‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 47 sur 115 · G. ISAMBERT · texte numérisé non relu

G. ISAMBERT

iiÔ LA VIE A PARIS (1791-1792)

la conversation; lui-même conte des histoires, s'échappe en saillies sur des futilités jusqu'au moment où, l'occasion jaillissant, chacun s'émerveille de voir avec quelle tranquillité hardie, quel enthousiasme contenu, n'enflant jamais la voix, fuyant la rhétorique ampoulée en faveur, le géomètre, « celui qui est en Europe le premier magistrat de la raison * », dégage les données des problèmes posés par les événements et déduit les transformations à opérer.

Rue de Seine, chez une vieille amie, la ci-devant duchesse d'Anville et chez son fils La Rochefoucauld, le môme Condorcet se rencontre surtout avec ses collègues de l'Académie des Sciences, Bailly, Darcet, Fourcroy, l'abbé Rochon, Berthollet, Lagrange, Broussonnet, Dolomieu *. Les feuilles contre - révolutionnaires profitent d'une courte absence de M"^® d'Anville pour annoncer qu'elle a fermé la porte de son hôtel au géomètre à cause de son attitude à l'Assemblée ; mais cette historiette est presque aussitôt démentie.

D'autres sociétés formées avant la Révolution ont continué leurs réunions, plus ou moins traversées par les dissentiments que font naître les circonstances et qui placent en peu de temps les intimes

1. Expression de Pastoret répondant comme président de l'Assemblée électorale de Paris, le 27 septembre 1791, aux remerciements de Condorcet (V. Charavay, 2" série, p. 282; . L'année suivante, le môme Pastoret, critiqué par Condorcet dans la Chronique de Paris^ faisait publier cette courtoise réplique : « On \ient de me montrer, Monsieur, les injures dont vous m'honorez dans le plat libelle où, pour quinze francs par jour, vous outragez, tous les matins, la raison, la justice et la vérité. Je m'empresse de vous en témoigner ma reconnaissance. »

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