CHAPITRE XII. LE COSTUME
Sommaire. — Le costume: le cliiton, le double chiton, diplols. — Uhimation, le tribonion, la chlamys. Les étoffes; la couleur des vêtements et leur garniture. — Les couvre -chef d'hommes. — Comment les hommes portaient les cheveux. — Les chapeaux et les coiffures de femmes. — La chaussure. — Les parures, les miroirs, les bâtons.
Dans le chapitre qui va suivre^ nous étudierons le costume grec. Nous aurons à examiner en détail les différents effets d'habillement créés soit par les exigences du climatj soit par les convenances ou la mode^ ainsi que les coift'ureSj la manière de porter les cheveux et la chaussure^ enfin les nombreuses parures, que l'amour du luxe avait fait naître. Malheureusement ici encore, comme dans l'étude de la poterie, nous sommes en présence d'une sérieuse difficulté: c'est que les monuments artistiques nous présentent une quantité de formes qui, dans beaucoup de cas, ne concordent pas avec la nomenclature que nous ont laissée les écrivains de l'antiquité. Par conséquent, ici comme là, nous serons obligés parfois de ne pas chercher dans ces monuments la preuve à l'appui de telle ou telle dénomination et inversement.
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sij dans les sculptures^ nous rencontrons certaines formes, nous serons peut-être forcés de renoncer à trouver le nom qui leur appartient. Avant de passer à la description des différents objets de toilette, faisons cette remarque générale que le vêtement grec était très-simple et très-naturel, comparativement à celui de nos jours. Il y avait à cela deux raisons principales: d'abord la douceur du climat méridional, qui engageait les habitants à éviter le superflu dans l'habillement, puis le sentiment du beau, grâce auquel le peuple grec a su repousser l'idée fausse et étrange qu'on se fit plus tard des convenances extérieures, idée qui commandait de serrer tout le corps dans des vêtements trèsajustés. Les Grecs^ par leurs exercices en plein air, assouplissaient de bonne heure et fortifiaient leurs membres; leur corps, libre de toute entrave, se développait librement et tendait à la beauté. Ils ne rougissaient pas d'offrir à la vue ces membres bien proportionnés et bien équilibrés, comme le plus bel ornement de la forme humaine. Il en a été ainsi dans la vie ordinaire, et, partant de ce point de vue, l'artiste grec, en traitant le costume, n'a jamais manqué d'observer cette juste mesure de la beauté.
Tous les effets d'habillement que nous aurons à examiner se divisent en deux catégories principales: les IvS^aata, c'est-à-dire des vêtements qu'on portait en guise de chemise, et les £7ripAvi[i.aTa ou TrspipÀr^uaxa, terme qui indique les surtouts, qu'on mettait sur le corps nu ou qu'on jetait, comme un manteau, sur les endymata. Weiss, dans ses recherches fondées sur des essais pratiques {Kostiimkiinde I p. 703), nous a donné le véritable trait caractéristique du costume grec: "Les Grecs, dit-il, en ce qui concerne le vêtement, s'en sont toujours tenus, à toutes les époques de leur histoire, à cette pièce d'étoffe oblongue, plus ou moins grande, dont ils se servaient comme d'une chemise et comme d'un manteau. Toutes les transformations que leur costume a subies dans le cours des temps, proviennent de la manière dont cette pièce quadrangulaire a été employée, ainsi que des changements qu'on a fait éprouver à son tissu et à son ornementation, »
Le chiton (/.ncov), sous ses différentes formes, était ïendyma des hommes et des femmes, c'est-à-dire le vêtement de dessous, qui couvrait directement le corps. Il est probable qu'on n'avait
pas l'habitude de porter sous le chiton rien qui correspondît à notre chemise; quant aux expressions [xovo/îtcov et (x/i'twv, elles signifient évidemment que^ dans le premier cas, on portait le chiton sans Vhimation, dans le second, Vhimation sans le chiton. Qu'on se figure une pièce d'étoffe oblongue, pliée en deux et entourant le corps de sorte qu'un bras passe dans l'emmanchure pratiquée sur le côté fermé, et que les coins supérieurs du côté ouvert soient attachés sur l'épaule au moyen d'une boucle ou d'un simple bouton; de ce côté, par conséquent, le vêtement est entièrement ouvert, c'est tout au plus si les extrémités des deux pans sont reliées ensemble, quelquefois une couture réunit les deux pans depuis la hanche Jusqu'en bas. Tel était le chiton. Il était serré autour des reins par un ruban ou une ceinture, et, comme sa longueur gênait les jambes, on le raccourcissait à volonté en le retroussant par dessus cette ceinture. Le personnage dessiné à la figure 3oi porte un chiton sans manches, attaché sur les épaules avec des aiguillettes; c'est un guerrier, extrait du bas-relief d'une belle urne funéraire attique, représentant un Athénien qui, partant en guerre, fait ses adieux à sa femme et à son enfant. Ce vêtement en étoffe de laine était particulièrement usité chez les Doriens. Les Athéniens, qui avaient d'abord adopté le chiton un peu long, porté par les Ioniens en Asie Mineure, semblent l'avoir remplacé, vers l'époque de Périclès, par le modèle court des Doriens. Souvent on ajoutait à ce dernier des manches courtes, couvrant à peine le haut du bras ou des manches plus longues, allant jusqu'à l'articulation de la main; dans le premier cas, c'était un vêtement qui ressemblait tout à fait à nos chemises de femme. Deux divinités des vents, Skiron, vent du nord-ouest, et Borée, vent du nord, qui ornent la tour octogonale des vents à Athènes (fig. i65), sont habillées avec ce chiton à manches longues, qui certainement a été importé en Grèce de l'Orient efféminé; tel est aussi l'habillement du pédagogue du groupe des Niobides, dont
Pig. 301.
Athénien
vêtu d'un Chiton sans
Manches.
LE COSTUME
les bras, il est vrai, ont été restaurés. Quant au cliitun à manches courtes, on le rencontre très-souvent dans les différents monuments sur les femmes et sur les enfants. On dit que les hommes portaient le chiton sans manches sous la forme indiquée à la figure 3oij c'est-à-dire sur les deux épaules et que ce costume était la marque distinctive des citoyens libres. Les esclaves au contraire, ainsi que les gens appartenant à la classe laborieuse, auraient porté un chiton à une seule emmanchure pour le bras gauche, pendant que le bras droit et la moitié de la poitrine restaient entièrement dénudés. Ce genre de chiton s'appelait exomis (liwjjiiç); on le trouve principalement sur le corps d'Hèphaestos, de Dédale, ainsi que des ouvriers proprement dits, des pêcheurs et des bateliers, dont le travail manuel exigeait l'usage libre du bras droit. Nous voyons à la figure 3oo le dessin d'un bas-relief, où deux charpentiers en bâtiments sont couverts d'une exomis: c'est peut-être le maître Argos et un de ses apprentis, qui équipent le vaisseau Argo sous la direction d'Athèna. Deux charmantes statuettes de jeunes pêcheurs, l'une au British-Museum de Londres, l'autre au Museo
Borbonico de Naples (Clarac, Musée n^^SSi, 882) nous montrent également ce costume pittoresque.
Le chiton des femmes doriennes était, comme forme, exactement le même. Il était simple, court, ouvert en haut des deux côtés, retenu par une agrafe sur les épaules et retroussé à la ceinture jusqu'à la hauteur du genou; on aperçoit ce vêtement sur deux statues du Louvre, qui représentent des jeunes filles attachées au service de l'Artémis de Karyœ, portant sur la tête une parure en jonc (ca)aa) ^, sorte de corbeille, et exécutant une danse solennelle en l'honneur de la déesse (fig. 3o2j. Quoique le chiton bien retroussé, qui laissait à découvert la moitié du buste et que nous
Fig. 302.
remme vêtue d'un Chiton
1 Dorien pour ar^Xia (attique TTjXîa) (O. R.).
venons de désigner sous le nom d'exomis^ tut généralement réservé aux hommes, dont le travail nécessitait une entière liberté du torse^ nous le retrouvons cependant aussi chez les femmes^ notamment sur cette belle statue du Vatican, appelée l'Amazone dansante (Mûller, Denkmœler \, n» i38)^ ainsi que sur plusieurs statues d'Artémis et autres images de cette déesse, qu'on rencontre dans les œuvres plastiques ou sur les monnaies. Il y a une troisième espèce de chiton de femme long, tombant jusqu'aux pieds et à peine retroussé à la ceinture; nous le connaissons d'après une peinture sur vase, reproduite au chap. XVII et où des jeunes filles et des jeunes gens dansent en rond, les premières vêtues du chiton long, les seconds du chiton court.
Cette dernière façon du chiton long pour femme a donné naissance plus tard au double chiton. Pour faire celui-ci, on prenait une pièce d'étoffe large et oblongue, qu'on laissait entièrement ouverte d'un côté, comme le chiton d'homme dorien décrit plus haut. Ce vêtement, qui avait une fois et demie la longueur du corps, était porté de manière que le surplus de l'étoffe, rabattu à la hauteur du cou, retombât sur le dos et sur la poitrine; l'extrémité rabattue de cette draperie formait l'encolure et ses coins étaient réunis sur l'épaule gauche ; on apercevait ainsi du côté ouvert une partie nue du corps (fîg. 3o3). Sur l'épaule droite les bords de l'étoffe étaient également retenus au moyen d'une boucle et le bras passait ici dans l'ouverture comprise entre cette boucle et les coins correspondants de la draperie.
