pas chercher dans cette description les principes invariables de la construction de tous les gymnases grecs.
Elle donne bien une idée générale des édifices de ce genre; mais, dans la pratique, on s'est écarté souvent
des règles tracées par Vitruve. Aussi il serait inutile, croyonsnous, d'ajouter une nouvelle restauration à tant d'autres qui ont été tentées par beaucoup d'archéologues.
Il vaut mieux citer, à titre d'exemple, un gymnase grec qui s'est conservé jusqu'à ce jour, et dont l'économie très simple semble s'accorder assez bien avec la description de Vitruve. Nous voulons parler du gymnase dont Leake a découvert les ruines à Hiérapolis, dans l'Asie-Mineure (voy. le plan à la fig. 161, échelle = 90 mètres). AA indiquent les avenues cou-
Fig. 161. — Plan du Gymnase d'Hiérapolis.
* Par péristyle Vitruve entend ici tout l'ensemble de bâtiments qu'il vient de décrire.
vertes, B le portique découvert, derrière lequel est situé le principal corps de bâtiment. Ici Vephebeion D est au milieu; d'un côté se trouve le coryceum E, le conisterium F et les bains froids G, auxquels il faut adjoindre peut-être le compartiment I; dans les deux compartiments ouverts, donnant sur le portique, il faudrait placer les apodyteria , que Vitruve a entièrement oubliés dans son plan. Plus loin, suivant de nouveau les indications de Vitruve, nous reconnaîtrions dans l'espace H Velœothesion, en L le tepidariiim, en A^ l'entrée de la salle de chauffage, et en MO les bains chauds, dont Vitruve énumère
les différentes parties.
Si maintenant nous considérons la partie postérieure de l'édifice, nous verrons en ce quelques salles (exèdres), ou bien des chambres de surveillants^ au milieu le double portique P qui, tourné au nord, constitue un passage, reliant entre eux les deux corps de bâtiment. En QQ sont les allées couvertes à portiques simples; dans l'intervalle se trouve l'espace RR planté d'arbres; le troisième côté du quadrilatère est occupé par la lice des coureurs, à laquelle se rattachent les gradins des spectateurs, en T.
Tout autre est la disposition du gymnase d'Ephèse, qui est un des mieux conservés et qui a dû être construit sous le règne de l'empereur Hadrien (voy. fig. 162, échelle = 3o mètres). Ce qui semble en démontrer l'origine romaine, c'est la fréquence de la voûte, tandis que les parties essentielles rappellent, par leurs traits généraux, la manière grecque. Il n'y a point de péristyle; mais en revanche le bâtiment central est environné d'un portique couvert {cryptoporticus A), flanqué de plusieurs exèdres, qui ne sont pas aussi spacieuses que le voudrait Vitruve, et ont plutôt l'apparence de petits renfoncements carrés ou circulaires. Du por-
Fig. 162 Plan du Gymnase d'Ephèse.
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tique on passe dans une aire découverte B, que les éditeurs des lonian antiquities désignent comme palestre ou arène des lutteurs et qui, sans doute, tient lieu de péristyle proprement dit. Vient ensuite ïephebeum C, qui ici également forme le centre de l'ensemble. On fait observer que les pièces DD ne paraissent pas avoir communiqué avec ïephebeum y elles s'ouvrent sur la palestre B et peuvent être considérées comme V elœotheshim et le conisterium, si toutefois on ne les prend pas pour des apodyteria. Derrière Vephebeum est situé un passage E qui mène aux bains, et l'on ne se trompera pas si l'on place en i^ et en G les bains froids, les bains chauds en L et en Af ; selon les archéologues, HH serait l'emplacement des étuves. En / un escalier conduit dans une pièce voûtée, encore noircie par la fumée: on croit y voir le laconicum. Mais ne faut-il pas y reconnaître plutôt le^^ropnigeum et le laconicum proprement dit dans la pièce au-dessus ? Dans la salle X, qui correspond à la palestre i?, on place, non sans raison, le sphœristerium ou le coryceum.
