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CHAPITRE XV

L'ÉDUCATION (suite). LES EXERCICES CORPORELS.

Sommaire : La gymnastique et l'agonistique : la course, le saut, la lutte, le jeu du disque et du javelot, le pentathlon, le pugilat, le pankration. — La course de chars et de chevaux. Le jeu de balle. Le bain.

Si les Grecs, considérant la musique comme un moyen de meubler l'intelligence et d'ennoblir le cœur, lui octroyaient une place plus ou moins importante dans l'éducation populaire, ils n'attachaient pas moins d'importance aux exercices corporels. Ils s'efforçaient d'agir par l'éducation physique sur le développement intellectuel de la jeunesse et restaient fidèles à ce principe que les facultés saines de l'esprit ne peuvent s'épanouir que dans un corps sain et robuste; c'est ce qui les distinguait essentiellement de tous les autres peuples de l'antiquité. Donner à la stature humaine l'élasticité nécessaire et une attitude gracieuse, développer harmonieusement les différentes parties du corps, inculquer aux Jeunes gens le sens de la symétrie et des belles formes, leur inspirer le courage et l'énergie, les préparer aux difficultés de la vie publique : voilà les idées principales qui guidaient les Grecs dans l'éducation de la jeunesse. Ces idées trouvèrent leur expression dans la gymnastique et dans l'agonistique, qui étaient des éléments

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essentiels de la vie des Grecs. Lucien dit^ dans son apologie de la gymnastique^ qu'elle préserve les jeunes gens de la folle ambition de lutter entre eux pour des vétilles ^ qu'elle les empêche de devenir oisifs^ légers et imprudents^ leur apprend à défendre leurs foyerSj leur patrie et leur honneur, et leur donne cette force physique et morale que les Grecs désignaient par le terme xaXoxàyaôia. Mais l'éducation physique variait suivant les différentes races grecques^ tout comme l'éducation intellectuelle. Les DorienSj surtout les Spartiates^ endurcissaient le corps à la fatigue et s'habituaient à supporter toutes les fatigues pour être un jour de vaillants guerriers • les Ioniens^ au contraire^ notamment les Athéniens j visaient plutôt à l'harmonie dans la disposition du corps et de l'esprit, et recherchaient avant tout la symétrie, l'élasticité (eOpuOiAi'a et sùaptxoaTÎa), la grâce et la beauté.

L'origine de la gymnastique et de l'agonistique remonte aux temps préhistoriques, bien qu'alors ces exercices ne fussent pas encore soumis à certaines règles et aux lois déterminées dans la suite. Dès la plus haute antiquité on célébrait les fêtes des dieux et le souvenir des héros par des jeux solennels où l'adresse et la force musculaire jouaient le plus grand rôle. Il y avait dans ces exercices légendaires un germe des tournois ultérieurs, que la législation de Lycurgue et de Solon avait contribué à développer.

Nous avons déjà appris à connaître, dans le chap. VIII, les emplacements réservés aux différents exercices gymnastiquescependant la question difficile et non résolue jusqu'à présent de la séparation du gymnase et de la palestre nous oblige à dire encore quelques mots de ces dispositions architectoniques. Bien entendu, il ne s'agit point ici de ces places d'exercices des temps héroïques, situées dans l'intérieur ou en dehors des villes, et dans lesquelles il n'y avait aucune démarcation entre les espaces réservés à la lutte. Mais à l'époque historique, lorsque l'extension de la gymnastique exigea des constructions distinctes pour chaque espèce d'exercices corporels, la palestre fut séparée du gymnase : cela est incontestable, bien que les témoignages écrits de l'antiquité ne soient pas tous d'accord à ce sujet. Ainsi Hérodote appelle le dromos et la palestre du nom de '{uu-^idaia, tandis que Vitruve comprend le gymnase et la palestre dans la dénomination commune de palœstra.

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En tout caSj la palestre était anciennement une construction à partj soit qu'elle fût rattachée au gymnase ou séparée de celui-ci. La distinction ne semble avoir disparu que sous les empereurs; c'est pourquoi Vitruve a pu donner le nom de palestre à tout l'emplacement réservé aux exercices gymnastiques. A Athènes^ les gymnases étaient des établissements construits aux frais de l'Etat ou de simples particuliers; là les éphèbeset les hommes mûrs venaient converser et se distraire en commun, et, tout en se fortifiant le corps, meubler leur intelligence. Là se trouvaient le L^cee, le Çynosarge, V Académie, le Ptolemaion, le superbe gymnase d'Hadrien et le petit gymnase d'Hermès. Mais le nombre des palestres était bien plus considérable à Athènes. C'étaient des institutions privées, appartenant à certains maîtres de gymnase ; on y enseignait la gymnastique aux enfants. Dans les petites villes, faute de ressources suffisantes, on réunissait les Jeunes gens et les adultes dans le même local. Il est inexact que la palestre ait été un endroit uniquement réservé aux divertissements des athlètes. La séparation des locaux réservés aux éphébes d'avec ceux où s'assemblaient les hommes mûrs a entraîné une distinction dans les exercices mêmes, qu'on a divisés en catégories faciles et difficiles, suivant les différents âges. 11 en résultait une classification d'âge: les TratSsç vcJOTspoi OU Trptoxr, YiXtxi'a comprenaient les petits garçons, les TiaioEç TrpeffjjuTEpoi OU SeuTï'pa YjX'.xi'a les garçons un peu plus grands ; il y avait encore un troisième degré, dit xpiVr, v\liy.ia, auquel appartenaient sans doute les jeunes gens placés entre l'âge de petits garçons et d'éphèbes', et qu'on désignait aussi sous le nom d'aYî'vsioi. Les éphèbes se subdivisaient peut-être également en autant de catégories qui étaient surtout très bien délimitées à Sparte ; chaque Spartiate devait passer par toutes les phases de l'éducation lacédémonienne.

Avant d'étudier chaque exercice corporel en particulier, définissons brièvement les mots gymnastique, agonistique j£t athlétique, qui reviendront souvent sous notre plume dans les considérations

1 Sur les éphèbes voyez l'ouvrage de M. Alb. Dûment, Essai sur l'éphbbie attique, 2 vol. (Paris, 187G), et la thèse de M. Collignon, Quid de collegiis epheboriim apud Grœcos, excepta Attica, ex titulis epigraphicis commentari liceat, Paris, 1877 (O. R.).

