CHAPITRE XI
Sommaire. — Les vases d'argile. Où on les fabriquait et où l'on en trouve le plus grand nombre. — La fabrication des vases. — Le développement de la peinture sur vases. — Dénomination des différentes formes : les ustensiles à provisions et à mélanges, les ustensiles à puiser et à boire; la vaisselle de cuisine. — Ustensiles de pierre, de métal et de verre, objets de vannerie. — L'éclairage.
De tout ce que nous avons vu dans le chapitre précédent^ nous pouvons conclure que l'ameublement de la maison grecque a dû être bien plus simple que celui de nos appartements. Mais tous ces objets mobiliers^ si incomplète que soit leur image dans les bas-reliefs et dans les peintures sur vaseSj se distinguent toujours par une grande beauté de formes. Cet amour des belles formes^ joint au sens pratique et utilitaire des Grecs^ se manifeste surtout dans ces vases antiques qui servaient à conserver les corps solides ou liquides, destinés à l'usage domestique, ou bien décoraient, comme offrandes, les temples des dieux immortels.
LES USTENSILES. IqS
comme présents d'honneur les maisons d'habitation, comme souvenirs la demeure étroite des morts. Les demeures des dieux et des hommes ont, il est vrai, disparu, détruites par l'inclémence des éléments et par la main de l'homme; mais les dernières retraites que des mains amies avaient créées pour les défunts, dans le sein de la terre, ont pu échapper, du moins en partie, avec leurs trésors, à la destruction générale. C'est de ces tombeaux que proviennent, outre les nombreux objets ayant appartenu à la vie pacifique et guerrière des anciens, cette immense quantité de vases qui constituent aujourd'hui le principal ornement de nos musées. Occupons-nous d'abord de la catégorie des vases d'argile les plus communs. L'invention du tour des potiers date, sans contredit, de la plus haute antiquité, et comme les Grecs avaient coutume d'attribuer les inventions les plus importantes à certains personnages préhistoriques, il n'est pas étonnant que, dans les localités où la poterie florissait depuis longtemps déjà, ils en aient rattaché la fabrication à tels ou tels personnages de la fable. C'est ainsi qu'à Corinthe, Hyperbion passait pour être l'inventeur du tour des potiers, et que Keramos, tils de Bacchus et d'Ariane, était vénéré comme héros au Céramique, quartier des potiers, auquel il avait donné son nom. Outre Corinthe et Athènes, cette dernière ville surtout, qui, grâce à l'excellente terre ai-gileuse du cap Kolias, fabriquait le plus grand nombre d'ustensiles d'argile, Égine, Sparte, Aulis, Tenedos, Samos et Cnide fournissaient aussi de très bonne marchandise. C'étaient là, dans l'antiquité, les principaux centres de la fabrication des vases peints; de là, on les transportait dans les ports de la Méditerranée et de la mer Noire, pour ensuite les répandre dans l'intérieur du continent. S'il est permis d'admettre que des potiers grecs émigrèrent dans les colonies grecques de l'Italie méridionale et de la Sicile et y transplantèrent la fabrication nationale, il n'en est pas moins vrai que la Grèce proprement dite a toujours été l'usine maîtresse des produits céramiques ^ On se demande pourquoi ces vases si fragiles nous ont été conservés, pendant que les objets mobiliers ordi-
1 Voy. Les céramiques de la Grèce propre, par MM. Dumont et Chaplain. Paris, Firmin-Didot, 1881 (O. R.).
ige LA VIE ANTIQUE.
naires, souvent bien plus solides, ont presque entièrement disparu. Nous avons déjà implicitement répondu à cette question : la maison d'habitation détruite a entraîné la destruction de son aménagement intérieur, et les seuls meubles qui aient survécu à ce grand ravage des temps sont ceux qui avaient été serrés dans les souterrains, dans les chambres funéraires. Les anciens avaient la louable habitude d'imiter dans l'installation des tombes la demeure terrestre, de couvrir le défunt avec les armes et les habits qu'il avait portés de son vivant, et de garnir sa couche funèbre de ces vases précieux dont il s'était servi journellement, ou qui lui avaient été donnés, à titre de récompense honorifique, pour orner ses appartements. Nous devons à ce noble usage de posséder bon nombre de monuments de la plus haute importance: la variété de leurs formes, d'une part, est un témoignage éloquent de l'intelligence avec laquelle l'antiquité classique savait marier l'utile au beau idéal, et, d'autre part, les peintures dont ils sont décorés nous fournissent des indications fort intéressantes sur les idées religieuses, sur la vie privée et guerrière des Grecs. L'Italie est riche, entre toutes, en vases décorés avec beaucoup de luxe, qui ont été retrouvés dans un état de parfaite conservation. En Sicile, Gela et Agrigente (aujourd'hui Girgenti, renferment aussi beaucoup de vases d'art. Dans la basse Italie, les nécropoles des villes d'Apulie, Gnatia (Fasano), Lupatia (Altamura), Cœlia (Ciglia), Barium (Bari), Rubi (Ruvo), Canusium (Canosa) en renferment aussi un nombre considérable. On en trouve encore une assez grande quantité en Lucanie, notamment près des villes d'Anxia (Anzi), Paestum, Castelluccio et Eboli. Mais c'est surtout l'ancienne Campanie, avec les villes de Nola, Phlistia (Santa Agata de'Goti), Cumes et Capoue, qui est un vaste répertoire de superbes vases d'argile. Dans l'Italie centrale enfin, les nécropoles des vieilles villes étrusques, telles que Veii (Isola Farnese), Casre, Tarquinii, Vulci, Clusium (Chiusi), Volterrae (Volterra) et Adria^ en contiennent également en abondance, et il faut espérer que le hasard ainsi que des fouilles méthodiquement dirigées mettront encore au jour plus d'un monument intéressant.
Il n'en est pas de même de la Grèce et de l'Asie Mineure. La situation politique de ces contrées n'a malheureusement pas per-
misj Jusqu'à présentj de soumettre le sol à des recherches scientifiquesj presque dans aucune des localités où la civilisation avait été la plus florissante; aussi les spécimens de vases sont-ils assez rares icij et l'on ne rencontre guère que quelques petits vases à Athènes et à Égine^ des produits plus grands dans les îles de Thera (Santorin), de Melos (Milo) et de Rhodes. Pour finir cette nomenclaturej mentionnons les trouvailles faites dans les tumuli de l'ancienne Pantikapaion^ capitale du royaume du Bosphore, parmi lesquelles on voit^ outre différents objets mobiliers en métaux précieux et en bronze, une grande quantité de vases peints, d'une fabrication assez récente et que le mouvement commercial avait évidemment transportés de TAttique dans ce centre éloigné de la civilisation antique. De la même fabrication proviennent les amphores à deux anses, trouvées sous les ruines de la Pentapolis cyrénaïque et portant l'image d'Athèna, exécutée dans un style archaïque; on sait, à n'en pas douter, que ces vases avaient été décernés, en prix, dans les Panathénées; les inscriptions dont ils sont ornés* prouvent qu'ils appartiennent à la seconde moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Ce qu'il y a de certain, c'est que la Grèce proprement dite, et notamment l'Attique, peut être considérée comme la fabrique principale de vases peints, et que les produits de cette industrie étaient exportés, de là, en quantité incroyable dans les colonies grecques les plus éloignées et trouvaient ensuite des débouchés Jusque dans les pays des barbares. Si, de nos Jours, les fabricants donnent aux marchandises qu'ils livrent au delà des mers une forme et une couleur conformes au goût des nations destinataires, le négociant attique, rusé de sa nature, savait aussi flatter, dans la peinture des vases, le goût de ses clients barbares. La Grèce encombrait les marchés avec cet article, et elle n'avait à craindre de concurrence dangereuse pour cette sorte de monopole commercial que dans les endroits où se développa, suivant les modèles grecs, une peinture sur vases indigène.
