‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 31 sur 115 · Révolutions de Paris · texte numérisé non relu

Révolutions de Paris

3. Municipalité de Paris, procès-verbal du dimanche 17 juillet.

séance à l'Ecole militaire; ils se laissaient encore arrêter plus d'une heure à écouter toutes sortes de nérages; pendant ce temps, les bataillons ens, ne comprenant rien à leur mission, mettaient ; fusils en faisceaux : « L'aspect que présentait place immense, dit un témoin oculaire apparat à l'un de ces bataillons, nous frappa d'étoli- 3nt. Nous nous attendions à la voir occupée par populace en furie ; nous n'y trouvâmes que la lation pacifique des promeneurs du dimanche, emblée par groupes, en familles, et composée rande majorité do femmes et d'enfants au milieu uels circulaient des marchands de pain d'épices gâteaux de Nanterre, qui avaient alors la vogue à nouveauté. Il n'y avait dans cette foule pere qui fût armé, excepté quelques gardes natio- : parés de leur uniforme et de leur sabre, mais upart accompagnaient leur femme, et n'avaient de menaçant, ni môme de suspect. Poussés par iriosité, quelques-uns d'entre nous allèrent jus- I milieu du Champ-de-Mars. Interrogés à leur ir, ils dirent qu'il n'y avait rieri de nouveau, 1 qu'on signait une pétition sur les marches de el de la Patrie... Les marches pratiquées sur [uatre faces de cet édifice, depuis sa base jusson sommet, avaient offert des sièges à la foule uée par une longue promenade et par la chaleur oleil de juillet. Aussi ce grand monument res- 3lait-il à une montagne animée, formée d'ôtres ains superposés *. » C'est cette foule en liesse,

iforeau de Jonnès, Aventures de Guerre^ Prodrome, ch. iv. — ;it est très connu, étant cité par Michelet, qui en ^avait eu

sans cohésion, sans défiance, qui se trouve cernée par un déploiement de forces à perte de vue ; c'est sur elle que brusquement, vers huit heures, au moment même où Bailly, venant de sortir de l'Ecole militaire et précédé de son drapeau rouge encore inaperçu, cherche à se frayer un passage, c'est sur elle que convergent des décharges répétées de mousqueterie. La première impression est la stupeur; mais lorsque, la fumée se dissipant, il faut se rendre à l'évidence, des cris s'élèvent de toutes parts, et c'est un sauve-qul-peut général d'une masse affolée qui laisse là morts et blessés, pendant que des curieux, du haut d'un glacis voisin et en dehors du cercle formé par la troupe, lui lancent de loin des pierres avant de se disperser eux-mêmes.

Il est le lendemain admis couramment à l'Assemblée, pour expliquer tant de rigueur, que les factieux ont refusé d'obéir à des sommations réitérées; le procès-verbal de la Municipalité n'a garde de s'approprier cette assertion; c'est pourtant sous cette impression, semble-t-il, que la conduite du maire est approuvée et qu'est pris un décret permettant des arrestations, non seulement pour violences, mais pour placards, écrits publiés ou colportés, discours tenus dans les lieux publics, considérés comme perturbateurs. Bailly a dit depuis avec précision : « Tous les citoyens savent ce qui s'est passé dans cette malheureuse journée; personne n'ignore que les magistrats n'eurent pas le temps de faire les sommations prescrites par la loi. » Il n'y a pas de doute qu'il

communication ; mais il fournit un témoignage plus désintéressé que tous ceux des feuilles du moment.

mm

ait pas prémédité de verser le sang, qu'il était vé mal informé sur la situation réelle et que les Is étaient partis avant qu'il n'eût eu le temps de rendre compte par lui-même. Mais, à partir de 3ur, sa popularité est ruinée et celle de Lafayette, mlée déjà depuis quelques mois, ne peut plus se ver que devant une autre génération. Un fossé t creusé et il y a deux camps adverses dans la ie nationale, comme dans les rangs, naguère fondus aux Jacobins , des Amis de la Consti- 3n.

