R^oolutiom de Paris
tant chacune le nom d'un des soldats. Les spectateurs amassés le long des boulevards découvraient et se montraient avec sensibilité, confondu dans la foule des patriotes qui s'étaient joints au cortège, venu en simple citoyen, le vertueux Pétion, marchant la main dans la main avec Robespierre. Soutenus par des musiques nombreuses, les citoyens chantaient « Fair fédéral et sacré », c'est-à-dire le Ça ira^ puis Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille, mais le succès de nouveauté était pour une romance patriotique récemment composée sur Tair de l'opéra-comique Renaud d'Ast : « Vous qui d'amoureuse aventure... » et commençant par : « Veillons au salut de l'empire * », et aussi pour des couplets de circonstance du môme auteur, le patriote Boy, sur l'air : « Ton mouchoir, belle Raymonde. » Un citoyen faisait ranger la foule en promenant un épi de blé qui donnait l'alignement; un autre, de l'autre côté, imitait cette manœuvre avec un égal succès en se servant d'un petit drapeau d'enfant. Comme, à la lin, le développement prodigieux du cortège causait des arrêts, on s'interrompait « par des danses variées, irrégulières, mais dont le désordre même était rendu plus piquant par l'accord fraternel de tous les cœurs *. »
Pour se rendre au Champ-de-Mars on avait à traverser la place Louis XV et à passer devant la statue équestre d'un roi insuffisamment constitutionnel.
1. Écrit à la fin de 1791, reproduit par Y Orateur du peuple dans les derniers jours de décembre, ce chant resté fameux acquit une popularité soudaine en mars 1792.