Nous rattacherons à deux figures sculptées sur pierre tout ce que nous allons dire de la partie technique des vases antiques. La
1 TON AGENEOEN A0AON EMI [tûv 'AOtîvtiOsv aOXwv d^il] (O. R.).
iqS
première (fig. 229) représente un éphebe^ \étu d'un cliiton, qui enlève, au moyen de deux baguettes, du dessus d'un poêle gracieux, devant lequel il est assis, un vase à deux anses, sans doute tout fraîchement verni. L'autre (fig. 23o) nous fait entrevoir l'intérieur d'un atelier de poterie. Ici un potier, entièrement nu, semble donner à un vase déjà cuit le dernier coup de polissage avec un morceau de cuir à semelle; devant lui sont placées, pour sécher, sur un four construit comme un four de boulanger et fermé au moyen d'une porte, une écuelle et une coupe à boire. Pour compléter cette représentation, le lecteur pourra consulter les deux peintures sur vases publiées par Jahn*, et dont la première montre un potier se livrant à une occupation semblable à
celle de la figure 23o; l'autre, plus grossièrement travaillée , nous introduit dans l'intérieur de l'atelier, où l'on aperçoit le tour du potier et le four à cuire. Une bonne terre argileuse (y^ xapaaiTi^), rouge de préférence, était avant tout indispensable pour fabriquer les vases fins. Aussi Athènes était le centre de la poterie antique; le cap Kolias, en effet, situé dans son voisinage, contenait une mine inépuisable de cette terre. Pour imprimer une forme aux vases, on se servait déjà dans la plus haute antiquité du tour des potiers (xepatJLstoi; -zpoyôc). On modelait sur le tour les grands vases comme les petits, avec cette différence toutefois que, pour les premiers, on fabriquait presque toujours à part le pied, le collet et les anses, pour les adapter après coup à la panse; on dut procéder de la même manière pour les petits vases, lorsque leurs anses avaient des proportions inaccoutumées. Après avoir séché le vase à l'air, on le cuisait dans un four dont le potier réglait la chaleur suivant les besoins. Avant de le peindre, on traçait avec un stylet
Fig. 229 et 230. — Potiers grecs au Travail.
1 Rapports de la Société royale Saxonne des sciences (Berichte der kœK. sœchsischen Gesellschaft der ivissenschafteiH , VI, année i854, section historique, p. 27 et suiv..
très pointu les contours des ornements à exécuter, puis on remplissait cette esquisse avec de la laque noire très brillante dont il a été impossible jusqu'à présent, malgré de nombreux essais^ de déterminer la composition; le noir vif de l'objet représenté tranchait sur le fond rouge naturel de l'argile. Ou bien, au contraire, on recouvrait le fond rouge de cette laque noire jusqu'aux contours de l'ornement, de sorte que celui-ci, resté rouge, se détachait sur un fond noir. Le premier de ces procédés était le plus ancien; aussi les vases dont les peintures sont noires sur fond rouge doivent-ils être attribués à une époque plus reculée que les autres. Lorsqu'on voulait '(9/1/^:
obtenir un certain degré de perfection dans les plis des vêtements et dans les nus, on ménageait, dans le premiercas, sur
le fond rouge et sous la peinture noire, des creux très-délicats; dans le second cas, on gravait ces creux en noir. Le dessin gagnait ainsi beaucoup en finesse. Ensuite, afin que le noir et le vernis étendu sur la peinture se fondissent mieux avec l'argile, on cuisait les vases une seconde fois. D'autres couleurs, telles que le rouge sombre et le blanc si souvent employés, qui, comme on la reconnu après un sérieux examen, se décollent assez facilement, n'étaient appliquées qu'après cette seconde cuisson.
Vouloir faire l'historique du développement de la peinture sur vases serait peine perdue; ni les témoignages écrits de l'antiquité, ni les vases eux-mêmes ne nous fournissent aucun point de repère à ce sujet. Nous sommes donc réduits à considérer les différentes sortes de style comme indices caractéristiques d'une fabrication plus ou moins ancienne. Nous venons de dire qu'il faut rapportera l'époque la plus ancienne les peintures noires ou d'un brun foncé sur fond rouge pâle ou jaunâtre de l'argile; les figures noires sont alors rehaussées çà et là d'une couche légère de blanc
Fig. 231 à 235. — Vases de Style ancien.
OU de violet. Ces vases^ généralement petits et comprimés, sont entourés de bandes parallèles, remplies d'ornements, empruntés au règne animal ou végétal, ou de figures fantastiques ou enfin de différents motifs de décoration, artistement entrelacés (fig. 23 1 à 2 35). Le dessin, conforme à de vieilles traditions, a quelque chose de sec et de rigide; il a une grande analogie avec celui des vases découverts tout récemment dans les fouilles de Ninive et de Babylone ; on est donc bien fondé à reconnaître dans ce genre de peinture l'influence artistique de l'Orient sur les manufactures d'art de la Grèce. De même que^ dans les arts plastiques, le style purement hiératique n'empêchait pas certaines libertés de conception et d'exécution, de même, dans la peinture sur vases, le style archaïque subsistait longtemps encore après les progrès accomplis dans ce genre de peinture. Les premiers pas dans cette voie du progrès sont marqués d'abord par le mélange des figures d'animaux et d'autres ornements avec des figures moitié humaines, moitié animales, puis par la représentation de plusieurs personnages, appartenant pour la plupart à un cycle restreint de héros, enfin par des scènes de chasse. Mais ce qui distingue toutes ces figures, c'est une certaine raideur dans le repos et une certaine vivacité désordonnée dans le mouvement. Les mots écrits dans l'alphabet et dans le dialecte doriens qu'on remarque sur les vases de ce genre, ainsi que l'uniformité des détails techniques, quel que soit l'endroit où l'on a trouvé ces vases, en Italie ou en Grèce, leur impriment, pour ainsi dire, la marque d'une seule et même fabrique. Il semble que Corinthe, ville dorienne, renommée pour ses poteries et ses relations commerciales, ait été la place de marché la plus importante pour les vases de cette espèce; tandis que d'autres, portant des inscriptions dans l'alphabet et dans le dialecte ioniens, font supposer que les villes ioniennes de l'Eubée et leurs colonies furent le foyer principal de leur fabrication '.
1 Pour les diflérentes phases qui caractérisent la peinture sur vases, nous renvoyons le lecteur à l'excellente préface dont Jahn a fait précéder sa description de la collection des vases du roi Louis, dans la Pinacothèque de Munich (GXLVIII). Elle a souvent servi de base à nos propres considérations. Voyez aussi le mémoire de Jahn « Die Griechischen bemalten Vasen » , dans ses Popiilàre Aufsàt^e aus der Alterthumswissenschaft. Bonn, p. 307.
Dans les compositions à bandes horizontaleSj qui décorent les vases ioniens, les sujets mythologiques sont traités plus largement; on n'y voit pas seulement le cycle troyen, mais l'artiste y a développé des épisodes des plus anciennes épopées; il est à remarquer que chaque action est alors décomposée en plusieurs scènes qui sont mises, l'une après l'autre^ sous les yeux du spectateur. Cette dernière catégorie forme la transition à la seconde période de la peinture sur vases. La lourdeur^ la largeur écrasée qui caractérisent le premier groupe font place à des modèles plus gracieux, plus sveltes et bien plus variés. Les figures sont peintes en noir foncé et enduites d'un vernis brillant; mais^ comme exécution technique^ cette peinture ne s'écarte en rien de celle des périodes antérieures. Ici comme là^ l'espace compris entre les contours gravés au stylet est habilement comblé avec de la couleur noire^ les détails sont également incisés et^ pour produire un effet plus vif et plus agréable à l'œil, certaines parties des armes, des vêtements et du corps sont nuancées '
de blanc ou de rouge sombre; la peinture sur rcintme sm- vase
. , . , , , . de la Seconde Période.
vases parait avoir imite en cela la polychromie employée dans la sculpture et dans les arts plastiques. Les pièces de certaines armes, les broderies et autres enjolivements des habits, les cheveux, la barbe, les crinières des animaux, etc., étaient faits avec des traits d'un rouge foncé. Il était indispensable de varier les couleurs, surtout pour modeler les vêtements, car on ne savait pas encore manier le jeu des plis, et le costume, bien appliqué contre le corps, en suivait tous les mouvements. Le visage est toujours vu de profil; le nez et le menton sont longs et pointus, la bouche est serrée et les lèvres sont indiquées au moyen d'une simple ligne. Les mains et les pieds, généralement très longs, ne présentent aucune articulation; c'est tout au plus si le pouce, très écarté, se sépare de la main. Les épaules, les hanches, les cuisses et les mollets sont très proéminents, tandis que le buste semble rentré en lui-même (fig. 236). Le groupement des personnages est non moins défectueux. Le sujet qui préoccupe le peintre constitue à lui seul le nœud de la composi-
tion ; mais il n'y a aucun lien entre les personnages en action. Ces compositions^ auxquelles, d'ailleurs, on ne peut refuser une certaine tendance à la vérité naturelle, ont un caractère en quelque sorte narrateur, imité de l'épopée. Le sujet est emprunté tantôt au cercle des douze dieux, et ici reviennent le plus souvent la naissance d'Athèna, les exploits de Bacchus, etc., tantôt aux occupations de la vie journalière, telles que la chasse, les luttes, les sacrifices, les repas, etc. A cette série de vases appartiennent aussi la plupart des grands vases d'honneur des Panathénées, dont les peintures nous fournissent des renseignements très précieux sur les exercices et luttes gymnastiques.
