‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 44 sur 115 · Journal de Paris, suppl. 103 de 1791, !•' octobre · texte numérisé non relu

Journal de Paris, suppl. 103 de 1791, !•' octobre

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96 LA VIE A PARIS (n91-1792)

la municipalité; malgré les excitations de personnages suspects, il n'en résulte pas à Paris de violences. Il n'en est pas tout à fait de même de la hausse du sucre et du café, qui commence dès le mois d'octobre à se faire vivement sentir, par suite des nouvelles des Antilles et surtout de la révolte des noirs à Saint-Domingue. Les négociants en denrées coloniales , ci'aignant de ne pouvoir aisément renouveler leurs achats, mettent d'assez fortes provisions en réserve. On crie à l'accaparement. On cite des couvents ou des églises désaffectés comme contenant des entassements de marchandises. En janvier, le sucre devient un véritable objet de luxe. Des rassemblements se forment dans les quartiers populaires et parfois, avant que la police municipale ait pu ôtre prévenue, obligent un épicier à leur délivrer sa provision de sucre à un prix qu'ils fixent eux-mômes. Dans la nuit du 20 au 21 janvier, un incendie, non purement accidentel, semble -t- il, s'étant déclaré à la prison de la Force, un attroupement profite du trouble causé par cet événement pour effrayer un épicier dans le faubourg Saint- Marceau. Dans la journée du 21 et dans celle du 22, qui est un dimanche, des bandes dans lesquelles on prétend avoir vu figurer des agents avérés du parti aristocrate menacent de se porter sur les églises Sainte-Opportune, Saint-Hilaire, Saint-Benoît, citées comme recelant des approvisionnements considérables. Vers le soir du dimanche, le rappel est battu dans toutes les sections ; par ordre de la municipalité, les rues restent illuminées toute la nuit, des patrouilles nombreuses et fréquentes dissipent les

rassemblements et, après cette nuit d'alerte passée sans collision, le calme s'est rétabli. « Le peuple reconnaît aujourd'hui, disent les journaux patriotes, qu'il n'a été que l'instrument de certains partis qui lui sont étrangers et il en est honteux '.» A quelques jours de là la municipalité annonce que les ennemis de la chose publique, voulant entretenir une fermentation dangereuse, mais favorable à leurs desseins, font demander à grands cris la diminution du prix du pain. Elle fait observer que le pain est à il sols les quatre livres; qu'il a été dans certains hivers jusqu'à 14 et 16 sols ; qu'il est plus cher en général dans les départements qu'à Paris, que la capitale est d'ailleurs bien approvisionnée, que le seul moyen de l'affamer serait de répandre le trouble, « parce qu'alors les négociants et les fariniers n'oseront pas y envoyer leurs marchandises, de peur qu'elles ne soient pillées. »

Il n'est plus parlé de longtemps du prix du pain. Quant au sucre, il ne donne plus lieu qu'à des incidents pacifiques. D'André ayant été désigné comme accapareur et une allusion à cette accusation s'étant rencontrée dans une pétition présentée à l'Assemblée, la maison d'André, Cinot et Ghaiiemagne proteste qu'aucun des associés ne se livre à des spéculations séparées, qu'elle n'a aucun autre magasin que celui qui porte son enseigne, rue de la Verrerie, et qu'elle a réduit considérablement ses achats et ses opérations. Le 30 janvier, sur la proposition de Manuel, appuyée par un discours lyrique

1. Journal des Décrets et Nouvelles patriotiques pour les hahiians des campagnes f 27 janvier.

de Louvet, les Jacobins, suivant un exemple donné par la section de la Croix -rouge, s'engagent avec enthousiasme à s'abstenir de sucre, tant que cet aliment ne sera pas redescendu à vingt-cinq sols la livre ; les citoyens et citoyennes des tribunes s'associent à ces transports. Manuel demande qu'on sacrifie aussi le café. CoUot d'Herbois esquisse une résistance en rappelant que « les personnes qui travaillent de cabinet ne peuvent passer la nuit qu'avec des tasses de café. » On consent à une dispense spéciale pour l'auteur de YAlmanach du père Gé^ rard'y la résolution civique n'en est pas moins adoptée à l'unanimité, et la Société arrête l'impression et la distribution du procès-verbal.

En dépit de ces embarras, on est d'accord pour assurer que le trafic des produits de l'intérieur est plus prospère qu'il ne l'avait été pendant les deux premières années de la Révolution et l'on signale même un relèvement dans le commerce des objets de luxe. Si l'émigration lui a retiré quelques pratiques, les étrangers, alléchés peut-être par la prime qu'obtiennent leurs espèces, peut-être aussi craignant de ne pouvoir goûter longtemps en paix les plaisirs parisiens, apportent dans leur dépense une fougue inaccoutumée.

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