Telle était aussi la forme du chiton à moitié ouvert, dont le côté ouvert était cousu depuis la ceinture jusqu'à la cheville. La statuette de bronze représentée à la figure 804 nous fait parfaitement comprendre cette disposition: c'est une jeune fille, qui est en train d'agrafer sur l'épaule droite les coins du côté demiouvert du chiton j déjà attaché sur l'épaule gauche; il est très facile de reconnaître que toute la robe, y compris la partie rabattue, est faite. d'une seule pièce.
Fig- 303. — Femme vêtue d'un Chiton long.
LE COSTUME
A côté du chiton entièrement ouvert et à moitié ouvert vient se placer le chiton double fermé (jyiwi •jroSvipYiç)^ qui descend jusqu'à la pointe des pieds. C'était un vêtement beaucoup plus long que le corps et fermé complètement des deux côtés; il semblait emprisonner^ comme dans un étuij la femme qui le portait. De même que dans le chiton de la seconde catégorie, le surplus de l'étoffe était rabattu à l'extérieur, puis le bord supérieur du rabat était remonté jusqu'à la hauteur des épaules et ses deux extrémités attachées avec
Flg. 304. — Femme vêtue d'un Chiton à demi-ouvert.
des boucles sur les épaules; les
bras passaient dans l'ouverture
comprise entre les boucles et la couture. Une ceinture (Çowiov , (TTpo'.ptov) serrait le chiton à la hauteur des hanches et permettait de relever cette robe traînante de manière à laisser apercevoir la pointe des pieds; au-dessus de la ceinture, le vêtement produisait une quantité de plis plus ou moins longs, d'un effet très pittoresque (xoXtoçj. Il est probable
Fig. 305. — Femme vêtue d'un Chiton, et d'une DiploXs.
que les Grecs donnaient le nom de Snt>.oiç et oittàoioiov au rabat
dont nous avons parléj et que nous apprendrons à connaître tout à l'heure comme une pièce d'habillement séparée.
Afin de bien faire voir la tournure élégante et artistique du double chiton ferméj nous avons choisi deux monuments dans la période la plus brillante de la plastique grecque. La figure 3o5 représente une femme (hauteur de l'original 26 centim.)j dont les bras et les pieds sont malheureusement très mutilés et qui court d'un pas accéléré. Elle lève vers le ciel un regard suppliant comme si elle implorait le secours des dieux contre une bête féroce^ qui a déjà saisi dans ses griffes sa robe flottante^. Quelle grâce dans cette composition!
Comme ce chiton aux plis multiples et cette diploïSj qui retombe ici plus bas que la ceinturCj suivent bien tous les mouvements du corps! Avec quelle délicatesse l'artiste a su adoucir la violence du mouvement par je ne sais quoi de calme et de posé dans le jeu des plis! Voyons maintenant une de ses superbes statues de jeune fille, qui supportent la toiture du portique sud de l'Erechtheion (fig. 3o6; voy. fig. 48 et 49). Dans une
Fig. 306.
Costume d'une Caryatide
de l'Erechtheion.
attitude pleine de sérénité et de grandeur j la kanèphore , véri-
1 Derrière cette robe flottante on reconnaît, à n'en pas douter, la patte puissante d'une bête fe'roce; c'est pourquoi nous avons adopté l'interprétation ci-dessus, que donnent certains archéologues. Nous repoussons l'hypothèse, d'après laquelle cette statuette représenterait une thyiade, brandissant un thyrse, et cela pour deux raisons, d'abord parce que le double chiton, couvrant tout le corps, est un vêtement trop décent pour une bacchante, et ensuite parce qu'on ne remarque pas dans les cheveu.^ de cette statue les feuilles de vigne, qui distinguaient les thyiades.
LE COSTUME
table image de la jeunesse attique^ soutient le gracieux entablement. Le kolpos retombe sur la ceinture en plis agencés avec une charmante symétrie et la mouvante diploïs descend doucement de l'épaule sur le torse. Malgré l'extrême placidité que les règles architectoniques imposaient à la posture du corps et à la forme du vêtement^ l'artiste^ évidemment doué d'un sens exquis de la beauté, a néanmoins su imprimer le mouvement à sa statue; pour s'en convaincre on n'a qu'à jeter un coup d'œil sur la jambe droite^ un peu pliée^ qui imprime aux plis droits du chiton une légère flexion^ ainsi que sur la charmante draperie de la diploïs qui garnit ici tout le torse jusqu'au kolpos.
Les principales modifications du chiton, provoquées par la mode, consistaient dans les différentes manières de porter le diploïdion ; tantôt il descendait jusqu'au sein , tantôt jusqu'aux hanches; on l'attachait sur chaque épaule avec une boucle, ou bien^ rassemblant les bords de devant et de derrière, on les étendait jusqu'au coude et on les réunissait de distance en distance avec des boutons ou des agrafes. On entrevoyait ainsi le bras nu dans les intervalles compris entre les boutons, et le chiton sans manches avait l'apparence d'un chiton à manches (fig. 3ii). — En séparant entièrement le diploïdion du chiton^ on forma un élégant surtout^ qui^ jeté sur le chiton serré à la ceinture, ne fut qu'une copie fidèle de la diploïs proprement dite. C'est à ce surtout que les Grecs donnaient probablement le nom à'ampechonion (àjATC/oviov). Les caprices de la mode ont fait subir aussi à ce vêtement bien des modifications; ou bien on le fermait sur les côtés, (il ressemblait alors à une camisole), ou bien on le laissait ouvert à gauche et à droite^
Femme vêtue d'un Ampechonion.
1 Des quatre caryatides qui se trouvent sur le devant du monument, les deux qui sont à droite du spectateur plient légèrement le genou gauche ; les deux autres, placées à gauche du spectateur, plient légèrement la jambe droite. (O. R.).
en prolongeant les extrémités pendantes dans toute la longueur du chiton (fig. 307). Cette dernière disposition n'était possible que lorsque Y mnpechonion était au moins trois fois plus long que large. — Outre les deux vêtements dépeints ci-dessus on rencontre quelquefoisj dans les oeuvres plastiques^ des femmes portant un chiton plus court sur le /tTwv Troo/ipr,?, qui touchait terre. — Nous dépasserions les limites assignées à ce livre si nous voulions étudier en détail tous les changements que la mode a introduits dans le costume des femmes et que nous pouvons constater dans les sculptures antiques. Les peintures sur vases nous donnent une image
plus fidèle de l'habillement ordinaire que les costumes idéalisés des oeuvres plastiques; en examinant ces peintures, on remarque un nombre infini de vêtements qu'on peutj dans la plupart des caSj ramener aux formes essentielles des endy- 77iata de femme^ que nous venons de décrire.
Après les endymata, arrivons aux £7:i[îXrj[;LaTa OU TiepipXïifxaTK, c'est-à-dire à ce genre de vêtements qu'on jetait sur les épaules en guise de manteaux. Nous avons déjà fait remarquer quej dans ces vêtements de dessus^ comme dans ceux de dessous, la forme oblongue était la seule usitée, et c'est ce qui les distinguait précisément de la toge romaine. Voici comment se portait cette espèce de manteau, qu'on appelait himation ((,aâttov) : un de ses coins, passant sur l'épaule gauche, était retenu sur la poitrine avec le bras gauche; alors l'étoffe appliquée sur le dos venait recouvrir tout le côté droit y compris l'épaule, ou bien elle descendait sous le bras droit, de manière à laisser entièrement à découvert ce bras et l'épaule droite. Enfin on rabattait de nouveau l'étoffe sur l'épaule gauche et une de ses extrémités tombait dans le dos. Les deux personnages en manteaux des figures 3o8 et 309' qui sont empruntés à des peintures sur vases, nous font voir cet himation
Fig. 308 et 309.
Personnages Têtus d'un Himation.
LE COSTUME
couvrant tout le corps et tel que l'exigaient les mœurs élégantes du temps (svtôç i-}\m /tl^a i-/eiv). Les hommes et les femmes le portaient indistinctement. Une terre cuite d'Athènes (fig. 3iq) nous montre une femme enveloppée dans un de ces manteaux. Comme elle est entièrement couverte, y compris la téte, excepté le visage, on suppose que cette statuette représente une chaste Athénienne, se promenant dans les rues de la ville; d'après von Stackelberg ce serait une fiancée.
Mais il y avait certainement quelque chose de plus pittoresque dans cette espèce à'himation, où le bras droit restait découvert; on rencontre cet habillement surtout dans les œuvres plastiques, comme à la figure 3 1 1 . Pour les statues , qui devaient avoir un air de dignité et de grandeur, les artistes choisissaient volontiers ïhimation à cause de ses plis multiples; car ce vêtement prétait beaucoup à l'exécution artistique. Nous en avons la preuve dans le Bacchus barbu du Vatican, vêtu d'un /z/m^fzon sévèrement drapé; le même vêtement couvre tout le côté gauche et la partie inférieure du corps des belles statues d'Asklèpios des musées de Florence et du Louvre; le Zeus assis sur son trône, au musée Pio Clementino, porte aussi un himation^ dont un coin repose sur l'épaule
gauche et qui retombe en plis innombrables sur les genoux du dieu. Les femmes jetaient Vhimation sur leurs épaules avec une certaine nonchalance et les artistes le représentaient avec une grande liberté de facture. Les hommes portaient ce vêtement suivant une règle consacrée par l'usage, règle que le sexe féminin ne semble pas avoir suivie. Peut-être le costume des hydriaphores qu'on aperçoit dans la frise du Parthénon était-il le plus communément employé par les femmes attiques. En tout cas, il fallait une longue habitude pour donner au port de Vhimation une allure pittores-
Fig. 310. — Atliénienne vêtue d'un Simation fermé.