La troisième classe dans la poterie grecque, c'est cette immense quantité de vases dont les figures tracées au poinçon sur le fond rouge de l'argile se détachent de la couverte noire et donnent, par cela même, à l'image un certain air de vie et de fraîcheur. Cette nouvelle manière dans la peinture sur vases semble s'être développée à une époque où l'ancien style était encore en usage; nous possédons, en effet, quelques vases où l'on remarque les deux styles sur les faces antérieure et postérieure; mais on a fini, avec le temps, par renoncer complètement aux figures noires. Le progrès libre rejeta peu à peu tout ce qui était de pure convention dans la composition, et nous voyons désormais, dans l'ensemble ainsi que dans les détails du dessin, une preuve incontestable que l'artiste a su se débarrasser des entraves de la routine pour créer en toute liberté des œuvres indépendantes de toute influence. Le développement des institutions politiques de la Grèce, l'extension de ses transactions commerciales, les progrès surprenants accomplis dans son domaine intellectuel, tout cela se reflète avec éclat dans les productions artistiques de ce peuple. Cet amour des formes idéales et ce sentiment exact de la mesure dans le beau n'étaient pas l'apanage exclusif d'une classe privilégiée; ces qualités maîtresses avaient pénétré dans le peuple entier; la plastique et la peinture sur vases, qui ne sont que des produits de l'art industriel, démontrent ce fait on ne peut mieux. Si l'on examine l'ensemble des nombreux monuments . qui composent ce troisième groupe, on y reconnaîtra aisément les progrès réalisés dans la manière de comprendre la peinture sur
LES USTENSILES. 2o3
vases. Au début on lutte encore avec les formes conventionnelles des temps primitifs. Les figures ont encore dans leurs contours quelque chose d'aride et de dur; les vêtements ^ quoique de'jà un peu mieux adaptés aux formes du corps, ne peuvent cependant pas se défaire encore de leur ancienne raideur, et l'on met encore un soin minutieux à l'exécution des détails, qui sont indiqués au moyen de traits noirs. Les muscles et les plis moins importants sont nuancés de couleurs sombres sur le fond rougeâtre de l'argile, et les couronnes, les bandelettes et les fleurs sont rehaussées d'un rouge foncé; le blanc est assez rare et l'on ne s'en sert que pour les cheveux des vieillards. Mais, en revanche, il y a plus de simplicité dans la composition, l'action est mieux concentrée, et, de même que dans les bas-reliefs des frontons des temples, les figures sont groupées avec une certaine symétrie et distribuées avec beaucoup de mesure sur l'espace donné. Les figures ellesmêmes ont un air de dignité grave et solennel; la grâce qui commande le mouvement manque encore, mais la tendance vers une manière libre et indépendante se manifeste déjà partout. Ce n'est donc pas sans raison que Kramer appelle cette phase la période du style sévère et la compare à ce style dans la plastique qui est connu sous le nom <X é ginétique . Le chemin vers la manière artistique et naturelle une fois ouvert, nous voyons la période dite du beau style remplacer celle du style sévère. Ici l'attitude des figures a perdu sa noblesse et son austérité ; mais il y a je ne sais quoi de vivant, de jeune, de beau et de gracieux dans le mouvement des personnages et dans les draperies, et partout on remarque une tendance évidente vers la délicatesse et l'élégance. Si les produits d'art purement manufacturiers pouvaient être mis en parallèle avec les œuvres du grand art, on ne se tromperait pas en comparant cette transition de la première période à la seconde au génie de Raphaël, sortant de l'école quelque peu sévère du Pérugin. Dans la peinture antique il y eut aussi, à en juger par les témoignages anciens, une transition analogue de l'école de Polygnote à celle des Zeuxis et des Parrhasius ; mais il ne nous reste aucun monument pour apprécier cette évolution à sa juste valeur.
En dehors de la composition, la forme extérieure des vases doit
attirer notre attention. Les coupes, les amphores à deux anses et les cratèreSj si nombreux dans le troisième groupe, sont d'un galbe léger et élancé; aJoutons-y les gracieux vases en forme de cornes (fig. 280 à 286), les têtes (fig. 227) et les figures entières qui servaient de vases. Cette variété de formes extérieures, le volume de plusieurs vases, notamment des amphores de luxe, et la facilité qu'on avait par là de les charger de figures, tout cela fit qu'on finit par négliger la composition. On s'écarta de la juste mesure, qui est la marque distinctive du beau style; on commença à surcharger les vases d'une ornementation exubérante, on se complut à représenter des draperies somptueuses, et l'on abusa du blanc, du jaune et d'autres nuances éclatantes ^ Nous voyons, à partir de ce moment, la peinture sur vases, dépassant les limites de la beauté, marcher à grands pas vers la décadence, comme les autres branches de l'art. C'est en Lucanie et en Apulie qu'on trouve le plus grand nombre de ces vases de luxe du style de la décadence; les figures 224, 225, 226 nous en donnent quelques exemples, dont nous examinerons en peu de mots les principales particularités. Les anses de l'amphore représentée à la figure 224, s'élèvent et tombent en volutes, décorées au centre de têtes de gorgones, sur un bord orné de raies de cœur, et se terminent dans le bas en têtes de cygne. Le collet du vase est couvert sur trois rangs de fioritures fantastiques, contenant au milieu des têtes de femmes; cette ornementation est assez fréquente dans les poteries du style de la décadence (voy. la fig. 226). La panse, limitée en haut par une double rangée de raies de cœur, en bas par une bande en méandres, est occupée, presque dans toute sa hauteur, par une magnifique décoration empruntée au cycle de Triptolème ; les personnages sont placés sur deux rangs, et l'on aperçoit au milieu du tableau Triptolème sur son char, attelé de dragons. La distribution sur deux rangs est une particularité qu'on retrouve sur plusieurs grands vases de cette époque. C'est ainsi que sont distribués les personnages de l'amphore, genre candélabre, dessinée à la figure 226; le corps principal, très svelte et reposant sur un pied relativc-
1 Voy. L'Elite des monuments céramographiques, par Ch. Lenormant et de Witte. Paris, Leleux, 1861 (F. T.).
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ment faible, fait supposer que c'e'tait un vase de parade. Au centre de la peinture se dresse une construction ouverte, autour de laquelle viennent se grouper, toujours sur deux rangs superposés, les différents personnages de l'action; cette décoration n'est pas rare non plus sur les vases de cette période. Le troisième vase enfin (fig. 225), qui figure Cadmus luttant avec le dragon, laisse apercevoir des bustes de dieux, émergeant, pour ainsi dire, au dessus de la composition centrale, de derrière les montagnes; c'est encore une composition propre au style qui nous occupe.
