‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 52 sur 115 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Si la conversation des salons n'a plus la même importance sociale que sous l'ancien régime, les associations politiques, qu'il ne permettait pas, ont j pris en peu de temps un développement prestigieux / et en sont venues à tenir une place considérable dans l'existence d'une bonne partie des citoyens et môme dans celle de quelques femmes.

Il semble qu'il fût plus expéditif et môme plus conforme aux notions historiques courantes de dire d'emblée : les clubs. Mais c'est un mot précisément auquel il ne faut arriver qu'avec d'extrômes précautions, si l'on ne veut s'exposer à choir dans les plus fâcheuses méprises. Il a été introduit par un courant d'anglomanie qui avait commencé à sévir plusieurs années avant la Révolution. On en a fait l'application correcte, suivant le sens anglais, à ce qui s'appelle définitivement dans nos idées à nous des cercles. Mais, l'engouement s'en mêlant, on a mis le mot à toutes les sauces. S'est-il ouvert un nouveau cabinet de lecture, il a été annoncé sous le 1 nom de club littéraire; Un limonadier réserve-t-il une

salle particulière à une société de joueurs d'échecs, ou de dames à la polonaise, ou de dominos ou de I tric-trac, cela devient le club des échecs, le club des les, le club des dominos ou le club du tric-trac. m hôtel ait une pièce pour les voyageurs qui ient lire les papiers publics et faire leur corresdance, c'est le club. Si trois coureurs de cachet icient leurs efforts pour enseigner l'un l'italien, tre le violon et le troisième à faire la révérence, ondent un club des sciences et des arts, à moins ce ne soit un musée. Les tripots n'ont naturelleit pas été les derniers à se déguiser sous l'appel- )n du jour. Quand le Palais-Royal reconstruit à f a commencé à se peupler, il n'a été pour ainsi question que de clubs à chaque arcade, et cela gnait les entreprises les plus variées, jusqu'à salles simplement offertes en location par des eurspour festins ou bals de société. Ce n'est pas club soit toujours le nom officiel ou qu'on ne \e pas le choix au public entre cette appellation uelque autre ; on dit le salon ou club, la société lub, la librairie ou club, le cabinet ou' club, la lion ou club. . . Il semblait que club pût servir j^nonyme ou d'abréviation pour désigner les étalements les plus dissemblables.

^s les premiers temps des séances des États-Géux, le nom de club, justement à cause de son orianglaise, qui semblait s'accorder avec le dessein porter de ce côté du détroit la monarchie tempé- Bt des garanties de liberté, avait séduit les dépuiretons du tiers, Le Chapelier, Lanjuinais, Gleizen lires ; ils l'avaient choisi pour désigner la, réu-

nion où ils se concertaient sur leur ligne de conduite à l'Assemblée et où ne tardèrent pas à se joindre à eux des collègues des provinces les plus diverses. Le Club breton, transféré à Paris en même temps j que la Cour et l'Assemblée, avait, après quelques ( jours de passage provisoire dans un local de la place des Victoires, cherché un gtte à proximité du Manège et s'était installé, moyennant un modique! loyer, dans le réfectoire des Jacobins de la rue Saint-' Honoré*. Comme ce groupe parlementaire s'était ouvert peu à peu à des hommes qui n'appartenaient point à l'Assemblée, mais dont le jugement, le zèle civique et les connaissances particulières dans les diverses branches de la jurisprudence ou de l'administration avaient paru propres à apporter aux députés un utile concours, on décidait bientôt d'abandonner un titre qui ne semblait convenir qu'à / un cercle restreint et presque fermé et on se trans- | formait en Société des Amis de la Constitution. Les admissions, qui se faisaient sur la présentation de I deux membres pour les députés, cinq pour les autres ^ citoyens, répondant de la moralité et du civisme du candidat, et par un vote après un délai d'affichage, i devenaient extrêmement nombreuses.* La société ' alors avait quitté le réfectoire des Jacobins pour s'installer dans la grande salle de leur bibliothèque,/ au-dessus de leur église, puis, finalement, quand le couvent est mis à la disposition de la nation ou de-

1. On ne manquait guère de préciser ainsi, car il y avait plusieurs couvents de Jacobins, celui de la rue Saint-Jacques et un autre, très vaste, au coin de la rue du Bac et de la rue Saint-Dominique, qui devint temple de la Paix dans la suite de la Révolution et dont Saint-Thomas-d'Aquin était l'église.