Fig. 311. — Femme vêtue d'un Himation ouvert.
que; de nos jours encore les peuples des contrées méridionales ont un talent particulier pour disposer avec art autour de leurs corps le manteau plissé et même la courte casaque. Mais les Grecs avaient coutume de coudre de petits poids dans les coins de Vhimation, afin de mieux draper les plis et d'empêcher l'étoffe de glisser le long des épaules.
Distinguons de Vhimation un autre surtout, beaucoup plus petit et également oblong^ qu'on appelait xpi^wv ou Tpipojviov et qui était généralement adopté dans les villes doriennes par les éphèbes et les hommes mûrs, pendant que le chitoti était prescrit aux jeunes garçons jusqu'à l'âge de douze ans. Cet habillement fut introduit à Athènes en même temps que les
mœurs rigides des Doriens. Jusqu'à l'époque de la guerre du
Péloponnèse, le costume exclusif des jeunes
Athéniens était le chiton; arrivés à l'âge d'é-
phèbeSj ils l'échangeaient contre la chlamys
(/Xa(Auç), importée de la Thessalie ou de la
Macédoine. C'était encore une pièce d'étoffe
oblongue qu'on jetait sur l'épaule gauche, en
retenant sur l'épaule droite, au moyen d'une
agrafe, les bords du côté ouvert; des poids,
cousus dans les coins, tiraient vigoureusement
cette robe dans le sens vertical. La chlamys
était le véritable manteau de guerre et de
voyage. La statue de Phocion du musée Pio
Clementino nous donne un exemple de ce costume (fîg. 3 12), que portent dans les monuments d'art surtout Hermès, Castor, Pollux,
l'errant Ulysse, enfin différents guerriers et
cavaliers qu'on remarque dans les bas-reliefs
de la frise du Parthénon.
Quant aux étoffes dont on faisait les vêtements, nous avons déjà
dit plus haut que la laine était la plus usitée chez les Doriens, la
Fig. 312. — Phocioa vêtu d'une Chlamys.
LE COSTUME. 235
toile chez les Ioniens^ et que les habits de laine étaient portés principalement par les hommes. Mais^ comme le changement des saisons exigeait des tissus plus ou moins forts et pelucheux^ les anciens distinguaient^ comme nous, les vêtements d'hiver des vêtements d'été. Pour les costumes de femmes, on employait, outre la laine et la toile, le byssos, tissu fait avec les fibres de certaines plantes. Nous ne reproduirons pas ici toutes les investigations et toutes les hypothèses sur l'étoffe ou les étoffes que les anciens désignaient sous le nom de byssos; cela nous mènerait trop loin : ce qu'il y a de vraisemblable, c'est que ce nom s'appliquait à un tissu de coton. Une étoffe qui ressemblait beaucoup au byssos , sauf qu'elle était probablement beaucoup plus fine, c'était celle qu'on fabriquait spécialement dans l'île d'Amorgos, et qui servait à la confection de ces fameux costumes transparents de femmes appelés xà 'A[JiopYiva; elle était sans doute tissée avec les fibres d'un lin très fin et avait, en tout cas, une grande analogie avec nos mousselines et nos toiles de batiste. L'introduction de la soie en Grèce date sans contredit d'une époque ultérieure, tandis qu'en Asie l'usage en remonte jusqu'à la plus haute antiquité. On importait ce produit du fond de l'Asie, tantôt en cocons, c'est-à-dire non dévidé, tantôt déjà tissé. Les vêtements de soie tout faits semblent avoir reçu le nom de c/ipixa, tandis que ceux que les Grecs fabriquaient eux-mêmes avec les matières premières ([^éta^a, [AaTa;a) s'appelaient pojxSuxiva. Des filatures de soie avaient été établies d'abord dans l'île de Kos; c'est de là que passaient dans le commerce ces fines soieries à fleurs, plus transparentes encore que les tissus d'Amorgos. Les sculpteurs et les peintres grecs ont souvent vêtu leurs personnages de ces étoffes moelleuses, serrant de près le corps et laissant, grâce à leur transparence (siaaTa SiatpavYî), entrevoir la couleur de la chair et les veines; c'est là que se révélait leur goût artistique et l'habileté de leur main. Remarquez, par exemple, ce chiton qui, ramassé en plis innombrables, couvre la partie supérieure du corps de la plus jeune fille de Niobé, laquelle, agenouillée, cherche sur le sein de sa mère un refuge contre les traits mortels d'A.rtémis. Dans la peinture nous trouverions, à l'appui de notre dire, quelques preuves parmi les peintures murales de Pompéi.
Quant à la couleur des vêtements^ certains archéologues ont prétendu que le blanc était généralement usité en Grèce et que les habits bariolés y étaient considérés comme un indice de mœurs légères; mais cette opinion a été victorieusement réfutée (Becker, Charikles, 2'=éd., 1II, p. 194). On peut admettre que^ dans les costumes genre manteau, désignés plus haut sous le nom d'epiblemata, le blanc prédominait presque toujours. Aujourd'hui encore les peuples orientaux portent le burnous blanc de laine pour s'abriter contre les rayons du soleil, mais aussi le manteau brun fait de la laine non teinte des moutons bruns. De même les Grecs aimaient à se vêtir de manteaux blancs et d'autres de couleur foncée^ et il est incontestable que les costumes bigarrés de l'Orient furent adoptés du moins par les populations riches de la Grèce. Si le blanc primait toutes les autres nuances dans les toilettes de3 femmes respectables, les autres nuances n'en étaient pas entièrement exclues. C'est ce qui ressort non seulement des témoignages écrits de l'antiquité^ mais aussi d'un grand nombre de petites statuettes peintes en terre cuite et de plusieurs lécythes, trouvés dans les tombes attiques et qui sont décorés de figures habillées. Bien que le feu ait modifié un peu le ton primitif de la couleur, du rouge surtout, on peut néanmoins le reconnaître assez aisément. Ainsi, dans la peinture sur vase du chap. XVIII représentant un sacrifice funéraire, la femme de gauche est vêtue d'un chiton jaune safran (xpcxcuxâ), qui imite peut-être la nuance du byssos, et d'un peplos violet, tandis que le chiton de la femme de droite est brun couleur d'or. Les hommes apparaissent dans cette peinture avec une chlaniys cerise et un himation rouge, Charon porte une ejcom/^ foncée, conformément à l'habitude des pilotes (vovez Stackelberg,^. Gràber der Hellenen, tabl. 43-45). Nous sommes ici, sans aucun doute, en présence de vêtements empruntés, tant en ce qui concerne la coupe que la nuance, à la vie de tous les jours.
Tous ces vêtements étaient souvent ornés de bordures en tapisserie ou en broderie appliquées ou exécutées à même l'étoffe. En Orient, Babylone et la Phrygie étaient célèbres depuis fort longtemps comme sièges des tapisseries et des broderies d'art; c'est de là que ces ornements vinrent se propager en Occident, et plus
LE COSTUME
tard, même à RomCj le mol phrygiones^ signifiant brodeurs d'iirt, rappelait bien l'origine phrygienne de cette industrie artistique. Les monuments nous apprennent que la bordure la plus simple, tantôt rapportée, tantôt ouvragée dans la robe même, consistait dans une ou plusieurs bandes de nuance foncée; ces bandes s'étendaient en lignes parallèles sur les bords inférieurs du chitoUj de ïhimation et de ïampechonion (fig. 3o8j 3og, 3ii, 3i3), ou bien elles naissaient à la ceinture pour suivre à peu près la même direction que les coutures dans les chemises des femmes de nos jours, ou enfin elles commençaient à la hauteur du cou pour descendre jusqu'au bas du vêtement. Ces bordures verticales^ appelées ^aSoot ou Trap-^at, correspondaient au clavus des Romains. Outre ces garnitures rayées, on en rencontre assez fréquemment d'autres plus larges, composées de diiférentes bordures, rapportées ou faites à même l'étoffe, on ne saurait l'affirmer; elles couvrent le chiton depuis le bord inférieur jusqu'aux genoux ou depuis la ceinture jusqu'au cou; la déesse du printemps, Opora, est vêtue, dans
une peinture sur vase, d'un chiton semblable (Collection des vases gr. de M. Lamberg, pi. 65). Parfois on trouve, notamment dans les peintures sur vases archaïques, le chiton tout entier parsemé de dés ou d'étoiles. Les peintres de la période du style de la décadence se plaisaient surtout à représenter des vêtements de luxe phrygiens, rehaussés de broderies à pailles d'or, en palmettes et méandres"; il est incontestable que ce genre de décoration conquit le droit de cité parmi les Grecs de l'Italie méridionale, dès
Fig. 313.