En ce qui concerne les sujets traités dans ce troisième groupe, le nombre en est bien plus considérable, grâce aux productions de la poésie lyrique et dramatique, grâce aussi au changement qui s'était opéré dans la manière d'envisager les faits mythologiques. C'est au cycle des héros de l'Attique que les épisodes des peintures sur vases sont généralement empruntés. La variété infinie dans la façon de traiter ces mythes témoigne que les oeuvres lyriques et dramatiques avaient profondément pénétré dans toutes les classes de la société grecque. Ce ne sont pas seulement les combats des Centaures et des Amazones et ks scènes tirées du royaume de Pluton qui caractérisent les peintures du style de la décadence; on eut aussi recours à la tragédie, qui inspira plus d'une fois les arts plastiques, et l'on ne se contenta pas de représenter telle ou telle situation tragique; on alla jusqu'à imiter les costumes bigarrés du théâtre attique. L'ensemble de la composition fait souvent un effet vraiment théâtral. Nous trouvons, en outre, bon nombre de scènes et de figures comiques où les sujets mythologiques fournissent matière à la parodie et à la caricature (voy. ces peintures au chap. XVII). Les peintures des vases apuliens et lucaniens ont cela de caractéristique qu'elles relatent des cérémonies du culte des morts, sujets d'origine purement grecque, mais qui ont été appropriés ici aux idées du moment et aux usages des populations de la basse Italie. Aussi pouvons-nous dire, avec Jahn, que nous sommes ici en présence d'œuvres d'art «dont les sujets, la conception et l'exécution technique ont été imaginés par les Grecs, mais repris en sous-œuvre et transformés par une nation étrangère... Les inscriptions témoignent aussi d'une fabrication propre à la basse Italie. Celle-ci semble disparaître après l'époque
2o6 LA VIE ANTIQUE.
d'Alexandre^ tandis que les vases du beau style sont sans doute de la période comprise entre Périclès et Alexandre.
Dans certaines localités de l'Étrurie on avait établi des ateliers de poterie où les artistes du pays fabriquaient^ d'après les modèles grecs, des vases à figures rouges. Mais ce qui les distingue essentiellement des vases purement grecs^ c'est que leurs contoursj profondément creusés^ étaient remplis de rouge et que l'argile était de qualité inférieure. Quant à la composition, on y remarquCj outre les inscriptions étrusques, un usage très fréquent de légendes et d'allusions aux coutumes locales.
Nous avons envisagé jusqu'à présent la peinture sur vases au point de vue de son développement historique. Maintenant, sans nous arrêter aux différences de style, nous allons classer les vases suivant l'usage auquel ils pouvaient servir et suivant les formes que nécessitait cet usage* nous essayerons, en même temps, de leur donner autant que possible les noms qu'ils portaient dans l'antiquité. Les écrivains *, il est vrai, nous ont laissé une riche nomenclature qui, aidée de quelques inscriptions, permet de reconstituer les noms authentiques de telle ou telle espèce. Mais nous n'avons aucune donnée certaine pour appeler de leur véritable nom le plus grand nombre de vases, et les tentatives de Panofka, tendant à établir une nomenclature raisonnée, ont rencontré de vives contradictions parmi les archéologues. En tout cas, les anciens avaient pour les différentes sortes ou ordres de vases des appellations génériques, correspondant à leur destination, et une appellation spéciale pour chaque sous-ordre en particulier' cette terminologie technique était probablement plus savante que celle de la céramique moderne. Il ne faut pas oublier en outre que la même forme changeait de nom selon la localité, et que la mode aussi la débaptisait quelquefois. Nous nous sommes donc bornés à réunir quarante et une formes de vases les plus caractéristiques (voy. fig. 287 à 277, n^^ i à 41); dans ce nombre on pourra ranger en sous -catégories la quantité innombrable d'autres formes de vases que renferment nos musées.
Classons d'abord les ustensiles, d'après l'usage auquel ils étaient
1 Surtout Athénée et PoUux (O. R.).
cTestinéSj en ustensiles à provisions^ ustensiles à mélanges et ustensiles à puiser. Parmi les premiers^ qui servaient à conserver des liquides^ tels que le vin^ rhuile, le miel et l'eauj le pithos (7rî6oç) occupe la première place^ à cause de son volume. C'est un vase sans pied, à panse épaisse d'argile, se terminant tantôt en pointe^ tantôt à plat. Dans le premier cas, il était assez petit et on l'enfonçait sans doute dans la terre, pour qu'il pût se tenir en équilibre; dans le second, au contraire, il était de grandes dimensions et pourvu d'un large orifice. La capacité du grand pithos équivalait certainement à celle de nos grandes barriques de vin; les pithoi, par exemple, qui étaient placés dans les caves de Gallias, à Agrigente, contenaient cent amphores de vin, et pendant la guerre du Péloponnèse la population pauvre qui s'était réfugiée dans la ville installa sa demeure dans des tonneaux de cette espèce, qu'on appelait quelquefois Tiiôaxvat. En mythologie, le pithos des Danaïdes et celui où se cacha Eurysthée sont très renommés; celui qui servait de maison à Diogène est célèbre dans l'histoire. Le stamnos (cxatji.vo(;) ressemblait sans doute au pithos, bien qu'il fût plus petit et plus facile à déplacer (voy. le n** iS, que Panofka et Gerhard désignent sous le nom de stamnos, et le n» 40, que Panofka appelle lékanè et Gerhard stamnos apulien). Le bikos (,3ïzo;) doit appartenir à la même famille. On conservait dans ces récipients du vin, de l'huile, des figues et des salaisons. Mais nous ne savons pas du tout quelle était la forme de ces tonneaux que les anciens appelaient up/r) et ttutiv/i; on ne peut pas non plus déterminer au juste la forme du xaûoç, un récipient assez grand pour le vin, à moins qu'on ne veuille le classer dans la catégorie des amphores. La forme de l'amphore (à,acpop£u;)^, vase à deux anses (ô éxatépcoOev xotià xà wxa ûuvâasvoç t&spetjOat) qu'on rencontre déjà dans Homère, est connue, grâce à ses nombreuses représentations dans les peintures sur vases, dans les bas-reliefs, sur les monnaies et sur les gemmes. Les amphores sont des vases à panse plus ou moins grande, à deux anses, à collet tantôt long, tantôt court, avec un orifice proportionné à la panse (n°3 20-23); elles reposent souvent sur un pied, mais souvent aussi (n° 22)
^ 'AtA'fopî'J? pour à[j.'i'.ç)op3'j;, qui se trouve chez Homère (O. R.).
elles se terminent en pointe tronquée, de sorte que le vase devait être appuyé contre le mur ou posé sur un socle. La variété que nous pouvons constater dans le grand nombre d'amphores parvenues jusqu'à nous consiste dans la structure des
Fig. 237 à 277. — Formes diverses de Vases.
