‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 110 sur 115 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

L*existence de deux clergés rivaux, Tun dit constitutionnel, l'autre qui ne Test dans aucun des sens du mot, n'est pas pour diminuer les ferments de division des esprits. Des aristocrates plus que voltairiens, faisant môme profession d'athéisme, se passionnent pour le clergé non jureur, parce qu'il représente une des formes de résistance à la Révolution. En sens inverse, des patriotes fort incrédules se passionnent pour le clergé de leur paroisse, d'abord parce qu'il est électif, et puis parce qu'il soustrait les femmes à l'influence d'un clergé considéré comme conspirateur. Le prône est d'ailleurs bien souvent un enseignement civique, et après la déclaration de guerre, il y eut plus d'un sermon qui fut en réalité un appel à l'enrôlement des volontaires. « Jamais, dit une bourgeoise patriote en sortant du sermon à Sain t-Eus tache, non jamais la chaire de vérité n'a été si dignement remplie. L'orateur a fait un discours étincelant de traits d'éloquence sur les moyens de prévenir la guerre civile et de rendre avantageuse la guerre

étrangère. UÉvangile et la Constitution à la main, il a prêché la liberté, l'égalité et la fraternité avec les foudres du génie. Les tableaux qu'il a faits de la perversité des tyrans et des cours, de l'avilissement et du malheur des peuples, étaient d'une vérité si frappante, que je n'ai rien lu de si beau et de si fort depuis la Révolution *. »

La répugnance connue du roi pour le clergé constitutionnel est une des causes les plus irrémédiables de la méfiance populaire. On a fait une sorte d'émeute pour lui barrer le passage quand il allait faire ses dévotions à Saint-Cloud sous la direction de prêtres réfractaires. Il a détendu alors la situation en acceptant la démission de son grand aumônier et en allant entendre la messe à Saint- Germain l'Auxerrois ; mais les méticuleux n'ont pas tardé à faire observer qu'il s'était gardé d'y communier, et que, par conséquent, il n'avait pas fait « acte de catholicité nationale ». Il y a, d'ailleurs, une princesse dont la dévotion ne s'est en aucune occasion pliée à ces compromis extérieurs; c'est madame Elisabeth, et le va-et-vient qu'elle attire aux Tuileries de prêtres connus pour leur attachement à l'ancien régime fournit un aliment incessant aux soupçons populaires.

Pendant un certain temps l'administration parisienne prétend à une certaine impartialité entre les deux clergés. Si les curés et les vicaires élus sont seuls admis dans les paroisses reconnues, les « nonconformistes » obtiennent pour célébrer leur culte

i. Journal d'une bourgeoise^ 19 mai 1792.

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réglise des Théatins. Il en résulte une émotion ; un rassemblement hue et même un peu les dévots et dévotes qui sortent é et la police municipale doit intervenir dégager. Cela n'empêche pas que, quelqi après, un certain nombre d'édifices mis à sition de la nation, chapelles d'anciens coi églises de paroisses supprimées, soient ( concédés, moyennant un loyer plus o sérieux, à des sociétés formées pour la prot clergé insermenté. Quand l'Assemblée b rend un décret contre les prêtres qui ne se soumis à la Constitution civile, la presque to membres du directoire du département adresse au roi, au grand scandale des patri pétition pour l'encourager à opposer son ^ décret. A partir de ce moment, le dépa aux yeux de la population parisienne, form municipalité un contraste complet.

Une guerre impitoyable est faite sans re clergé constitutionnel dans une partie des; de la contre-révolution ; les deux Amis d Journal de Louis XVI, le Journal g en France, en dépit de leurs prétentions son beaucoup plus préoccupés de l'autel que (i auquel ils ne redoutent même pas de sus embarras. Royou, en 1791, arrive à n presque chaque jour une rubrique : « Rét de serment. » Il est vrai que, lorsque le clei en donne pas le prétexte, il l'alimente en ( exemple des officiers qui ont déserté nationale pour passer dans celle des princes

C'est vers la môme époque, au mois de septembre, que commencent à se produire les mariages de prêtres. La question du célibat ecclésiastique a été agitée depuis le début de la Révolution. Le mariage ne manque pas de partisans parmi les intéressés, mais la mise en pratique légale de leur opinion restait impossible jusqu'au moment où le législateur a déclaré ne plus reconnaître dans le mariage qu'un acte purement civil. En attendant que les moyens d'exécution aient été réglés, on publie une lettre écrite par un curé du district d'Arcis-sur-Aube, l'abbé Vinchon, à un de ses confrères et dans laquelle il décrit ainsi sa situation : « Mon mariage n'est que provisoire; j'attends pour le célébrer que l'Assemblée nationale ait désigné les officiers préposés pour recevoir les actes de baptême, mariage et sépulture. Si elle tarde trop, je publierai mes bans moi-même, et ferai bénir mon mariage par celui de mes confrères qui sera assez au niveau de son siècle pour n'y voir aucune difficulté *. »

A Paris, les deux premiers qui réclament le mariage sont l'abbé Bernet de Boislorette, aumônier de la garde nationale, et l'abbé Gournand, professeur au collège de France, qui, dès les dernières semaines de 1789, a fompu des lances contre le célibat dans une série d'assemblées successives du district de Saint-Etienne-du-Mont*. L'abbé Gournand prend une initiative décidée et, après avoir envoyé

1. FtuilU de eorretpondance pour Ut habitants des campagnes ^ 1" octobre 1791.

2. Le Mariage des Prêtres^ ou Récit de ce qui s'est passé à trois séances des assemblées générales du district de Saint-Étienne-du- Mont, 1790, in-8».

une lettre d'avertissement, il se présente dans la matinée du 24 septembre au secrétariat de la municipalité, avec sa femme, sa belle-mère et ses deux enfants pour y déclarer son mariage ; il s'est fait accompagner d'un huissier-commissaire, pour notifier un acte tout préparé, et de cinq témoins, dont deux ecclésiastiques : tous signent l'acte, que reçoit et signe à son tour le secrétaire-greffier de la municipalité Joly ; cet acte est mis le jour même sous les yeux du Conseil municipal*. Boislorette obtient satisfaction à son tour, et à partir de ce moment, les papiers publics enregistrent à chaque instant des mariages de ce genre dans les divers départements. On met en quelque sorte à l'ordre le ci-devant chanoine Paris, qui épouse devant la municipalité de Roppe, au district de Belfort, M"® Antonin ; Cornet, curé de Blombay ; Franchet, curé de Mormant; Plocque, curé de Saint-Cyr-sur-Loire, etc. François, curé du Havre, se présente à la barre de l'Assemblée nationale avec son épouse.

Le clergé paroissial de Paris s'est montré tout d'abord hésitant. En avril 1792 pourtant, l'abbé Aubert, vicaire de Sainte-Marguerite, se marie en se faisant assister comme témoins de Manuel, procureur-syndic de la Commune, et de Jurie, commissaire de police des Quinze-Vingts. Le curé constitutionnel de Sainte-Marguerite , Lemaire , en est scandalisé : il fait colporter chez les dévotes de la paroisse une plainte contre le vicaire. Cette persécution est signalée avec indignation par Tallien à

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