Médiie vêtue d'un Costume de Luxe.
que la corruption des mœurs se fut introduite dans ces contrées. Pour donner une idée de ces vêtements luxueux^ nous avons reproduit, à la figure 3 1 3, une Médée d'après une amphore apulienne de la collection Jatta à Ruvo, vase qui représente la mort de Talos. Dans la même peinture, le chiton de Castor et de PoUux ainsi que celui d'un argonaute sont ornés de broderies à palmettes; dans leurs bordures inférieures on remarque des sujets mythologiques sur fond sombre. Rappelons encore ces riches pepla qu'on étalait dans les grandes solennités, comme ornements des statues des dieux; n'oublions pas non plus cet himation, long de 5 aunes, décoré de figures innombrables et que le sybarite Alciménès avait offert au temple de l' Hèra licinienne près de Crotone ; Denys l'aîné, le tyran, le vendit aux Carthaginois, moyennant 120 talents (plus de 600 000 francs). — L'art plastique dédaigna, dans sa noble simplicité, d'imiter ce luxe dans le costume, et si on rencontre çà et là quelques vêtements plus ou moins ornés, ce ne sont que des exceptions; ainsi, par exemple, la robe de la statue d'Artémis au Museo Borbonico à Naples est rehaussée dans les coins d'une espèce de broderie, et l'antique statue d'Athèna du Musée de Dresde est vêtue d'un peplos qui, imitant le fameux j7e^/05 des fêtes panathénées, est couvert de différentes scènes de la gigantomachie. (Voy. Mûller, Denkmàler de?' alten Kunst^ I, tab. X, n"^ 36 et 38).
On peut admettre qu'en général les Grecs allaient et venaient dans la ville nu-tête. La nature a pourvu les habitants des contrées méridionales d'une chevelure plus abondante que les hommes du nord, et les Grecs avaient un soin particulier de leur chevelure. Seulement un séjour prolongé en plein air, comme les voyages, la chasse, et certains métiers où l'on était exposé aux rayons brûlants du soleil, exigeaient qu'on se couvrît légèrement la tête. Nous désignerons par les termes xuvyj et 7ri),o? les principales sortes de couvre-chef. La kimè, calotte en poil de chien ou de belette ou en peau de bœuf, qui a donné naissance au casque, fera l'objet d'une description à part au chapitre du costume guerrier. Nous voyons déjà dans Homère l'homme du peuple couvert d'une calotte en poil de chèvre (xovs-/) aX^dr); c'était une coiffure hémisphérique, attachée peut-être avec des courroies sous le menton.
LE COSTUME
Il y a dans une peinture sur vase du Musée de Berlin^ qui représente l'intérieur d'une fonderie de bronze^ un ouvrier arrangeant le feu du fourneau avec un tisonneur et qui est garanti contre la chaleur au moyen d'une coiffure de ce genre (fig. 314). Le ttIXo; était une calotte de feutre, demi-ovale ou conique, sans rebords (voy. fîg. Soi) ou pourvue seulement d'un petit rebord, comme le prouvent certains monuments. On reconnaît à cette coiffure les matelots et les manufacturiers, ainsi que certains dieux et demidieux, notamment le pilote Charon, Ulysse avec ses compagnons^ l'infatigable forgeron Hèphœstos, Cadmus, les Dioscures (par exemple sur les monnaies de Sparte), ainsi que les Amazones dans
Fig. 314 à 322. — Différentes formes de Chapeaux.
plusieurs peintures sur vases. Tydée porte aussi dans une peinture sur vase un pilos pourvu d'un rebord (fîg. 3i5); le même nom de pilos doit s'appliquer aussi au chapeau qui couvre la tête d'un berger, jouant de la flûte (fig. 3 1 7), et que nous retrouvons encore aujourd'hui exactement le même chez les bergers de la basse Italie. Le couvre-chef, très connu sous le nom de bonnet phrygien^ ressemble beaucoup au pilos, avec cette différence que sa pointe tombe sur le devant. Porté encore de nos jours par les pêcheurs et les matelots grecs et italiens, il était usité, dans l'antiquité, chez les peuples barbares de l'Asie. Ce bonnet caractérise, dans les monuments, les habitants de l'Asie, tels que Paris, Ganymède (fîg. 3 20), Anchise, Olympos, Atys et Mithras ainsi que les Amazones; dans les œuvres d'art de la période impériale romaine il est la marque distinctive des guerriers barbares. On trouve une collection très intéressante de différents couvre-chef, entre autres
un pilos à sommet aplati^ uuns une grande peinture sur vase (Millin. Galerie mythologique, pi. CXXXV)^ qui représente un combat des Grecs contre les Amazones et leurs alliés scythes^ et qui n'est peut-être qu'une imitation du combat des Amazones que Phidias a sculpté sur la face extérieure du bouclier de l'Athèna du Parthénon. — Plaçons à côté du bonnet phrygien une coiffure de laine ou de cuir que portaient aussi les Amazones (fig. 32 1) et les Asiatiques de distinction; sa pointe à peine recourbée ne retombait pas sur le devant et sa partie postérieure se prolongeait un peu dans le dos. Certaines peintures sur vase nous montrent, sous des formes les plus bizarres, ce couvre-chef en forme de bonnet dont se coiffaient les hommes et les femmes d'Asie (voy. fig. 3i3). On lui donne habituellement le nom de (jntpa, bien que ce mot indique à proprement parler un bandeau servant à envelopper la tête. Les PerseSj dans la mosaïque de Pompéi connue sous le nom de bataille d'Alexandre , sont coiffés de cette espèce de turban qui enveloppe la tête^ le frontj les joues et la nuque, et sous lequel apparaît la calotte asiatique; il est certain que cette coiffure antique s'est perpétuée dans le turban des orientaux.
Il y avait une troisième sorte de chapeau : le TTSTacoç. Originaire de la Thessalie et de la Macédonie, il paraît avoir été adopté en Grèce, en même temps que la chlamys, pour l'habillement des éphèbes. Semblable à nos chapeaux de feutre bas, se distinguant presque toujours par un fond extrêmement petit, il était attachée la tête au moyen d'une courroie, laquelle servait en même temps à le consolider dans le dos^ lorsqu'il tombait en arrière (fig. 319) : c'est exactement de la même manière qu'on portait la barrette à certaines époques du moyen âge. Outre lepetasos à rebords ronds, on trouve souvent sur les monuments les rebords taillés en quatre segments de cercle. Les éphebes à cheval de la frise du Parthénon (fig. 322), ainsi que Castor et Hermès dans les peintures sur vases (fig. 3 16) sont coiffés de ce petasos. Ce dernier dieu surtout se distingue dans la plupart des cas par un jpetasosa'ûé (fig. 3 18) qui lui est propre. On ne sait au juste quelle dénomination appartient à la coiffure forme assiette qu'on rencontre sur les monnaies de la ville de Krannon en Thessalie {Musée Hunter, tab. 21, n» XVII) et sur celles d'Ainos, ville de Thrace {Musée de Hauteroche,
LE COSTUME. 24 1
pi. III^ n^ 3); c'était peut-être la xauai'a, usitée d'abord chez les Macédoniens et adoptée dans la suite par les pécheurs et les matelots romains.
Ajoutons à l'habillement de la tête des hommes quelques observations sur la manière dont ils portaient les cheveux. Dans Homère déjà l'abondante chevelure des " Achéens aux longues boucles » est regardée comme le plus bel ornement de l'attitude virile, et les poètes tragiques chantent à l'envi la magnifique ordonnance des boucles des femmes et des jeunes filles des temps héroïques. Chez les Spartiates, c'était une vieille habitude consacrée par la législation de Lycurgue, que de laisser croître les cheveux dès qu'on entrait dans la catégorie des éphèbes, tandis qu'on les coupait très court aux jeunes garçons. Cette coutume se maintint jusqu'à l'époque où la puissance lacédémonienne succomba sous les armes de la ligue achéenne. En temps ordinaire, les Spartiates, fidèles au caractère dorien^ semblent n'avoir attaché aucune importance au port plus ou moins gracieux de la chevelure ; ce ne fut que dans les moments solennels, comme par exemple le soir qui précéda la bataille des Thermopyles, qu'ils y mettaient un soin particulier. A Athènes, les hommes ne coupaient pas non plus leurs cheveux, jusqu'aux guerres médiques; ils les enroulaient au sommet de la tête en un nœud ou touffe (xpoo^ûXoç), qu'ils retenaient avec une épingle à cheveux, de manière à en faire une sorte de chignon. Mais on ne trouve dans les œuvres d'art aucun exemple de cette coiffure. C'est tout au plus si l'on peut reconnaître quelque chose d'analogue à cette vieille manière attique de nouer les cheveux dans la coiffure de deux athlètes s'exerçant au combat du pancrace, qu'on remarque sur un monument de la période romaine (Mus. Pio Clementino, vol. V, pi. 36). Mais après les guerres médiques, époque à laquelle se produisit un changement sensible dans les mœurs et le costume des Ioniens, la chevelure des jeunes gens arrivés à l'adolescence tombait sous les ciseaux, comme sacrifice fait à une divinité quelconque, comme par exemple à l'Apollon de Delphes ou à une divinité fluviale indigène. Cependant les citoyens attiques ne se rasaient point les cheveux^ habitude qui était imposée aux esclaves; ils les coupaient plus ou moins court, suivant la mode du temps ou leur bon plaisir. Il faut excepter de
cette règle générale ces jeunes petits maîtres qui tenaient à faire remarquer leur toilette ; ainsi on raconte, entre autres, que le vaniteux Alcibiade se promenait avec des boucles qui lui tombaient sur les épaules. Certains philosophes cherchaient aussi à entretenir, par ce genre de coiffure, le souvenir de la simplicité antique ', de mémo, en Allemagne, une longue chevelure et une longue barbe ont symbolisé, pendant quelque temps, le parfait germanisme.