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qui vont suivre. Par le mot gymnastique (yuijLvacTixTi) nous entendons tous les exercices corporels qui, soumis à certaines règles,, ont pour but de fortifier tel ou tel membre ou le corps entier. Les exercices de ce genre, comme la course, le saut, le Jet du javelot étaient faits par une seule personne, sans adversaire (àvTaYwviG-c7i<;), tandis que la lutte exigeait deux lutteurs; cependant, comme plusieurs personnes de même âge et de mêmes forces avaient coutume de s'y adonner en commun, il s'ensuivait un vaste champ d'activité, où tous rivalisaient de force et d'adresse. Voilà comment la gymnastique donna naissance à la lutte (ày^v). Le désir d'acquérir de la souplesse dans les exercices corporels, et l'idée ambitieuse de sortir vainqueur d'un combat furent les principaux motifs qui développèrent la haute gymnastique, ayant pour objet la lutte, et qu'on désigne sous le nom d'agonistiqiie (àyojviffTixïi). L'agonistique occupait une large place, surtout dans les grandes fêtes nationales des Grecs, notamment dans les fêtes d'Olympie, qu'on célébrait tous les quatre ans à l'époque de la première pleine lune d'été. Là arrivaient, invités par les messagers pacifiques de Zeus, les délégués des villes et des souverains; les vaisseaux y transportaient des rivages lointains des légions de curieux, là s'empressait de venir la jeunesse grecque, et tous ceux qui chez eux s'étaient distingués par leur adresse corporelle accouraient là pour lutter, sous les yeux d'une foule innombrable, dans ce noble àyojv, dont le prix était une couronne de chêne, l'arbre de Zeus. Ceux que les Hellanodices, juges sévères, trouvaient d'une moralité irréprochable et d'une origine purement grecque, et qui pouvaient justifier de dix mois d'études faites dans un gymnase grec, ceux-là seuls étaient admis à s'approcher de l'urne du sort et à s'essayer dans cette lutte sacrée. Et quelles joyeuses acclamations saluaient le vainqueur, quels honneurs l'attendaient sur la place publique et chez lui, lorsqu'il rentrait triomphant dans sa ville natale ! Les Hellanodices le couronnaient dans le temple de Zeus de palmes et de rameaux frais d'olivier, on entendait de toutes parts retentir des hymnes et des odes, comme en chantait Pindare. Des inscriptions et des monuments figurés en airain perpétuaient, jusque dans l'avenir le plus éloigné, le souvenir du triomphateur. — Plus on cherchait à briller dans les jeux publics par l'agilité et

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la force corporelle, pour se couvrir d'une gloire qui équivalait à l'honneur des triomphes romains^ et moins on se préoccupait du côté purement pédagogique de la gymnastique^ tendant à former des jeunes gens robustes et une génération solide^ capable de bien défendre son pays. De même que l'artj après avoir vaincu les difficultés techniques,, tomba dans le genre mesquin et joli, de même, dans la gymnastique, à force de vouloir trop briller, on en arriva à des procédés violant toutes les règles de la beauté. Les Grecs des temps ultérieurs aimaient beaucoup ce raffinement des détails techniques; c'est ce qui prouve qu'ils n'avaient plus le sens exact de la beauté et de l'harmonie idéales et que leur goût se dépravait de plus en plus. C'est ainsi que nous voyons la véritable, la grande agonistique dégénérer en une sorte de métier, appelé athlétique (àôXritixïi). Cette disparition de la simplicité antique caractérisa également le goût corrompu qui se manifesta plus tard dans les concours de danse et de musique, et si l'athlétique finit par devenir le but de l' agonistique, la virtuosité devint le but suprême de l'art musical.

Cependant le beau spectacle qui se déroulait tous les jours sous les yeux des assistants dans les palestres et les gymnases fournissait une ample matière aux productions de l'art grec. Ici l'artiste s'inspirait des formes gracieuses et arrondies des jeunes gens et des statures héroïques des hommes mûrs; il trouvait dans les poses des lutteurs de riches motifs pour ses créations, et il exécutait ses chefs-d'œuvre en s'inspirant toujours de ces beautés visibles et palpables. Le peuple, de son côté, contemplait avec orgueil ces créations populaires de l'art où se reflétait son propre esprit, et c'est grâce à cette contemplation que le sens du beau se conservait intact dans la foule. Les écrivains de l'antiquité témoignent de la richesse inouïe des monuments plastiques qui célébraient en Grèce la mémoire des vainqueurs aux luttes publiques; on en rencontrait non seulement dans les endroits où avaient lieu les fêtes solennelles dont nous avons parlé, mais aussi dans les lieux de naissance des triomphateurs. Pausanias, dans sa description d'Olympie, déjà à cette époque pillée et détruite par des conquérants romains, ne cite pas moins de deux cent trente statues de bronze de vainqueurs olympiques, qui, témoins de l'antique splendeur, ornaient, de son

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tempSj bs rues et les places publiques. Il n'est parvenu jusqu'à nous qu'un petit nombre de ces oeuvres d'art; mais ces quelques spécimens sont d'une conception et d'une exécution magistrales et suffisent pour nous prouver que l'art et la vie populaire étaient intimement liés dans la vieille Hellade. Outre les oeuvres plastiques^ les peintures sur vases nous aident puissamment à comprendre les différents exercices corporels; elles nous représentent des scènes entières empruntées aux palestres et aux gymnases et nous permettent d'entrevoir l'intérieur de ces établissements^ les maîtres d'exercices et le matériel dont ils se servaient. Ainsi, nous voyons dans certaines peintures sur vases des hommes vieux ou Jeunes, vêtus d'un long himation et appuyés sur leur bâton^ regarder des lutteurs tournoyant dans l'arène^ ou diriger la lutte avec une baguette fendue en fourchette (Gerhard ^ Aiiserlesene griechische Vaseiibilder , pi. CCLXXI)^ dont la destination est douteuse d'ailleurs. Ces hommes sont évidemment des gymnastes ou des pœdotribes; les premiers étaient chargés de l'éducation générale du corps, les seconds de l'enseignement matériel et de tels ou tels exercices corporels en particulier. C'étaientles véritables professeurs de gymnastique; aussi occupaient-ils dans leur milieu une place importante. Il y avait encore d'autres fonctionnaires attachés aux gymnases et qu'il est difficile de distinguer dans les oeuvres plastiques; citons par exemple les sophronistes (de cfoppoauvri)^ qui étaient chargés de la surveillance morale de la jeunesse. Ils étaient dix à Athènes; chaque tribu en élisait un. Sous les empereurs, on nommait en qualité de surveillant dans les gymnases le cosmète, auquel étaient adjoints V anticosmète et Vhypocosmète. C'était le gymnasiarqiie qui avait dans ses attributions la surveillance générale des gymnases, fonctions honorifiques qui entraînaient des sacrifices pécuniaires considérables; le gymnasiarque, en effet, était obligé de décorer les localités réservées aux exercices, de payer les torches et flambeaux, de fournir l'huile nécessaire aux exercices, que l'état fournit plus tard lui-même, et de présider aux fêtes que la jeunesse organisait en vue de célébrer la mémoire des hommes célèbres.

Passons maintenant aux exercices spéciaux: les plus anciens sont probablement les plus simples, c'est-à-dire ceux qui n'exi-

LES EXERCICES CORPORELS. Soy

geaient ni matériel ni antagonistes. Commençons par la course (Spdfxoç)^ qui dans la série des luttes gymnastiques, par lesquelles débutaient toutes les grandes fêtes grecques, occupait la première place. A Olympie du moins, depuis qu'Iphitos y avait rétabli les jeuXj la course était restée longtemps le seul exercice; or, comme les jeux olympiques ont servi de modèle à tous les autres Jeux de la Grèce, tels que néméens, pythiques, isthmiques, etc., on peut admettre que, dans toutes les solennités où l'on suivait tout le pentathlon, la course ouvrait la série des luttes gymnastiques. Dans la course primitive (a-raoïov ou opd;jio!;) il s'agissait tout simplement de parcourir une carrière dont on déterminait le point de départ et le point d'arrivée; les jeunes garçons n'avaient à parcourir que la moitié de ce chemin et les à-^i-^t\oi les deux tiers. Cette course des jeunes garçons fut comprise, pendant la 87* olympiade, au nombre des jeux olympiques, et, dans les inscriptions, les noms de ces jeunes vainqueurs sont toujours cités les premiers. Dans les états où l'on se préoccupait des soins corporels delafemme, on considérait la course comme le meilleur exercice pour les jeunes filles et la longueur de la carrière qu'elles avaient à parcourir n'était que le sixième du dromos des hommes.

