Edmond Géraud
ses appartements. A peine se sont-ils retirés, le laissant avec la reine, que Louis XVI « s'écrie, en se jetant sur un fauteuil et mettant son mouchoir sur ses yeux : Tout est perdu ! Ah î Madame, et vous avez été téïnoin de cette humiliation ! Quoi I Vous
êtes venue en France pour voir Ses paroles
étaient entrecoupées par les sanglots ^ » Le soir, une grande partie de Paris est illuminée, assez maigrement, il est vrai, mais la municipalité a fait savoir que la grande fôte de Tacceptation est fixée au dimanche suivant, iS.
C'est dans cet intervalle que M™' de Staël, mécontente .de la Constitution, et qui aurait voulu, avec Malouet, que le roi n'y souscrivît que sous réserve de correction, écrit à un ami de Suède : « Le peuple, au reste, ne saisit pas ces nuances. Du matin au soir, ce sont des danses, des illuminations, des fêtes : enfin, il se croit heureux et met de la vanité à le paraître en présence de ses ennemis. Il n'y a pourtant rien de bien prospère à manquer d'argent et de travail, mais ce nouveau régime l'amuse, les uniformes, les évolutions militaires, les événements continuels le tirent de l'uniformité de sa vie, et je crois qu'il ne tient à ce nouvel ordre de choses que parce qu'il l'arrache à l'ennui de ses occupations habituelles -. »
Le dimanche, nouvelles salves d'artillerie ; la municipalité, accompagnée de détachements nombreux
Il Mémoires de jl/""" Campait,
2. Lettré du 16 septembre, publiée par lady Blennerhasselt , Jtf""" de Staël et son temps^ t> II» d'après l'original conservé à la bibliotbèque de l'Université d'Upsal.
Digiti
d'infanterie et de cavalerie de la garde nationale, fait une proclamation de la Constitution sur la place de l'Hôtel-de-Ville ; poursuivant sa route, elle en fait une deuxième, place du Carrousel, une troisième, place Vendôme, puis elle se dirige vers le Champde-la-Fédération : c'est l'occasion de la purification souhaitée. Précédé de hérauts d'armes, le maire monte à l'autel de la Patrie, élève dans les airs l'acte constitutionnel, pour TolTrir aux regards du peuple, qui répond par des témoignages d'allégresse. La cérémonie se termine par un hymne de Gossec, exécuté par un orchestre et des chœurs, qui réunissent les musiciens de la chapelle du roi à ceux de l'Opéra. Dans l'après-midi, on fait partir des Champs-Elysées un ballon d'une dimension inusitée, et le soir, des Tuileries jusqu'à Chaillot, à travers le jardin et l'allée centrale des Champs-Elysées, s'étend la plus belle illumination qu'on ait encore vue. Des orchestres, des petits théâtres, des mâts élevés dans la partie gauche de la promenade et couverts de lampions, concourent à la gaieté comme à l'éclat de la fôte. Vers dix heures du soir, le roi et sa famille, dans un carrosse très brillant, parcourent toute cette route et sont salués par des cris répétés de : Vive le roi ! vive la reine I mais il paraît qu'un homme du peuple, pendant une partie de cette promenade, s'est essoufflé à suivre le carrosse en lançant parla portière, d'une voix de stentor, ce conseil d'ami : « Ne les croyez pas. Vive la Nation * ! » Ce que tout Paris a vu, c'est, dans un quartier