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CHAPITRE IX

LES LIEUX DE DIVERTISSEMENTS PUBLICS

Sommaire: Les hippodromes: l'hippodrome d'Olympie. — Les stades. Les stades de Laodicée, de Messène et d'Aphrodisias. — Les théâtres. Les théâtres de Délos, de Stratonicée, de Mégalopohs et de Ségeste. Les diazomata des théâtres de Cnide et de Dramyssos. Les allées, les escaliers et les sièges. Le théâtre de Dionysos. L'installation de l'orchestre. La scène. Le théâtre de Telmessos. La vue en perspective d'un théâtre grec.

Après les édifices qui étaient destinés aux relations publiques et aux délibérations entre citoyens abordons l'étude de ceux qui servaient aux spectacles et aux divertissements publics. Nous avons déjà fait remarquer^ à propos des gymnases^ l'importance que les jeux et les exercices corporels avaient dans la vie des Grecs. Dans les gymnases on s'adonnait à ces exercices pour développer l'adresse physique de tels ou tels individus et aussi pour procurer aux citoyens oisifs l'occasion de se distraire. Mais ce n'était pas là le seul but de ces exercices : dans les grandes solennités ils formaient le principal attrait de la fête et l'on dut se préoccuper de bonne heure de préparer un emplacement commode à ceux qui venaient y assister ou y participer. Chaque espèce de ces divertissements nécessitait une disposition architectonique spéciale. Les courses à cheval et les courses de chars avaient lieu dans l'hippodrome (ÎTruoSpouoc); les exercices gymnastiques du ;7en?d!?/i/o«

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dans le stade (dTaoïov); les théâtres étaient réservés aux plus grandes solennités accompagnées de représentations musicales et dramatiques.

Disons d'abord un mot des emplacements destinés aux courses. Ils étaient, à l'origine, comme les gymnases d'une grande simplicité. Les héros Grecs devant Troie se contentaient de vastes plaines, s'étendant sur le rivage de la mer ; on traçait les limites au moyen de pieux fixés dans le sol ; un tronc d'arbre desséché, assez haut et flanqué à gauche et à droite de deux pierres d'une blancheur éblouissante, servait de borne (cîifxa). Les conducteurs de chars devaient tourner ce point pour revenir au point de départ. Les spectateurs se plaçaient où ils pouvaient; s'il y avait des collines à proximité, ils s'y installaient de préférence. D'ailleurs, on avait toujours le soin de choisir un endroit où des hauteurs à pente douce permettaient aux spectateurs de s'installer plus commodément.

Les Grecs ont respecté ainsi la constitution naturelle du sol, et ce respect, qui se détache comme un trait caractéristique dans toutes leurs entreprises, ils n'ont jamais manqué de l'observer même plus tard, lorsqu'ils se mirent à construire des édifices spéciaux pour leurs fêtes périodiques. Cela est vrai surtout de l'hippodrome d'Olympie, dont Pausanias nous a laissé une description qui malheureusement est incompréhensible en bien des endroits. Les dernières fouilles d'Olympie ne se sont pas étendues jusqu'à l'hippodrome. Mais il est certain que cette arène était limitée à gauche (fig. 171 A) par une petite colline, dont le penchant insensible était couvert de sièges pour les spectateurs. Ce seul côté, réservé au public, était peut-être suffisant dans les premièresannées après l'établissement des courses, qui eut lieu dans la 25e olympiade, et nous retrouvons cette disposition primitive dans quelques stades. Mais, comme on s'intéressait de plus en plus à ces jeux et que les curieux affluaient de plus en plus, tous les quatre ans, aux fêtes d'Olympie, cette colUne ne pouvait plus contenir toute la foule, et il fallut construire du côté opposé une jetée ou une terrasse (xw,"-»), où l'on installa également des gradins pour les assistants. Ces deux élévations limitaient la carrière proprement dite sur les deux côtés longs; la terrasse était