Dans la seconde sorte de course, le diaiilos (otauXoç), le coureur avait à parcourir la carrière deux fois; il décrivait au but un arc de cercle (xaiArvi) et revenait au point de départ sans reprendre haleine. L'arc de cercle ainsi décrit a fait donner à cette course le nom de xâjjLTreio; Spdaoi;, par opposition au Spo'ty.o<; simple. Mais c'est la troisième course, le ôoXi-/o<;, qui exigeait le plus de force et de ténacité; en effet, d'après les différentes données qui nous sont parvenues à ce sujet, il s'agissait là de parcourir une distance de 12, 20 ou 24 stades. Si l'on veut se rendre compte des efforts qu'il fallait faire pour franchir un tel espace sans s'arrêter en chemin, il suffira de convertir les stades en nos mesures de longueur. Le stade équivalait à 589 pieds français et 40 stades à une lieue géographique; une longueur de 24 stades représentait donc plus d'une demi-lieue. La carrière d'Olympie mesurait juste un stade, par conséquent dans un dolichos de 24 stades^ il fallait en faire douze fois le tour : on comprend dès lors qu'un vainqueur spartiate, Ladas, soit tombé mort en arrivant au but. Pour triompher des difficultés de cette

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coLUse, dit Lucien, on avait besoin de beaucoup de force et de beaucoup de poumons; pour parcourir des carrières moins longues^ il fallait une grande agilité.

Ajoutons à ces exercices la course armée (ÔTr/a'f/iç opo'aoç). Elle était exécutée d'abord par des jeunes gens munis d'un casque, d'un bouclier rond et de genouillères; plus tard l'armement consistait en un simple bouclier^. Cet exercice était d'une utilité incontestable pour le service de campagne et Platon demande que, dans l'intérêt de l'art militaire, on s'arme ainsi non seulement dans la petite, mais aussi dans la grande course. On sait que les Grecs (c'est du reste aussi une tactique adoptée dans l'armée allemande d'après le modèle français) avaient l'habitude d'attaquer en pleine course; c'est ainsi, dit-on, qu'ils ont procédé dans la bataille de Marathon.

Les Grecs ne portaient aucun vêtement dans la course, pas plus que dans les autres exercices; à l'origine seulement ils se ceignaient les reins. Ceux qui, dans Vagon, se présentaient pour se disputer les prix, on les divisait en séries (Tâ^siç), dont chacune, comme les monuments en font foi, se composait de quatre agonistes; on les conduisait tous au point de départ et là ils tiraient au sort pour savoir dans quel ordre chaque division devait commencer la course. Il était expressément défendu d'user de ruse, de violence ou de corruption pour faire perdre un avantage quelconque à son rival. La course par séries ou divisions terminée, les vainqueurs de chacune d'elles étaient obligés de recommencer une course entre eux et c'est après cette seconde épreuve qu'on jugeait à qui revenait la couronne triomphale ou le prix. De ces courses où s'escriment quatre hommes ou éphèbes, on en aperçoit beaucoup sur les vases panathénaïques. Les coureurs apparaissent ici entièrement nus et leurs bras fort agités semblent aider l'agilité des jambes-.

Mentionnons, à titre de particularité, la course aux torches, ou la lampadèdromie (Xafxuaorjopojxi'a), qu'on exécutait la nuit, dans certaines villes de la Grèce, en l'honneur des dieux dispensateurs

1 Sur une kylix du Musée de Berlin (n" 887) on voit beaucoup de guerriers courants armés d'un casque et d'un bouclier.

2 Mus. Gregorianum III, pi. 22; Monum. ined. dell'Instituto di corrisp. archeol. I. Tav. 22. Gerhard, Antike Bildwerke. Cent. I, pi. 6 etc.

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du feu; on allumait des torches au feu d'un autel et on les portait en courant du point de départ jusqu'à l'arrivée. Cette course, devenue dans la suite un simple a^ongymnastique^ avait pour origine une tradition religieuse. La lampadèdromia était en usage à Athènesj dans les fêtes d'Athèna^ d'Hephaestos et de Prométhée, plus tard dans les Anthestéries (fêtes florales) et les épîtaphies {fêtes funèbres); on en organisa après la bataille de Marathon en l'honneur de Pan; à Corinthe il y en avait à l'occasion de la fête d'Athèna Hellotis, et dans le Pirée^ la fête de la déesse thrace, Rendis^ était célébrée aussi par une course aux flambeaux. Une peinture sur vase (Gerhard, Antike Bildwerke, Cent, i, 4, pi. 63) nous représente deux éphèbes courant, munis de boucliers ronds et brandissant des torches dans les mains; sur deux autres vases (Tischbein, Vas. d'Hamilton, tab, III, pi. 48 et II, 25) la Victoire tend à un des trois porteurs de torches, se disputant le prix de la lutte une bandelette, signe du triomphe. Quant aux autres courses se rattachant à des cérémonies du culte, telles que celle des oschophories (fête des jeunes rameaux) d'Athènes , où des coureurs habillés en femmes portaient des pampres et des grappes de raisin, depuis le temple de Dionysos jusqu'à celui d'Athèna Skiras du dème de Phalère, ainsi que la staphylodromie (course aux pampres) des fêtes d'Apollon Carnéen de Sparte, nous les laissons de côté, comme n'appartenant pas à la catégorie des luttes classiques. Le saut (aXua) occupait le second rang dans la série des exercices gymnastiques. Déjà dans Homère, on voit les Phéaciens habiles à sauter, et plus tard cet exercice va faire partie des concours gymnastiques et du pentathlon , que nous allons décrire tout à l'heure. Les Grecs semblent avoir pratiqué, dans leurs palestres, trois genres de saut, tout comme nous dans nos gymnases: le saut en hauteur, en largeur et en profondeur. On ne sait au juste si les Grecs se servaient de la perche, que nous employons dans ce cas; les barres qu'on aperçoit entre les mains des éphèbes dans certaines peintures sur vases sont plutôt des javelots que des perches à sauter. Mais, si l'on considère que la gymnastique n'était pour les Grecs qu'un prélude au métier des armes et qu'en temps de guerre ils franchissaient souvent les fossés en s'aidant de leurs javelots, on admettra que les barres ou perches dans les

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palestres ou les gymnases remplaçant les javelots aient dû servir aussi d'instruments de gymnastique. Nous en avons la preuve dans une figure d'Amazone taillée dans la pierre (MûUer^ Denkmàler, \, pi. XXXI, n» i38)j qui, tenant un de ces instruments dans la main, s'apprête à sauter. On sait, du reste, qu'afin de donner plus d'agilité et de souplesse à leur corps, et surtout afin d'acquérir plus de sûreté dans le saut en largeur, les Grecs se servaient d'haltères (àXT^psç). De nombreux monuments figurés nous apprennent quelle en était la forme. C'étaient tantôt des pièces de métal demi-ovales, comme nous le montre l'éphèbe de la

figure 419, se préparant à sauter (dans la partie convexe il y a des ouvertures pour passer la main); ou bien c'étaient deux masses ou boulets réunis par une tringle, tout à fait comme nos haltères modernes ; cette dernière forme était principalement usitée dans \q pentathlon. Voici commentonmaniaitsans doute les haltères. Pour sauter debout ou avec élan, on tendait d'abord en arrière les bras armés de cet instrument, et puis, avançant fortement le corps, on les lançait avec un mouvement violent en avant (fig. 419). Ce mouvement, faisant pencher le corps, pourrait entraîner une chute sur le dos; pour éviter cet inconvénient et pour rétablir l'équilibre, on ramenait rapidement les bras en avant. Des expériences pratiques faites tout récemment ont prouvé que l'emploi des haltères peut aider à franchir une grande distance ; néanmoins il est incontestable qu'il faut une grande habitude pour atteindre la perfection du saut à la manière grecque. Quoi qu'il en soit, on ne peut s'expliquer comment Phayllos de Crotone a pu, à l'aide de ces haltères, franchir au saut une étendue de 5o à 53 pieds grecs (i5'n,4i); en e.flfet, nos gymnastes les plus exercés ne franchissent guère, avec la perche, que le tiers de cette distance. Chez les anciens, comme

Fig. 419.