Si les citoyens grecs se rendaient volontiers dans l'enceinte des gymnases, si vaste et si bien éclairée, pour y jouir du spectacle des jeux de la jeunesse et pour y prendre part eux-mêmes, ils s'assemblaient sur la place publique (àY°P«) pour vaquer à des occupations plus sérieuses, aux affaires publiques et à leurs propres affaires. L'agora, de même que les gymnases, naquit des besoins et des conditions mêmes de la vie sociale; elle ne renfermait, à l'origine, aucun édifice; ce n'est que plus tard, à mesure que la civilisation progresse et que le goût se perfectionne, qu'elle devient une œuvre architectonique d'un genre particulier, d'un aspect souvent grandiose et somptueux. L'importance et la dignité du lieu devait, bien entendu, influer sur la décoration des agoras bien plus encore que sur celle des gymnases. En effet, la place du marché a été de tout temps considérée comme le foyer central de la vie de toute la commune, souvent même, aux principales époques du développement historique, elle a été le point de départ, le berceau de la commune; située au bord de la mer dans les villes maritimes, et dans les villes continentales au pied de la colline où trônait le vieux château des seigneurs, elle concentrait en elle, outre les transactions commerciales, la vie politique et religieuse de la popii -
l52 I.A VIE ANTIQUE.
lation. Les citoyens se réunissaient là déjà au temps d'Homère, pour tenir leurs conseils, et c'est à cette fin qu'on y avait installé des sièges; on voyait là les plus anciens et les principaux sanctuaires de la ville, c'est là que furent célébrés les premiers jeux solennels : c'est là enfin que venaient aboutir les chemins et les grandes routes, qui établissaient une communication commerciale avec les villes et les états voisins et contribuaient en même temps au maintien des vieux cultes nationaux; car de là partaient et là convergeaient les processions sacrées, qui formaient un lien indissoluble entre des divinités parentes d'origine, mais séparées par de longues distances. Il est donc certain que la place du marché servait primitivement aux délibérations publiques; mais, dans les villes où le mouvement était trop grand, on choisit pour les délibérations des citoyens un endroit spécialement disposé à cet effet. C'est ainsi qu'à Athènes on délibérait sur le terrain légèrement incliné de la colline de Philopappos, attenant à l'ancienne agora ; on avait donné à cet endroit le nom de piyx (IIvu^, gén. nuxvôç). Al'époquedesPisistratides, c'est le marché du Céramique, foyer le plus ancien de l'industrie attique, situé au pied de l'Acropole, de l'Aréopage et de la colline de Thésée, qui était probablement l'agora proprement dite, le véritable centre des relations entre habitants de l' Attique.
L'agora était donc un lieu public très important ; si l'élément politique prédominait dans la ville, elle pouvait même devenir le centre de la vie politique. Il était dès lors tout naturel qu'on lui donnât une apparence riche et magnifique, conforme à sa haute signification. Il nefaudrait cependant pas chercher dans les anciennes villes de la Grèce, même à une époque assez récente, une place du marché qui fût une œuvre architecturale dans le sens propre du mot, un tout fermé et artistement agencé. Les limites naturelles du marché n'étaient régulières que dans certains cas exceptionnels ; on n'a pas pu davantage les déplacer plus tard arbitrairement, à cause du caractère sacré que la présence du temple attachait à l'endroit et aussi à cause de la direction des rues qui débouchaient sur le marché. Au contraire dans les villes nouvellement construites on songea dès l'abord à tracer pour le marché un plan régulier; aussi la construction régulière des agoras paraît-
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elle avoircommencédans les colonies de l' Asie-Mineure. Pausanias dit, par exemple, en parlant du marché d'Elis, qu'il n'a pas e'té construit selon le mode ionique, mais à la manière antique.
Et comment étaient disposés ces marchés ioniques? C'était une cour, toujours carrée, environnée de portiques à colonnes, cette cour que les Grecs, sous l'influence d'un climat très doux, se plaisaient à établir si souvent dans leur architecture publique et privée. La description de l'agora, telle que Vitruve nous l'a laissée (Arch., V, i) se rapporte évidemment à la période luxueuse, postérieure à Alexandre.
D'après lui aussi, l'agora avait une forme carrée et était entourée de vastes colonnades doubles. Sur les nombreuses colonnes reposent des architraves en pierre ordinaire ou en marbre, et sur les toits des portiques régnent des galeries, disposées en promenoirs.
