‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 17 sur 115 · G. ISAMBERT · texte numérisé non relu

G. ISAMBERT

trois sortes de vêtements : parure, demi-parure et négligé ajusté » ; les robes à la turque et les robes en lévites, dont les noms ne sont point accompagnés de commentaires et peuvent s'en passer : cela rentre tout à fait dans la catégorie des « pierrots » du citoyen Lebrun.

Les autres toilettes pour l'hiver sont : la demiparure à la Reine : « Ce vêtement prend du col jusqu'à terre, fait la queue, fermant sur un côté par un enjolivement; sa coupe recherchée donne à la toilette, au cambre et à la poitrine une grâce distinguée ; le bas de la taille est ceint par une ceinture qui retombe sur le côté par devant, laçant avec un ruban par derrière. » La robe à la corinthienne : a le derrière de celle-ci est en étoffe, le devant en linon ou en gaze servant à la fois de fichu, de châle et de jupon, s'adaptant à volonté. » Le caraco à la Rosière : « Le bas du caraco est composé d'une légère touffe et d'un double rang; la jupe est à queue et la garniture à la sultane. » Le caraco à la caravane : « Bon pour la campagne et monter à cheval, dégageant la taille, ceinture, revers et collet à la janissaire, jupe à boutonnières cachées. » Une tunique pour Tappartement prend du haut du col, croise et se ferme avec une seule boucle sur le côté.

Viennent ensuite les vêtements accessoires : la douillette à la royale, ouatée en triple ouate, bonne pour les malades et le voyage : elle se met par dessus tout, il ne faut pas de jupe, elle est d'une coupe qui ne grossit point; la jaquette ouatée, servant de corset et de première jupe, en simple flo-

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rence ; la jupe en taffetas pour transparent ; la ceinture au lutin, qui existe en crêpe et blonde, en satin peint ou en pékin satiné, « faisant parfaitement le caraco et Técharpe, pouvant se mettre sur toute espèce de robes » ; le mantelet à l'Impératrice, en satin ou florence de différentes couleurs, court du derrière, formant du haut une légère draperie autour de la gorge et la ceinture sur le côté; la pelisse à la Favorite, à manches et collet, et la pelisse à la Française, qui se font l'une et l'autre en satin de diverses couleurs, bordées de lièvre blanc de Sibérie ou, plus somptueusement, de cygne ou de renard ; enfin, de menus articles comme les fichus de gaze anglaise et les demi-corsets à boucles en taffetas baleiné.

La saison de printemps et d'été nous amène des modèles nouveaux. La robe d'Appel parée « fait à volonté deux vêtements, l'un d'un beau simple, et l'autre très élégant ; robe ronde faisant queue, ornée par le bas de charmants sujets, peints par artistes ; couvrant d'un côté plus que de l'autre la poitrine par une légère draperie qui se termine par deux glands sous la gorge ; un derrière de robe en gaze ou crêpe s'y adapte, il est relevé par un nœud qui produit un superbe effet. » La robe de fantaisie à la Reine « monte au haut du col, par derrière jusqu'à terre, fait un peu la queue, ferme par devant jusqu'aux genoux et laisse entrevoir à volonté un simulacre de jupe d'une autre couleur; sa coupe prend la taille d'un genre très recherché, donne du cambre, la diminue à l'œil, et le haut de cette robe donne de l'avantage à la poitrine ; elle se termine

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en forme d'écharpe, qui vient nouer sur le derrière. » Dans la robe à la Cléopâtre, « le corsage est en étoffe, le surplus en linon, gaze ou crêpe, s'adaptant à volonté, prenant à demi-poitrine, le bas de la taille est ceint d'une ceinture à la prêtresse, retombant sur le côté par devant; cet habillement est garni par des enjolivemexits qui s'enlèvent à volonté. » Le caraco à la Royale : « le derrière est composé de trois doubles touffes ; les côtés relevés à la turque, la jupe à queue et garnie à la Flore. » Le signalement du caraco à la Saplio ressemble beaucoup à celui du caraco à la caravane de la saison précédente; il s'en distingue en ceci, que la ceinture, les revers et le collet, au lieu d'être à la janissaire, sont à la Milady. La robe au lever de Junon est pour l'appartement. Le mantelet à la Virginie « est à collet montant, faisant par derrière la pointe d'un grand fichu, se fixe sur le devant de la gorge, s'attache sur le côté et retombe en forme de ceinture. » Il reste à signaler comme accessoires vraiment nouveaux : la ceinture à la Romaine avec sujets peints et écharpe en gaze ; le fichu à Madame première « en gaze avec impression de dorure en fleurs de lys et autres dessins ».

On voit, à plus d'un détail^ que M'"*' Teillard ne fait pas de zèle jacobin, qu'elle ménage ce qu'il lui reste de clientèle aristocrate et qu'elle ne s'expose pas aux colères des turbulents muscadins du café de Foy, que son magasin avoisine. Malgré cela, comme le veut sa profession, elle suit les goûts du jour, subit, dans la coupe de ses robes et plus encore dans les noms qu'elle leur donne, l'in-

fluence croissante du retour à l'antiquité et de l'esthétique de David, évoque Corinthe et Rome, se place sous le patronage de Junon, de Sapho, de Cléopâtre, de Psyché. A la prochaine saison, elle inventera la robe à la Sparte et, un peu plus tard encore, devenue, sans doute apr.ès divorce, la citoyenne Rispal, elle offrira rhabillement à la Républicaine.

Les étoffes qu'elle emploie de préférence sont pour toutes saisons : le pékin satiné, velouté, tacté et cannelé, le florence doublé, la brodeline, le tabarin ; pour la saison d'hiver, le satin doublé, le velours de soie rayé, le gragrame et le bramine, étoffes de soie et coton, le nankin anglais rayé, l'africaine ; pour la saison d'été , le gourgourari tacté, le gros de Naples, la sicilienne toute soie, le taffetas uni, rayé ou chiné, la gaze de Lyon, de Turin ou nuée anglaise, le crêpe blanc, le linon, la mousseline, le camelot rayé, la toile peinte.

Cet assortiment, proposé à l'ensemble des élégantes et qui, pour n'effaroucher, à Paris ou en province, aucune clientèle, évite les manifestations politiques trop accentuées, veut être complété par quelques indications glanées à travers la chronique. C'est ainsi qu'en face du jeune homme costumé et coiffé à la contre-révolution, on nous présente aussi du côté féminin un « petit pouf de gaze blanche à la contre-révolution, orné d'une banderoUe de feuilles de ruban jaunes et noires* ». Dans le fort de Tété, on nous montre des jupes garnies d'ara-

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