Éphèbes s'exerçant avec des Haltères.

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chez nous, l'endroit d'où l'on s'élançait (pa-rïfp) était indiqué par une marque creusée dans le sol ou par une simple planche. Une peinture murale dans l'intérieur d'une tombe étrusque nous représente une de ces planches très élevée d'où un palestrite exécute le salto mortale (Micalij L'Italia avanti il dominio dei Romani. AtlaSj pi. 70); cette peinture, du reste, nous montre très clairement les différents exercices de la palestre. Le but que le sauteur avait à atteindre était marqué soit au moyen d'un sillon (CTy.aaaa), soit au moyen d'une simple entaille faite dans le sol. Des hommes, munis d'une espèce de pique, qu'on voit dans les figurations agonistiques de certaines peintures sur vases (Gerhard, Auserlesene griechische Vasenbilder , pi. CCLXXI), prouvent bien qu'on avait l'habitude de déterminer cette limite. Dans les mêmes peintures d'autres personnages tiennent de longs rubans rouges; c'étaient sans doute des mesures destinées à circonscrire l'espace réservé au saut et à tous les autres exercices. La gymnastique moderne n'a pas adopté les haltères dans l'exercice du saut; mais elle en use, à l'exemple des anciens, pour fortifier les bras, la nuque et les muscles de la poitrine.

Le tableau très caractéristique qu'Homère trace de la lutte entre Ajax et Ulysse va nous amener à un troisième àytov, à la lutte (TraÀTi) :

Tous deux, une fois ceints, dans le cirque s'avancent.

Ils se prennent au corps, s'étreignent de leurs bras . . .

Leur dos craque et paraît céder à leurs efforts;

La sueur à longs flots coule autour de leur corps;

Leurs épaules, leurs flancs, où plus un nerf ne bouge,

Se gonflent de tumeurs, où palpite un sang rouge;

Pleins du désir de vaincre, ils luttaient, pied à pied.

Ardents, pour obtenir le superbe trépied.

Ulysse ne put point étendre Ajax à terre,

Pas plus qu'Ajax Ulysse . . .

Mais Ulysse a toujours un artifice prêt:

Il frappe avec le pied son rival au jarret :

Ajax renversé tombe et sur lui tombe Ulysse ...»

Iliade, ch. XXIII.

Il résulte du premier vers que les lutteurs d'Homère portaient * Traduction de M. Lucien Pâté.

Fig. 420.

StriffUes et aiiti'es

Instruments

de nettoyage.

encore la ceinture; ils ne se dépouillèrent de tous leurs vêtements que vers la i5« olympiade. L'habitude de graisser le corps avec de l'huile n'apparaît également qu'à une époque postérieure à Homère. Le frottement avec l'huile (iXaiov) donnait aux membres de la souplesse et de l'élasticité; aussi en usait-on non seulement dans la luttej mais aussi dans tous les autres exercices de la palestre. Pour empêcher le glissement des membres sous l'étreinte de l'adversaire , les lutteurs saupoudraient leurs corps de poussière. Cette double opération, fait observer Lucien^ empêchait une trop forte transpiration, garantissait la peau, dont les pores s'ouvraient sous l'action violente du travail physique , contre les effets désastreux des courants d'air et ajoutait les forces nécessaires pour

soutenir une lutte plus longue. La personne chargée de donner

ces soins au corps s'appelait dÀ£i7rTr,ç. Après

la lutte il fallaitj bien entendu^ procéder à un

nettoyage complet du corps; les anciens se

servaient, à cet effet, d'une sorte d'étrillé,

appelée azXeyyiç {strigilis), employée également par les hommes et par les femmes dans

la toilette du bain. C'était un instrument de

métalj d'os ou de jonc, creusé en manière de

cuiller et pourvu d'un manche; on le trouve

souvent figuré dans les peintures sur vases

qui représentent des scènes de palestres ou

de la vie domestique (Gerhard, Auserlesene

griechische Vasenbilder , pi. CCLXXVIII,

CCLXXXI, Mus. Gregor., vol. II, pi. 87).

Généralement il est placé à côté du vase rond

contenant l'huile. La figure 420 présente un

ensemble de ces objets de nettoyage, et qui

sont: un flacon à l'huile, pendu par des cordons, des strigiles de différentes longueurs et

une coupe plate, dont l'original est au Museo Borbonico. Quant

à la manière dont on se servait de la strigile, la belle statue d'un

Fig. 421.

statue de l'ôjtoE'Joiievoî.

LES EXERCICES CORPORELS

athlète du Museo Chiaramontij connue sous le nom de l'àTio^uc)p.îvoç, nous en donne une idée très exacte (fig. 421).

Aucun exercice gymnastique n'exigeait une instruction plus classique que la lutte. Ici la force brutale ne suffisait pas; il fallait avoir un coup d'œil sûr, il fallait savoir mettre à profit toutes les faiblesses de l'adversaire, savoir porter certains coups appris à l'école et surprendre son rival par des attitudes et des mouvements trompeurs; il s'agissait, en outre, d'y mettre une grâce toute particulière. Il y avait des règles dont les lutteurs n'avaient pas le droit de s'écarter; elles ne concordent pas en tout point avec nos sentiments plus doux et plus humains; car, s'il était interdit.

Fig. 422. — Lutteurs.

comme chez nous, de frapper son adversaire, il était permis de le heurter (wOtdao'i;), de lui tordre au besoin les doigts ou les orteils, pour l'empêcher de continuer la lutte, et de lui enlacer le cou avec les mains. On pouvait aussi heurter impunément les fronts (ffuvapcxTTciv xà (^.ixojTra), si toutefois il ne faut pas entendre par là une simple poussée de fronts, manœuvre qui est également tolérée parmi les lutteurs de nos jours. Il nous semble reconnaître cette position athlétique dans une peinture sur vase de la collection Blacas (Musée Blacas, t. i, pi. 2. Comp. une fig. semblable dans le Museo Pio Clémentine, vol. V, pi. Sy), où deux lutteurs nus, appuyés tête contre tête, s'apprêtent à se saisir par les bras (fig. /1.22) '. — Les Grecs distinguaient deux sortes de luttes : celle

1 Les deux personnages accompagnant les lutteurs sont les gardiens de la loi (vo[jLO'fûXax.cî), juges (F. T.).

OÙ les lutteurSj se tenant deboutj s'efforçaient de se jeter par terre l'un l'autre (irâX-/; ôpOv], 6p9i'a) et^ une fois tombés, se relevaient pour continuer le combat; après trois chutes consécutives

Fig 423. — Différents artifices de la lutte.

il fallait se déclarer vaincu. Voici en quoi consistait la seconde manière de lutter : aussitôt que les deux adversaires étaient tombés,, l'un terrassant l'autre et l'empêchant de se relever, ils poursuivaient le combat dans cette attitude couchée (à>.i'vSr,ai;, xuXifftç). Dans les deux cas on mettait en pratique certains artifices de l'école qui avaient surtout pour but d'étreindre l'adversaire, pour ne pas lui laisser l'usage libre de ses bras et de jambes. Les deux adversaires, s'approchaient d'abord l'un de l'autre (fig. 42 3), les bras levés en l'air, la jambe droite avancée et le corps un peu renversé; ainsi solidement campés pour l'attaque (It^-PoXat), ils se mettaient à lutter des mains et des bras;

dans ce travail, désigné par le mot cpaacstv , le lutteur s'efforçait de serrer et d'immobiliser les bras et les épaules de son adversaire. Un autre schéma (ff/YJaa), (c'est ainsi qu'on appelait les artifices d'école), c'était le croc-en-jambe, auquel Ulysse eut recours dans le combat mentionné plus haut; il donna à Ajax un tel coup de talon dans l' articulation du genou, que celui-ci fut forcé de s'affaisser (ÔTréXuus 8= -^mIix). Étaient encore conformes aux principes de l'école : le jeu des jambes, souvent figuré dans les peintures sur vases, et qui consistait à soulever avec les mains

Fig. 424. — Groupe de Lutteurs de Florence.

