‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 28 sur 115 · Feuille du jour du 23 juin · texte numérisé non relu

Feuille du jour du 23 juin

Mémoires de M^* de Tourzel, — Correspondance secrète, puoar M. de Lescure,

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LA PLACE PUBLIQUE — LES FÊTES, ETC. b5

core dépourvus presque complètement de constructions, redescendait à travers les Champs-Elysées et la place Louis XV, emplis d'une multitude qui couvrait tout, la terre, les toits, les arbres, et d'où jaillit seulement à deux ou trois reprises une grande clameur : la Loi! la Loi! puis les voitures, avec Tescorte, franchirent le pont tournant et entrèrent dans le jardin. Quand elles s'arrêtèrent et que le roi descendit, quelques officiers de cavalerie firent le commandement de se mettre sous les armes, et tous les cavaliers simultanément remirent au contraire leurs sabres dans les fourreaux. La foule qui s'était précipitée dans le jardin menaçait de se ruer sur trois anciens gardes-du-corps qui avaient rempli le rôle de courriers dans le voyage ; des députés avertis s'interposèrent et les tirèrent du danger en les faisant conduire à l'Abbaye.

Louis XVI sentait le besoin de s'épancher sur sa déconvenue. Il avoua à Lafayette qu'il n'avait pas cru jusque-là à ce qu'on disait de l'opinion de la France, mais que le voyage qu'il venait de faire l'avait bien détrompé. Gomme le général des bleuets, un peu embarrassé de répondre à cette confidence, demandait : Votre Majesté a-t-elle quelque ordre à me donner ? — Il me semble, répondait Louis avec bonhomie, que je suis plus à vos ordres que vous n'êtes aux miens *. Rentré dans son appartement, il se jetait dans un fauteuil en disant : Il fait diablement chaud... J'ai fait là un f. .. voyage... enfin, cela me trottait depuis longtemps dans la cervelle...

\, Mémoires de Lafayette^

Digiti

Puis, regardant les officiers de la garde nationale présents : Oh ! c'est une sottise que j'ai faite, j'en conviens... Allons, qu'on m'apporte un poulet. Et, au valet de chambre qui se présentait : Ah ! te voilà, toi!... et moi aussi, me voilà* ! Marie-Antoinette, au contraire, se renfermait dans un silence farouche ; sa physionomie et son regard décelaient seuls ses sentiments de désespoir et de fierté humiliée.

L'humiliation était profonde, en efl*et, et le coup porté au prestige royal, de ceux auxquels il n'est plus de remède. Les citoyens qui envisageaient de front l'abolition de la royauté étaient encore dans l'exception ; mais la masse regardait Louis XVI comme déchu. Selon l'expression d'Anthoine, « la destitution est la peine la plus douce pour un fonctionnaire qui abandonne son poste ». La question qui se posait à l'Assemblée, qui figurait à l'ordre du jour de toutes les sociétés patriotiques ou fraternelles, qui se débattait à la Bourse et dans les cafés, c'était : « Que fera-t-on du roi? » Et, sauf dans les milieux aristocratiques, où Ton ne se privait pourtant pas de le bafouer, mi peu partout on réclamait sa mise en jugement. Les orateurs et les journalistes populaires soutenaient que l'inviolabilité inscrite dans la Constitution n'était pas opposable, qu'elle ne couvrait que des actes de gouvernement dont les ministres devaient supporter la responsabilité, non point une trahison personnelle et clandestine. Les voix qui parlaient de changer l'ordre de

1. Annales patriotiques du 28 juin. — Cette scène, rapportée ^x jours après le compte rendu d'ensemble des Annales^ Carra la visiblement d'un des officiers présents.

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succession au trône restaient isolées. La couronne devait donc passer à Théritier présomptif ; mais qui exercerait la régence ? On avait pris soin d'étendre la loi salique et d'exclure les femmes de la régence comme du règne ; quant aux frères de Louis XVI, Vun s'était déjà exclu de lui-même, et l'autre venait de se mettre à peu près dans le môme cas. Ce n'est pas un homme classé comme énergumène, c'est Rœderer qui, à la tribune des Jacobins, cherchant à sortir d'embarras, ouvrait cet avis : « On choisira un régent dans une autre famille, ou bien, et c'est mon opinion, on formera un conseil de régence ; alors, on aurait une régence sans régent. Ce système aurait l'avantage de mener à. connaître bientôt une grande vérité, c'est que, comme on aurait eu une très bonne régence sans régent, on pourrait avoir aussi une très bonne monarchie sans monarque*. »

Tel est le courant qu'entreprennent alors de remonter quelques-uns des hommes les plus engagés jusque-là dans la Révolution. Plus ils voient la royauté abaissée, honnie, comptée pour rien, plus il leur apparaît qu'il est pressant de consacrer leurs eflforls à sauver son autorité pour ne pas laisser compromettre l'équilibre de l'œuvre constitutionnelle. Ceux qui s'engagent dans cette voie sont Barnave et les Lameth, que les feuilles populaires commencent à appeler « les rois de la quatrième race », Adrien Duport, d'André ; ils ont avec eux le maire Bailly et la plus grande partie des officiers

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