‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 61 sur 115 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les questions d'éducation publique ont vivement préoccupé l'Assemblée constituante. Elles passent presque au premier rang dans les travaux de la Législative. Les plans d'ensemble abondent, aussi bien que les projets de créations nouvelles ou de réformes à apporter dans les établissements existants. Les travaux qui se poursuivent dans les comités n'ont pas encore donné de résultats tangibles.

Les étudiants sont encore répartis entre les Facultés des arts dans les mômes conditions qu'avant la Révolution. Les écoles de théologie sont toujours place de la Sorbonne ; les écoles de droit, c'est ainsi qu'on s'exprime, dans le bâtiment édifié en 1771 en face de la nouvelle église Sainte-Geneviève ; le« écoles de médecine, rue Saint-Jean-de-Beauvais , ont conservé leur amphithéâtre dans un ancien bâtiment de la rue de la Bûcherie, presque à l'angle de la rue des Rats; les écoles de chirurgie sont plus brillamment installées dans leur élégant bâtiment en face du grand couvent des Cordeliers. Le collège de pharmacie fait des cours de chimie et d'histoire

i62 LA VIE A PARIS (1791-1792)

naturelle dans son vieux local de la rue de l'Arbalète, près de la rue Mouffetard. L'école des mines, attenant à l'hôtel des Monnaies, en outre des leçons données le matin aux élèves qui y ont été régulièrement admis, a des cours ouverts au public ; un de ces cours au moins, celui de chimie métallurgique professé par Sage, a de nombreux auditeurs. Aucune modification notable n'est survenue dans l'enseignement de ces divers établissements, tous consacrés à de véritables préparations professionnelles. Il n'y aurait pas une innovation à noter si aux écoles de droit, à partir du commencement de 1792, on ne commençait, par application d'un décret de l'Assemblée, à expliquer et commenter la Constitution.

Le haut enseignement des lettres et des sciences n'a d'asile officiel qu'au Collège de France. Le cours d'astronomie de Lalande y est très suivi. Un nouveau professeur de grec, Gail, est beaucoup plus goûté que son prédécesseur, l'endormant Bosquillon. Le professeur de littérature française, l'abbé Cournand, « tout à la fois prêtre, poète, grenadier et marié * », égaie les étudiants par ses dissertations amphigouriques et ses digressions sans fin : on lui fait des succès où il entre un peu de mystification. Le cours favori, celui qui va aux nues, c'est le cours de poésie de l'abbé Delille, et les jours où il condescend à dire quelque fragment inédit de son poème de V Imagination, auquel il travaille depuis plusieurs années, sont des jours de fête.

Mais il est un établissement qui, pour n'avoir ni

Page 1