LES EXERCICES CORPORELS

une jambe de l'adversaire, pour le faire tomber (^ Monument i deir Instit., vol. I, 22, n" 8), ainsi que l'entrelacement des jambes, qui, l'adversaire une fois terrassé, l'empêchait de se relever. Le fameux groupe de lutteurs de Florence (fig. 424) nous fait comprendre parfaitement cette manière de lutter avec les jambes : le personnage d'en haut a enroulé fortement sa jambe gauche autour de son adversaire; celui-ci, qui a encore le bras gauche et le genou droit libres, s'efforce de se relever, mais le vainqueur lui saisit d'une poigne solide le bras droit et le ramène en arrière. On lit dans les traits de l'homme terrassé la vive douleur que lui cause la torsion du bras et les derniers efforts qu'il tente pour échapper à cette terrible étreinte. Les écrivains de l'antiquité donnent beaucoup d'autres détails relatifs à la lutte; mais nous n'y insistons pas, car il est difficile d'en donner l'explication.

Passons maintenant au jet du disque (Si(7y.opoX{a). Pour bien nous rendre compte de ce quatrième exercice gymnastique, nous allons examiner la statue du lanceur de disque, qu'on a trouvée en 1781 dans la villa Palombara, appartenant au prince Massini, et qui est probablement une copie du fameux diskobolos du sculpteur Myron (fig. 425). La partie supérieure du corps

est fortement penchée à droite et repose sur le bras gauche, dont la main s'appuie sur le genou de la jambe droite pliée en avant. Le centre de gravité du corps est donc dans le pied droit, tandis que le pied gauche, touchant le sol du bout des orteils, rétablit l'équilibre. Le lourd disque est posé sur la partie inférieure de l'avant-bras et sur la paume de la main, et le bras droit est levé au-dessus de la hauteur de l'épaule, pour pouvoir le lancer avec force, en lui imprimant la direction d'un arc de cercle. La nuque et la tête sont tournées du côté de la main, prête à lancer le disque, dont la course est réglée par la précision de

Fig. 425. — Le Discobole.

3i6 LA VIE ANTIQUE.

l'impulsion donnée. Cette position^ confirmée par un témoignage de Philostrate (Imag. I^ 24), était conforme aux principes de l'école; elle a quelque analogie avec l'attitude que prennent nos joueurs déballe, avec cette différence toutefois que la balle suitj dans son vol, une ligne droite, tandis que le disque décrivait une courbe dans son trajet. Le jeu du disque est intimement lié à un grand nombre de traditions et de légendes sur les dieux et les demi-dieux; Homère nous le représente déjà comme le jeu favori des hommes. Le disque homérique, appelé co>cç, était un morceau de fer grossièrement fondu (aÙTo/o'ojvoç), ou, comme chez les Phéaciens, une simple pierre. Plus tard on employait à cet effet l'airain ou une sorte de bois très dur. Le disque des temps historiques ressemblait à un bouclier rond, et comme il n'avait pas de poignée, il était difficile à manier; le discobole repliait alors les doigts sur le bord de son projectile, afin de bien le maintenir sur la paume de la main et sur l'avantbras (fig. 425). La grosseur du disque variait, dans les lieux d'exercices privés, suivant les forces des combattants; mais dans les jeux publics, il était d'une grandeur et d'un poids uniformes. L'Antiquarium du Musée de Berlin possède un de ces disques de bronze, trouvé à Égine (bronzes, n» 1273), qui mesure 77 millimètres de diamètre et pèse environ i 7» kilogr. ; il est décoré sur une face d'un éphèbe lançant le javelot, sur l'autre d'un autre éphèbe sautant avec des haltères ^ On lançait le disque du haut d'un petit monticule, appelé p«>piç, et, soit que le but fût fixé d'avance ou non, c'était le plus adroit qui remportait la victoire.

Le jet du javelot (àxo'vxiov, àxovxiffuLÔ;) était bien plus encore, que le disque un exercice préparatoire au métier des armes; il occupait déjà à l'époque d'Homère une place importante parmi les jeux guerriers et fut rangé plus tard au nombre des exercices gymnastiques et agonistiques. Mais, tandis que dans Homère les hommes lancent le javelot tout en armes, dans les gymnases on ne se sert que de bâtons ou de barres émoussées. On aperçoit souvent dans les peintures sur vases des éphèbes tenant à la main de ces traits sans

^ Voy. la reproduction de ce disque en grandeur naturelle dans : Ed. Pinder, Ueber den Fùnfkampf der Hellenen, Berlin 1867.

LES EXERCICES CORPORELS. ZïJ

pointe^ et la manière dont ils les tiennent nous confirme dans notre hypothèse que ce ne sont point des perches pour sauter, mais des projectiles. Dans le pentathlon on employait des traits légers et courtSj pourvus d'une longue pointe fine, commodes à lancer vers un but fixe ou indéterminé. Le lecteur trouvera d'ailleurs de plus amples renseignements sur la forme des javelots grecs dans le chap. suivant qui traite des armes de guerre.

Les cinq exercices que nous venons de décrire, savoir : la course, le saut, la lutte, le jet du disque et du javelot, constituaient le pentathle (TrjvTaOXov), introduit en Grèce au moment même où brillaient de tout leur éclat les quatre grandes fêtes helléniques. On se mit alors à exécuter, le même jour et l'un après l'autre, ces cinq ordres de combats d'émulation, etc'est précisément la variété du j7en^a?/2/e qui poussait les hommes à montrer toute leur adresse acquise à l'école de gymnastique et à lutter pour le prix de la victoire. Mais ce prix n'était décerné qu'à celui qui triomphait dans les cinq exercices, et non pas seulement dans l'un d'entre eux. D'après Bôckh, le pentathle aurait commencé par le saut, puis serait venue la course, ensuite le disque, le javelot, et en dernier lieu la lutte; d'autres philologues ont changé cet ordre. Il est douteux toutefois si le pentathle comprenait forcément les cinq combats ou non. Le saut, le jet du disque et le jet du javelot en faisaient nécessairement partie; ils formaient, comme le prétend Krause dans sa Gymnastik iind Agonistik der Hellenen, le triagmos (xpiaY^'ç), qu'on exécutait toujours intégralement, tandis que, dans certaines circonstances, on pouvait omettre la course et la lutte.

Mais dans aucun combat on n'exposait tant sa vie et on ne risquait tant d'être estropié que dans le pugilat {-ku^^ti, ttû;). Les vers suivants d'Homère nous en font un excellent tableau :

Alors ils se levèrent Et de leurs bras nerveux l'un l'autre se poussèrent; Leurs poings serrés frappaient et volaient en tous sens ; La sueur ruisselait de leurs membres puissants; Leurs dents terriblement grinçaient entre leurs lèvres . . . i

' Trad. de M. Lucien Pâté.

