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CHAPITRE XVIir

LA MORT ET LES FUNÉRAILLES

Sommaire: Le culte des morts. — Les funérailles des temps homériques et de l'époque ultérieure. — Les cérémonies et les sacrifices funèbres.

Jusqu'à présent nous avons suivi les Grecs à travers les phases les plus importantes de leur existence. Il nous reste à les accompagner jusqu'à leur dernière demeure et à leur rendre les devoirs suprêmes (xà Si'/.aia ou rà vdfjii u.a), qui étaient chose sacrée dans l'Hellade tout entière. Honorer la mémoire des morts et respecter leurs droits^ afin que leur ombre ne se traînât pas errante sur les bords du Styx^ sans pouvoir entrer dans les Champs-Elysées, ce fut là chez les Grecs un sentiment éminemment populaire. Les conceptions religieuses et la force de l'habitude élevèrent ce sentiment à la hauteur d'une loi. De là la pieuse coutume de parer les morts pour leur dernier voyage, de faire à la dépouille mortelle de belles funérailles, de vénérer les tombeaux et de les pro-

LA MORT ET LES FUNERAILLES

téger contre toute atteinte. De là aussi ce noble usage qui consistait à transporter dans la terre paternelle ceux qui avaient succombé loin de la patrie ou de leur élever sur le sol national un monument funèbre vide, un cénotaphe, dans le cas où ce transfert était impossible. C'eût été une honte que de refuser à l'ennemi tombé sur le champ de bataille les honneurs de l'enterrement, et les lois de la guerre voulaient qu'on laissât reposer les armes tant que, de part et d'autre, on n'avait pas enseveli les guerriers tués dans la mêlée. Cette règle était non moins rigoureusement observée dans la vie privée. La législation de Solon dispensait un fils de toutes les obligations filiales envers son père lorsque celui-ci s'était rendu coupable d'une action immorale à son égard; ..mais, dit Eschine, si le père venait à mourir, cas où celui qui reçoit un bienfait ne peut plus l'apprécier, le fils, par respect pour la loi et pour les dieux, était forcé de l'ensevelir et de lui rendre les derniers devoirs". Seuls, le traître à la patrie et les criminels qui avaient mérité la peine capitale n'avaient point droit aux honneurs des funérailles. Leur cadavre gisait sans sépulture, exposé au grand air, en proie aux bétes féroces, et il ne se trouvait pas une seule main pour le couvrir d'une poignée de terre. Platon, par contre, dans VHippias major ^ parle avec enthousiasme des funérailles honorables (ôtto twv iauToî! I>iy'3vojv xaXwç xal (AeYaXoTrpEirôi; xacpîjvai), qu'il représente comme la plus belle fin de l'existence d'un homme, parvenu à un grand âge après avoir joui de la richesse, de la santé et du respect de ses contemporains. Occupons-nous d'abord des funérailles des temps homériques. Avant tout, les parents et les amis fermaient les yeitx du défunt, tô y^P Y^'P'^'î ^"'' ôavo'vTiov. Puis, après avoir lavé et frotté le corps avec des onguents parfumés, on le couvrait d'un vêtement blanc en étoffe fine, et on le couchait sur le lit, les pieds tournés du côté de la porte. Alors commençaient les lamentations funèbres, qu'Homère décrit ainsi qu'il suit, dans le passage de l'Iliade où l'on vient d'annoncer à Achille la mort de Patrocle:

Le héros est saisi d'une douleur profonde.

Il prend dans ses deux mains une poussière immonde,

La répand sur sa tête et sur son front divin;

Il en couvre et salit sa tunique de lin;

^j.1^ LA VIE ANTIQUE.

Son corps s'étend par terre et cherche la souillure;

Il arrache et fle'trit sa belle chevelure.

Celles qui des combats avaient été le prix

Pour Achille et Patrocle, en poussant de grands cris,

Pour courir près d'Achille abandonnaient la tente

Et faisaient retentir leur douleur éclatante

Et, se frappant le sein, se sentaient défaillir '.