Les Grecs apportaient le même soin à l'entretien de leur barbe. La boutique du barbier (xoupcîov) avec son propriétaire loquace était, déjà dans l'antiquité, non seulement le rendez-vous de tous ceux qui avaient recours à l'art du coiffeur pour se faire couper la barbe et les cheveux, pour se faire raser, se faire nettoyer les ongles, enlever les callosités de la peau ou arracher les poils superflus; c'était encore, comme le dit Plutarque quelque part, un symposion sans vin, où l'on cancanait sur toutes les nouvelles de la ville et où l'on politiquait à cœur joie. Un passage d'Alciphron (III, 66) nous peint de la manière suivante le portrait d'un barbier grec, a Vois-tu comme ce maudit barbier dans cette rue-là s'est comporté avec moi; ce bavard, qui a pour enseigne un miroir de Brindes, apprivoise les corbeaux et fait un ramage harmonieux avec le cliquetis de ses couteaux. Je vins à lui pour me faire couper la barbe; il me reçut gracieusement, me plaça sur une chaise élevée, me mit un drap propre et me passa doucement le rasoir sur la joue, pour enlever mes poils touffus. Mais voici où commence son vilain tour. Il ne me rasa pas tout le menton, mais une partie seulement; mon menton resta rude en certains endroits et devint lisse dans d'autres, sans que je m'en fusse aperçu.» C'est surtout depuis Alexandre le Grand que le métier de barbier devint très lucratif, parce que, malgré la résistance opposée par certains états à la mode nouvelle, on cessa de porter la barbe longue et bien fournie (Tccoyiov SaOûç OU oaauç), qui auparavant passait pour être un indice de la virilité et de la distinction^. Dans les œuvres d'art, notamment dans
^ On raconte qu'à la bataille d'Arbèles plusieurs Macédoniens ont été tués, parce que les Perses les ayant saisis par leurs longues barbes, les jetèrent à terre; c'est pourquoi Alexandre aurait fait couper la barbe à ses troupes encore
LE COSTUME
lesstatues-portraitSj la forme de la barbe caractérise toujours l'individu représenté. Le plus souvent divisée en boucles élégantes, elle recouvre le menton, les lèvres et les joues^ mais les fovoris ne sont jamais séparés de la barbe proprement dite. Font exception à cette règle les oeuvres plastiques où, dans la manière de modeler le visage, le mouvement et les vêtements^ on remarque à côté de certaines conventions archaïques une grande liberté d'exécution : ici la barbe taillée en pointe et peignée en longues lignes ondées est entièrement séparée des favoriSj qui sont traités à part. Citons comme exemple la majestueuse tête de Zeus, ornée d'une couronne, de la collection Talleyrand. Quant à la couleur des cheveux, nous remarquons qu'en dehors des nuances foncées, propres aux peuples méridionaux, le jaune d'or était regardé comme une belle parure. Ainsi Homère donne à Ménélas, à Achille et à Méléagre des boucles jaune d'or et Euripide peint Ménélas et Bacchus avec une chevelure d'un blond clair (;avOoîai ^oa'zoxi'^oizvj £Uxo(7u.o; xôu.r,v).
En ce qui concerne l'habillement de la tête des femmes, l'antiquité ne nous a heureusement laissé aucun de ces produits étranges du goût parisien ou allemand^ qui figurent aujourd'hui sous le nom de chapeaux de dames. Le chapeau ne semble pas avoir fait partie de la toilette journalière des femmes grecques; elles se montraient fort rarement dans la rue, à Athènes du moins, car des sorties fréquentes étaient considérées comme contraires aux convenances et aux bonnes mœurs. Mais il se peut, que dans
Fig. 323. — Rasoir trouvé à Coraesto.
pendant la bataille. — W. Helbig a publié une étude intéressante sur la forme et l'usage du rasoir (Çuo6v), qui dès la plus haute antiquité s'était propagé de l'Orient en Occident (/m neuen Reicli 1875. I. p. i4). On y trouve le dessin (1/3 de grandeur naturelle) d'un rasoir dit de bronze, découvert à Cornesto; il a un tranchant mince en forme de croissant et il est pourvu d'un manche court juste pour deux doigts (fig. 323). On a découvert des instruments semblables de bronze dans beaucoup de localités de la Grèce et de l'Italie (voy. ceux de l'Antiquarium du Musée de Berlin); mais il est très douteux qu'ils aient servi de rasoirs.
les voyagesj elles se soient servies d'un chapeau léger à larges bords de provenance thessalienne ou macédonienne, po^ur se garantir contre les rayons du soleil (voy. page 240), Ismène dans ï Œdipe à Colone apparaît couverte d'un chapeau de ce genre (ôeccaXt; xuvî)) : « Un chapeau de Thessalienne préserve du soleil sa tête et son visage». Ce chaperon^ attaché avec des épingles après Vhimation, qui voile une partie de la tête (fig. 324)^ nous croyons le reconnaître sur deux de ces charmantes figures de femmes en terre cuite qu'on a trouvées tout récemment au milieu des ruines de l'ancienne ville béotienne de Tanagra*; on y a trouvé en même temps une quantité de statuettes artistement drapées^ dont une partie a été acquise pour l'Antiquarium du Musée Royal de Berlin-. Les femmes grecques ne se couvraient donc la têtCj pour rester chez elles ou pour sortir^ qu'afin de la voiler en partie par un sentiment de pudeur et de maintenir bien abritée leur abondante chevelure. Nous avons dit en passant que Vhimation servait assez souvent de voile derrière la tête. Mais déjà dans les temps les plus reculés ^ Tes Grecques faisaient usage de tissus plus ou moins longSj appelés xpv^oîiji.vov, xaXuTr-rpaj y.â- X'j[ji.[jLa,quij couvrant le visage jusqu'aux yeux^ retom^baient sur la nuque et sur le dos en plis tellement nombreux qu'ils formaient un voile capable d'envelopper toute la partie supérieure du corps. Si les hommes mettaient quelquefois un soin exagéré à entretenir les cheveux^ le sexe féminin les surpassait naturellement de beaucoup sur ce point. Qu'on regarde cette série de charmantes têtes de femmes en terre cuite (fig. 325 à 333) que von Stackelberg a publiées et toutes les autres
Fig. 324.
Femme coiffée d'un Chapeau de Thessalienne.
1 Cf. O. Rayet, Les figurines de Tanagra au Musée du Louvre, Gazette des Beaux-Arts, iSyS. J. Martha, Catalogue des figurines en terre cuite du Musée de la Société Archéologique d'Athènes, Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, fasc. XVI (O. R.).
2 Une femme d'une peinture murale, publie'e par Zahn, est coiffée d'un chapeau identique {Die sclionsten Ornamente etc. von Pompcji, Herculanum und Stabiœ 2^ ser., tab. 23).
LE COSTUME
têtes féminines si distinguées des sculptures ou des gravures antiques, et l'on pourra se faire une idée de la grâce et de l'élégance recherchée avec laquelle les Grecques savaient ordonner leur cheve-
Fig. 325 à 333. — Différentes Coiffures de Femmes.
lure; toutes les modes des temps modernes, même les plus excentriques, ont dû prendre leurs modèles dans l'antiquité grecque ou romaine. Il est certain qu'on aimait beaucoup laisser tomber les cheveux derrière le cou en longues mèches ondées; puis un
simple bandeau enroulé autour du front reliait les cheveux du sommet du crâne à la masse capillaire de derrière. C'est ainsi que sont arrangés^ entre autres^ les cheveux des Jeunes filles de la frise du Parthénon et ceux du buste de Niobè (Muller, Derikmàler^ I, tab. XXXIVC). Dans les monuments plus anciens,, comme par exemple dans le groupe des Charités (Grâces) de l'autel triangulaire du Louvre^ les cheveux du sommet de la tête sont partagés en petites boucles d'une forme particulière, tandis que les cheveux de l'occiput tombent en partie tout lisses sur la nuque et descendent en partie en longues boucles jusque sur les épaules. Quelquefois aussi les cheveux de devant, recouvrant les tempes et les oreilles, venaient s'enrouler en mèches ondoyantes avec ceux de derrière, pour former un nœud qui ne manquait pas d'élégance (xôpu[ji.êoi, fig. 327 et 329). Ici également on se servait d'un bandeau qui encadrait la figure. C'était ou une bande d'étoffe ou de cuir, qui, fixée sur le devant de la tête, était ornée d'une plaque de métal, formant une sorte de frontispice, auquel on donnait le nom de crscpâvri (fig. 325). Cette Stéphane haute et souvent richement décorée est surtout destinée, dans les monuments, à orner la chevelure des déesses; ce n'est plus, dans ce cas, un simple bandeau fait pour tenir les cheveux, mais un large cercle de métal, qui constitue une véritable parure pour la tête. Le buste d'Hèra de la villa Ludovisi, la statue d'Hèra du Vatican ainsi que la statue d'Aphrodite, trouvée à Capoue,nous offrent cette disposition (Muller, Denkmâler, II, tab. IV, n"^ 54, 56, 268). Pour arranger artistement leurs cheveux, les femmes grecques se servaient encore d'un autre bandage d'étoffe ou de cuir, large au milieu, graduellement rétréci aux deux extrémités et qu'on appelait ccBEvôo'vTi, à cause de sa ressemblance avec une fronde. On employait la sphendonè de deux manières différentes : ou bien le côté large étant posé sur le devant de la tête, les deux extrémités garnies de rubans s'enfonçaient dans la touffe des cheveux de derrière; ou bien, au contraire, la partie large supportait cette touffe, tandis que les deux bouts venaient se joindre sur le devant de la tête. Cette dernière disposition se nommait ÔTriffOocasvSôvT). La (TxXeYYi'ç a dû avoir quelque analogie avec la sphendonè.