3l8 LA VIE ANTIQUE.

Afin de donner plus de force au poignet et de le garantir contre les blessures^ l'athlète (Truxxrjç) s'enveloppait les deux niains de courroies (t[xâvir£(;) en peau de bœuf, de manière à laisser les doigts libres et à pouvoir crisper le poing j les extrémités de ces courroies s'enlaçaient autour de l'articulation de la main^ comme celles des sandales entouraient la cheville^ et couvraient entièrement l'artère du pouls. C'était une vieille habitude qu'on rencontre déjà dans Homère; on donnait à cet habillement de la main le nom de a£iX(-/at, peut-être^ fait remarquer Krause^ parce qu'il adoucissait la violence des coups. La figure 426 représente le bras d'une statue d'athlète armé de la sorte; une maille de courroies, artistement croisées^ recouvre la partie supérieure de la main jusqu'à l'articulation et monte le long de l'avant-bras-, presque jusqu'à la hauteur du coude. Mais l'athlétique ne se contentait point de ces courroies^ qui pouvaient bien produire des bosses ou des enflureSj mais non de véritables blessures; aussi les garnissait-on de bandes de cuir Fig. 426 et 427. durci. de clous et de boules de plomb.

Bras armes pour le pugilat. ^

quij à chaque coup bien porté^ laissaient forcément des traces sanglantes. Citons au nombre de ces armes terribles cette sorte de gantelets que les anciens appelaient ccpaîpKi; le bras de la figure 427^ emprunté à une statue de lutteur de la villa Pamfilij nous montre cette armature singulière de la main. Les doigts passent ici à travers un anneau de métal ou de cuir, et le bras est couvert d'un réseau très serré de courroies^ auquel est attachée une plaque en forme de bouclier^ pour protéger l'avant-bras. Une statue de lutteur du Musée de Dresde (fig. 428) porte aux poings une armature dont les effets étaient sans doute plus terribles encore; ce doit être celle que les anciens appelaient f/.uparix£(;j et qui broyait les membres. — On ne s'habillait pas plus pour le pugilat que pour les autres combats. Les gantelets une fois attachés par des hommes préposés à cet effet, les lutteurs entraient dans la lice, où, pour essayer la souplesse de leurs bras, ils avaient l'habitude de faire quelques évolutions agonistiques dans l'espace. Dès qu'ils avaient

LES EXERCICES CORPORELS

pris une attitude sûre et avaiitageuse, et dès que le signal du combat était donné^ ils penchaient un peu en avant le haut du corpsj tout en retirant le cou, afin de le placer, autant que possible, hors d'atteinte; celte position, on la remarque non seulement dans la belle statue reproduite à la figure 428, mais aussi dans toutes les autres statues de lutteurs et dans les nombreux pugilats que figurent les peintures sur vases. Le Trûx-rr,!; cherchait à fatiguer son adversaire au moyen de toutes sortes de tours d'adresse et à se couvrir lui-même, de manière qu'aucun coup ne pût l'atteindre. Les deux poings étant armés de cestes, il Jouait tour à tour de l'un et de l'autre; du bras resté libre il parait les coups, tantôt à la hauteur de la tête, tantôt plus bas, pour protéger la poitrine ou la partie inférieure du corps. Ici comme dans la lutte il était permis de se retirer subitement, de se rejeter en arrière, de changer adroitement d'attitude et de place, de tendre tous ses muscles, enfin d'user de ruse et de subterfuges. Mais on punissait sévèrement l'emploi de moyens interdits pour remporter la victoire et la mort préméditée de l'adversaire. On dirigeait surtout ses coups sur la partie supérieure du corps, notamment sur les tempes, les oreilles, les joues, le nez et le menton. Les dents et les oreilles étaient principalement exposées; les unes comme les autres étaient souvent endommagées, comme nous en avons la preuve dans quelques statues de pancratiastes. Les couvreoreilles de laine ou de cuir (àfxcpwTÎoeç) n'étaient usités que dans les gymnases et dans les palestres; on n'en portait jamais dans les luttes publiques. Si les lutteurs étaient de force et d'adresse égales, ils s'octroyaient un court repos pour recommencer ensuite avec plus d'ardeur leurs jeux sanglants. Mais si la lutte se

Fig. 428. — Lutteur du Musde de Dresde.

prolongeait un peu et si l'on voulait décider promptement de la victoire, les adversaires se retrancliaient fortement dans une position défensive ou offensive , jusqu'à ce que l'un d'eux, en levant la maiUj se déclarât vaincu.

Si le pugilat favorisait le développement de l'athlétique, le pancration (Tray^paTiov) le favorisait bien davantage. C'était une réunion du pugilat et de la lutte qui était inconnue à l'époque héroïque, et qui ne fut comptée au nombre des jeux publics que vers la 3 3<= olympiade*. On n'avait pas besoin, bien entendu, dans ce cas, de se servir des gantelets qui auraient empêché le libre usage des mains. D'après les règles de l'art, dans le pancrace on ne pouvait pas frapper avec le poing fermé, mais seulement avec les doigts recourbés. Il était permis d'ailleurs d'avoir recours, pour gêner l'adversaire, à tous les stratagèmes usités dans la lutte et dans le pugilat; mais on était sévèrement puni si l'on se servait de moyens déloyaux pour l'affaiblir (xajcoaay^slv).

Après les luttes gymnastiques (àywv YU[J<-vixdç) nous allons étudier cette partie de l'agonistique qui, sous le nom de ÎTniixoç àvwv, comprenait la course de chars et de chevaux. Ces deux exercices occupaient, grâce à leur caractère noble et chevaleresque, un très haut rang dans l'agonistique. Mais comme les personnes riches avaient seules le moyen d'équiper les chars et d'élever les chevaux nécessaires à la course, les classes pauvres n'y prenaient point part. Aussi ces exercices peuvent-ils être considérés à bon droit comme les diytvûssQmenXs fashionables de l'antiquité. Ici on n'avait plus besoin d'une grande adresse ni d'une force exceptionnelle; il suffisait d'avoir un coup d'œil sûr et une main habile à conduire les chevaux. Le propriétaire de l'attelage ne dirigeait pas toujours la course de chars (api^LatrjAacea) lui-même. Il se faisait remplacer par un conducteur.

L'hippodrome ayant été décrit plus haut (p. i6o etsuiv.), nous n'avons plus qu'à ajouter ici quelques mots sur les attelages. Le char à deux roues, employé déjà à l'époque homérique sur le

1 Suivant Aristote, celui qui veut presser et arrêter son adversaire est un bon lutteur (7:aXataTiy.(5;) . celui qui, tout en frappant, sait parer les coups, est propre au pugilat (Tcuxitxdi;), "■ et celui qui se livre à la fois à ces deux genres d'exercices est un Tzay/.paTcar/îî (F. T.).

LES EXERCICES CORPORELS 321

champ de bataille comme dans la carrièrCj étaii également usité à l'époque historique. Mais alors le conducteur seul prenait place sur le char ^ Le nombre de chars admis à une course dépendait de l'importance de la localité, de la largeur de la carrière et du nombre des oixTiuata.

Nous savons, par exemple, qu'Alcibiade envoyait, à lui seul, sept attelages aux jeux olympiques, qu'Archésilas de Cyrène l'emporta, aux jeux pythiques, sur quarante concurrents (Pindare, Pj'th. F); Sophocle nous parle dans son Electre (v. 698 et suiv.) de dix chars se disputant le prix dans l'hippodrome de Delphes.