Les cérémonies funèbres célébrées à la mort d'Hector prouvent bien qu'à cette époque reculée de l'histoire des lamentations funèbres en règle existaient déjà. Làj en effet; paraissent des chanteurSj qui entonnent des chants funèbres (6pr,voi)^ entrecoupés par les cris plaintifs d'Andromaque^ d'Hécube et d'Hélène. Le corps restait exposé plusieurs jours; l'exposition d'Achille dura dix-sept^ celle d'Hector neuf jours. Pendant ce temps on ne cessait de renouveler les hymnes funèbres autour de la couche mortuaire, jusqu'à ce qu'on eût fini de dresser le bûcher. C'est alors qu'on livrait aux flammes le cadavre frotté d'huiles et vêtu de ses plus somptueux vêtementSj tandis que tout autour " on immolait beaucoup de grasses brebis et de bœufs aux cornes recourbées «. Le bûcher une fois consumé^ on éteignait le brasier avec du vin^ et l'on arrosait de vin et d'huile les ossements et les cendres^ qui étaient recueillis dans des urnes ou dans des coffrets précieux. Ensuite on enveloppait ces récipients de pourpre et de riches couvertures^ et on les descendait dans la fosse fermée avec une pierre*. Au dessus de cette tombe^ on élevait un grand tertre, visible de très loin^ comme celui que l'armée grecque avait fait à Achille et à Patrocle (comp. p. 96):

^Traduction de M. Lucien Pâté.

2 Voici ce que dit Ross dans sa description des grandes sépultures de l'île de Rhènaea {Archceol. Aiifsàtze, i. p. 62) : «Il y a ici des réceptacles à cendres (oaToôîïxai) de deux sortes. Tantôt les ossements sont renfermés dans un vase hémisphérique (•/.xX;:iç) en bronze, très mince et mesurant 10 à 12 pouces de diamètre; ce vase, semblable à une grosse boîte ronde, est placé à cause de sa fragilité dans un récipient de marbre, juste assez grand pour le contenir et garni d'un couvercle. J'ai trouvé aussi dans les tombes du Pirée de ces boîtes en marbre, avec les récipients de bronze rongés par la rouille et la vétusté. Tantôt au contraire ce sont des boîtes en plomb rondes ou carrées, pourvues également d'un couvercle.»

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Afin que chez les hommes, Aperçu de la mer et visible de loin, A la race future il serve de témoin i.

Les àywvsi; que nous avons décrits plus haut et un grand banquet terminaient la cérémonie funèbre. Telles étaient les funérailles homériques.

Dans l'Attique, l'enterrement se faisait^ paraît-il, à l'origine sans le moindre luxe et même avec une grande simplicité. Les parents les plus proches creusaient eux-mêmes la tombe, y mettaient le cadavre et semaient du blé sur le tiimulus qui le recouvrait, car les anciens croyaient que la terre nourricière, ainsi ensemencée, dans laquelle reposaient les restes mortels de l'homme, » apaisait " le corps qui allait périr. Ces funérailles simples finissaient par un repas, où les convives célébraient les mérites réels du défunt, nani mentiri nefas habebatur. Le luxe toujours grandissant et la vanité ne tardèrent pas à remplacer cette belle simplicité antique, et ses splendides cérémonies funèbres que, du temps d'Homère, on n'organisait qu'en l'honneur des héros, se généralisèrent peu à peu dans la classe bourgeoise. Cela devint même un abus, que Solon s'empressa de bannir, en édictanl un règlement du cérémonial funèbre, dirigé surtout contre la trop longue exposition du corps.

En général, les usages pratiqués dans les solennités funèbres au temps d'Homère, se conservèrent intacts dans les époques ultérieures. On mettait d'abord dans la bouche du mort une obole, pour payer le passage (vaûXov, Savaxr,) à Charon ; on ignore à quelle époque remontre cette coutume. Puis les membres de la famille, les femmes surtout, s'empressaient de laver et d'oindre le corps ^ ensuite elles l'enveloppaient d'un drap blanc et l'ornaient de couronnes de fleurs, principalement de guirlandes d'ache, que les parents et les amis apportaient en abondance. Cela fait, le cadavre était prêt pour l'exposition (7rpô9£(7iç, TTpoTi'ôcffeat). Un intéressant vase peint d'Apulie représente le couronnement de la dépouille mortelle d'Archémoros (ng. 543). Le corps d'Archémoros, qui, tout jeune encore, avait

i Traduction de M. Lucien Pâté.

