O. ISAMBERT
Digiti
plus rapproché du centre, rillumination du cordonnier. Au-dessus de son échoppe, il a allumé deux ou trois chandelles derrière un transparent où il a tracé ces mots :
vive le roi s'il est de bonne foi.
La municipalité est tellement enchantée de l'eflFet féerique de cette soirée que, d'accord, d'ailleurs, avec la liste civile, qui assume une partie des frais, elle décide que l'illumination sera répétée le dimanche suivant, sans préjudice des représentations gratuites et de réjouissances variées ; mais on commence à sentir que cela ne se soutient plus, en effet, que par la badauderie. Les premiers jours, les patriotes défiants, qui se tenaient à l'écart et blâmaient les acclamations comme un retour à la servilité et à la courtisanerie, faisaient l'effet de fâcheux. Gorsas déclarant qu'il n'aimait pas la danse et qu'il ne lui plaisait pas de se fier à un débiteur qui lui avait déjà fait banqueroute avait été accueilli comme un trouble-fête ; mais à présent les doutes se propagent, et les journaux populaires les moins enclins à la violence déclamatoire s'appliquent à répéter et à commenter chaque jour l'affiche du cordonnier.
Quant aux aristocrates, ils raillent à la fois le peuple et le roi. Les Actes des Apôtres, qui, à propos de la prestation de serment, ont publié une pièce ayant pour reû'ain :
Vous en avez menti, Sire, ne vous déplaise !
disent à la fin du mois : « Les fêtes de la Constitution ont eu lieu les deux derniers dimanches. Rien n'a été comparable à leur éclat. Il est naturel que ce qui avait commencé par des lanternes finît par des lampions. Le roi est venu, à deux reprises, jouir des acclamations de son peuple sur la môme route qu'il avait parcourue trois mois auparavant dans la berline puce* ; voilà ce que c'est que d'avoir le caractère bien fait ». Et ils ajoutent cette turlupinade : « La nation a été fort sensible à une petite politesse de son monarque constitutionnel ; on remarquait avec sensibilité que les lanternes étaient éclairées avec de la bougie, et l'on n'a pas manqué de faire observer que c'était pour ne pas faire renchérir la chandelle ; nous avons trouvé cette idée très lumineuse*. »
L'Assemblée constituante se sépare sur ces entrefaites. Paris a envoyé à la nouvelle Assemblée une majorité de feuillants, mais cette majorité de ses élus se trouve confondue dans la droite nouvelle. La Fayette fait ses adieux à la garde nationale et va se retirer dans ses terres en Auvergne. D'ailleurs, la préoccupation de la coalition des puissances étrangères et la colère soulevée par les émigrés armés contre la France prennent le dessus dans l'imagination populaire. L'apaisement qu'on avait attendu, de ce côté, du décret d'amnistie ne s'est point produit. A Coblentz, on a nargué l'amnistie en môme temps
1. La berline procurée par Fersen pour la tentative d'évasion. Suivant Carra, elle était « de couleur chocolat avec un train citron de forme allemande ».