ansesj toujours en rapport avec la forme plus ou moins déliée ou comprimée du vase, ainsi que dans l'évasement plus ou moins large de l'orifice. A cette classe appartiennent les vases de prix des Panathénées, dans lesquels les vainqueurs recevaient l'huile de l'olivier sacré, et qui, même à l'époque où le beau style brillait de tout son éclat, portaient les peintures archaïques à figures noires sur fond rouge. — Nous plaçons à côté de l'amphore
ïhydria (urtpîa) et la kalpis (xa^Triç) [n°s 16 et 17]. Ces deuxexpressions paraissent s'appliquer à une seule et même forme de vase à panse assez bombée et à collet court; on devine aisément à quel usage ils étaient destinés, à en juger par plusieurs peintures de vases où des jeunes filles portent sur la tête des cruches de ce genre pleines ou vides. Ce qui les caractérise surtout, c'est une troisième anse, fixée au milieu de la panse; cette anse permettait de plonger plus facilement le récipient dans l'eau, et surtout de le soulever pour le poser sur la tête. Le diminutif hj'driske (GSptaxv)) désignait sans doute des vases imités des grandes hydriai et destinés à contenir de l'huile sacrée. Le krossos (xpo^acoç, xpwcdç, xpojffciov) était usité pour conserver du vin ou de l'eau, quelquefois aussi comme urne funéraire. Sa forme se rapprochait peut-être de celle de VhydiHa ; mais il nous est impossible d'indiquer à coup sûr le krossos parmi les types connus. Le lagpios (Xayuvo;) passe pour avoir été un récipient pour le vin, à grande panse et à collet long. Gerhard le compare au fiasco moderne d'Orvieto; il se peut que le lagynos clisse, que Suidas appelle cpXaaxi'ov, ait été le modèle primitif de nos bouteilles et flacons. Le kothoti (xtoOojv) était usité en voyage, et notamment par les soldats en campagne; c'était une bouteille portative, à goulot étroit, à panse assez forte et avec anses ; elle avait cet avantage que, grâce probablement à l'emploi d'une argile spéciale, l'eau potable se débarrassait contre les parois intérieures de ses parties bourbeuses. Telle était aussi la petite bouteille nommée bombylios (Sot^-BuXioç , ^o\).^\i\r) ; le liquide coulait de son goulot étroit goutte à goutte et faisait entendre, comme le pr,c7iov ou fir^uda des Alexandriens, un certain glouglou. Nous ne chercherons pas à savoir si les petites bouteilles à anses (n» 3 7) que Gerhard et Panofka baptisent du nom de bombylios correspondent bien à la forme désignée sous ce nom par les Grecs. — On conservait l'huile sacrée d'abord dans les lécythes (Xvi'xuOoi), qu'on trouve déjà mentionnés dans Homère; des peintures sur vases et quelques spécimens du genre nous en ont transmis la forme authentique (no 33). L'huile qu'ils contenaient servait à assouplir les membres pour les exercices dans les palestres ou après le bain; on versait aussi de cette huile sur les tombeaux. Le type
de ces récipients est presque partout le même. Comme l'huile ne devait couler que goutte à goutte, le goulot était étroit, et le liquide produisait un bruit (Xaxeïv, XaxâCeiv) semblable à celui du bombylios. C'est l'Attique qui fabriquait le plus grand nombre de ces ustensiles^ indispensables aux hommes et aux femmes; de là ils se répandaient au loin dans le monde. — Quant à la forme de Yolpè {ol-KT,, oXt.ol, o).7riç), qui servait également à la conservation de l'huile sacrée et qui était employée spécialement par les Doriensj nous n'avons aucun renseignement à ce sujet. D'après la version d'Athénée^ X œnochoè semble avoir reçu à l'origine le nom (Xolpè; c'est pourquoi on comprend que Panofka ait appelé olpè et Gerhard œnochoè le vase du n° 26^ et que ce dernier ait vu une olpè modèle égyptien dans le n" 27 : les deux formes appartiennent évidemment à la famille œnochoè. Nous sommes mieux renseignés sur la forme de Valabastron («Àa^Sactpov, dXâîiaaTov). C'est un petit flacon cylindrique, un peu rétréci vers le collet, de manière que les onguents parfumés qu'il contenait ne pouvaient en être versés que goutte par goutte. Tous les exemples qui nous restent se ressemblent, à part la variété de volumes, quant à la forme; il n'y a guère de différences que dans les peintures et dans la matière dont ils sont faits. Une peinture murale, représentée dans le chap. XIII, et qui est connue sous le nom de noces aldobrandines^ nous fera voir l'usage de ïalabastron. Le terme général de cratère (xpatv^p, xpvjTïip, de xepâvvujAi) s'applique à tous les ustensiles à mélanges usités dans les repas et dans les libations. Quant à leur forme, que le temps et le goût public ont maintes fois modifiée, nous la connaissons exactement, grâce aux peintures sur vases et à certains bas-reliefs, où ils paraissent souvent et concordent parfaitement avec les spécimens existant encore de nos jours (n» 24; voy. fig. 224 et 278. Le cratère, destiné à renfermer de grandes quantités d'eau et de vin, à moins que le mélange ne fût effectué que plus tard dans les récipients à boire, devait être forcément un vase à grande panse, avec un collet proportionnellement large. Deux anses sur les côtés en facilitaient le transport, lorsqu'il était vide, et un pied, composé de plusieurs parties et reposant sur une base étendue, lui donnait une assiette solide. Les différentes épithètes, telles que lesbien.
argolique^ corinthien et laconien, qu'on ajoutait aux cratères, pourraient, sans contredit, trouver place dans nos collections de vases; mais nous ne sommes pas en état de classer les divers modèles d'après ces dénominations. Les u7roxpr,Tvipia étaient de grands plats unis, qu'on mettait, comme on fait de nos soucoupes, sous les cratères, pour recueillir le liquide débordant. Le ^jyuxxr'p, vase où l'on rafraîchissait le vin non mélangé, semble avoir appartenu à la famille des cratères; ses dimensions étaient très variables, et Ton voit, dans certains cas, des buveurs vider des (|/uxT9)p£(;, relativement petits. Suivant Pollux, ce vase s'appelait aussi oïvoç, et reposait, non pas sur un pied, mais sur des dés ou sur des boutons. On croit qu'il avait la forme d'un seau et qu'il ressemblait un peu au kalathoSj corbeille à ouvrage des dames grecques; aussi le désigne-t-on quelquefois sous le nom de xaÀaOoç. Il y a, dans nos collections, beaucoup de vases de cette espèce auxquels on pourrait appliquer les noms de 'j/uxTr^p et de Sïvoç.
Rangeons dans la série des vases à puiser d'abord tous ceux qui sont connus sous les noms d'àputaiva, apuTir/oç et àpuSxXXoi;. Ces trois termes sont dérivés d'apuoj*, racine qui indique que ces ustensiles étaient destinés à puiser des liquides. ]Jaryballos, dit Athénée, était élargi dans le bas et rétréci au collet, comme une bourse dont les cordons sont serrés. On rencontre un très grand nombre de ces vases dans nos musées (n^^ 34 et 36). On cite également assez souvent ï aryballos , Varytaina ou Varysanè parmi les ustensiles de bain, comme ayant servi à conserver des parfums. — L'œnochoè (oîvo/^dï-,) , le choiis {yw<C)j le prochoiis {Tzpôypuq) et V epichysis (iTrij^uatç) servaient, comme leur nom l'indique, à puiser et à verser les liquides, notamment le vin. Ces vases, à une seule anse et de dimensions très variées, ont une certaine analogie avec nos théières ou nos anciennes pintes à café; la lèvre de l'orifice est tantôt simple, tantôt très gracieusement contournée. Cette espèce est assez fréquente dans les collections antiques (n"* 26-3 1). Certaines peintures nous font connaître l'usage auquel ces vases étaient destinés; ainsi la figure 278 nous donne une peinture où un éphèbe, agenouillé à droite,
* Ou plutôt àpuTw, qui est la forme attique (O. R.).
puise, avec Vœnochoè, du vin dans un cratèrCj pour en remplir un ustensile à boire que lui tend un autre éphèbe. — Si Voi?iochoe était spécialement employée pour puiser du vin, le jprochous semble avoir servi plutôt comme pot à eau. Mais nous n'avons pas de données exactes pour bien distinguer les deux espèces; car, d'après Athénée, ce vase a changé de forme et de nom dans le cours des temps. Le vase appelé primitivement -slix-q se nommait -/oùç plus tard. La TrEXtxv) ressemblait, comme forme, aux vases panathénaïques; mais elle a dû prendre plus tard la forme del'cRiiochoè, telle qu'elle était usitée dans les fêtes panathénées. Au temps d'Athénée, la pèlikè n'était qu'un vase de parade, emplové dans les marches solennelles ; l'ustensile à puiser le plus commun à cette époque ressemblait à Varytaina et s'appelait
c lions. Le kotyle (xotuXv], xo'tu- Xoç) était usité comme mesure de capacité pour les objets liquides et solides, et parfois aussi comme ustensile à boire ; ainsi les Athéniens, emprisonnés dans les carrières de Syracuse, recevaient un kotyle d'eau et deux kotyles d'aliments par jour^. C'était une sorte de Jatte profonde, à deux anses, à pied bas (voy. le no4, que Panofka appelle kotyle et Gerhard skyphos , et le n° 7, nommé kotylos par Panofka et kotyle par Gerhard). Plusieurs kotyles, munis de couvercles, étaient quelquefois unis entre eux et rattachés à une seule anse commune ; les ustensiles de ce genre sont encore en usage de nos jours chez les paysans de l'Allemagne du centre. Athénée donne au vase composé de plusieurs kotyles le nom de xs'pvoç (fig. 279). L'élégance de sa forme fait supposer qu'on l'employait comme ustensile de table, pour conserver différents assaisonnements. — Le kyathos (xuaOoç) était indistinctement un vase à puiser ou à boire. Semblable par la forme à nos tasses, avec cette différence que son anse, beaucoup plus haute, dépassait le bord de l'orifice,
1 Le kotyle, comme mesure de capacité, était la douzième partie du y;oijî, lequel contenait 3 litres, 28 (O. R.).
Fig. 278. — Vase Cratère.
afin d'empêcher les doigts de tremper dans le liquide, ce vase figurait dans les grands festins, tant que la cojçpoauvr] régnait encore parmi les buveurs; il ne faisait place à de plus grands ustensiles que lorsque la gaîté dégénérait en orgie.