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plus étendue que la pente de la colline. A l'extrémité de la carrière cette terrasse j re-

courbée en forme de demi-cercle, venait rejoindre la colline; au milieu de cette courbure était pratiqué un passage E. Du côté opposé un portique D construit par l'architecte Agnaptos, formait l'entrée principale de la carrière. Devant cette stoa se trouvait l'enceinte (a<{)£(7iç) réservée aux attelages et aux concurrents (C). Extérieurement Vaphèsis ressemblait à la proue d'un navire; chacun de ses côtés mesurait plus de 120 mètres de longueur, et elle pénétrait bien avant dans l'intérieur de la carrière. Au milieu de la carrière et dans l'axe de sa longueur étaient situés deux buts :

l'un F , en forme d'un autel, à proximité du passage E ci-dessus mentionné et qu'on appelait Tapâ;i7nroç (^l'épouvantail des chevaux); car, dit Pausanias, lorsque les chevaux passent à côté, ils sont saisis, on ne sait pourquoi, d'une grande frayeur; il en résulte un trouble et une perturbation où il y a souvent des chars brisés et des conduc-

Fig. 171. — Plan de l'Hippodronie d'Olympie.

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teurs blessés. L'autre but où les chars devaient arriver pour remporter la victoire, après avoir tourné le taraxippos, était désigné par une colonne surmontée d'une statue d'Hippodamie (G) s'apprétant à couronner d'une bandelette le victorieux Pelops. Quant à \ hippaphèsis dont l'invention est attribuée à Kleœtas d'Athènes et qui aurait été perfectionnée par Aristide, il est assez difficile d'en comprendre la disposition. Suivant Pausanias Vaphèsis qui pénétrait dans l'intérieur de la carrière renfermait des compartiments (oîxr'txaxa) pour les attelages qui devaient prendre part à la course {a^ b, c, d, etc.); on les distribuait au sort parmi les concurrents avant la fête. Ces compartiments ou hangars (nous dirions aujourd'hui box) étaient limités par des cordes. A peu près au milieu de Vaphèsis se dressait un autel en briques i^que l'on blanchissait à chaque nouvelle olympiade. Sur cet autel était fixé un aigle d'airain aux ailes éployées qui communiquait au moyen d'un mécanisme avec un dauphin également en airain, placé au bout de Vaphèsis (/). Dès que l'aigle, mû par un ressort^ caché dans l'intérieur de l'autel, s'élevait dans les airs, on voyait le dauphin s'abaisser, et c'était le signal du commencement de la course. En même temps tombaient les cordes des deux hangars aa, situés tout près du portique d'Agnaptos; les chevaux partaient immédiatement, et, une fois arrivés aux hangars bb^ les cordes de ceux-ci tombaient également, deux nouveaux chevaux ou deux attelages se précipitaient dans la carrière, et ainsi de suite jusqu'à ce que les deux derniers olxrjjAaTa fussent évacués et que les combattants fussent tous réunis dans la lice, où ils pouvaient enfin montrer leur adresse.

Cette description de Pausanias a donné lieu à bien des commentaires généralement peu satisfaisants. Dans ces dernières années cependant, M. Lehndorflf semble en avoir trouvé une explication pratique et très ingénieuse à la fois. L'aphèsis, selon lui, avait pour but de contrebalancer le grand avantage que, dans toute course et surtout dans une course de chars, le combattant intérieur a toujours sur le combattant extérieur; cette compensation se faisait précisément au moyen des départs successifs signalés par Pausanias. Seulement le but ne pouvait être

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atteint que si l'on utilisait pour le départ non pas les deux côtés, mais un seul côté de Vaphèsis; et ce devait être le côté droit, les hangars du côté gauche étant réservés aux attelages qui rentraient de la course. Quant aux cordes barrant les ohriuaxoL et qu'on laissait tomber au moment du départ, il est plus simple d'admettre, contrairement à l'assertion de Pausanias, que chaque hangar du côté droit de Vaphèsis était fermé par une corde de quatre mètres environ que deux hommes pouvaient facilement tenir et diriger.