Ivenu, en d'autres termes, bien national, dans l'église môme. Jusqu'alors, on n'avait admis à assister aux séances que des journalistes, dont plusieurs étaient affiliés eux-mêmes, et des visiteurs que l'on invitait spécialement. En octobre 1791, la société ouvre au public des tribunes spacieuses, où il n'a d'accès pourtant qu'avec des cartes sur lesquelles on sera amené parfois à exercer un contrôle rigoureux.

Les séances de la Société, lors môme que les dépûtes n'y furent plus la majorité, se ressentirent toujours de son origine. L'ordre du jour de la séance était celui de la séance du lendemain à l'Assembléev.et, quand la discussion s'était trop prolongée sur des incidents extra-parlementaires, sur des communications diverses du dehors, il était rare qu'il ne s'élevât pas des voix pour rappeler la Société à cette règle? Du reste, on procédait à peu près en tout comme à l'Assemblée. Il y avait un président changé chaque mois, et six secrétaires renouvelés par moitié. La Société recevait en séance des députations, notamment de sociétés correspondantes ou affiliées, mais avec plus de précautions peut-ôtre qu'on n'en prenait pour les introduire à la barre du Manège, parce qu'elle craignait de voir se glisser frauduleusement des gens étrangers dans ses rangs, si bien que les commissaires de la salle finirent par demander à tout le monde, sociétaires ou invités à ,1a séance, de conserver d'une façon apparente les cartes avec lesquelles ils étaient entrés. La police ,des séances était d'ailleurs mieux faite, l'ordre des délibérations maintenu plus sévèrement qu'à TAs^ semblée nationale, la salle s'y prêtant mieux.

Un comité de correspondance de vingt-cinq membres se partageait dans la journée les lettres et communications de tout genre reçues par la Société, les dépouillait, les classait, y répondait pour les affaires courantes, faisait finalement de celles qui signalaient des faits intéressants ou qui soulevaient des difficultés qu un vote devait résoudre, un extrait dont lecture était donnée au début de chaque séance générale.

La Société, en effet, sans parler d'innombrables correspondants particuliers et bénévoles, comptait sur la surface du territoire, dans des chefs-lieux de département ou de district, môme dans des bourgades, des sociétés affiliées, véritables succursales de la société-mère, dont le nombre allait toujours croissant et atteignait quatre cents environ au printemps de 1791. Celles-là s'appelaient aussi, pour la plupart. Sociétés des Amis de la Constitution ; en dehors d'elles, d'autres sociétés, portant des noms < variés, mais en mesure de faire rendre témoignage de leur civisme, pouvaient être admises à la correspondance. Il arrivait parfois, bien qu'assez rarement et d'ordinaire à la suite d'une scission, que, dans la ' môme localité, deux sociétés rivales se disputaient l'attache plus étroite de l'affiliation, avec le surcroît de prestige et d'influence qui en résultait. Une société ne pouvait, d'ailleurs, se faire affilier que sur i la présentation d'un député de son département.

A Paris, au pied de la lettre, il n'y avait pas de sociétés affiliées. En théorie, il ne pouvait y avoir dans chaque commune , et dans celle de Paris comme dans toute autre, qu'une seule société des

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Amis de la Constitution. Les sociétés fraternelles, patriotiques, ou de toute autre dénomination, qui existaient dans les diverses sections étaient donc simplement admises à la correspondance. Beaucoup n'en souhaitaient pas davantage et tenaient même

Ià conserver une certaine autonomie, comme celle qui a gardé sa place dans l'histoire sous le nom de club des Cordeliers. D'autres, qui voulaient annoncer leur soumission, et qui se considéraient dans leur section comme un simple rameau des Jacobins, se déclaraient affiliées ou sollicitaient l'affiliation, sans soulever toujours d'observations; cela ne changeait rien à Tinscription sur les livres des Jacobins; elles ne se seraient exposées à un reproche d'usurpation que si elles s'étaient avisées de prendre le nom tout uni d'Amis de la Constitution pour enseigne. Bien peu de ces sociétés tentaient d'étendre leur rayonnement au-delà des confins de leur section ; aucune en tout cas ne rêvait de s'ériger en rivale de la grande Société ; elles n'avaient point d'affiliations dans les départements, n'y entretenaient que des correspondances restreintes et tout accidentelles ; si même une société provinciale avait la fantaisie de faire appel à l'attention de l'une d'elles, c'était souvent en empruntant les bons soins des Jacobins.