Cette dernière forme d'ustensiles à puiser constitue déjà une transition aux vases à boire ^ et ici nous remarquons la phialë, le kymbion et la kjrlix, qui appartiennent à la même famille. La phiale (tpiaXr,) d'abord était une écuelle plate, sans anses et sans pied, dont le fond, un peu bombé, comme dans un bouclier, s'appelait 6i^.cpaXo;. On se servait des petites phiales pour boire; les grandes étaient usitées dans les libations et les lustrations. Si elles étaient en métal précieux, on les donnait en prix aux vainqueurs dans les jeux publics ou bien on les plaçait comme offrandes dans les temples. Le kymbion (xufj.pi'ov, >cijij.pvi), employé à table ou dans lesTîBations, était sans doute un vase profond, bien long, sans anses et semblable, par la forme, à une nacelle; on n'en trouve, que nous sachions, aucun exemple dans nos musées. — La kylix (xûXt;), coupe à deux anses, reposant sur un pied très gracieux (n» 8), est très ré- ^. „,^ ^ ^ ,
^ c" \ / } p,g 279, — Kotyles.
pandue; on la rencontre dans toutes nos collections d'antiquités. La kylix argienne se distinguait de l'attique en ce que, son orbe étant un peu recourbé en dedans, avait une périphérie plus petite que la panse. Il y avait dans l'antiquité des xuXixEç appelées théricléiqiies ; nous ne chercherons pas à savoir si ce nom leur venait de peintures représentant des figures d'animaux, ou bien du potier Thériclès, qui, au temps d'Aristophane, jouissait à Corinthe d'une certaine réputation dans la fabrication de ces vases. D'après la description d'Athénée, la coupe théricléique était caractérisée par une grosse panse, par deux anses courtes et par des motifs d'ornementation sur l'orbe supérieur. La seconde espèce des coupes à boire est le skyphos (ocu-f-oç), que nous voyons à la figure 278, dans la main droite d'un éphébe, qui, de la gauche, tend une kjylix. Semblable à une grande tasse, le skyphos avait tantôt un fond plat et une petite base dorique (no 6), tantôt il se terminait en pointe (no 41) et était presque toujours pourvu de deux petites
anses horizontales appliquées sous l'orbe même. Les gens du peuple s'en servaient à l'origine pour boire; ainsij par exemple, Eumée tend un skyphos à Ulysse; mais plus tard on le voit figurer sur les tables. Les anciens distinguaient les différentes formes j propres aux différentes localités^ en skyphoi rhodiens, béotiens, syracusains et attiques. — Si le skyphos est généralement considéré comme la coupe d'Hercule, le xavôapoç, coupe à vastes anses et reposant sur un pied élevé, était préféré, dit-on, par Bacchus et par les personnages du thiase bachique (n» 12). On rencontre ces deux divinités avec leurs coupes respectives dans les peintures sur vases et dans les œuvres plastiques. Le kantharos primitif était bien plus grand que celui de l'époque ultérieure ; nous en avons la preuve dans un passage d'Athénée, où il est dit que les nouveaux kantharoi étaient si petits, qu'il semblait qu'ils fussent destinés non pas à faire boire le vin, mais à être bus eux-mêmes. — Le karchesion (xap/^-zifftov) est le plus ancien de tous les ustensiles à boire. C'était, suivant Athénée, une coupe oblongue, un peu renflée au milieu de la panse et pourvue d'anses qui descendaient jusqu'en bas. Nous ne pouvons affirmer si le karchesion avait un pied ou une simple base plate ( n° 11). Mentionnons encore la double coupe homérique (SÉTra; àfjLcpixuTiïXXov), qui était également connue plus tard, comme il ressort d'un passage d'Aristote (Hist. anim., IX, 40). On peut aisément s'imaginer la forme de cet ustensile '; mais nous doutons que, parmi les nombreuses formes de vases antiques que contiennent nos musées, il s'en trouve une seule à laquelle on puisse même approximativement appliquer le nom de coupe double. Façonné d'ordinaire en métal précieux, le Ss'îtaç dtxcpi}cuTrc)i>vov a subi, sans doute déjà dans l'antiquité, différentes transformations, conformes au goût et au sentiment artistiques du moment.
Nous terminerons ce paragraphe en donnant un choix de dessins (fig. 280 à 286, ûj bj c, d, e,/, g), représentant ces cornes à
1 D'après Aristote, c'est une coupe dont le pied forme une autre coupe, tournée en sens inverse; d'autres anciens expliquaient autrement le mot (i(jLcpixû;i£ÀXov, voy. Athénée, XI, 482 e (0. R.).
boire (xÉpai;, ^uTdv)^ si gracieusement modelées en argile ou en métal, et qui étaient usitées dans les banquets. La corne était dès la plus haute antiquité un ustensile à boire, surtout chez les peuples barbares; c'est ainsi qu'Eschyle fait boire les Perrhœbi dans des cornes d'argent à orbe d'or et, dans le repas que le Thrace Seuthès offre à Xénophon, on verse le vin aux Grecs dans des cornes. Dans les peintures sur vases on rencontre souvent aussi des Centaures et des Bacchus avec des cornes à boire. Un goût plus raffiné a transformé la corne en rJvyton, ustensile imitant la courbure de celle-ci et terminé en tête d'animal, artistement travaillée. . Les rJiyta ont reçu différents noms , suivant les bêtes qu'ils représentaient, tels que ypu'} (fig. h), ).(ixoç (fig. c), ovo?, /jULtovoç (fig. e), xâ-
-pOÇ (fig.gf), sXsOaÇ, ITTTTOC,
Taûpo;, etc. (voy. au chapitre XVII, une peinture sur vase, où un buveur vide dans une coupe le vin d'un rhyton à tête de panthère [7rapGa>tç]). On vidait le rhyton d'un seul trait, et peut-être, pour le remplir, le plaçait-on sur un appui (Ô7rô6r,u.a, 57TO7ru0p.T'v, TrspiaxeXt;), comme cela se voit sur un vase en argent de Bernay. Il résulte, entre autres, de la peinture cidessus mentionnée que le rhyton avait probablement dans l'intérieur de la gueule de l'animal une soupape qui s'ouvrait et se fermait à volonté, et par où le buveur laissait couler un filet de vin, qu'il recueillait dans une coupe.
Ajoutons aux vases destinés à contenir le vin et l'huile les outres (àc/.o'i;) en peau de bête, cousues et ficelées, comme celles dont on se sert encore de nos jours dans l'Europe méridionale et en Orient. Dans les bas-reliefs on les aperçoit souvent sur le dos de Faunes et de Silènes, et même en céramique certains petits vases à vin ou à huile ne sont qu'une imitation de ces outres. Nos collections renferment beaucoup de ces modèles (Levezow, Gai.
Fig. 280 à 286. — Cornes à boiie.
2i6 LA VIE ANTIQUE.
des vases, etc.^ tab. IX^ n° 189), et il se peut que les nombreux vases à anses (fig. 287 à 277, n» 32) que Gerhard appelle àaxoç ne soient qu'une imitation analogue.
