‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 40 sur 115 · Moniteur du 17 avril · texte numérisé non relu

Moniteur du 17 avril

Dés citoyens prévoyants l'avaient mis de la fête et, quand la grande théorie patriotique déboucha par la rue Royale, elle trouva le ci-devant Bien -Aimé coiffjÉ du bonnet rouge, tenant à la main un drapeau tricolore, avec des cocardes aux oreilles de son cheval*.

L'autel de la Patrie était naturellement le terme du pèlerinage. Après le dépôt des tables de la Loi, des fers des galériens, l'exécution d'un hymne de Gossec sur des paroles de Marie-Joseph Ghénier, des farandoles se formèrent et se prolongèrent, aux flambeaux, assez avant dans la nuit, aux cris mille fois répétés de : Vive la Nation î Vivre libres ou mourir !

Ce qui produisit le plus grand effet, ce fut la consécration par l'événement de la sagesse de Pétion. « Pas une patrouille, s'écriait M™^ JuUien (de la Drôme), pas un garde nationale en armes, ni dans le cortège, ni dans les rues ; et au milieu de six cent mille âmes, on n'était pas foulé. J'y étais, j'y étais*. » Et elle ajoutait le témoignage le plus irrécusable de la sincérité d'une mère en affirmant que, si la fête recommençait, elle aurait la force d'y envoyer seul son plus jeune fils âgé de onze ou douze ans. « La fête de la Liberté, disait le Moniteur^ a été célébrée avec une affluence, une allégresse, un ordre, une paix, une effusion franche de bienveillance et de joie populaire qui doit laisser un

1. Dulaure, Esquisses historiques^ t. H, p. 85 et suiv. — Dulaure a repris d'ailleurs beaucoup de ces détails dans son Thermomètre du iour du 17 avril.

2. Journal d^une Bourgeoise ^ publié par Lockroy, lettre du 16.

souvenir doux dans l'âme de tous les patriotes, un sentiment de confusion dans celle des ennemis impuissants du bien public, et un regret cuisant dans le cœur de quelques écrivains, qui, opposant â cette fête une contradiction aussi absurde qu'opiniâtre, ont risqué de la rendre sanglante . . . Nous qui nous sommes profondément pénétrés de ce spectacle, nous disons aux amis de la liberté : Soyez contents, le peuple que vous aimez est digne d'être libre ; livré à lui-même, dans l'essor d'un triomphe qu'on lui a disputé, il a su tout à la fois s'y livrer et se contenir. Il était là dans toute sa force, et il n'en a point abusé. Pas une arme pour réprimer les excès, mais pas un excès à réprimer : pas une rixe, môme particulière, pas une désobéissance à la volonté générale, qui était la concorde et le bonheur de tous. »

Les feuilles hostiles, celles qui avaient juré que la fête n'aurait pas lieu ou que Paris serait à feu et à sang, étaient tellement déconcertées qu'elles refusaient de donner aucune nouvelle de la fête, soidisant par respect de leurs lecteurs. Elles organisaient ce qu'on a appelé plus tard la conspiration du silence; pour expliquer l'absence des cataclysmes promis, quelques-unes rendaient des oracles amphigouriques voisins de la haute comédie. Parisau, l'un des libellistes tympanisés, se bornait à dire, pour se conformer au mot d'ordre, dans sa feuille du lendemain matin : « Cohue, désordre, poussière, injures. Nous épargnons à nos lecteurs une description détaillée de cette orgie pitoyable. » Mais, cédant malgré tout à sa vocation de nouvelliste, il repre-

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nait dans le numéro suivant : « Il n'est point arrivé d'accidents fâcheux, dimanche, soit dans la route qu'a suivie la pompe horrible de M. Collot d'Herbois, soit au Champ de la Fédération, où s'est réunie l'immense et bruyante multitude attroupée pour la fête. Le soir, tout le faubourg Saint-Germain retentissait de chansons bachiques, hurlées avec allégresse. »

Là-dessus survient la déclaration de guerre, et l'attention populaire se porte surtout vers la fabrication des piques et les hymnes patriotiques. Un nouveau prétexte de cérémonie publique subsiste pourtant. Le maire d'Etampes, Simonneau, avait été tué, le 3 mars, en résistant sur le marché à une émeute causée par la cherté des grains. Sa mort tragique avait ému vivement l'Assemblée, qui avait adopté sur la proposition de Jean Debry et sur le rapport de son comité d'instruction publique un décret prescrivant l'érection à Etampes d'une pyramide. La société des Jacobins avait plus promptement encore envoyé une lettre de condoléances au fils de Simonneau. Mais, plus de deux mois après l'événement, au commencement de mai, l'Assemblée est saisie, par des pétitions de citoyens gardes nationales de Paris, du projet d'une pompe funèbre à décerner à la mémoire de l'infortuné maire d'Etampes. C'est Quatremère-Quincy qui cette fois se fait confier le rapport*, et sur sa proposition est rendu un décret ordonnant qu'un cortège sera formé et se dirigera vers le Champ de la Fédération et que

1. Procès 'verhauw du ComiU d'instruction ptthliçue de l'Assemblée législative^ publiés et annotés par M. J. Guillaume.

récharpe de Simonneau sera suspendue aux voûtes du Panthéon français. Il n'est pas besoin d'une perspicacité bien grande pour deviner que la proposition de cette fête un peu tardive émane d'un conciliabule feuillant, qui l'a envisagée comme une occasion de revanche de la fôte du 15 avril et qui prétend opposer comme une antithèse à la fôte de la Liberté la fôte de la Loi. Les députés patriotes et la masse de leurs partisans se conformant à leur exemple affectent de ne pas môme soupçonner cette intention batailleuse et adhèrent sans témoigner d'embarras à la cérémonie. Pétion, informé de la pétition quelques jours avant sa présentation à l'Assemblée, avait fait nommer par la Municipalité des commissaires pour recueillir les souscriptions. Palloy apporte comme toujours son concours. Cependant, aux Jacobins, la proposition ayant été faite à la Société de se rendre en corps à la formation du cortège, Robespierre fait passer à l'ordre du jour. La cérémonie a lieu le 3 juin. On ne voit que bannières et drapeaux portant pour inscriptions : La Loi, Respect à la Loi, Triomphe de la Loi, Notre force est dans la Loi, la Loi seule commande à tous, etc. Tous les corps administratifs, tous les bataillons de la garde nationale ou à peu près, sont représentés par des députations encadrées de forts détachements en armes de la force publique. La pompe funèbre, réglée par Molinos et Legrand, est fort bien ordonnée ; elle est saluée avec déférence sur son passage ; mais la foule ne suit pas. La cérémonie autour de l'autel de la Patrie est troublée par des averses. Après une « marche des morts »

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on exécute un hymne dont la musique est encore de Gossec, mais dont Roucher a écrit les paroles. L'écharpe de Simonneau manque à la fête et ne peut être portée au Panthéon, comme il était prévu dans l'Ordre et la Marche, parce qu^elle est restée au -^ ^ -" Je Seine-et-Oise chargé

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