Il va de soi que toutes les agoras ultérieures n'étaient pas ordonnées de la même manière; mais en général les modèles conservés concordent entièrement avec la description de Vitruve. Nous ne
Fig, 163. — Plan du Marché de Délos.
Fig. ?.64. — Portion de la Coupe transversale.
citons, à titre de spécimen, que la place du marché de Délos, construite avec beaucoup de goût et dont la figure i63 représente le plan, la figure 164 une partie de la coupe transversale. Elle est située au-dessus d'une terrasse, près du petit port de la ville; elle consiste dans une cour presque carrée, garnie tout autour
Pig. 1G5. — Vue de la Tour des Vents.
d'un portique à colonnes doriques; la longueur totale de l'édifice est d'environ 5i m. Le portique A, tourné vers l'ouest, est le plus vaste; sa largeur est d'environ 12 m. et il a une série de portes qui constituaient l'entrée du côté de la terrasse et de la mer dans l'agora, destinée sans doute aux transactions commerciales. Aux points E, F semblent avoir été placés des autels; il y avait une source au milieu de l'aire découverte.
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L'agora d'Aphrodisias, en Carie^ était plus grande et plus riche. Elle avait iSy^'^So de long sur ôS^'^go de large et était pourvue à l'intérieur d'un élégant portique d'ordonnance ionique^ sous lequel on avait rangé des bancs de marbre. En dehors du mur d'enceinte il y avait un autre portique à colonnes, de sorte qu'il avait fallu en tout 460 colonnes pour orner la place.
Pour compléter l'idée que nous voulons donner d'une agora grecque, mentionnons enfin un monument, aujourd'hui encore en assez bon état, et jadis le plus bel ornement du nouveau marché d'Athènes. C'est la tour dite des vents, construite vers le milieu du dernier siècle avant Jésus- Christ par Andronicus de Cyrrhos; en la construisant, on avait en vue deux choses indispensables dans un endroit où les transactions commerciales étaient si actives :
la mesure du temps et l'observation météorologique. Le monument contenait en efifet à l'intérieur une clepsydre, et l'on reconnaît encore distinctement dans le sol (fig. 166) les rigoles que l'eau, découlant d'un réservoir, remplissait petit à petit, marquant ainsi la marche du temps. Au sommet du chapiteau couronnant le toit, se trouvait la figure d'airain d'un triton qui, mû par le vent, montrait de sa baguette les différentes directions des vents : ceux-ci, sculptés en relief, formaient sur les huit faces de l'édifice la décoration de la frise. Au-dessous de cette frise on voit, gravées sur le mur, les lignes horaires du cadran solaire. Deux petits portiques, aujourd'hui en ruines, ornés de colonnes cannelées, sans base, à chapiteaux de genre corinthien, ainsi qu'une annexe semi-circulaire, donnent à cette espèce de tour un charme tout particulier (fig. i65).
Fig. 166.
Plan de la Tour des Vents.
Nous avons eu l'occasion de mentionner souvent les stoas ou portiques à colonnes : ils régnaient à l'extérieur età l'intérieur des temples, ils entouraient la maison d'habitation, embrassaient le péristyle des gymnases et garnissaient tout autour les places du marché des villes grecques. Mais ces sortes de portiques pouvaient à eux seuls être l'objet d'une disposition tout artistique. Nous en avons déjà vu un exemple dans les xystes, ces avenues larges et couvertes, limitées d'un côté par un mur, de l'autre par une rangée de colonnes et qui, grâce à une heureuse distribution du terrain, offraient un emplacement commode pour les lutteurs et pour les promeneurs. La stoa semble aussi avoir été employée quelquefois seule, indépendante de tous les autres édifices, dans le but d'orner les rues et les places publiques; elle était alors élevée sur quelques marches et formait un local très propre aux occupations plus calmes et aux discussions sur des sujets politiques ou scientifiques. Le plus souvent la stoa consistait en une rangée de colonnes, limitée par un mur; la paroi du fond présentait une grande surface unie, qu'on décorait de bas-reliefs et parfois de peintures. C'est ainsi que dans une stoa située sur la place du marché d'Athènes on voyait la représentation de la bataille d'Œnoè, du combat des Athéniens contre les Amazones, de la destruction de Troie et de la bataille de Marathon; de là le nom de cToà ttoixîV/] qu'elle avait reçu. On donnait le même nom, à cause des peintures qui décoraient son mur du fond, à une stoa d'Olympie qu'on appelait aussi stoa de l'écho^ parce que l'écho s'y répercutait sept fois; elle avait 97™,8o de longueur sur lo mètres de profondeur. Son toit était soutenu par 44 colonnes et deux antes. Dorique à la façade, elle était ionique à l'intérieur. Il y avait encore à Olympie deux autres stoas dont l'une était située devant le bouleiitèrion. Cette forme simple s'est développée dans la suite et, suivant la même loi qui a présidé à la construction des temples, on a posé de l'autre côté du mur une seconde rangée de colonnes. Il en est résulté un double portique, que les Grecs appelaient ctoà SiTtXîj et
Plan du Portique
de Thoricos.
