Thermomètre du jour^ 24 septembre
2, 7rf., 6 décembre 1791.
loin de chez soi si les circonstances le veulent, de se donner rendez-vous à portée du spectacle, du club, de rimprimerie où l'on a affaire ensemble. Les commerçants les plus divers, grâce à la liberté des professions, s'ingénient à satisfaire ces mœurs nouvelles. Les limonadiers voisins des théâtres ont des salons pour les spectateurs qui veulent souper au sortir de la représentation. C'est un caprice assez commun surtout au Palais-Royal ; aussi, les frères Véry, au café de Chartres, retiennent-ils quelquesuns des clients de la Montansier, pendant qu'à l'autre bout de la galerie Montpensier, on va chez Corazza en sortant d'une tragédie de Chénier ou de Ducis. Nombre d'hôteliers ne se bornent plus à faire la cuisine pour les voyageurs ou les pensionnaires qu'ils hébergent ; ils s'efforcent d'attirer à leur table d'hôte des dîneurs de passage. Un coiffeur des environs de la porte Saint-Denis, Comtois d'origine, fait savoir qu'il a réussi à donner, pour un prix modique, d'excellents déjeuners, dont les gaudes font l'attrait principal. Chez les grands marchands d'huîtres de la rue Montorgueil, au Rocher de Cancale, aux Trois-Maures, à l'hôtel Montmorency, les amateurs peuvent non seulement déguster sur place, mais déjeuner à la fourchette.
Les renommées spéciales de vrais restaurateurs sont celles de Beauvilliers, qui tient trois arcades au milieu de la galerie de Valois et qui reçoit surtout des aristocrates et des monarchiens, la i»ôme clientèle à peu près que le café de Valois ; de Mafs, un peu plus étroitement logé dans la galerie Montpensier, qui servait les dîners évangéliques des rédac-
teurs des Actes des Apôtres et qui avait dû surtout sa notoriété à Mirabeau le jeune et à ses exploits gargantuesques; d'Hamilie, dont les fourneaux flambent à l'hôtel Royal, place du Palais-Royal; de Vénua» qui, depuis le commencement de la Révolution, s'est acquis rue de Richelieu, à Thôtel des Etats- Généraux, une renommée culinaire destinée à s'accroître encore au jardin des Feuillants. Le confiseur-glacier italien Velloni s'est attiré, place des Victoires, une clientèle raffinée comme restaurateur ; peu de semaines avant de mourir, Mirabeau s'est vu reprocher vivement par Camille Desmoulins d'avoir soupe avec Talleyrand dans un cabinet chez Velloni, où La Fayette était venu les rejoindre au dessert * ; mais, en avril 1792, Velloni, près d'emménager hôtel de Marigny, place du Louvre, « voulant renoncer entièrement à un genre d'établissement qui, dans le principe, ne fut pas le sien, a l'honneur de prévenir le public qu'à dater du 15 du présent, il ne se chargera plus d'aucune espèce de repas de société chez lui * ». Gence, me Neuve-Saint-Marc, qui dispose de vastes locaux et maintient des prix raisonnables, a des habitués patriotes et ressent l'heureux contre-coup des succès des Italiens et du théâtre Feydeau. Girardin, aux Jacobins de la rue Saint-Honoré, dans le cloître à droite, a des salons de trente, quarante et même un de trois cents personnes et plusieurs chambres particulières, avec jouissance d'un grand jardin très agréable ; il entre-
1. Révolvtions de France et de Brahant^ n» 67, article reproduit dans Aulard, Société des Jacobins, t. II, p. 109.