Quant aux quelques sociétés qui avaient tenté une opposition ou une concurrence dans le cours de 1790, elles avaient été généralement éphémères et n'étaient plus presque toutes qu'à l'état de souvenir. Au moment où le rideau se lève pour nous. Société des Amis de la Constitution monarchique

vient de terminer son agonie, et il n'y a plus de compte à tenir d'une société, qui, par son organisation, s'était beaucoup moins annoncée en rivale des Jacobins qu'on n'a voulu le dire, la Société patriotique de 1789 *. Elle devait être sans aucun doute, dans la pensée première de ses initiateurs, comme Vandermonde, Condorcet, Grouvelle, Ganilh, Kéralio, Bitaubé, Chamfort, Villette, Kersaint, d'ailleurs membres pour la plupart des Jacobins, une sorte de société savante, d'académie consacrée « au perfectionnement de l'art social », publiant un journal ou, suivant le titre plus exact que prit cette publication dans ses derniers numéros, des Mémoires, formant pour le travail de ses membres une bibliothèque et des collections de papiers publics, tenant pour le surplus une seule séance par semaine le dimanche soir, et n'allant pas nécessairement aux voix sur les sujets traités. Condorcet, par exemple, avait adhéré à ce plan sans aucune arrière-pensée ; il avait surtout réussi à attirer des savants, comme Cabanis, Lavoisier, Monge, Lacépède, Broussonnet, Hassenfratz ; dans sa conception d'une calme élaboration de la science politique, il lui semblait naturel de s'adresser à l'expérience ou à la subtilité d'un Siéyès, d'un Le Chapelier, d'un Talleyrand , aussi bien qu'au zèle laborieux d'un Brissot; les habitudes contractées dans les liens de « la secte économiste » lui rendaient les relations aisées avec un Dupont de Ne-

1. Moreton a raconté un jour, à la tribune dos Jacobins, et quelques auteurs ont répété que la Société de 89 avait été formée par la scission de 89 députés et qu'elle tirait de là sou nom. Cela ne peut passer que pour une assez médiocre facétie.

tÊÊÈÊ

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mours ou un Tracy. Mais, tout d'abord, les commissaires chargés de l'organisation avaient installé la so- ' un pied fastueux, au centre du Palais-Royal, loyer énorme pour le temps, 16,000 livres, 1, un cuisinier de haute volée dont il fallait les talents, ce qui faisait décider de grands s à un louis par tôte : ce train de vie contridonner au « salon » de 1789 un vernis assez locratique. Il survenait presque tout de suite i table invasion de personnages qui, après li d'un certain prestige au début de la Révo- ►ongeaient déjà moins à diriger le courant 'e qu'à le remonter, d'hommes qui devaient an plus tard les intraitables adversaires lorcet. La Fayette, entouré de tous les tes ardents*, avait en quelque sorte élu ) dans ce local pour y recevoir les députâtes hommages ; il semblait y absorber toute ce ; il mit môme en avant l'idée de négocier de la Société avec les Jacobins. De là surgit une scission que plusieurs patriotes, entre Danton, se montrèrent soucieux de con-

}ciété n'avait fait qu'un effort pour ese sortir de l'équivoque dans laquelle elle t condamnée à se débattre ; c'était en arrè- 2 janvier 1791 , sur la proposition de et justement, que, pour cause de principes iables, on ne pouvait être à la fois membre

los Renflements de La Société et la liste de ses membres, reproduite dans Challamel, Les Clubs contre^révolution^

du Club des Amis de la Constitution monarchique et de la Société de 1789.

Les indécis ne devaient pas ôtre longtemps tourmentés par l'embarras du choix, car, encore une fois, à peu de mois de là, la Société monarchique a disparu, et si le club somptueux du Palais-Royal n'a pas fermé ses portes, il est devenu désert. Ni l'antagonisme déclaré de l'une, ni les velléités passagères de rivalité qui ont pu se produire dans l'autre, n'ont jamais eu de quoi donner sérieusement ombrage à la Société des Jacobins ; mais elle va ressentir une bien autre secousse par le fait d'une crise intérieure, du fameux schisme des Feuillants.