Il est certain que le commencement de la course, c'est-à-dire le départ des attelages constituait la principale attraction pour les spectateurs. Voilà pourquoi on avait donné une bien plus grande extension à la terrasse B du côté droit qu'à la colline opposée. Sur cette terrasse le public était, pour ainsi dire, aux premières loges pour voir passer les attelages prêts à lutter et pleins d'ardeur, tandis que de l'autre côté on les voyait regagner leurs oixTioLaxa lentement, harrassés de fatigues, rompus à la suite d'une course souvent très laborieuse. C'est sur ces données qu'a été fait le plan (fig. 171) de notre nouvelle édition. Nous supposons qu'il y avait huit hangars de chaque côté de Vaphèsis. Les hellanodices siégeaient probablement à l'endroit désigné par la lettre H.

La disposition du stade (draStov) correspondait généralement à celle de l'hippodrome. On s'y exerçait de très bonne heure à la course; aussi lui donna-t-on une forme très longue, comme à l'hippodrome. Mais, comme les courses se faisaient ici sans le secours de chars, ni de chevaux, on pouvait se passer d'une longueur et d'une largeur excessive. Le stade avait ordinairement 600 pieds olympiques de longueur; c'est Hercule qui aurait fixé pour le stade d'Olympie cette mesure, qui devint plus tard l'unité de longueur et de distance chez les Grecs. Cependant, dans la suite, peut-être après l'introduction des courses plus longues, il y eut aussi des stades plus longs: le stade de Laodicée, représenté en perspective à la figure 170, avait 3oo mètres de long sur 27 seulement de large. On avait utilisé ici une inclinaison naturelle du sol, de manière à confiner les concurrents dans la vallée, pendant que les spectateurs se plaçaient tout autour sur le penchant de la colline, arrangée pour la cii-

constance et découpée en terrasses régulières^ qui servaient de sièges. MaiSj comme un site si favorable était très rare, on se vit souvent obligé de faire un monticule artificiel *, et d'environner la carrière d'un talus, comme nous l'avons déjà vu dans les hippodromes. Les stades ainsi organisés semblent avoir été les plus communs chez les Grecs. Pausanias en cite plusieurs^ composés d'un ywaa, tels que ceux de Corinthe, de Thèbes, d'Athènes, d'Olympie et d'Épidaure, et il ajoute, à propos du premier^ que la plupart des stades grecs étaient constitués de la même façon. Il est à peine besoin de faire remarquer que cette disposition primitive si simple n'empêcha nullement de donner plus tard au talus des stades un aspect artistique et imposant, et d'y établir des rangs de sièges tout en pierres. Si l'on veut savoir quel parti les Grecs savaient tirer ici de la configuration du sol et comment ils y déployaient les ressources naturelles de leur art, qu'on examine le stade de Messène, le plus beau, le plus important exemple, à coup sûr, de tous les stades grecs parvenus jusqu'à nous. Situé dans le quartier bas de la ville, il a conservé la forme naturelle du terrain (voy. le plan à la fig. 172; échelle = 100 mètres). L'arène aa n'était autre chose qu'une dépression naturelle du sol, que traversait un ruisseau. Les hauteurs qui limitaient cette plaine des deux côtés étaient converties en gradins au moyen d'un terrassement bb, mais on n'essaya même pas de faire un talus sur les côtés longs du stade pour leur imprimer une direction parallèle; on les couronna en revanche de portiques à colonnes et l'on pourvut de sièges tout en pierres l'extrémité arrondie de la carrière. Les portiques sont marqués sur le plan au point c; ils s'étendent d'un côté jusqu'au bout de la carrière, où ils sont arrêtés par la muraille de la ville k ; de l'autre, ils ne vont que jusqu'au point d, où, suivant un affaissement du terrain, ils se terminent à angle obtus. Ils se poursuivent à l'extré-

1 Au besoin, on se contentait d'une seule élévation pour les spectateurs. Pausanias raconte que, derrière le théâtre d'Egine, il y avait un stade garni de sièges d'un seul côté, et Ross nous apprend que le côté ouest du stade de Délos longeait une hauteur et que le côté est n'avait point de sièges, à l'exception d'une sorte de tribune d'environ 45 pas de longueur, qui était située au milieu et paraît avoir eu trois ou quatre rangs de gradins.

