Pïotes de la Jacohinéide
des accessoires moins communs, inspirés de la mise en scène A' Othello ou de celle de Y Orphelin de la Chine, Le premier noyau de la société est fourni par les hommes qui sont à la veille d'aider comme auteurs ou comme acteurs à la transformation du théâtre de la rue Richelieu , ou qui vont prendre plus ou moins nettement son parti dans ses démêlés avec les comédiens ordinaires du théâtre de la Nation. On rencontre là Marie -Joseph Chénier, Ducis, La Harpe, Chamfort, Palissot, Fabre d'Églantine , Cailhava , Lebrun, Legouvé*, Roucher, Alexandre Duval, Bitaubé, de Murville, Pougens, Riouflfe, Carbon de Flins, les compositeurs Méhul, Dalayrac, Dezède, Devienne, le violoniste Pozor, Greuze et David, le graveur Sergent, le grand chimiste Lavoisier, puis des hommes politiques et des gazetiers, Condorcet, Manuel, Santerre, Brissot et son secrétaire Souques, Billaud-Varennes, More ton, Kersaint, Roland, Buzot, Carra, Gorsas, que suivent dès le début de la Législative Lasource, Isnard, Vergniaud, Guadet, Ducos, Gensonné, les « messieurs de la Gironde », comme dit Marat; et c'est à Marat qu'est réservé de faire passer le premier nuage sur cet empyrée, en apparaissant à l'improviste dans une soirée donnée en l'honneur de Dumouriez vainqueur, d'où il sortira indigné de la composition de la société et plus encore, assure-t-on, d'une gaminerie de l'ac-
1. La première pièce de Gabriel Legouvé, la Mort d'Aèeî, fut jouée en mars 1792 à la Nation ; mais elle était reçue depuis plus d'un an, et le rôle de Gain, créé par Saint-Prix, avait été selon toute apparence destiné à Talma. Dans tous les cas,, la présence de Leg^ouvé aux soirées de Talma est signalée par divers témoignages contemporains.
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teur Dugazon*. Mais c'est là anticiper sur l'avenir, et à l'heure où nous sommes, la galerie dont Talma et Julie font les honneurs n'est pas moins réputée pour le patriotisme qui y règne que pour le culle qu'on y rend à tous les arts.
A l'entresol de l'hôtel de la Monnaie, Condorcet occupe un logement où M'"° de Condorcet, née Grouchy, fait les honneurs de son salon aux amis de son mari, Cabanis, La Rochefoucauld, Clavière, Garran de Coulon, Dumont le Genevois, Monge, Achille Duchastelet, Lanthenas, Brissot do temps à autre, Thomas Payne, Mackintosh. Condorcet est un des rares hommes mêlés à la politique active qui jouissent de longue date déjà d'une réputation européenne, et c'est chez lui que se font présenter de préférence les étrangers qui arrivent à Paris dans des dispositions favorables à l'esprit de la Révolution. La conversation, ici, ne languit pas ; mais elle ne s'attarde jamais longtemps aux sujets frivoles. D'anciens amis, comme Morellet, Dévalues, Suard, les Trudaine, se sont successivement éclipsés, scandalisés d'entendre parler couramment de la République. Après avoir évoqué le souvenir de la société des encyclopédistes ou celui des tentatives réformatrices de Turgot, on tourne plus volontiers les yeux vers l'avenir, et l'on s'entretient des mesures à prendre pour rétablir les finances ou des moyens d'organiser fortement une éducation nationale. L'ancien deuxième secrétaire de M'^^ de Lespinasse n'a garde de contrarier les hasards, les caprices de
1. Voir, dans les œuvres d'Alexandre Duvîil, la note qui acnom^ pagne son Beniowski.