‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 26 sur 115 · VIVRE LIBRES OU MOURIR · texte numérisé non relu

VIVRE LIBRES OU MOURIR

louis xvi s expatriant n'existe plus pour nous.

A la porte du château, on met un écriteau : Eôtel garni à louer. Les facteurs remportent dédaigneusement à la poste le courrier du roi, après avoir

écrit au dos des lettres et des suppliques : « Parti sans laisser d'adresse. » C'est le commencement de ce que l'abbé Royou appellera, pour faire frémir après coup ses lecteurs, « l'intérim républicain ».

Dans Paris tout est en rumeur Et le peuple, dans sa fureur, Ne parle plus que de supplices.

11 faut couper la tête au roi, 11 faut pendre tous ses complices, 11 faut. . . Ah ! j'en frémis d'effroi '.

a Si le président de l'Assemblée nationale, disent les Révolutions de Paris, eût mis aux voix sur la place de Grève, dans le jardin des Tuileries et au Palais d'Orléans le gouvernement républicain, la France ne serait plus une monarchie. » Rue Saint- Honoré, sur le passage des députés, on entend crier : « Vive l'Assemblée nationale ! Plus de roi ! » et pour la première fois, « l'auguste Sénat » apparaît comme le pouvoir unique. De l'autre côté de la rue, la Société des Amis de la Constitution, qui a, par exception, commencé sa séance dès midi, voit reparaître des adhérents devenus rares, qui tiennent pour le devoir de tous les bons citoyens dans de pareilles circonstances de se réunir aux Jacobins : par exemple, l'abbé Siéyès et Lafayette en personne, qui est obligé d'essuyer les pressantes interpellations de Danton, mais qui a jugé cette démarche nécessaire pour conjurer les soupçons de connivence déjà répandus contre lui. Le lendemain, les gardes

La Révolution française^ pot-pourri, Paris, de rimprimerie de irt, 1791. In-8o.

nationales du centre font en vain la chasse aux colporteurs de Marat et de Fréron, dont les feuilles maltraitent fort Motier et son état-major. François Robert, arrêté au moment où il allait communiquer à la Société fraternelle une adresse du club des Cordeliers tendant à Tabolition de la monarchie', va porter ses doléances aux Amis de la Constitution. Leur titre môme les oblige à improuver les conclusions de l'adresse. M. Gorguereau, qui va jusqu'à la traiter de scélératesse^ se voit pourtant engager par le président à ménager ses expressions. On blâme aussi les excitations à la violence de Marat, d'ailleurs mal vu dans la Société, mais quand un membre rapporte ce propos de gens du peuple : « Monsieur, si nous avions toujours cru cet homme, nous n'en serions où nous en sommes », des voix nombreuses s'élèvent pour crier : « Ils ont raison. » Des départements on reçoit des adresses qui disent : « Nous sommes sans roi ; nous nous en passerons. »

Un gazetier royaliste nous dépeint l'eflfervescence des groupes qui emplissent le jardin du Palais- Royal. Au centre de l'un d'eux, c'est une femme qui pérore, et à côté d'elle un homme de la secte des étonnés s'écrie : « Ce que nous voyons est incroyable! Je crois rêver; je crois lire un conte de

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