Quant à la batterie de cuisine grecque , il n'en reste, à l'exception de quelques plats, presque aucun vestige. La maison d'habitation anéantie entraîne la destruction de la grosse batterie de cuisine, d'argile surtout, qu'on ne plaçait pas, d'ailleurs, dans les chambres funéraires, où elle n'avait pas de raison d'être. Nous renvoyons donc le lecteur aux ustensiles de cuisine romains^ pour l'étude desquels les fouilles de Pompéi ont fourni de précieux matériaux. La cJiytra C/uTpa) ressemblait à notre marmite à deux anses. On y faisait cuire les brouets, les légumes et la viande; c'est elle qui contenait les prémices qu'on offrait au commencement du repas aux divinités domestiques et à Zeus Herkeios, ainsi que dans les consécrations de temples et d'autels. Parfois la chytra était pourvue de trois pieds (fig. 287 à 277, n" 38); d'ordinaire elle reposait sur un trépied (yrurpoTrouç, Xacavov), surtout lorsque le vase avait une forme ovale qui nécessitait cette disposition. Homère déjà parle de grandes marmites à trois pieds (TpiTroos!;)^ dont on seservait principalement pour chauffer l'eau des bains. Le Xé^Sr,?, ustensile généralement d'airain, pourvu aussi de trois pieds, était en tout point analogue à la chytra; ces deux vases, façonnés tantôt en airain, tantôt en argent ou en or, sont souvent mentionnés parmi les richesses que renfermaient les trésors des temples. On voit sur un camée (Panofka, Bilder antiken Lebens, tab. XII, n" 5) un grand lebes, mais sans base, où deux Jeunes gens s'apprêtent à faire cuire un porc, pendant qu'un troisième allume le feu sous l'ustensile. Nos musées possèdent quelques exemplaires de plats ; ils sont tous d'un travail massif, et les poissons d'eau douce et de mer que représentent leurs peintures indiquent suffisamment leur usage; de là le nom d't/Ouai qu'on leur donnait.
N'oublions pas enfin, parmi les ustensiles de ménage, la baignoire. Dans Homère déjà apparaissent des baignoires d'argent ou de pierre polie (àcaaivOoi), assez grandes pour contenir une personne. Plus tard ces asaminthoi semblent disparaître, pour faire place à de grands bassins, simulant une coupe supportée par un
OU plusieurs pieds (ÀouT^peç, Xounîpia, fig. 287) et alimentée par un conduit d'eau pratiqué dans le mur. On rencontre de ces bassins, sous différentes formes, dans les peintures sur vases qui représentent des scènes de bain. On appelait yokviiprfip^^ ttusXoç et [^.âxxpa de grands bassins qui pouvaient contenir même plusieurs baigneurs; on les installait dans des salles de bain privées et publiqueSj ou bien on les construisait en maçonnerie dans le sol, ou bien on les creusait dans le roc vif et quelquefois en pierres audessus du sol.
Jusqu'ici nous nous sommes occupés principalement des ustensiles d'argile; il nous reste à ajouter quelques mots sur les ustensiles de métal, de pierres précieuses ou ordinaires et de verre; il s'en présente beaucoup, comme objets d'utilité ou de parade. En règle générale, il faut le remarquer, les noms donnés aux ustensiles d'argile s'appliquent aussi à ceux qui sont faits d'autres matières. La différence essentielle entre les premiers et les seconds, c'est que dans ceux-ci, les peintures ont été remplacées par des œuvres plastiques des plus variées. Parmi les pierres employées ici, nous voyons en première ligne l'albâtre, qui, par la délicatesse de sa couleur et sa température toujours froide, si propre à la conservation des onguents, se prêtait on ne peut mieux à la fabrication de ces gracieux flacons à parfums, désignés à la page 210, sous le nom d'alabastron ; il servait aussi, mais moins souvent, à la fabrication de coupes à boire. Ces produits sont souvent façonnés au tour avec une habileté admirable; ainsi, par exemple, il y a, au Musée de Berlin, un alabastron dont les parois ont l'épaisseur d'une feuille de papier fin. L'onyx et l'agate étaient également employés dans la fabrication des flacons à parfums et des ustensiles à boire de petites proportions. Mithridate VI Eupator avait dans son trésor deux mille de ces objets en onyx, que Lucullus emporta comme butin à Rome. Malheureusement la rigueur des temps nous a conservé bien peu de ces précieuses œuvres d'art; celles qui, dans le nombre, méritent une
Bassin pour Bains.
2l8 LA VIE ANTIQUE.
mention toute particulière^ sont: le calice de MantouCj que le duc Charles de Brunswick a laissé en héritage à la ville de Genève, et qui avait appartenu autrefois aux Gonzague, puis un vase à onguents d'onyx et d'agate^ que possède le Cabinet I. R. de Numismatique et d'Antiquités à Vienne, enfin un vase en onyx du Musée antique de Berlin; tous les trois sont décorés de bas-reliefs plus ou moins remarquables. Citons encore les deux modèles d'onyx des musées de Vienne et de Naples. Le plus beau couple de vases en onyx d'Orient est celui du Cabinet de Numismatique et d'Antiquités de Vienne; il mesure 28 V^ pouces de diamètre, les anses comprises. Apporté en Occident par les Croisés, après la prise de Constantinople, il devint la propriété de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et passa ensuite à Vienne après le mariage de Marie de Bourgogne avec l'empereur Maximilien le"". Les ustensiles de dimensions plus grandes, notamment les cratères et les urnes, étaient faits de marbre blanc ou coloré, de porphyre et de métal; nous possédons encore aujourd'hui un grand nombre de ces vases, rehaussés de superbes décorations en relief. Ce sont surtout les cratères qui, pour bien indiquer leur destination, portent sur la panse des attributs de Bacchus, groupés avec beaucoup de goût, des masques de Silène, des ustensiles à boire, des instruments de musique, etc., le tout au milieu d'une riche ornementation empruntée au règne de Flore et de Pomone; les anses et le pied, gracieusement modelés, s'harmonisent très bien avec l'ensemble. Les écrivains de l'antiquité et les inscriptions antiques mentionnent fréquemment ces magnifiques cratères de métal. Achille proposait en prix aux lutteurs à la course un cratère d'argent, œuvre des artistes de Tyr; Crésus consacrait entre autres offrandes, au sanctuaire de Delphes, un cratère d'or et un d'argent; ce dernier, d'une capacité de six cents amphores, sortait des ateliers du fondeur Theodoros de Samos; les Samiens avaient offert à la Junon d'Argos un immense cratère d'airain, reposant sur trois statues colossales à genoux. Parmi les offrandes du Parthénon, il y avait aussi un grand nombre d'ustensiles en or et en argent. Les plus célèbres ciseleurs grecs, tels que Kalamakis, Akragas, Mys, Stratonikos, Antipater, Pytheas, qui, suivant Pline, ne travaillaient que l'argent et l'airain, se plaisaient à
exercer leur talent dans cette branche de l'art^ et les vases sortis de leurs ateliers étaient très estimés^ même à une époque assez récente, par les collectionneurs romains d'antiquités. On peut dire que tous ces vases, excepté les flacons à parfums et les petits ustensiles à boire, servaient comme objets de luxe dans les maisons riches, comme ex-voto dans les temples et comme ornement des frontons de certaines constructions ou des stèles de tombeaux; de même chez nous les vases précieux se donnent à titre de présent d'honneur ou de prix dans les courses; on les emploie, en outre, pour décorer nos appartements, pour orner les pilastres et les colonnes ou les monuments funéraires.
L'art de fabriquer des ustensiles de verre n'a été importé qu'assez tard des pays orientaux, notamment de l'Egypte en Grèce. Du moins les ustensiles de verre, fabriqués avec ce qu'on appelait la pierre fusible (Xi'Oo; ■/uTv-j), étaient, dans les premiers temps, appréciés au même degré que ceux qui étaient faits de métaux précieux. Si plus tard l'usage d'ustensiles et de bouteilles de verre se répandit dans toute la Grèce, la fabrication du verre grec ne paraît avoir jamais atteint la perfection de celle de l'Egypte et de Rome. C'est pourquoi, en décrivant les vases romains (chap. XXIV) , nous reviendrons encore une fois sur cette branche d'industrie.
