Annales patriotigtus des 20 et 21 octobre
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Veto. C'est encore une sorte de personnification mythique sur laquelle on se plaît à décharger sa mauvaise humeur ; mais on sent poindre l'heure où ce démon . pervers s'identifiera tout naturellement avec la personne du roi et où tous les siens deviendront la famille Veto.
Dans le môme temps, la maiiîe de Paris a changé de mains. Bailly avait déjà voulu se retirer en môme temps que La Fayette, lors de la séparation de la Constituante. Il ne s'est pas remis sur les rangs à la Saint-Martin, date de l'expiration de ses fonctions, et le candidat jacobin, le vertueux Pétion, l'a emporté à une majorité considérable sur La Fayette, présenté par le parti feuillant, Pétion est, à ce moment-là, l'idole de Paris patriote. Il a ramené d'Épernay les fugitifs de Varennes sans se laisser, comme un Barnave, séduire par la Reine et par madame Elisabeth et gagner aux intérêts de la Cour. Il a combattu le projet des sept comités et résisté, dès la première minute, de toutes ses forces, au schisme feuillant. On sait que celui-là veillera ; ce n'est pas avec lui qu'on peut craindre une nouvelle tentative d'évasion. On ne lui connaît qu'un rival en vertu et en incorruptibilité, c'est son digne ami Robespierre, qui ne dédaigne point de se placer de temps en temps sous l'égide d'une popularité si intacte, que Marat même ne se hasardera pas de quelque temps à la contester.
L'administration de Pétion est toute paternelle. Elle ne va pas sans rencontrer des difficultés. En janvier, de graves désordres sont engeudrés par lu hausse du sucre et il se môle à l'émotion populaire
des provocations suspectes. Peu après, les conseils des Annales patriotiques commencent à fructifier dans Paris même; la fabrication des piques, restées depuis octobre 1789 comme Tapanage des ci* toyens du faubourg Saint-Antoine, a pris un soudain et prodigieux essor. Il devient à craindre que la circulation de tant d'armes encombrantes ne favorise pas le maintien de Tordre et que ce ne soit pas à l'étranger qu'elle cause le plus de dommage. Pétion fait prendre par le corps municipal un arrêté enjoignant à tout détenteur de piques, de fusils ou toutes autres armes ostensibles d'en faire la déclaration circonstanciée au comité de sa section et lui défendant, inscrit ou non inscrit, de vaguer, de jour ou de nuit, avec de telles armes sur la voie publique , autrement qu'en service commandé : les propagateurs les plus ardents de la pique nationale s'inclinent et reconnaissent qu'il n'y a rien à redire à ces mesures de précaution. La mode des bonnets rouges cause quelques embarras ; il suffit que le maire en fasse confidence aux Jacobins pour que les bonnets, qui décoraient toute l'assistance, sans excepter la tôte d'un ministre, s'enfouissent dans les poches. Un matin de mars, on apprend que des volontaires du district d'Agen sont à une étape de la capitale ; le maire leur fait préparer trois cents billets <le logement ainsi libellés :
« Ami, des soldats volontaires arrivent ce soir dans nos murs ; nous croyons vous obliger en vous envoyant un frère. — Signé, Pétion *. »