été tué par un monstre^ est couché sur une klinè , garnie de coussins et de tapis. Hypsipyle, la gardienne négligente du jeune enfantj est à côté du lit^ en train d'orner d'ache et de myrte la chevelure bouclée du défunt. Une seconde femme, plus jeune se tient au chevet^ une ombrelle ouverte à la main. Gerhard pense que l'artiste a voulu indiquer par là cette idée ancienne d'après laquelle la lumière du soleil devait accompagner le défunt jusqu'à sa sombre demeure; l'ensevelissement nocturne était même regardé comme un déshonneur (Eurip.j Troad. 466: ^ xaxoç xaxwç ratpr^ay) vuxtoç^ oùx h ^|/£pa). Au pied du lit accourt le pédagogue^ qui, même sans l'inscription^ serait reconnaissable à

Fig. 543. — Couronnement de la Dépouille mortelle d'Archémoros.

son costume; il tient de la main gauche une lyre, qu'il ajoutera peut-être aux offrandes devant orner la tombe d'Archémoros. Remarquez la coupe placée sous le lit; le liquide qu'elle contenait servait sans doute aux libations funèbres. Le pédagogue est suivi de deux serviteurs chargés des sacrifices, dont l'un plus âgé que l'autre; le premier tient une bourse, renfermant probablement le prix du passage pour Charon. Tous deux sont vêtus d'un chiton, d'une chlamys et à'endromides^ et portent sur la tête des tables basses à quatre pieds, chargées d'offrandes ornées de rubans, telles que cruches à une anse, canthares, patères et cornes à boire. Tous ces beaux vases, ainsi que la superbe amphore posée par terre entre les deux serviteurs et le cratère qu'un éphèbe porte à gauche du tableau, appartiennent à cette série d'ustensiles que nous avons décrits pages 202 et suiv.;

LA MORT ET LES FUNERAILLES

les unSj nous l'avons vu, servaient aux usages domestiques, les autreSj apportés par des mains pieuses^ décoraient le bûcher ou l'habitation souterraine des morts.

SoloQj avons-nous dit, ordonna que le corps ne fût pas longtemps exposéj et Platon désirait que cette exposition ne durât pas plus qu'il ne fallait pour s'assurer que la mort n'était point apparente. Le cadavre une fois apprêté^ les parents et amis se réunissaient autour de lui pour entonner les chants funèbres. Il est possible qu'il y ait eu ici quelquefois de ces violentes explo-

Fig. 544. — Lamentations près d'une Couche funèbre.

sions de douleur^ comme on en rencontre à l'époque d'Homère. Cependant, Solon interdisait à cette occasion aux femmes les manifestations trop bruyantes du chagrin, comme indignes d'un cœur vraiment sensible; la loi sévère de Charondas avait même complètement banni du lit de mort toute plainte et toute lamentation. On payait souvent des femmes qui chantaient au son de la flûte des hymnes funèbres. Le bas-relief d'une urne funéraire étrusque, reproduit à la figure 544, doit représenter une de ces scènes de lamentation. Le cadavre, étendu sur une klinèj est entouré de trois femmes, qui, accompagnées de la flûte, entonnent un chant plaintif, pendant qu'une autre femme, placée au chevet du lit, semble de ses mains déchirer son visage; le personnage plus petit qui est à côté de la couche funèbre tient

4i8 LA VIE ANTIQUE.

les bras dans une attitude qui exprime une profonde douleur; il est possible que ce soit le fils du défunt. — L'exposition du corps était suivie le lendemain de bonne heure de l'enterrement proprement dit (Ix^oçâ). Un chœur de pleureurs à gages (6pr,va)Soi), chantant des lamentations funèbres, ou un groupe de joueuses de flûte (xopîvai) marchaient en tête du convoi, puis venaient les hommes qui portaient le deuil, vêtus de noir ou de gris, la tête rasée, et ensuite le cercueil, que portaient généralement des parents et des amis du mort. Plus loin enfin suivait le cortège féminin, qui, d'après la loi de Solon, les plus proches parentes exceptées, ne devait se composer que de femmes ayant dépassé la soixantaine.