De même que dans la chaussure une simple courroie fut l'orl-
LE COSTUME
gine de ce réseau de courroies qui iiabillait si bien les pieds^ et qui à son tour donna naissance au soulier^ de mêmej dans la coifFure^ le bandeau simple fit place successivement au filet et au mouchoir de tête. Ces différentes enveloppes des cheveux, nous les désignerons par le nom général de xsxpuçaXot. Le kekryphalos proprement dit consistait dans un enchevêtrement de rubans et de fils d'or, qui, jeté sur l'occiput, empêchait le chignon de tomber; c'est exactement la coiffure qui était en faveur chez nous encore tout récemment. Un pareil A^eAr/^rp/za/o^ couvre la belle tête d'Aréthuse, qu'on voit sur les grosses pièces syracusaines de quatre drachmes, qui portent le nom du graveur Cimon. Ce qu'on rencontre le plus fréquemment, c'est une pièce d'étoffe fermée en guise de coiffe, recouvrant toute la chevelure ou seulement l'occiput et nouée au sommet (caxxoç); telle est la coiffure des figures 326, 333, et du groupe féminin placé à droite dans la peinture de la «noce aldobrandine». Ce sont surtout les peintures sur vases qui nous montrent les différentes manières dont on utilisait le sakkos, La ynitra ressemblait au sakkos; simple bandeau tout d'abord, elle s'est transformée peu à peu en une large bande frontale et puis en mouchoir de tête. Ces espèces de bonnets, qui se terminaient par derrière en une ou plusieurs queues, n'empêchaient pas de parer d'une Stéphane le devant de la tête, exemple : la tête de la figure 333 ; la statue d'Elpis (Espérance) du Musée Pio Clementino (IV, tab. 8) porte cette parure sur le devant et la sphendonè sur le derrière de la tête. Dans la Grèce d'aujourd'hui les femmes de Trikeri en Thessalie et celles de l'île de Chios se couvrent la tête avec des tissus exactement semblables à l'ancien sakkos (von Stackelberg, Trachten und Gebràuche der Neugriechen, i^s part., tab. XIII, XIX). Les femmes grecques connaissaient d'ailleurs l'usage des fers chauds pour faire des boucles, des frisures ou des toupets artificiels (Socrpu/oi) ; elles étaient familiarisées avec tous les secrets de toilette, avec tous les cosmétiques, notamment les huiles et les onguents odorants; nous en avons des preuves suffisantes dans les témoignages écrits ou figurés (fig. 326, 328). Une remarque, pour finir ce paragraphe: dans les sculptures antiques les cheveux des hommes et des femmes sont arrangés de manière à raccourcir le front; cet arrangement dimi-
nuant la hauteur frontale, s'accordait très bien avec l'idée que les Grecs se faisaient de la beauté.
Les gants (/siptoe;), que portaient les Perses efféminés, ne semblent pas avoir été usités chez les Grecs. Mais les fluctuations d'idées sur le décorum et les convenances n'ont réagi sur aucun objet de toilette autant que sur la chaussure. Ne serait-ce pas manquer aujourd'hui à tous les usages si l'on voulait marcher sans être chaussé? Et cependant les Grecs ne voyaient aucun inconvénient à se montrer nu -pieds chez eux et même dans la rue. Les Orientaux de nos jours retirent leurs pantoufles ou leurs bottes en entrant dans une maison et ne gardent que leurs bas; de même le Grec se débarrassait de sa chaussure, dès qu'il franchissait le seuil de sa propre demeure ou d'une demeure étrangère. Dans Homère déjà l'homme, en quittant sa maison, attache sous ses pieds les » brillantes " semelles (TrÉSiXa); cette coutume se conserva plus tard ; nous la voyons traduite dans un bas-relief qui représente l'arrivée de Bacchus chez Icare (MûUer, Denkmdler, II, tab. L, no 624). Ici un Pan de petite taille retire la chaussure du dieu, avant que celui-ci se mette à table. Quant à la forme des souliers, les monuments antiques nous en fournissent une mine inépuisable, et l'on trouve dans les témoignages écrits une quantité de dénominations applicables à tous les genres de chaussures. Cependant, pas plus que pour les vases et les costumes, nous n'aurons ici la prétention de donner aux différents modèles une appellation rigoureusement exacte. De l'examen attentif des monuments se dégagent trois formes principales du vêtement des pieds, que nous pouvons assimiler à ce que nous appelons semelles, souliers et bottes. La semelle d'abord, qu'elle fût consolidée sous la plante des pieds par une seule ou par plusieurs courroies enchevêtrées, peut être désignée par le mot général de uTroo7it7.a; elle était ordinairement attachée par une seule lanière (Cuyô;), posée transversalement sur le cou-de-pied, ou par deux lanières, fixées aux bords latéraux et nouées ou retenues par une boucle sur le cou-de-pied; le pied de la statue d'Elpis (l'Espérance) au Vatican (fig. 334) est un spécimen de cette disposition. Est-ce là l'espèce de sandale qui s'appelait pXauTr] (pXauxtov), c'est ce que nous ne saurions préciser. L'entrelacement de plusieurs lanières pro-
LE COSTUME
duisit la sandale (GctvoaÀov) que les femmes seules portaient à l'origne^ mais qui ne tarda pas à être adoptée par les hommes; nous en avons la preuve dans de nombreux monuments. Voici ce qu'était une sandale : on cousait solidement une courroie à la surface supérieure de la semelle, à i ou 2 pouces de distance du bout; on passait cette courroie entre l'orteil et le second doigt, quand il n'y en avait pas une seconde, qui passait entre le quatrième et le petit doigt; deux ou quatre bandelettes, attachées deux par deux aux bords ahtérieur et postérieur de la semelle, venaient rejoindre cette lanière sur le milieu du cou-de-pied, endroit où les courroies
Flg. 334 à 341. — Différentes formes de Chaussures.
croisées étaient couvertes d'une boucle on fibule ronde ou en forme de cœur. Tout ce réseau de courroies, souvent fort élégant, se terminait au-dessus de la cheville. La figure 336 représente un pied de femme chaussé d'une sandale simple, la ligure 335 une sandale à courroies entrelacées de l'Apollon du Belvédère; la fibule en cœur est dessinée au-dessus de cette dernière. Comparez à cela la sandale dont est chaussée la femme du groupe connu sous le nom de "taureau Farnèse». Celle-ci, tant par l'enchevêtrement artistique de ses courroies que par ses bandes de cuir, régulièrement disposées, ressemble à un soulier très haut, dont l'empeigne serait entrecoupée; nous en avons un exemple sur les monnaies de Larisa en Thessalie, frappées en souvenir de Jason «l'homme à une sandale» (aovoGavSaXoi;). La semelle elle-même, composée généralement de plusieurs couches
25o LA VIE ANTIQUE.
de peau de bœuf, paraît excessivement épaisse dans les monuments plastiques; cette épaisseur donne un air très lourd à cette chaussure d'ailleurs assez gracieuse.
Un morceau de cuir ajouté derrière le talon et des morceaux de peau plus ou moins larges sur les parties latérales de la semelle^ qui étaient attachées par des courroies sur le cou-de-pied et autour de la cheville, de manière à laisser à découvert les doigts et tout le dessus du pied, — constituaient une transition à la seconde catégorie de chaussures, à laquelle pourrait peut-être bien s'appliquer la dénomination xoîÀa ôuoov-|U.aTa. Les figures 338, 339 et 340 nous donnent une idée de cette chaussure; la figure 338 est empruntée à la statue d'un jeune homme du Vatican, qui attache son soulier ; on a reconnu, dans ces derniers temps, que cette sculpture représentait Hermès, contrairement à une opinion plus ancienne qui croyait y reconnaître Jason. La figure 340 représente le pied de la statue de Démosthène du Vatican; on y remarque une patte longue, qui dissimule les lacets resserrant le cuir du talon et les parties latérales. Dans beaucoup de monuments, les hommes et les femmes sont chaussés de souliers entièrement fermés sur le cou-de-pied, (fig. 337). — Les evSpoaiSc; forment la troisième catégorie de chaussures. C'était une sorte de botte en peau ou en feutre, serrant bien le pied, montant jusqu'au mollet ou même au delà, ouverte et lacée sur le devant. C'est Artémis surtout qui porte cette légère chaussure de chasse, qiii ressemble au mocassin indien (fig. 341). La figure connue sous le nom de pédagogue, dans le groupe des Niobides est chaussée du même soulier lacé; une draperie orne généralement le haut de la tige de cette botte.