Cette rupture, qui donne un singulier lendemain à « la commémoration du pacte fédératif », se produit à la suite de la séance du 15 juillet. On a commenté les votes émis dans la journée par l'Assemblée sur les propositions de ses sept comités, concernant les suites à donner à l'affaire de Varennes, et adopté le projet d'une pétition demandant la mise en jugement de Louis XVI. Au moment où cette séance allait ôtre levée, le président a dû se rasseoir pour recevoir une députation de deux ou trois mille personnes, hommes et femmes, qui ne s'est retirée qu'après avoir été avertie de la voie que la Société 5e proposait de suivre.

Le lendemain, une assez grande inquiétude règne à l'Assemblée , qui n'est pas bien convaincue que sa décision de décharger le roi de toute responsabilité dans sa propre fuite réponde à l'attente publique. Aussi, en môme temps qu'elle décide l'envoi d'une adresse explicative aux Français ,

qu'elle mande le Département, la Municipalité, les Ministres, les six accusateurs publics des tribunaux de Paris, pour faire appel à leur vigilance et à leur fermeté, se montre-t-elle généralement alarmée des incidents du soir précédent aux Jacobins. Sur un

(mot d'ordre mis en circulation notamment par Barnave, Duport, Goupil de Préfeln, c'est-à-dire par ceux-là mêmes qui ont soutenu de leur pai'ole Iles conclusions des sept comités, et par La Fa- •yette, tous les députés appartenant à la Société sont invités à se rendre dans les bâtiments des Feuillants. Là, sous la présidence de Bouche, le président en cours d'exercice aux Jacobins , on expose que la société s'est mise en opposition directe avec des décrets rendus, qu'elle s'est écartée ainsi de l'objet que s'étaient proposé les députés ses fondateurs, qu'il faut la ramener à sa formation primitive , en se réunissant à la porte môme de l'Assemblée nationale pour préparer ses travaux. Cette proposition de rupture soulève quelques objections; elle est combattue formellement par Pétion. Mais des récriminations se produisent, môme de la part des députés défavorables au décret rendu; on se plaint que les députés ne soient plus traités avec autant d'égards dans la Société, qu'ils i n'aient môme pas toujours l'assurance d'obtenir la parole. Enfin, le rappel d'une proposition ironique lancée la veille à travers les débats produit un mouvement d'indignation qui emporte tout. La veille, en 1 effet, aux Jacobins, quand on allait, suivant l'usage, I procéder à un scrutin préparatoire pour désigner î des candidats à la présidence et au secrétariat de

l'Assemblée, on avait entendu cette saillie accueillie par des applaudissements : « Après le décret rendu ce matin, il faut porter l'abbé Maury » '. Un pareil outrage est ressenti par toute la réunion. Elle charge son bureau d'envoyer une adresse aux sociétés affiliées et adopte l'arrôté suivant :

« IjCS membres de l'Assemblée nationale fonda- » leurs et membres de la Société des Amis de la » Constitution, séante aux Jacobins, à Paris, ont » arrêté de transporter leurs séances dans un autre » lieu, et de les continuer dans la maison des » Feuillans, rue Saint-Honoré.

» A Paris, le 16 juillet 1791. »

Toute l'assistance se presse pour signer. Une infime minorité se récuse, comme Pétion, Buzot, Rœderer, CorroUer. (Il est assez malaisé de démêler si Robespierre a paru à cette séance.) En revanche, on trouve parmi les signataires des noms des plus inattendus, et qui d'ailleurs seront retirés à bref délai, comme ceux de Grégoire, de Vadier, de Gobel, de Dubois- Crancé, de Prieur (de la Marne). D'Orléans signe, avec ses amis Sillery et Voidel.

Le coup est dm- et semble, au premier moment, j difficile à parer. Les députés se prévalent, non-seule- i ment de l'autorité particulière qu'ils tiennent de leurs commettants , mais de leur priorité comme fondateurs. Sans eux le prestige de la Société parait

1. Il ne serait pas invraisemblable que ce mot eût été lancé par Danton. Voyez Aulard, la Société des Jacobins^ t. III, p. 16, et aussi p. 26, le compte rendu par Pétion de la séance de formation des^ Feuillants.