Les attelages formés de quatre chevaux, introduits dans la 25« olympiade (Spô[/.o(; ÏTTTrojv teXeiwv), furent remplacés dans la 93^ olympiade par des attelages de deux chevaux (tTiTrojv TsÀeîtuv ffuvtijpîç).

Il y avait aussi des attelages de trois chevaux, comme on peut s'en convaincre en examinant la frise du Parthénon. Depuis la g9« olympiade, on attelait aussi des poulains (ttwXoi) deux à deux ou quatre à quatre. Les mulets ne parurent dans l'hippodrome que dans l'intervalle compris entre la 70^ et la 81» olympiade. On tirait au sort la place des chars, qui partaient a tempo à un signal donné, et, excités par les cris des conducteurs, stimulés par le fouet {-j-âa-iz) ou par l'aiguillon (xsvTpov)*, ils s'envolaient, en soulevant des nuages de poussière. De même que dans la course à pied (comp. page Soj), ici aussi on parcourait la carrière une seule fois, sans tourner la borne (axa;j.7rTov), ou bien on franchissait la distance d'une double carrière, ce qui formait le diaulos; si l'on dévorait douze fois l'espace de toute la carrière (cojôÉxaToç opoi/oî), comme on le faisait dans les jeux

1 Le lecteur trouvera des détails sur la construction des chars de guerre grecs dans le chap. XVI traitant de l'art militaire.

^ La mastix consistait en une baguette courte, au bout de laquelle étaient attachés quelques cordons (fig. 4.30).. Le kentron, au contraire, était une longue verge ou baguette effilée, avec laquelle le conducteur aiguillonnait les chevaux de son siège. De nos jours encore, dans l'Italie méridionale et en Espagne, les cochers se servent de semblables bâtons pointus pour stimuler les bàesde trait. Une peinture sur vase (Mûller, Denkmàler, I^e part., n°9i6) nous montre des morceaux de métal fixés à l'extrémité du kentron.

olympiques^ pythiques et isthmiques, on exécutait une course correspondant au dolichos , que nous avons mentionné plus haut. Dans les courses ordinaires, les conducteurs de chars ne portaient aucun costume et les chevaux étaient légèrement harnachés; mais il y avait d'autres courses, analogues au Spôjjioç ÔTTÀÎTr,!;, décrit à la page 3o8, où les combattants et les attelages s'élançaient dans la carrière, couverts de toute une armure de guerre. Le terrain de la carrière, n'étant pas tout à fait uni, créait souvent des obstacles qui rendaient inévitable le cahot ou le choc de chars. Mais c'est au tournant de la borne qu'on courait les plus grands dangers; là, en effet, un choc pouvait faire verser le char ou le briser entièrement. Nestor, en s'adressant à son fils, le prévient de ce danger et l'engage à l'éviter. Citons les paroles d'Homère, qui caractérisent la manière dont on faisait tourner l'attelage autour de la borne :

Ainsi qu'à tes chevaux donne à ton char des ailes. Sur ton siège d'abord campé solidement, Penche-toi vers la gauche, et qu'au même moment A ton cheval de droite, en lui lâchant la bride, Ta main, avec le fouet, imprime un bond rapide, Cependant qu'incliné vers le but menaçant, L'autre ralentira son pas retentissant.

Paraissant l'effleurer, sache éviter la pierre. De crainte que ton char ne s'envole en poussière Et de peur de blesser tes coursiers pleins d'effroi.'

Ce genre de combats, que les Grecs aimaient beaucoup, a tout naturellement inspiré souvent les peintres et les sculpteurs de l'antiquité. Une peinture murale (fig. 429), qui décore, comme celle de la figure 423, l'intérieur d'une tombe étrusque, nous représente les préparatifs à une course de chars. A gauche, un automédon conduit déjà son char dans la carrière; à côté, un homme du métier semble éprouver la qualité des chevaux et visiter leur harnachement, avant qu'ils s'élancent dans la lice. A droite, deux hommes dans une attitude très naturelle s'apprêtent à atteler deux chevaux. D'autres monuments figurent des chars

* Trad. de M. Lucien Pâté.

LES EXERCICES CORPORELS

lancés à toute vitesse (fig. 418). Voici comment Sophocle décrit^ dans son Electre, les périls de cet exercice :

"Tantôt il était traîné sur le sol^ tantôt ses membres s'élevaient "au ciel, jusqu'à ce qu'il fût délivré par les conducteurs des "charSj qui eurent grand'peine à contenir son attelage.» Et plus loin :

"Alors le faux pas de l'un renversa l'autre et le brisa en mor- "ceaux, et les débris des chars couvraient au loin les champs " phocéens."

On voit dans une peinture sur vase (Panofkaj Dilder antiken Lebens. Taf. III, 10) un cheval lancé avec des rênes lacérées. Une peinture murale (Micali, Ultalia avanti il dominio dei Romani. Atlas. Tav. 70) nous montre un char fracassé par des

Fig. 429. — Préparatifs à une Course de Chars.

chevaux qui se cabrent et dont le conducteur est jeté en l'air. Enfin on verra au chap. XXVI le dessin de la mosaïque de Lyon, représentant les jeux du Cirque.

La course de chevaux (iTnroopo|jLÎa) est sœur de la course de chars. L'équitation dans les guerres et dans les jeux publics ne fut guère introduite en Grèce qu'au commencement de l'époque historique ; les chars de combat, usités dans les temps héroïques, disparurent des champs de bataille et ne se conservèrent que dans les courses, sous leur forme primitive. Mais, par contre, les chars de combat restèrent longtemps en usage chez les peuples barbares. Pour l'équitation, comme pour la course de chars, on se servait de chevaux formés (iîttcw xéXïiti), dont l'emploi date de la 33^ olympiade, ou de poulains (/ciÀ-/)Ti ttojXw), introduits dans les jeux publics pendant la i3i'5 olympiade. Les cavaliers étaient soumis aux mêmes règles que les conducteurs de chars, mais ils couraient moins de dangers au tournant de la borne. Ici également il arrivait

quelquefois des accidents, comme nous le montre une peinture sur vase (Panofka, Bilder antiken Lebens. Taf. III, 4)^ où un cavalier démonté est jeté par terre. L'arrivée au but est figurée dans une peinture sur vase où le juge du combat reçoit le vainqueur^ qui a dépassé ses rivaux de la longueur d'un cheval (fig. 430). Le jugement était rendu par trois hellanodices nommés à cet efifet pour toute la durée des jeux. Avant d'entrer en fonctions^ ils étaient tenus d'étudier pendant plusieurs mois les lois et règlements relatifs aux courses, et de jurer ensuite devant la colonne deZeus Horkios qu'ils exerceront leur emploi avec une complète impartialité. C'est à eux qu'incom.bait le soin de recevoir les inscriptions des concurrents, de veiller au maintien de l'ordre,

pendant la course, d'orner le front du vainqueur d'une bandelette de laine et d'une couronne triomphale. Dans les jeux olympiques, pythiqueSj néméens et isthmiques, les vainqueurs recevaient une bandelette, et une couronne d'olivier, de pin ou de lierre. Dans les autres on leur distribuait des prix en argent; pendant les Panathénées on leur décernait de précieux vases antiques remplis d'huile provenant des douze oliviers sacrés qui croissaient aux portes d'Athènes, sous la garde deZeus Morios.