Dans cette revue succincte de la chaussure grecque nous nous en sommes rapportés presque toujours au témoignage des monuments; car les dénominations de certaines formes que nous ont laissées les écrivains, telles que laSâç et xpr^Tiic;, et les explications qui les accompagnent se contredisent assez souvent, et si l'on voulait les appliquer à tel ou tel modèle dans la sculpture, on tomberait forcément dans le domaine des conjectures.
Pour finir l'étude du costume grec, quelques mots sur les parures ne seront pas hors de propos. Les écrits de l'antiquité, les
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joyaux trouvés dans les tombeaux grecs et l'image souvent très soignée que nous en offrent certaines sculptures nous donnent des renseignements sur ce sujet. Nous voyons dans Homère les prétendants à la main de Pénélope se disputer ses faveurs en lui offrant des colliers d'or et d'électron^, des agrafes «qui s'attachent au moyen d'un crochet gracieusement recourbé ••, des pendants d'oreilles, etc. Le poète nous apprend à cette occasion que c'est Héphœstos qui fabrique les anneaux et les épingles à cheveux artistiques. Tous ces objets constituent même plus tard une des parties essentielles de la toilette féminine; les parures conservées jusqu'à nos jours nous montrent quel degré de perfection ont atteint les joailliers grecs dans la fabrication de ces petits ornements.
Nous avons déjà mentionné plus haut les filets en fil d'or pour les cheveux, ainsi que les couronnes incrustées d'or et de perles. Les femmes grecques ne connaissaient ni les épingles à cheveux, telles qu'on les emploie aujourd'hui, ni les peignes servant à tenir le chignon et les boucles; le peigne double ou simple (xteiç) en buis, en ivoire ou en métal, qu'on rencontre quelquefois dans les peintures sur vases, ne servait qu'à démêler les cheveux. Pour tenir les cheveux de derrière, les Grecques avaient de longues épingles, usitées aussi chez nous, et dont la tête est souvent un charmant objet d'art. Nous avons reproduit, comme exemple, à la figure 845 une épingle en or, surmontée d'une tête de cerf. Il y avait encore des épingles à tête d'or pour tenir le krobylos (voy. p. 241), et dont se servaient les Athéniens et les Athéniennes, du moins jusqu'à l'époque de Solon.
Orner la tête de guirlandes et de bandelettes, dans certaines circonstances exceptionnelles, était une habitude qui s'accordait parfaitement avec la façon riante dont les Grecs envisageaient l'existence. Le fiancé emmenait chez lui sa fiancée couverte de fleurs; c'est couronnés de fleurs symboliques que les Grecs sacrifiaient sur des autels parés de fleurs; les buveurs, dans les joyeux fes-
1 On sait que le mot fJXsztpov a en grec deux sens tout à fait différents, entre lesquels il n'est pas toujours facile de choisir quand il s'agit d'interpréter tel ou tel passage déterminé : tantôt il désigne un certain alliage d'or et d'argent, tantôt il désigne l'ambre. (O. R.)
tinsj entrelaçaient leur chevelure parfumée de guirlandes de myrtes,, de roses et de violettes; la violette surtout était la fleur préférée des Athéniens, Le marché aux fleurs à Athènes (at [^.uppivai) regorgeait toujours de guirlandes de fleurs fraîchement cueillies
Fi";. 3-12. — Couronne d'or trouvée à Armcuto.
pour l'ornement de la tête. On avait même l'habitude de parer de ces guirlandes (uTroôuixioeç, ÔTOeufiiâSsç) la partie supérieure du corps. On rencontre aussi assez souvent des guirlandes d'autres fleurs ainsi que des guirlandes de feuilles de lierre et de peuplier blanc. Dans les occasions plus graves, la guirlande était également une
LE COSTUME
parure en même temps qu'un emblème honorifique pour les hommes. On la donnait en récompense aux vainqueurs dans les luttes publiques; pour les archontes la couronne de myrte était la marque distinctive de leurs fonctions ; l'orateur la portait quand il s'adressait au peuple du haut de la tribune^ et les citoyens qui avaient bien mérité de la patrie recevaient la couronne comme récompense suprême: Athènes l'avait donnée à Périclès et refusée
Fig. 343 à 352. — Différentes sortes de Bijoux.
à Miltiade. Enfin des mains amies ornaient la tête et la couche funèbre des morts de fraîches couronnes de myrte et de lierre \ Mais le luxe qui avait transformé en couronnes d'or ces parures de feuillage décernées pour les vertus civiques^ supprima aussi dans les familles riches ces ornements éphémères dont on parait la tête du défuntj et les fit remplacer par d'autres plus durables en métal précieux. On a trouvé dans plusieurs tombeaux de ces couronnes funéraires faites de minces lames d'or. Les fouilles des tumuli de l'ancienne ville de Pantikapaion ont mis au jour beau-
1 Voy. au chap. XVIII la figure qui représente un groupe de personnages ornant le cadavre d'Archemoros.
coup de superbes couronnes de laurier et d'épis (Ouvaroffj Antiquités du Bosphore citnmérien, pi. IV); on a découvert dans une tombe d'Ithaque une guirlande de myrte toute en or (von Stackelberg, Gràber der Griechen, tab. y2), et dans beaucoup de nos musées on conserve des couronnes d'or provenant de tombeaux grecs ou romains. Une couronne d'or de provenance grecque, trouvée à Armento^ village de la Basilicate, et qu'on peut voir aujourd'hui àMunichj mérite une mention toute spéciale (fig. 342). Une branche de chêne en forme la base; ses feuilles^ découpées dans de fines lames d'or et en partie restaurées ultérieurement^ sont rehaussées d'asters^ de convolvulus^ de narcisses, de lierre^ de roses et de myrtes en émail bleu^ le tout artistement entrelacé. Une déesse ailée^ placée au sommet, supporte tous ces ornements fleuris; sur sa tête couronnée de verdure flotte une rose au bout d'une tige légère. Six génies ailés^ dont quatre nuSj aux traits masculins^ et deux vêtus, aux traits féminins, se bercent dans cette corbeille de fleurs et montrent du doigt la déesse. Celle-ci se tient sur un piédestal reposant sur des fleurs et portant l'inscription :
KPEI0ÛMO2: HGHKH TON STHOANONi.
En Grèce, les femmes seules portaient des boucles d'oreilles (IvwSia, IXXô.Sia, IXtxTripsç), tandis qu'en Perse, en Lydie et à Babylone les deux sexes se paraient de cet ornement. La forme en était très variée : tantôt c'étaient de simples anneaux, tantôt des pendants exécutés avec autant de goût et d'élégance que toutes les autres parures. Citons, comme exemples, un pendant en or trouvé dans l'île d'Ithaque et représentant une sirène qui tient dans la main une double flûte (fig. 344); puis un anneau de même provenance incrusté de grenats, et qui se termine d'un côté par une tête de lion, de l'autre par une tête de serpent (fig. 348); ensuite une parure découverte dans les environs de Pantikapaion et figurant une double massue qui est suspendue à un anneau orné d'un grenat syriaque (fig. 346); enfin des pendants d'oreilles en or de
* Kpei6(jL)vioi; eôrjze tov cteçovov (O. R.).
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même origine^ et dont la forme ovoïde ressemble à celle de notre époque (fig. 347). Les peintures sur vases^ les monnaies et les pierres ciselées nous fournissent un grand nombre d'autres exemples; mais dans les sculptures, on remarque très peu d'ornements de ce genre.
Quant aux colliers (TrepioÉpata, ô'pijLot), bracelets pour le bras et l'avant-bras ('lÉXta, ocpsti;) et anneaux qu'on mettait aux jambes audessus de la cheville (Tréoai ^(^puffaî, TTepi5X£).iSeç, Trept^cpupta), on en trouve un grand nombre dans les monuments*. La parure du cou consistait en plusieurs anneaux formant chaîne ou en un seul anneau de bronze ou de métal précieux contourné en spirale* • ce dernier ornement était surtout en usage chez les peuples barbares. Le dessin de la figure 35 i et 352 représente un cTpeuToç TrspiauyÉvtoç de cette sorte, en or, trouvé dans une tombe de Pantikapaion; cet objet, qui est évidemment de fabrication grecque, se termine aux deux extrémités en lions au repos. Les bracelets et les anneaux qu'on portait aux jambes avaient généralement la forme de serpents ; de là leur nom de ocpeiç.
Les bagues servaient dès la plus haute antiquité grecque de cachets ou de parures ; elles étaient en même temps l'emblème de l'homme libre. Les Grecs signaient leurs pièces ou documents et scellaient leur avoir avec le sceau à cacheter (ccppayiç), dont la falsification était punie de mort par Solon. Il est impossible de fixer l'époque à laquelle les Grecs ont commencé à ciseler les pierres; mais ce ne peut être que dans la période postérieure à Homère, car il fallait pour ce genre de travail des instruments plus durs que ceux connus dans les premiers âges de l'histoire ; chez les Assyriens au contraire, chez les Égyptiens et peut-être même chez les Etrusques, la taille des pierres date d'une époque beaucoup plus ancienne. Comme l'usage de ces anneaux à sceller s'était universellement répandu, il s'en suivit qu'on apporta un soin minutieux à la facture artistique des pierres. Ce n'est pas le chaton de la bague (ccpsvSdvTi) qui semble avoir exercé l'habileté des artistes ;
1 Une statue d'Aphrodite dans la glyptothcque de Munich porte au bras un de ces larges anneaux.
^ La statue du lutteur expirant porte au cou un de ces anneaux en spirale.
il est en effet d'une grande simplicité dans toutes les bagues parvenues jusqu'à nous: on s'est appliqué surtout à bien polir les pierres et à perfectionner la gravure. En cela les anciens ont déployé un talent d'exécution auquel n'ont pas atteint les œuvres pourtant très remarquables des graveurs sur pierres des seizième et dix-huitième siècles.