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bien compromis, surtout dans les départements où l'on ne connaît guère qu'eux. Ils ont dans les mains la liste de toutes les sociétés affiliées; ils envoient leurs communications sous le contre-seing de l'Assemblée, s'assurant par là une distribution régulière qui n'est pas toujours garantie aux écrits patriotes. Us ont fait de telle sorte que toute correspondance adressée, suivant l'usage, à la Société des Amis de jla Constitution, sans désignation de local, est remise aux Feuillants.

En présence de ces difficultés, la Société des Jacobins ne se livre à aucune démonstration violente ou arrogante, mais elle tient tôte avec vigilance. Elle envoie d'abord son adresse explicative, elle I aussi, aux sociétés affiliées ; elle fait appel aux dé- I pûtes patriotes qui ont laissé surprendre leur signa- I ture aux Feuillants. Elle se défend d'avoir manqué aux engagements que lui impose le titre d'amis de la Constitution '. Elle se défend non moins vivement

1. On ne peut se rendre assez compte du désordre produit par le

I schisme, si l'on n'observe que deux documents opposés, rédigés le même jour, l'adresse des Feuillants et un arrêté des Jacobins, portent les mômes signatures, celles de Bouche, président, Salles et Anthoine, secrétaires. H était de règle que les expéditions imprimées de tous les actes de la Société des Amis de la Constitution, arrêtés, adresses, extraits de procès-verbaux, fussent revêtues d'office des signatures des membres du bureau en exercice ; il en résulta à diverses époques des incidents et des échanges d'explications. Chacune des deux réunions, se prétendant la seule, vraie et authenticjue Société, s'attribuait le bureau élu. Bouche, qui avait pris nettement position aux Feuillants, protesta avec violence contre la présence de sa signature au bas de l'adresse des Jacobins. Salle, qui fit la navette un temps entre les deux sociétés ; Anthoine, qui revint presque aussitôt aux Jacobins et y prit l'attitude la plus décidée, se résignèrent à l'imbroglio qui les présentait comme signant le môme jour le pour et le contre. Au bas de l'adresse des Jacobins, figuraient encore quatre signatures de secrétaires que

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d'ôtre entrée en lutte avec la représentation. « Certainement, opine Camille Desmoulins, là où sont/ MM. Robespierre et Pétion, il n'y a pas de scis*^»'^" ' avec l'Assemblée nationale. » On envoie aux dép patriotes un pressant appel : « Frère et ami, rev( parmi nous, la voix de la patrie vous y appelle, térôt de ses enfants, que vous avez si bien sei vous y engage, et nos cœurs vous attendent. » prend en môme temps des précautions pour coi court à toutes les confusions. Les sociétés affll sont averties, si elles tiennent à éviter les mépri d'avoir soin de compléter l'adresse de leurs en en spécifiant bien : « A la Société des Amis d( Constitution, séante aux Jacobins, » Bientôt ap un arrêté supprime la condition imposée aux ciétés affiliées d'avoir pour garant un député de 1 département. De jour en jour, on peut dire d'he en heure, c'est du côté des Jacobins que se p nonce le courant, non-seulement de la faveur peuple de Paiis, ce qui était attendu, mais de l'a chement des sociétés affiliées. Aux Feuillants, reçoit si peu d'encouragements, qu'après avoir publier deux adhésions motivées, on renonce à fa môme mentionner les autres. La majorité des

Ton ne mentionnait pas aux Feuillants, parce qu'elles n'appa naient pas à des députés : celles de Choderlos, Dufourny, Reg neveu et Billecocq. De ces quatre personnages, l'un, Choder ci-devant de Laclos, après avoir joué un certain rôle dans les cidents qui causaient la rupture, lit savoir dans les papters put qu'il prenait le parti de rester étranger à l'une et à l'autre soci Dufourny et Régnier neveu demeuraient des adhérents inébr labiés des Jacobins ; Billecocq, au contraire, fut une des premif recrues extra-parlementaires des Feuillants, où ses tendances 1' pelaient à tous égards.

ponses reçues donne raison résolument aux Jacobins et condamne nettement la tentative de scission comme une intrigue funeste aux intérêts des patriotes; d'autres sociétés envoient des vœux pour la réunion.

