‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 29 sur 115 · AuUard, Société des Jacobins^ t. H, p · texte numérisé non relu

AuUard, Société des Jacobins^ t. H, p

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municipaux, Lafayette, que les aristocrates n'en appellent pas avec moins de colère le généralgeôlier, et les épaulettiers de son état-major.

Entre temps, tous les patriotes du jour et de la veille se trouvent réunis pour célébrer une solennité décrétée depuis longtemps déjà, qui avait semblé définitivement fixée au 4 juillet, que diverses circonstances ont fait retarder jusqu'au 11, la translation au Panthéon des restes de Voltaire, on dit plus couramment le triomphe ou l'apothéose de Voltaire. Le cercueil, amené la veille de Romilly, passe la nuit sur l'emplacement de la Bastille, transformé en bocage. Dès six heures du matin tout le peuple de Paris s'entasse sur les boulevards de la porte Saint-Antoine, du Temple, Saint-Martin, pour attendre le cortège annoncé pour huit heures, mais qui, contrarié par la pluie, ne se met en marche qu'après deux heures. La tête est formée par la cavalerie nationale, les sapeurs, la garde nationale, les étudiants de tous les collèges, les députés des sociétés patriotiques, dont les bannières portent des inscriptions tirées des tragédies du philosophe, comme :

Exterminez, grand Dieu ! de la terre où nous sommes, Quiconque avec plaisir répand le sang des hommes.

ou encore :

Les mortels sont égaux ; ce n'est point la naissance, C'est la seule vertu qui fait la différence.

Viennent ensuite les vainqueurs de la Bastille < ayant à leur tête l'inévitable patriote Palloy, les forts

de la Halle, les citoyens du faubourg Saint-Antoine et, au milieu d'un groupe de femmes, portés sur divers brancards, le procès-verbal de l'Assemblée des électeurs de 1789, des boulets, des pierres provenant de la forteresse détruite. Au bout de longues hampes se dressent des médaillons de Franklin, de Mirabeau, de Jean-Jacques, précédant les députations des Amis de la Constitution, des électeurs de 1789 et de 1790, des sections de Paris et de tous les théâtres. Une troupe de femmes vêtues de blanc, ayant des couronnes de roses sur la tête, des ceintures bleues, tenant des guirlandes, précède Voltaire : il apparaît une première fois tel que l'a représenté Houdon dans sa statue assise, s'avançant sur les épaules de vigoureux modèles costumés à la Romaine, entourés des élèves des Académies de peinture, de sculpture et d'architecture en costumes semblables portant des cartouches où on lit les noms de tous les genrçs littéraires. Derrière eux, la famille : c'est ainsi qu'on a désigné les gens de lettres; les Académies, le Lycée, le Musée, et alors le char triomphal, traîné par douze chevaux blancs, attelés quatre par quatre, que conduisent pai' les rênes des guides vêtus à l'antique. Au-dessus du sarcophage de porphyre paraît Voltaire couché, sur le front duquel une figure symbolique de l'Immortalité suspend une couronne. Derrière le char, défilent l'Assemblée, les ministres, le Département, la Commune, les tribunaux, les juges de paix, et le bataillon des Vétérans qui ferme la marche. Cet immense cortège est coupé de loin en loin de musiques, de tambours^ de chœurs qui répètent un hymne à Voltaû'e de M.4. Chénier et de

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i aux trois stations marquées dans un interle parcours : à l'Opéra, au quai des Théatins \ la maison de Belle et bonne, chez qui expira apa grand homme », enfin, sur la place du e-Français. Là, comme la nuit est survenue,

pluie qui s'était calmée l'après-midi recom-

à tomber avec violence, le cortège un peu lé précipite sa marche, et à neuf heures et

le cercueil de l'auteur de Bimtiis est déposé e temple neuf construit par Soufflot. Le char ppait les yeux à de grandes distances et qui trembler les maisons sur son passage, a été [lit d'après les dessins de M. Cellerier; c'est :ourc qui avait dessiné les costumes.

en s'associant aux honneurs rendus à Voiles hommes du faubourg ont spontanément

cette cérémonie une sorte de prélude ou de le l'anniversaire dont des remises successives approchée. Le surlendemain 13 juillet, les rs de 1789 font célébrer un Te Deum en

métropolitaine ; on y entend une seconde hiérodrame d<î M. Désaugiers sur la Prise de tille, composé l'année précédente pour la fôte édération. Une quête est faite et le produit en isacré à la délivrance des pères de famille 5 à la Force pour dettes de mois de nourrice. l, par un temps des plus favorables, on se i Champ de la Fédération, pour commémorer 3 fédératif. L'affluence des spectateurs, affiris feuilles publiques, a été plus considérable que l'année dernière ; mais elles ajoutent :

les yeux cherchaient, tous les vœux appe-

laient les gardes nationales des divers départements, qui embellirent et rendirent si auguste la fôte de 1790. Mais les regrets de ne les pas voir ont dû cesser dès qu'on a pensé que le même jour, à la môme beure, tous les gardes fédérés du royaume prononçaient, dans tous les départements, le serment de vivre libres ou de mourir ». » La foule qui revenait de cette cérémonie le jeudi était bien éloignée sans doute de pressentir l'événement cruel dont le Champ de la Fédération et l'autel de la Patrie allaient être le théâtre le dimanche.

Le 15, on apprend que TAssemblée vient de statuer sur les responsabilités dans l'affaire de Varennes. Elle délibérait depuis deux jours sur les conclusions présentées au nom de ses sept comités, et qui, défendues par Liancourt, Prugnon, Adrien Duport, Goupil de Préfeln, de Salles et Barnave, étaient combattues par Pétion, Vadier, Robespierre, Prieur, Grégoire et Buzot. Le décret pris sur là proposition des comités porte qu'il y a lieu à accusation contre Bouille et ses complices, nomme les accusés, énumère des personnes qui seront maintenues en état d'arrestation jusqu'à plus ample informé, d'autres qui seront relaxées, garde intentionnellement le silence sur Louis XVI ; la déception est vive et se change en colère dans toutes les réunions patriotiques un peu ardentes. Des rassemblements se portent aux spectacles, en demandant la fermeture comme pendant les quatre soirées de l'absence du roi. Ils obtiennent satisfaction au

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