es arrestations, des saisies de journaux ont lieu; poursuites sont intentées notamment contre des abres du club des Cordeliers ; pour faire une e de contrepoids, on arrête le pamphlétaire arisate Suleau, et Tabbé Royou est contraint de se ler. Trois semaines durant, la loi martiale est ntenue, Paris devient presque silencieux. Dans aines sections, on entreprend d'arrêter tous les >ants à qui l'on entend dire que les sommations it pas été faites ou simplement que la garde onale a tiré sur le peuple *. Le 5 août, Thouret à l'Assemblée lecture du projet de constitution sée présenté par les comités et de la rédaction nitive de la Déclaration des droits. Le lende- 11, la Municipalité décide d'amener le drapeau je. Ce n'est pas que les poursuites cessent, car s la nuit du 9 au 10 encore , Brune , Momoro , it-Félix sont arrêtés, et Santerre n'échappe qu'à id'peine.

Tuetey, Répertoire des sources manuscrites^ t. II, passim,

La population parisienne, cependant, semble avoir secoué un mauvais rêve, et Tanimation, la gaieté reparaissent avec plus d'exubérance que jamais au Palais-Royal, aux boulevards, aux Champs-Elysées; il n'y a que du Champ de la Fédération qu'on s'écarte encore, comme d'un lieu profané qui attend une purification. L'été est radieux et puis il semble que la perspective de l'achèvement prochain de cette Constitution, si attendue, depuis si longtemps prônée, si poursuivie par les aristocrates de sarcasmes qui ressemblent souvent à des grincements de dents, soit la promesse d'une félicité édénique. Du roi on se préoccupe assez peu, ses pouvoirs étant suspendus et comme mis sous séquestre jusqu'à l'acceptation du pacte constitutionnel. On mène une vie où tous les jours sont fériés. Les promenades du jour n'empêchent pas le soir les spectacles de regorger. Une provinciale qui depuis quelque temps déjà séjourne dans la ville écrit qu'elle a couru avec tout Paris à une fête de l'Agneau donnée aux Champs-Elysées par un certain Maillet; la Chronique de Paris, pour le dire en passant, affirme que ce divertissement a été médiocrement goûté : « le mouton, le berger et les bergères ont été siffles ». Mais notre curieuse ne s'arrête pas à cette particularité ; tout lui a paru superbe. Elle a trouvé là une réminiscence d'une fête des bouchers qu'elle avait vue à Lyon, et d'ailleurs, le peuple se donne son spectacle à luimême. « Ne va pas croire, ajoute-t-elle, que nous sommes tristes ; jamais la capitale n'a été plus brillante, plus bruyante, plus magnifique, plus dansante, plus parée, plus opulente; et tout cela en

68 LA VIE A PARIS (i79i-i792)

criant misère, en ayant la plus effroyable disette d'argent *. »

Kaffluence des patriotes Qst telle au Palais-Royal, que les aristocrates ont pris le parti de le déserter pour un temps et l'ont surnommé le Jardin-des- Olives. Ils se sont transportés au Luxembourg, qu'un voisin de ce jardin appelle le chef-lieu de l'ordre des contre-révolutionnaires. « Abbés de toutes races, moines de toutes couleurs et grosseurs, cordons, rubans, etc., rien n'y manque. Le clergé tient ses assemblées dans l'allée des Chartreux, et la noblesse son ban et son arrière-ban dans l'allée des Carmes. Les uns nous excommunient à la Royou, et les autres nous battent à la Bouille ^ »

Dans la soirée du 3 septembre, l'acte constitutionnel était enfin porté aux Tuileries par une députation de l'Assemblée ayant Thouret à sa tête. Louis XVI, en promettant de l'examiner dans le plus court délai, ajoutait : « Je me suis décidé à rester à Paris. » Le lendemain dimanche, les Tuileries étaient ouvertes et toutes les consignes levées. « Un grand nombre de citoyens remplissait le matin la chapelle du château. Au moment où le roi y est entré pour entendre la messe, plusieurs voix s'écrièrent : Vive la Nation ! Vive la Constitution ! Le roi fut surpris et ne put cacher son émotion. On vit couler des larmes de ses yeux; alors on entendit de toutes parts les cris de : Vive le roi ! Vive la liberté ! La reine accompagnait le roi. Le visage de quelques habitués du château, sur lequel était peinte la tristesse, et le

1. Journal d'une bourgeoise^ publié par Ed. Lockroy, 25 août 1791.

Page 1