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mité opposée de la carrière , où ^ embrassant un espace carré, ils sont reliés entre eux au moyen d'un portique double ee. Celuici semble avoir forme l'entrée principale^ pendant que dans le mur entourant toute cette partie étaient pratiquées deux petites entrées latérales fg. Au milieu de ce péristyle surélevé se trouve l'hémicycle hh du stade, que les Grecs appelaient <7:p£v5ovri et quelquefois ôéaTpoVj à cause de son analogie avec l'emplacement des spectateurs dans les théâtres. Cet espace était spécialement réservé au jeu du disque j au pancrace ^ etc. C'est ici que se tenaientj à Olympie^ les juges du combat; à Messène aussi cet endroit était évidemment

arrangé exprès pour un public d'élite, et les seize rangées de bancs qui bordaient l'arène étaient tout en pierre. La colonnade fait

deux saillies ii^ "& qui forment une ~ belle limite architectonique de cet espace privilégié, dont la figure 173 (échelle = 70 mètres), représentant la coupe transversale du stade, permet de nous rendre compte assez exactement. En face de cette place d'honneur est situé, dans un enfoncement de la muraille

Fig. 172. — Plan du Stade de Messène.

FJg. 173. — Coupe transversale.

de la ville,, un édifice qui a sans doute servi à l'exercice d'un culte. Le stade d'Éphèse était tout en maçonnerie, sous les successeurs d'Alexandre; il semble dater de la période florissante de cette ville ou même des empereurs romains.

Quant à la barrière où la course commençait, et qui était tout aussi nécessaire dans le stade que dans l'hippodrome, elle était sans doute située, comme dans l'hippodrome, sur la ligne droite opposée à la sphendonè, tandis que la borne, qu'on retrouve également dans le sta.le, était placée dans l'enceinte de \di sphendonè o\x tout près d'elle. Le point de départ et la borne ont dû être marqués au moyen de deux colonnes, et, d'après une indication non équivoque, dans l'intervalle compris entre elles se dressait une troisième colonne. Ces trois colonnes déterminaient une ligne de démarcation, qui divisait le stade en deux parties égales, division indispensable dans les courses doubles et les courses de longue haleine; car dans les luttes de ce genre les concurrents étaient obligés de tourner autour de la borne, appelée aussi quelquefois vucTa, -cHpixa, etc., pour revenir au point de départ. C'est à cela qu'a trait sans doute l'indication mentionnée plus haut, que donne le scholiaste de Sophocle (El. 691), et d'après laquelle sur la dernière colonne était écrit le mot : xaa^ov (tourne !) ; sur les deux autres, les paroles d'encouragement : àp(aT£U£ (courage !) et q-kvjoi (dépêche-toi !).

Les stades dont les deux extrémités étaient en hémicycle exigeaient une disposition toute particulière. Ils paraissent appartenir à une époque ultérieure, et, dans beaucoup de cas, ils n'ont été probablement qu'une imitation des amphithéâtres romains. Le stade d'Aphrodisias, en Carie ^, dont la figure 174 représente le plan d'ensemble, est un beau spécimen de cette catégorie plus récente. Sa longueur est d'environ 269 mètres. Ici encore on a tiré parti de l'inclinaison naturelle du sol et l'on a creusé un peu le terrain, afin de gagner plus de place pour les gradins. Le tout, comme nous le montre la figure 175, est circonscrit par un mur, entrecoupé d'arcades richement décorées, par lesquelles quinze entrées publiques conduisaient dans l'intérieur de l'établissement.

1 Welcker considère cet édifice comme un hippodrome; mais le peu de largeur de la lice semble contredire cette opinion.

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