Qu'elle était belle cette coutume antique, qui consistait à faire ensevelir aux frais de l'État les citoyens morts pour la patrie! Écoutons ce que dit Thucydide sur ce sujet (II, 34): « Fidèles à une vieille tradition, les Athéniens organisèrent des funérailles publiques pour ceux qui avaient succombé les premiers dans cette guerre. Cette cérémonie est réglée de la manière suivante : trois jours auparavant on dresse une tente où est exposée la dépouille mortelle des guerriers ; chacun y apporte des offrandes aux siens. Le jour de l'enterrement chaque tribu a son char, qui porte des cercueils en bois de cyprès, renfermant les corps des membres de cette tribu. On porte une klmè vide et couverte pour ceux dont on n'a pu trouver les ossements. Tous ceux qui veulent, amis ou simples habitants de la ville, suivent le convoi, ainsi que les femmes, pleurant chacune leurs parents. On fait l'inhumation dans un tombeau public, sitiié dans le plus beau faubourg d'Athènes. Cette localité sert à ensevelir tous ceux qui sont tombés sur le champ de bataille, à l'exception toutefois des héros de Marathon; ceux-ci, en effet, furent inhumés sur place à cause de leur vaillance exceptionnelle. Le cercueil une fois recouvert de terre, un homme choisi dans la ville, qui semble avoir de la sagesse et jouir d'une certaine autorité, prononce, sur une tribune construite à cet eflfet, un panégyrique approprié à la circonstance. « Ces oraisons lunèbres n'étaient d'ailleurs en usage que dans les funérailles publiques.

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Le choix du lieu d'inhumation et le genre de funérailles dépendaient de l'état de fortune du défunt et variaient selon les coutumes locales de chaque contrée. Dans les temps les plus anciens, on enterrait sans doute les morts dans l'intérieur de leur propre habitation. Les Athéniens et les Sicyoniens, considérant ce contact trop direct avec la mort comme une souillure^ transportèrent les cimetières hors de la ville. Les Lacédémoniens et les habitants de Tarente leur réservaient une place dans la ville même; car la loi de Lycurgue voulait endurcir ainsi la jeunesse contre la crainte de la mort. Ces nécropoles s'étendent presque partout depuis les portes delà ville tout le long de la grand'route; les archéologues y trouvent une mine inépuisable de monuments funéraires^ tels que ceux décrits en détail dans le chapitre VIL Une disposition légale interdisait^ à Athènes du moinSj d'élever sur les tombes des monuments dont la magnificence aurait exigé plus de trois jours d'un travail assidu de dix ouvriers; mais cette prescription a dû être violée plus d'une fois. Les particuliers^ du reste^ avaient le droit d'ensevelir les leurs en dehors des nécropoles, dans leurs propres champs. A l'époque héroïque on brûlait les cadavres eî l'on en recueillait les cendres, comme il ressort clairement de plusieurs passages d'Homère; c'était un honneur qu'on faisait, au moins, aux chefs de l'armée grecque. Lucien prétend que l'incinération était la coutume la plus ordinaire en Grèce. Cependant l'inhumation de cadavres non brûlés était sans doute non moins fréquente; c'est ce qui résulte des études toutes récentes qu'on a faites sur plusieurs tombeaux dans les plaines de l'Attique, où l'on a découvert des ossements renfermés dans des cercueils de bois ou d'argile (Xapva^, ffopoç), ou bien dans des chambres funéraires en maçonnerie et creusées dans le roc vif (comp. p. 119 et suiv). A en croire Cicéron {de legibus^ 2,22), l'ensevelissement de cadavres non brûlés aurait été le mode de sépulture le plus ancien. En tout cas, le choix du genre d'inhumation dépendait des dernières dispositions de la personne décédée et du désir des parents survivants; il était, en outre, subordonné à la production ligneuse de la contrée. Le sol de l'Attique étant peu boisé, la majorité de la population déposait certainement ses morts dans

Pig. 515. — Sacrifice funèbre.

des tombes rocheuses. Pour les deux sortes d'inhumation, les Grecs se servaient de l'expression ôoctcteiv; le mot xat'eiv indiquait spécialement l'incinération et le mot xaTopû-cTsiv l'enterrement. Il est probable qu'on n'eut recours à la crémation que lorsqu'on comrrfenca à redouter des émanations fétides sur les champs de bataille ou à Athènes,, pendant la peste qui désola cette ville.