Beaucoup de députés là-dessus ont fait leurs réflexions. A chaque séance des Jacobins on signale la réapparition d'un certain nombre d'entre eux. Il y en a qui ne sont venus que pour sonder le terrain et qu'on ne revoit plus. Les autres, au contraire, font leur rentrée avec entrain, sans cacher qu'ils sont penauds de l'aventure où ils se sont laissé entraîner. L'affaire du Champ-de-Mars a d'ailleurs tranché les situations ; les Feuillants ne sont plus une sorte d'expression de l'esprit de corps dans l'Assemblée ; ils ont une couleur. Les députés prononcés du côté gauche s'en éloignent. Barnave, devenu l'homme de la Cour, Barnave, l'ancien ami des noirs, qui règle avec l'esclavagiste Malouet dans les coulisses du comité colonial le scénario de comédies constitutionnelles où Le Chapelier, à qui le <cœur manque, renonce à jouer son rôle jusqu'au /^3out * ; La Fayette, qui n'est pas parvenu à dissiper -dans l'esprit du populaire le soupçon d'avoir favorisé l'évasion du roi; Bailly, devenu odieux à la masse des Parisiens depuis l'échauffourée du Champ de la Fédération, commandent là à la cohue des légistes lassés, des politiques déconcertés, des tribuns apprivoisés, de tous ceux que l'on s'accoutume à 'Considérer comme des renégats de la cause du

i. Mémoires de Malouet , publiés par son pctit-fils, t. II.

peuple, à tous les traînards de cette Assemblée qui a précipité sa décrépitude précoce et brisé avec l'avenir en interdisant à ses membres l'espoir d'une réélection. Bien qu'on y compte des hommes de trente ans et que Barnave ne les ait pas, l'imagination populaire se plaît à considérer la société où M. d'André carre son importance comme un sénat de centenaires, de petits vieux revenants de la Régence et c'est sans effort que vient le jeu de mots qui les appelle des feuilles mortes. Pendant que la nouvelle société se voit désavouée parles députéspatriotes dont la présence aurait pu faire hésiter l'opinion, elle perd ce caractère de réunion parlementaire à laquelle elle s'était efforcée de revenir;, elle est submergée par l'affluence de tous les réac- 1 teurs constitutionnels de la ville, officiers fayettistes \ de la garde nationale, membres du Département, ; officiers de la municipalité Bailly, électeurs des sections rétrogrades, gros marchands, financiers.

En réponse aux appels à la réunion que multi- i plient les Jacobins pour se conformer aux vœux J d'une partie de leurs correspondants, les Feuillants affectent l'extrême raideur. Tantôt ils ajournent parce qu'ils ne se trouvent pas assez en nombre pour délibérer sur un sujet aussi important , tantôt ils annoncent, comme une grande preuve de j condescendance, que les Jacobins peuvent se pré- i senter individuellement à la nouvelle Société. Les Jacobins proposent, eux, de recevoir sans nouveau scrutin tous les députés, quelques griefs qu'on puisse avoir contre tel ou tel d'entre eux ; mais ils repoussent la prétention de faire pénétrer à la suite

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sans examen « la horde » recrutée hâtivement aux Feuillants. Les négociations traînent et le fossé se creuse ; le schisme est consommé.

Ce n'est pas à dire pourtant que les noirs, les émigrés à l'intérieur, les suivants de Cazalès et de l'abbé Maury, fassent bonne mine à ces protecteurs tardifs de la monarchie. Ils s'expriment ainsi au moment môme de la scission :

Pour arranger les Jacobins Et les Feuillans, autres gredins, Messieurs, quels moyens sont les vôtres? — Du canon pour les uns, du bâton pour les autres *.

Ces épigrammes délicates se prolongent, toujours à peu près dans le même ton, et lors môme que la Société des Feuillants arrive à la décomposition, les mômes faiseurs de quatrains reprennent encore :

Des Feuillans jusqu'aux Jacobins, Sans doute, il est quelque distance ; On doit donner la préférence Aux voleurs sur les assassins*.

Et l'imagination des dessinateurs du parti aime à se représenter feuillant et jacobin se débattant à deux potances parallèles 3.

La Société des Feuillants est frappée d'un étiolement irrémédiable à partir de l'entrée en scène de l'Assemblée législative ; ejle ne compte parmi les nouveaux députés qu'un petit nombre des siens, qui

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