Une course d'un genre tout particulier,- c'était la /.âXirv) où le cavalier, en approchant de l'extrémité de la carrière, devait sauter ù terre et gagner le but en tenant son cheval parla bride. Il y avait encore une autre sorte de course qui ressemblait à la calpè. Voici en quoi elle consistait : le combattant proprement dit sautait, au tournant de la carrière, à bas de son char et le suivait à pied; puis, en approchant du but, il remontait vivement dans le char, à l'aide du conducteur (rjvîoyoç) : de là son nom de à7rûfiàTr,i; et àvatjiocTVjç. Ce combat, d'origine fort ancienne, s'est maintenu dans les fêtes Panathénées, et la frise du Parthénon nous en montre certainement les préparatifs : nous y voyons, en eifet, les quadriges destinés à la procession solennelle, avec leurs conducteurs.

Fig. 430. — Cavaliers arrivant au But.

LES EXERCICES CORPORELS. 325

pendant que les anabates, armés de casques et de boucliers^ se tiennent à côté des chars^ ou sont sur le point de monter dessus. Le jeu de halle ou de paume (a-jaipict!/-/-) appartient aussi aux exercices gymnastiques. Les médecins le recommandaient beaucoup parce qu'il fortifiait les membres, et les Grecs l'aimaient tout particulièrement comme un moyen de développer l'adresse corporelle et les grâces physiques. Jeunes gens et hommes mûrs, jeunes filles et femmes y trouvaient un passe-temps agréable, qui d'ailleurs, comme tous les exercices gymnastiques, était soumis à certaines règles. Aussi y avait-il, dans les gymnases, un espace spécialement réservé au jeu de paume (dcpaipia-rvipiov, ccpaiptcToa) où un maître (ï-iatptiTixoç) enseignait l'art de jouer à la balle (comp, p. 147). On se servait de balles en peau de différentes couleurs, bourrées de plumes, de laine, ou de graines de figues. Quant au volume, on distinguait les balles petites, moyennes, très grandes et vides. Le jeu à la petite balle ((J^xpâ) se décomposait lui-même en trois catégories, selon que la balle était toute petite (trcpoSpa aixpa), un peu plus grosse (oXiyw touoe u.t\Z,rj^i), ou plus grosse encore (j^paipt'ov aci^ov twvoî). La différence essentielle entre le jeu à la petite balle et à la grande balle, c'est que dans le premier les mains ne devaient pas dépasser la hauteur de l'épaule, et que dans le second il fallait les élever au-dessus de la tête. Les explications que les écrivains de l'antiquité ont données des différentes sortes de jeux de paume sont tellement défectueuses qu'à peu d'exceptions près, on ne peut en tirer aucune conclusion précise. D'autre part les monuments figurés ne représentent que des femmes assises qui jouent avec une ou plusieurs balles. Faute d'un tableau de ce genre emprunté à la vie grecque, nous sommes obligés d'avoir recours à une scène d'un sphœristerion romain, qui provient des Thermes de Titus à Rome (fig. 43 1). Trois éphèbes jouent avec six balles sous la direction d'un maître barbu; ils tiennent leurs bras dans une position conforme aux préceptes du jeu. Parmi les jeux à la petite balle nous pouvons ranger d'abord celui qu'on appelait (X7rdppa;iç, On jetait la balle obliquemicnt contre terre; grâce à sa force élastique elle faisait plusieurs bonds qu'on avait l'habitude de compter, puis on la saisissait au vol et on la renvoyait de même. Les joueurs ne bougeaient presque pas de leur

placcj ils ne changeaient de position que lorsque la balle déviait de sa direction. Appartient encore à cette catégorie le jeu de paume désigné sous le nom de oùpavi'a, où l'un des joueurs lançait le plus haut possible la balle^ que les autres cherchaient à attraper. Un autre jeu de balle nommé episkyros (s-irtaKupoç ou ÈjriPixrî), d'origine lacédémonienne^ était un véritable jeu de société. Les joueurs se divisaient en deux parties égales séparées par une raie tracée sur le sol et appelée cxîîpov. Derrière chaque rangée de joueurs il y avait une autre limite qu'ils ne pouvaient dépasser en courant après la balle. On posait la balle sur le skyron; un des joueurs la prenait et la lançait à la partie adverse^ qui devait la saisir dans les limites déterminées et la renvoyer de même. Le jeu finissait dès que l'une des parties avait dépassé la ligne de démarcation. Nous avons moins de renseignements sur le jeu de balles plus ou moins volumineuses, qu'il fallait lancer en l'air avec beaucoup de force et que l'adversaire devait saisir dans ses mains ou dans ses bras pour les faire rebondir ensuite. Le jeu de paume^ d'un caractère particulier, qui est encore usité de nos jours parmi la jeunesse italienne^ n'est peut-être qu'une réminiscence antique. On ne sait pas au juste si l'on employait de petites ou de grosses balles pour jouer au jeu désigné par l'expression cpaivi'voa TraîÇêtv, jeu où l'on faisait semblant de lancer la balle à son adversaire, tandis qu'en réalité on la jetait dans une autre direction. Ce qu'il y a de certain, c'est que les balles employées à cet effet étaient creuses. Enfin nous pouvons compter au nombre des jeux de paume un exercice dit xojpu>co}jLO(^t'a, xwpuxoSoXi'a ; voici en quoi il consistait : au plafond d'une chambre était suspendu, au moyen d'une corde descendant jusqu'à la hauteur du ventre, un ballon rempli de farine, de graines de figues ou de sable. Il s'agissait d'imprimer à ce ballon un mouvement de plus en plus rapide et de repousser son choc violent avec les mains ou avec la poitrine. Pour finir l'étude des exercices servant à fortifier le corps, ajoutons encore quelques observations sur le bain. Le bain chaud surtout était, déjà à l'époque homérique, un moyen que les Grecs employaient souvent pour se rafraîchir et se réconforter après le travail. A l'époque historique l'utilité du bain, surtout avant le

LES EXERCICES CORPORELS

repas, était généralement reconnue. Mais les Grecs n'ont jamais poussé aussi loin que les Romains tous les raffinements de l'art de se baigner. Les Grecs n'aimaient pas à se servir trop souvent de bains chauds; cependant il y avait des établissements de bains publics et privés (SaXavsîa or.uLduia et loia), et, dans les gymnases, on réservait une place spéciale aux baigneurs (comp. p. 148). Les témoignages écrits ne nous apprennent pas grand' chose sur la disposition intérieure des bains grecs. Mais, à en Juger d'après les vases peints, cet exercice consistait généralement à arroser et à laver le corps avec de l'eau de source (voy. p. 216, ainsi que les dessins représentant des éphèbes au bain dans l'ouvrage de Gerhard, Auserlesene griechische Vasenbilder, pi. CCLXXVII). Il y avait aussi des étuves (mpiat, irupiaxrjpiai), où les baigneurs prenaient place dans des baignoires disposées par terre ou enfoncées dans le sol (ttusXoi, homer. àîaaivOoi), et se faisaient arroser après le bain avec de l'eau froide; un baigneur (paXaveuç) ou des serviteurs de bains (Trapa/uTai) étaient chargés de ce soin. Le complément indispensable du bain était le lieu où l'on se nettoyait le corps avec une étrille (p. 3 1 2), où on le frottait avec de l'huile, où, en un mot, on terminait sa toilette (àXeiTtxïîpiov). Ce n'est que plus tard qu'on voit paraître des pièces spéciales pour se déshabiller (aTToSuxYipia), à côté des bains. Nous avons déjà décrit à la page 267, d'après un vase peint, l'aménagement caractéristique d'un bain de femmes.

Fig. 431. — Éphèbes jouant à la balle.

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Fi'T. 432. — Guonieis comliattaut.

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