‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 68 sur 115 · Feuille du jour ^ 2 mars · texte numérisé non relu

Feuille du jour ^ 2 mars

2. Les trois auteuis de ces violences : Devitre, Cochard et Des-

par des libations antérieures, car ils n'ont pris à eux trois que pour quarante -cinq sols de cidre et d'oranges.

Dans le voisinage, un autre établissement semblable fait aussi entendre de la musique aux buveurs : c'est le café de la Grotte d'Herculanum où, un soir de février, le député Basire, trois de ses amis et la demoiselle Théroigne sont en butte aux impertinences d'une société de jeunes merveilleux et sont obligés ensuite de retenir des démocrates accourus pour leur prêter au besoin main-forte.

Le point lumineux du jardin, c'est le café de Foy. C'est un fonds vieux de 40 ans environ, et qui prospérait, rue Richelieu, tout près de là, quand le duc de Chartres s'est avisé d'entreprendre ses nouvelles galeries et de les mettre en vente, à raison de 50,000 livres par arcade. Le sieur Jousserand, successeur de Deslandes, en a retenu huit pour la somme de 300,000 livres, à la condition de choisir. Il a eu, à ce prix, pavillon en avant, avec salon des échecs au premier étage pour tenir tête au café de la Régence, privilège d'établir des chaises et des tables dans le jardin *. C'est de là qu'est partie la révolution parisienne; c'est là que, juché sur une table, brandissant un pistolet, s'improvisant une cocarde d'une feuille de marronnier, Camille Desmoulins a rué Paris sur les glacis de la Bastille. C'est là qu'au début de

brosses furent condamnés le 15 avril à avoir la tôte tranchée. L'audience fit grande impression, car c'était la première affaire capitale soumise au juré (jury) de jugement.

1. Ce privilège ne concernait qu'un certain périmètre ou bien il vait été restreint par des conventions ultérieures, puisqu'il n'avait is empêché la concession du café de la Tente patriotique.

LES CAFES, RESTAURANTS, CÈfiCLÈS, ETC. 170

septembre 1789, le marquis de Saint-Huruge, prôchant l'expédition sur Versailles qui doit se réaliser un mois plus tard, se fait cueillir par sept cents hommes de milice bourgeoise qui ont investi la maison. Jousserand n'est pas homme à redouter le bruit. Il augmente le prix de ses consommations ; ce sont alors les amis des émigrés qui s'installent chez lui, tenant chacun deux chaises, l'une pour s'asseoir et l'autre pour mettre ses pieds. On se plaît à monter chaque jour au belvédère du pavillon pour voir si l'armée de Goblentz n'approche pas ; on gémit comme sœur Anne ; les promeneurs patriotes que ce manège exaspère entrent et proposent la santé de la nation : on les conspue ; ils brandissent contre les cannes à dard des gourdins sans dard, mais qui travaillent à la façon de frère Jean des Entommeures et voilà quatre habitués éclopés sérieusement. Une autre fois, les patriotes flxent au-dessus du comptoir un bonnet rouge et en rendent Jousserand responsable sur sa tète. C'est compris ; mais les habitués, qui ne veulent pas sa mort, se rattrapent sur les détails. Un d'eux se place devant la lanterne et, frappant de son gourdin sur une table, crie : « Philippe I Philippe ! » Il regarde avec insistance du côté du palais, et justement tous les journaux sont remplis des arrangements de « M. Louis- Philippe-Joseph, prince français », avec ses créanciers. Les passants s arrêtent. Oh ! dit froidement l'aristocrate, ce n'est pas ce grand maraud, le maître du palais que j'appelle ; c'est Philippe, garçon de ce café*. Un autre jour, l'auteur des Annales patrio-

1. Correspondance ««cr^^e publiée par M. de Lescure^ t. H, p. 5334

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tiques, Carra, a été vu dans la matinée lisant les feuilles à l'intérieur du pavillon, et les journaux aristocrates ne tarissent pas sur une pareille effronterie; ils ne dissimulent pas leur regret qu'il soit sorti intact du café. Il arrive encore de temps en temps, après quelque échauffourée que les patriotes restent quelques jours maîtres du champ de bataille ; c'est ce qui vient d'arriver quand, le 4 décembre 1791, une députation du café de Foy se rend au club des Jacobins et est invité à assister à la séance.

Dans la môme galerie de Monlpensier, en retournant vers les galeries de bois et le théâtre, on rencontre encore le café Corazza, qui est, dans ces parages, le lieu de réunion préféré des Jacobins.

Si l'on va du Palais-Royal à l'Assemblée, on passe, dans la rue Saint-Honoré, devant le café Dauphin, tenu par Maroteau, chasseur volontaire du bataillon de Saint-Roch, devant le café Marchand, qui se ressent de la proximité du club des Jacobins et où l'on se livre parfois à l'auto-da-fé en grande pompe d'un journal anti-patriote. Dans l'enceinte même de l'Assemblée, derrière les Capucins, près de l'entrée du manège, les aristocrates et les feuillants attendent le passage des députés au café Saule, et les Jacobins au café Payen. Du côté des Tuileries, au café Hottot, sur la terrasse des Feuillants, c'est un va-et-vient tumultueux de membres du grand club ou de simples habitués de ses tribunes, d'orateurs enflammés des sections ou des sociétés fraternelles, qui, tantôt ^ôtent l'oreille aux échos de l'Assemblée, tantôt

';ent des regards scrutateurs du côté du château; )t là que se glissent silencieusement les émissaires

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du parti de la Cour quand ils veulent récolter, pour les faire reproduire dans leurs papiers, des propos audacieux des « jacoquins » ou des « républicomanes ». Ces faux frères se gardent bien de laisser voir en ce lieu le moindre emblème contre-révolutionnaire, qui les ferait mettre immanquablement à la porte par les habitués soulevés ; ils y arborent au contraire très ostensiblement la cocarde nationale. Pendant le deuil de cour occasionné par la mort de l'empereur Léopold d'Autriche, un officier de la garde nationale, nommé Le Laboureur, qui vient d'être de service au château, s'avise de se montrer au café Hottot avec un crôpe au bras. On le force à déguerpir, et, « pour contraster avec ces officiers de cour» », les citoyens-soldats qui fréquentent la terrasse des Feuillants décident de porter les jours suivants un brassard tricolore.

Bien d'autres cafés sont épars dans la ville. Rue des Petits- Champs, le vieux café de la Marine, devenu patriote, a vu s'élever la concurrence du café du Grand-Amiral, où les noirs font rage. Rue Jean- Jacques-Rousseau, ci-devant Plâtrière, le nouveau café, tenu par M. Rousseau, fait signer une pétition concernant les honneurs funèbres à rendre à l'auteur d'Emile, Le café des Prêcheurs, rue Saint-Denis, est connu comme un rendez -vous de patriotisme*. Autour de l'Hôtel de Ville prospèrent le café de la Ville, tenu par Buteux, place de Grève, le café de La Fayette, rue des Mauvais-Garçons, le café de Malte, place Baudoyer, en face de la rue des Barres-

1. Journal des Décrété pour les hahitans des campagnes^ mars 1792.

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