Quant aux pierres employées par les graveurs grecs, on choisissait de préférence celles dont la densité ne résistait pas trop à l'action du burin^ et qui ne cassaient pas sous la main de l'ouvrier; on aimait^ en outre, à se servir de minéraux d'une transparence aqueuse ou tachetés de flocons, de veines et de filets {:{once) multicolores; ces veines se prêtaient parfaitement à la représentation de certaines parties du corps^ des figures entières et des vêtements. On employait le plus souvent la cornaline, la sardoine, la calcédoine, l'agate, l'onyx, le jaspe et l'héliotrope, plus rarement la néphrite, la turquoise, le cristal de roche, le fer aimanté aux reflets d'argent, l'améthyste, le quarz vert et la serpentine fine. Mais on avait rarement recours, dans la glyptique, aux pierres précieuses proprement dites, telles que le rubis, le vrai saphir, l'émeraude, le béryl verdâtre, le feldspath-opalin oriental et l'aiguemarine bleuâtre véritable. Les graveurs travaillaient aussi la topaze, fhyacinthe, le grenat syriaque et indien, enfin la prase, qui fut introduite en Grèce après le règne d'Alexandre. Les anciens savaient, en outre, colorer le verre, de manière à imiter les pierres fines; ils donnaient notamment au cristal les teintes de l'émeraude. Il y a dans nos musées de nombreux spécimens de verroterie antique, dont la fabrication, dit Pline, était une des plus lucratives industries trompeuses; elle fut produite en ce temps-là, comme de nos jours, par la vanité qui poussait les gens peu fortunés à se couvrir d'ornements. La délicatesse avec laquelle ces pierres étaient ouvragées, la netteté de la brunissure, la profondeur peu commune dans la ciselure des moindres détails nous autorisent à prétendre que les anciens ont dû connaître déjà tous les outils, tels que la roue, la pointe et la poudre de diamant, voire même les verres grossissants, dont notre époque s'attribue l'invention.» On ciselait en creux les motifs d'ornement, et dans ce cas la pierre montée sur bague servait de cachet, ou bien on les taillait
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en relief sur les pierres multicolores ci-dessus mentionnées, telles que l'agate-onyx et la sardonyx. Les premières s'appelaient gemmes, àvay^u-ja, geimnœ sculptœ, exsciilptce {inXdigWd), les secondes sxruTra, gemmœ cœlatce^ correspondant aux camées de nos jours. Les petits camées, exclusivement réservés à la parure, étaient parfois enchâssés dans les bagues, tandis qu'on employait les grands pour orner les agrafes, les ceintures, les colliers et les armes, et on les appliquait quelquefois sur la surface extérieure des vases et des coupes en métal précieux. L'art de la gravure sur pierres fines était à son apogée sous le règne d'Alexandre le Grand , qui ne fît graver son portrait que par Pyrgotelès, comme il n'avait consenti à se laisser représenter en sculpture et en peinture que par des maîtres, tels que Lysippe et Apelle. Le goût des pierres ciselées avait fini par pénétrer dans toutes les classes de la société grecque et romaine; nous n'en voulons pour preuve que cette quantité innombrable de pierres taillées avec plus ou moins de perfection, qu'on a trouvées dans différents tombeaux; les deux anneaux d'or, représentés à la figure 849 et 35o, incrustés de grenats et rappelant par leur forme les ocpstç roulés en spiiale ont été découverts dans une tombe d'Ithaque.
Un objet trouvé également dans l'île d'Ithaque nous donnera une idée de la manière dont on avait l'habitude d'orner les ceintures (fig. 343). Ce sont des lames d'or réunies par un fermail rehaussé de riches ornements en or et incrusté d'hyacinthes. Au bord inférieur sont suspendus, à des anneaux, deux masques de Silène; à chacun d'eux sont attachées trois chaînettes d'or, terminées par des grenades. (Comp. la ceinture de la statue en marbre d'Euterpe du Museo Borbonico, XI, tab. Sg.)
Pour se garantir contre les rayons du soleil, les femmes portaient, surtout à Athènes, un parasol (cxia^Etov) ou le faisaient tenir au dessus de leur tête par des esclaves. Dans les fêtes panathénées, cette tâche (axtaovicpopsîvj incombait aux filles des métèques. On rencontre fréquemment sur les miroirs et les vases étrusques (fig. 355) de ces ombrelles, semblables par leur forme extérieure à celles de notre temps, avec cette différence qu'on ne pouvait les fermer; cette forme était incontestablement la plus usitée. Il y a sur un skyphos (GQxhdivà, Trinkschalen, II, 27) un parasol, façonné en
manière de bonnet et sous lequel un Silène esclave abrite une femme mise convenablement et marchant devant lui: c'est évidemment une parodie de la coutume de porter le parasol et cette scène peut bien avoir été empruntée à la comédie. Il n'est pas rare non plus d'apercevoir entre les mains des femmes^ dans les peintures sur vases, des éventails («rxlTracii^a) en forme de feuilles, peints de différentes couleurs et quelquefois composés de plumes de paon (fig. 354 et 356).
Pénétrer dans les secrets de toilette des femmes grecques et décrire les artifices intimes dont se servaient les courtisanes, pour dissimuler leurs défectuosités physiques et pour augmenter leurs charmes, c'est une question qui sort des cadres de cet ouvrage. Disons seulement que les Grecques employaient déjà le fard comme moyen d'embellissement.
Peut-être, dans leur vie retirée, avaientelles besoin de ce stratagème pour déguiser devant les hommes la pâleur naturelle de leur visage* elles avaient recours pour cela au blanc de céruse («j^tuLuOiov), au vermillon (jjLrAToç) ou à la couleur rouge faite avec la racine de l'orcanète (aY/oucra ou ey/ouca). On étendait cette peinture, nuisible à la santé, jusqu'aux sourcils; on préparait à cet effet du noir d'antimoine {aTiy.u.i, cTiixaiç) ou une substance noire à base de noir de fumée (àdjîôXr,).
Mentionnons encore comme objet nécessaire à la toilette le miroir (IvoTTTpov, xaxoTTTpov) ^ : c'étalt unc plaque ronde en bronze très bien poli, sans manche ou munie d'un manche couvert de riches ornements^; un couvercle protégeait généralement la surface polie. L'habitude très répandue chez les Étrusques de graver des dessins sur le revers et sur le couvercle des miroirs (voy. chap. XXV)
Fig. 353. — Miroir grec.
1 Sur les miroirs grecs, cf. la dissertation de M. Mylonas, 'EXXv'.y.x xaTO-tpa, Athènes, 1876, et l'article de M. Albert Dumont, Bulletin de correspondance hellénique, I, p. 108 et suiv. (O. R.).
2 Voy. la collection des manches ornés des miroirs étrusques dans Gerhard, Etruskische Sviegel. Tab. XXIV.
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semble avoir été moins goûtée chez les Grecs, comme le prouvent de nombreux miroirs trouvés dans les tombeaux; ce qui caractérise, au contraire^ les miroirs grecs, ce sont les manches très élégants, représentant souvent la figure d' Aphrodite, idéal de la femme qui se pare (voy. fig. 353). On rencontre souvent, dans les peintures sur vases, de ces miroirs à main entre les mains des femmes; nous en trouvons aussi parmi les ustensiles nécessaires au bain. Les Grecs aimaient assez porter un bâton (paxxYipia, axYjTrxpov). La grande longueur des bâtons tout unis ou noueux, qu'on aperçoit dans les monuments, semble indiquer qu'on se servait de ces sortes de cannes comme d'un point d'appui, tandis que les jeunes élégants d'Athènes se promenaient probablement avec des cannes plus courtes (voy. fig. 309). Nous voyons souvent dans les monuments des hommes jeunes ou d'un certain âge reposer la partie supérieure de leur corps sur la poignée d'un bâton dont l'extrémité est appuyée contre terre. — Il ne faut pas confondre avec ce bâton cette espèce de lance ornée à une de ses extrémités d'un simple bouton ou d'une fleur: c'était le cxîiTCTpov proprement dit, qui dans Homère déjà est considéré comme un emblème de la puissance divine ou de l'autorité des hommes issus des dieux; dans les familles princières il se transmettait d'héritage en héritage. Le skeptron ou plutôt un bâton plus court, la §apôoi;, était également le symbole de l'autorité judiciaire; il était porté par les ambassadeurs et le héraut le remettait à l'orateur qui prenait la parole dans les réunions publiques. Dans les sculptures et sur l'autel triangulaire du Louvre le sceptre apparaît comme un attribut de la divinité ; c'est lui qui a donné naissance au bâton beaucoup plus court, qui était l'emblème du commandement dans les armées et que notre époque a emprunté à l'antiquité.
Fig. 354 à 35G. — Ombrelle et Éventails.
Fig. 357. — Toilette d'une Fiance'e.