Rangeons encore au nombre des ustensiles de ménage les vases clisses, dont nous pouvons étudier les diverses formes et le clayonnage élégant dans les sculptures de l'antiquité; nous leur en avons emprunté quelques modèles, représentés aux figures 288 à 293, a, bj c, d, e, f. Le kalathos (x-a/Moz, xcàublq, xaÀaOîaxoi;), corbeille où l'on mettait la laine pour les ouvrages de tapisserie
Fig. 288 à 293. — Objets de Vannerie.
et de broderie et qui parfois était destiné à recevoir des fleurs et des fruits^ se rencontre le plus souvent dans les peintures sur vaseSj qui retracent des scènes de la vie journalière des femmes grecques (a); il se peut qu'on ait donné aussi le nom de kalathos à la corbeille pourvue d'une anse et dessinée en b. Pour le pain et la pâtisserie fine on se servait pendant les repas^ déjà au temps d'Homère^ de corbeilles (jt-ivEov^ xavouv)^ rondes ou ovales , assez basses et munies d'anses (c). On employait encore quelquefois le kaneon pour les offrandes^ comme celui qu'on voit à la figure c; il est rempli de grenades^ de branches sacrées et d'amandes. On sait que dans les fêtes solennelles d'Athèna (Panathénées) et dans celle de Bacchus^ des jeunes filles choisies dans la plus haute noblesse d'Athènes marchaient dans la procession, portant sur la tête des corbeilles semblables^ qui contenaient des gâteaux bénits^ de l'encens et le couteau du sacrificateur; de là leur nom de kanèphores (xavY)^opoi). La plastique ancienne aimait à représenter les femmes jeunes dans cette gracieuse attitude ; la kanèphore de PolyclètCj fondue en airain et celle de Skopas^ sculptée dans le marbre^ étaient très-renommées dans l'antiquité. — Le panier, désigné sous le nom de c-'jpîç dans lequel on transportait surtout le poisson, avait probablement la forme plate du kaneon; il est hors de doute que les paniers plats dont se servent encore aujourd'hui les pêcheurs des contrées méridionales, pour transporter le poisson du rivage de la mer au marché, ressemblent à la spuris des anciens. On trouve, en outre, dans les sculptures antiques, différents ustensiles en osier, usités dans l'agriculture; tel est, par exemple, le panier, représenté à la figure d; il est extrait d'une peinture sur vase, où un homme du peuple porte sur les épaules deux paniers semblables, attachés à une barre; telle est aussi la hotte de la figure y, remplie de grappes de raisin, tel encore un panier genre amphore (fig. e), où un jeune garçon verse du moût de vin: les deux sujets sont empruntés à un bas-relief, représentant une vendange. Les anciens savaient déjà si bien tresser l'osier qu'il ne laissait pas filtrer le liquide, nous en avons une preuve dans le dessin de la figure e, ainsi que dans ces paniers à fromage du cvclope Polyphème (TaXapo; ttXsxto;), mentionnés par Homère et où le lait caillé se transformait enfro-
mage^ qui séchait ensuite sur une claie {■zy.ç,(j6ç), pendant que le petit lait s'égouttait lentement. — Enfin on tressait le jonc ou le roseau pour en faire des nasses à pécher (xupxo;)^ qu'on voit figurer comme emblème de la ville maritime de Byzance sur le revers d'une médaille^ frappée sous l'empereur Macrin (voy. Dumersan, Descr. des médailles ant. du cabiiiet de feu M. Allie)- de Hauteroche, pi. IIIj n° 8). La fameuse peinture sur vase^ représentant le pesage du silphium^ (Panofka^ Bilder antiken Lebeiis, tab. XVI^ n° 3) contient de ces paniers grossièrement tressés. Athénée nous apprend qu'on imitait le clayonnage fin dans les objets en métaux précieux.
Pour éclairer et chauffer les appartements^ les Grecs se servaient déjà au temps d'Homère de vases ou bassins à feu (Xau-T-^pst;) j reposant sur de hauts piliers et qu'on remplissait de bûches de bois sec ou de copeaux résineux (oaosç). Les esclaves en retiraient et mettaient sur le plancher le bois carbonisé et alimentaient la flamme avec de nouveau combustible. On emploie de ces corbeilles à feu fixées à une barre encore de nos jours^ dans la Russie méridionale, pendant les voyages de nuit et aux Indes, dans les cérémonies nocturnes. Quant aux torches résineuses (oxioojv 6-ô XatxTToaevawv), qui étaient composées de morceaux de bois de pin longs et minces, reliés au moyen de bandes de liber, d'écorce de roseau ou de papyrus, l'usage en était très-commun dans la plus haute antiquité (fig. 296). Les Grecs faisaient aussi des torches^ appelées lophis (Ào-^t?), avec l'écorce des sarments de vigne; la salle du palais d'Alcinoûs était éclairée par ces torches, que tenaient dans la main des statues d'or, placées sur des piédestaux. A côté de ces torches faites de morceaux de bois, on remarque dans les peintures sur vases, le plus souvent entre les mains de Dèmèter ou de Perséphonèj un autre genre de brandon, formé de deux petits
Fig. 294 à 29G.
Flambeaux.
1 Le cQ/i'.ov ilaserpiciiim) était une plante fournissant un condiment très recherché par les Athéniens du temps d'Aristophane et s'employant aussi dans la médecine; Cyrène en exportait une quantité considérable en Grèce (O. R.).
Fig. 297.
Flambeau.
morceaux de bois, disposés en croix et fixés à une tige (fig. 295). Il est incontestable que la torche composée de morceaux de bois a servi de modèle à ces étuis à flambeaux en métal ou en argile qui avaient la forme d'une trompette et dont la surface était toute unie ou simulait les brandons liés avec des rubans ou des anneaux^ pendant que l'intérieur était rempli de substances résineuses. Lq ^hanos ((pavdçj çavr,) était une autre sorte de flambeau: qu'on se figure plusieurs tiges de bois^ solidement liées ensemble et trempées dans la poix^ la résine ou la cire; on les mettait dans un étui de métal^ fixé au milieu d'une espèce de pot de terre ("/ÛTpa), qu'on plaçait le fond en haut ou en bas (fig. 294). Ce pot servait ^K ,^ à recueillir le charbon qui tombait ou la résine qui
coulait. On pouvait tenir les phanoi à la main ou^ si le manche de l'étui (/.auXô;;) se prolongeait beaucoup^ on les posait sur un pied (^aai;) (fig. 297); on les appelait alors lampter ou lychnouchos (XafjtTrrr^p, Xu/voû/o;). Ces luminaires élevés donnèrent naissance aux candélabres sous toutes leurs formes^ portant tantôt des vases à feu^ tantôt des lampes à huile dont il sera question avec plus de détails au chap. XXIVj que nous prions le lecteur de consulter. Il est impossible de dire au juste à quelle époque l'usage des lampes à huile a été introduit en Grèce; il est certain toutefois qu'il y en avait déjà au temps d'Aristophane. Ordinairement en terre cuite ou en métal^ les lampes grecques' ont la forme des lampes romaines. Ce sont des vases pour la plupart hémisphériques et pourvus de deux ouvertures; parl'une^ située généralement au milieu du vase^ on versait l'huile ; l'autrCj pratiquée dans le prolongement de la lampCj formant une espèce de bec ((xuxTvip) était destinée à recevoir la mèche (OpuaXXt'ç^ èXXuyviov, ■sfkou.ôii). Dans
Fig. 298. — Lampe.
^ Le nom de la lampe grecque est Xu'/vo;; le mot Xa;j.7:â; veut dire torche (O.R.).
le petit nombre des lampes grecques parvenues jusqu'à nous^ nous en avons choisi deux, qui se distinguent par leur élégance; l'une (fig. 298) a une forme ordinaire; l'autre (fig. 299) est une klinè, sur laquelle repose un enfant; les deux sont d'argile^ la seconde est peinte. — Pour éclairer les rues quand on sortait la nuitj on avait l'habitude, à Athènes, d'employer des torches ou des lanternes consistant en lampes à huile qu'on mettait dans l'intérieur de cornes transparentes (Xuyvoùyoç). — Les étincelles qui couvaient sous la cendre du foyer, les Grecs et les Romains les gardaient soigneusement; car il s'en servaient pour allumer le feu. Mais les anciens avaient aussi imaginé pour cet usage un mécanisme spécial, composé de deux morceaux de bois, dont l'un taillé en vilebrequin s'enfonçait dans l'autre (cTopsuç, Ic/apa) et produisait la flamme par le seul effet du frottement. Théophraste dit que le meilleur bois pour allumer ainsi le feu était le noyer ou le marronnier.
Fig. 299. — Lampe.
Fig. 300. — Charpentiers vêtus d'une Exomi