D'ailleurs l'incinération permettait de ramener plus facilement dans leur patrie les restes des personnes mortes à l'étranger et de les confier aux soins de leur famille.

L'enterrement terminé, les gens du convoi rentraient, comme convives du défunt, dans sa maison, pour y prendre part au repas de funérailles (TTcpt'âeiTrvov). Trois jours après on sacrifiait pour la première fois (rpira) et le neuvième jour pour la seconde fois sur la tombe (svaTa) ; le trentième jour un troisième sacrifice (xpiaxâ;) finissait le deuil, du moins à Athènes. Ce deuil durait moins longtemps à Sparte. De même que nous allons aujourd'hui de temps à autre, et notamment le jour des morts, visiter les tombes des nôtres et les couvrir de fleurs, de même les anciens considéraient ces tombes comme des lieux sacrés, où ils venaient à certaines époques de l'année faire des sacrifices (IvctYifffAa, IvayiCeiv, )^oat). Atossa, dans "Les Perses» d'Eschyle, accomplit ce sacrifice funèbre près de la stèle funéraire de son époux, Darius.

" Je partis de ma maison sans monter sur un char somptueux et sans l'éclat d'autrefois et je passai par ce chemin, pour porter au père de mon fils un breuvage sacré, offrande expiatoire pour le monde des ombres : du lait blanc et doux d'une génisse vierge.

Fig. 546.

Sacrifice funèbre.

LA MORT ET LES FUNERAILLES

du miel transparent, rosée de l'amie des fleurs,, et de l'eau limpide

d'une fontaine virginale. J'y ajoutai

le suc pur et sans mélange de vieilles p,^

grappes, sorties du cep d'une souche

sauvage, des fruits dorés et parfumés

de l'olivier toujours feuillu et verdoyant, et des fleurs fraîches, rangées

en guirlandes, rejetons de la terre

nourricière. Allons, amis, entonnez

un hymne solennel pour mon sacrifice

funèbre, et évoquez l'ombre majestueuse de Darius, pendant que le

sein de la terre va boire lentement

mes offrandes en l'honneur des dieux

infernaux. •■

Les figurations de ces sacrifices

funèbres sont assez fréquentes sur

les lécythes que l'on rencontre souvent, bien conservés ou cassés,

à côté des stèles (fig. 547 et 548) ou sur lesdébrisde bûchers^. L'expiation et la purification une fois accomplies, les Athéniens avaient l'habitude de jeter derrière eux tous les vases employés dans ces cérémonies; les vivants ne devaient se servir, en général, d'aucun ustensile qui avait servi au culte des morts. Les sacrifices funèbres des figures 545 et 546 sont empruntés à deux lécythes athéniens.

Dans le premier on voit une stèle ceinte d'un ruban bleu, ornée en haut d'un méandre et couronnée d'un Fig. 548. - Stèle de Dexiieos. chapiteau en feuilles d'acanthe colo-

Fig. 547. — Stèle de Phraslkleia.

1 Le musée royal de Berlin possède quatre de ces vases brisés avec des peintures très-intéressantes de différentes couleurs. Ces peintures, fort endommagées par le feu, ont pu néanmoins ûtre entièrement reconstituées d'après les tessons qu'on a retrouvés.

rées. De chaque côté s'approche une femme avec des offrandes, celle de droite avec une grande coupe, sur laquelle est placé un lécythe, entouré d'une bandelette bleue; celle de gauche porte dans la main gauche une coupe semblable et dans la droite une grande corbeille plate, destinée à contenir des fruits et des gviîeaux d'offrandes. La seconde peinture, reproduite loi seulement en partie, représente une pierre tombale, que décorent des mains amies. Une guirlande de lierre et un lécythe rempli d'huile sacrée reposent sur les marches d'une stèle très modeste, autour de laquelle une femme enroule des bandelettes rouges. L'antiquité grecque honorait donc la mémoire des morts, sur leur tombe, par des offrandes et des sacrifices. Pendant ce temps, l'ombre de celui qui dort sous terre, ombre qu'Hermès Psychopompos a guidée lentement jusqu'à la barque de Charon (fig. 549), comparaît devant le trône de Pluton et de Perséphonè, pour attendre leur sévère jugement.

Fig. 549. — La Barque de Charon.

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