‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 69 sur 115 · ISAMBERT. Il · texte numérisé non relu

ISAMBERT. Il

Saint-Gervais. Les députations du faubourg Saint- Antoine qui se rendent auprès de la municipalité ou à rEvôché pour se faire entendre de TAssemblée des électeurs font volontiers un arrêt au coin du quai des Ormes et de la rue des Nonains d'Hyères, au café du Commerce, chez Martin, qui a hérité de la renommée de son prédécesseur, Bouquillard, pour le bon cassis. Près du Palais de Justice, rue Saint-Louis, le café de la Civette est aussi hanté par de chauds patriotes.

Le café de Choiseul, tenu par Chrétien, en face du Théâtre-Italien, est un foyer de civisme. Au passage Feydeau, rue des Filles - Sain t-Thomas , prospère le café Chéron. Porte Saint- Denis, de pacifiques artistes se réunisseat au café de Flore, où l'on vend le Serment civique du village de N..., gravé par M. Genisson , d'après le dessin colorié de M. Rozier; les politiques du quartier préfèrent le café du Bataillon, à rentrée du faubourg, à moins qu'ils n'aillent fraterniser à la rotonde du Temple, où le café Hollandais tient tête, sans trop de dommage, à un voisin de fraîche éclosion, le café de la Liberté française. Boulevard Saint-Martin, le café de l'Opéra invite au repos avant d'arriver à la série des cafés du boulevard du Temple : le café Godet, le café des Arts, le café Yon, le café Turc, moitié cabarets de guinguette, moitié théâtres d'enfants sans souci, où des comédiens sans emploi chantent des duos, jouent de petites pièces, où l'on accorde la soirée à un escamoteur ou à un chansonnier patriote, véritables avant-coureurs du moderne café-concert.

Les amateurs de lecture, s'ils sont sobres et

redoutent le bruit, ont la ressource des cabinets littéraires. Le plus renommé est celui du sieur Quillau , rue Christine. Celui de M"* Vaufleury, fondé en 1786 dans un des pavillons du Palais-Royal, près du bassin, est moins riche en livres, mais fort apprécié pour le soin avec lequel on y a recueilli, depuis la fondation , les journaux , les feuilles volantes. M"™** Vaufleury fait valoir l'attrait de cette collection au printemps de 1792 pour vendre son fonds* et M'"^ Uzelles lui succède à quelque temps de là. Une concurrence directe est élevée dans un autre pavillon par le Club littéraire et politique de M. Girardin, qui vend, en outre, de bons ouvrages d'occasion. Le cabinet littéraire du boulevard du Temple, près de la rue de Xaintonge, qui fait aussi collection de journaux et de décrets, donne une attention particulière à tout ce qui concerne l'art dramatique. Enfin, au moment du triomphe de Voltaire, le sieur Bertrand était occupé de créer un nouveau salon de lecture, rue et hôtel de l'Ancienne Comédie, au premier, vis-à-vis le café Procope. Après en avoir annoncé à diverses dates l'ouverture sans s'être trouvé en mesure de remplir sa promesse, il s'adjoint le sieur Maillard, homme de loi, et l'on peut lire enfin, dans rAmi du Roi par les continuateurs de Fréron, que le salon de Voltaire donne à lire depuis le 1«^ décembre toutes les gazettes de Paris et de l'étranger. Le prix de la séance est de six sols.

Des boutiques de libraires et de marchands

!• Journal de Paris du 16 marSé

d'estampes sont chaque jour le lieu de rendez-vous d'une société d'habitués. Il ne sort plus autant de bruit de l'antre de Gattey, que des démêlés antérieurs avec la police ont rendu prudent; mais, par exemple, on signale que « la boutique du sieur Petit, libraire au Palais-Royal sous la deuxième galerie de bois, à droite en entrant, continue d'être le lieu des séances de tous les chevaliers de Saint- Louis et autres officiers aristocrates *. » C'est chez le libraire Crapart, place Saint-Michel, que se tient « le tripot du fanatisme », c'est-à-dire le rendezvous du clergé insermenté et de ses afûdés*. Au printemps de 1792, il transporte son officine aux galeries du Louvre, guichet de Marigny.

Les restaurants sont d'invention moins ancienne encore que les cafés et n'ont pas encore pris le même développement. Les étrangers, les citoyens des départements que les événements ou le goût des plaisirs ont appelés à Paris et y retiennent, la plupart des députés, logent à l'hôtel et y prennent aussi leurs repas. Beaucoup de vieux Parisiens, même parmi ceux qui ne mènent pas la vie de famille, ont leur couvert mis chez un ami presque chaque jour de la semaine, sauf à rendre aussi toutes les politesses à jour fixe; le célibataire même arrange d'ordinaire ses repas dans son logement en s'y faisant monter les mets chauds et les friandises par le traiteur le plus voisin. Mais, à mesure que la vie devient plus agitée, plus errante, plus extérieure, on devient plus sensible à la commodité de dîner ou de souper

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