Desgenettes, Souvenirs
il2 LA VIE A PARIS (1791-1792)
Deflfand, des Geoffrin et des Lespinasse, des conciliabules à peu près fermés, où se retrouvent quelques affidés pour délibérer, qui sont peu connus du public, peu accessibles aux étrangers même de marque? Il est pourtant bien difficile de passer sous silence, puisque l'histoire en a recueilli la confidence, les réceptions des Roland commencées au troisième étage de l'hôtel Britannique, rue Guénégaud, en attendant de se trouver brusquement transportées au ministère de l'Intérieur. Là, quatre fois par semaine, des hommes politiques en pleine activité se rencontraient vers quatre heures pour commenter la séance de l'Assemblée et se concerter en vue de la séance du soir (il y en avait quelquefois) ou le plus ordinairement de la séance des Jacobins. Bancal des Issarts, Buzot, Bosc, Chambon, Ghampagneux, les intimes, ont commencé à recruter la société en amenant Brissot, Pétion, Lanthenas ; puis sont venus Robespierre, qui écoutait et observait plus qu'il ne se livrait, Clavière, Louis de Noailles, Louvet, en attendant que le changement d'assemblée vînt ajouter la députation presque entière de la Gironde. Assise à l'écart, devant une petite table, M""® Roland ne perdait pas un mot des graves propos qui s'échangeaient et, pour ne pas paraître vouloir diriger la discussion, s'occupait fiévreusement de sa correspondance ; il n'est pas défendu de supposer, quoiqu'elle n'en dise rien, qu'ayant ainsi la plume à la main et le papier devant elle, il lui arrivait parfois de prendre des notes.
Moins cérémonieuses encore, s'il est possible, et surtout moins guindées sont les réunions familières
qu'attire chez lui Camille Desmoulins. Camille n'a de journal à sa disposition que par intermittences et, comme sa parole embarrassée et bredouillante, sa voix sourde et voilée, ne lui permettent pas d'exercer une action sérieuse sur l'auditoire des Cordeliers et moins encore sur celui des Jacobins, il aime à communiquer à ses entours ses enthousiasmes et ses animosités un peu fantasques souvent, à chercher des concours pour l'extermination de Brissot et l'exaltation de Robespierre. Lucile n'a d'autre étude que de faire bon accueil aux amis de son mari. Ils ont déjà un noyau de relations de tous les jours rien qu'en voisinant dans la maison même. Marchant, qui affecte de ne jamais nommer un jacobin sans donner son adresse, afin que les soldats de Condé n'en laissent pas échapper un au grand jour de la Contre-Révolution, signale particulièrement cette maison au coin de la place de la Comédie et de la rue du Théâtre-Français et prétend donner la liste complète de ses habitants. Ce sont Camille Desmoulins, Stanislas Fréron, Fabre d'Eglantine, Roch Marcandier, secrétaire de Camille, Berquin — les gazetiers du parti absolu se font un jeu de présenter l'Ami des Enfants comme un croque-mitaine, et Berquin vient justement de mourir avant que le pamphlet de Marchant fût achevé d'imprimer; enfin un dernier locataire, mort récemment aussi, était l'imprimeur Châlon, dont les presses avaient été au service de Desmoulins, de Fréron et de Marat ^ En
1. Notes de la Jacobinéide. — La maison dont il s'agit est celle où se trouve aujourd'hui le café Voltaire. 11 est à noter qu'en juillet 1791, Fréron, nommé électeur, adonné son adresse rue de l'Égalité
dehors des habitants de celte sorte de ruche viennent M. et il"»*» Danton, qui amènent souvent avec eux leurs voisins de la cour du Commerce, Timprimeurlibraire Duplain et Brune, prote hier, établi à son tour, en qui personne ne devine un futur maréchal de France ; le gros François Robert, qui présente sa femme, naguère M"« Kéralio, et qui, nouvellement entré, après la disparition du Mercure national, aux Révolutions de Paris, médit, avec Fabre d'Eglantine qui en sort, de la tvTannie de Prudhomme ; le Versailiais Laurent Lecointre, Merlin (de Thionville), Hérault de Séchelles, qui est moins assidu, demeurant plus loin.
M. et M™« Coco-Baiily, suivant le sobriquet imaginé par les Actes des Apôtres et leur émule le Petit Gautier, avaient un salon avant de résider à la Maison commune; ils ont continué à recevoh', mais avec moins de régularité, à la suite de dîners ou de soupers. Le successeur à la Mairie, Pétion a, à son tour, ses réceptions très courues, dont M*"® Pétion fait les honneurs avec une simplicité toute bourgeoise et où la conversation ne roule guère que sur les affaires publiques *.
Il va sans dire que, dans le camp aristocratique, il ne manque point de coteries déguisées sous des prétextes de déjeuners, de dîners ou de bals, bien
(vulgairement rue de Condé). — D'autre part, une liste des Jacobins, arnHée à la lin de 1790, donne comme habitants du numéro 1 d'alors de la rue du Théàtre-Franrais, outre Desmoulins, Fabre et Fréron, Brune, Lapoype et Fréton.
ians ce salon-là quelque chose de mieux que la ne-Maria Williams , ^uvenin de la Révolution
que rémigration ait jelé le désarroi dans un g nombre de sociétés et môme entraîné la fermi définitive de quelques salons réputés. On cite i tout l'exemple donné aux Tuileries par la socié dévotes qui se réunit au pavillon de Flore, dans partement de M^'® de Lamballe, sous la présid de Madame Elisabeth, sœur du roi.
Un salon un peu difficile à définir, mais qui ne rait être passé sous silence, car il fait parler d depuis longtemps, et qui semble appartenir à mythologie de la décadence interprétée par Fi nard, c'est celui des dames de Sainte-Amarai Jolies, élégantes, intrépides dans l'essai des m nouvelles, médiocrement obsédées du qu'en < t-on, très courtisées, leur maison se recommandi « le plus habile cuisinier, des fonds énormes une banque de trente-et-un, un ton presque t décent que si on n'avait pas joué *. » Plus éprise plaisir que préoccupées des affaires publiques, mettent leur coquetterie à charmer les personn réputés les moins sociables, à attirer chez elles conque se fait un nom à un titre quelconque, ( privoiser ensemble les gens le plus habitués tourner le dos.
On dit couramment les dames de Sainte-^ ranthe ; il s'agit, en réalité, d'une dame qui toi à la quarantaine et de sa fille, qui n'a g plus de seize ans. M"** de Sainte-Amaranthe, d'Arpajon de Saint-Simon, au dire de ses intii mais plus sûrement Louise Demier, est restée.