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dont Pausanias cite un exemple à propos de la stoa corcyréenne de la place du marché d'Elis. Pausanias dit : «Ce portique avait au milieu non pas des colonnes^ mais un mur". Cette phrase a une grande importance au point de vue de la construction des stoas en général; on peut en conclure^ en effets que de son temps la colonnade du milieu^ supportant le toitj était plus fréquemment employée dans les stoas doubles; les ruines des stoas anciennes, dont plusieurs sont connues, rappellent plus ou moins cette disposition. C'est surtout le cas de la' stoa, dite basilique, de Paestum, Cet édifice, situé au sud du petit temple de l'endroit, a, à première vue, l'apparence d'un temple; mais, en le considérant de près, on voit qu'il en diffère
Fig. 168. - Plan de la Stoa de TAgora d'ÉUs.
sur plusieurs points : il a d'abord sur les côtés étroits neuf colonnes, c'est-à-dire un nombre impair, pendant que dans les temples le nombre pair de colonnes est une règle générale^ nécessitée par la position centrale de la porte d'entrée; puis, à l'intérieur de cette colonnade, les murs de la cclla du temple sont remplacés par des rangs de colonnes, et au milieu il y a une rangée de colonnes plus hautes qui partagent le bâtiment dans le sens de la longueur et soutiennent la toiture comme le mur du portique corcyréen d'Elis, décrit par Pausanias.
Tel a dû être également le plan du portique de Thorikos, dans l'Attique (fig. 167). On remarque sept colonnes sur les côtés étroits, larges de plus de i4"'j40, et quatorze sur les côtés longs. Au milieu un rang de colonnes, qui n'existe plus, semble avoir servi à soutenir le toit.
Les stoas (fig. 169) réservées aux délibérations publiques nécessitaient un plus grand emplacement à l'intérieur; aussi on cite certaines stoas, dont l'intérieur était séparé en trois vaisseaux par deux rangées de colonnes.. Sur l'agora d'Élis il y avait une stoa tournée au sud, où les hellanodices ^ se réunissaient probablement pour
* Les 'EW.avooî/.at étaient les juges des jeux olympiques. (.0. R.)
délibérer en commun. Elle était d'ordonnance dorique; deux rangs de colonnes la divisaient en trois nefs. Entouré d'un mur au lieu d'une simple colonnade^ ce monument (fig. i68, échelle = i5 m.) se composait d'une nef centrale A, de deux nefs latérales BB et d'une espèce d'abside demi-circulaire C^ disposition qu'on retrouve assez fréquemment dans les gymnases sous le nom d'exèdres. En D était un portique qui s'ouvrait sur l'agora. C'est donc un édifice qui a une certaine analogie avec la cella des temples et ressemble en même temps assez aux basiliques romaines. Il se peut que la aToà paaiÀsto; de la place du marché d'Athènes j où l'archonte roi présidait en qualité de juge, ait eu la même conformation. Dans le Pirée il y avait une stoa^ surnommée [xaxpôCj qui se composait de cinq rangs de colonnes; on peut enfin admettre^ sans crainte de se tromper^ que telle était aussi l'ordonnance architectoniqne de plusieurs tribunaux d'AthèneSj de ceux du moins qui n'étaient pas à ciel ouvert, comme l'Aréopage et le Delphinion.
Fig. 169. — Ruines d'un Stoa.
Fig. 170. — Vue du Stade de Laodicéc.