‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 72 sur 115 · Id., 26 mai · texte numérisé non relu

Id., 26 mai

manger par destination, est ornée de marbre et aussi de stuc : des jeunes filles portant des corbeilles de fleurs imitant le bronze y forment cariatides ; le plafond, peint par Lagrenée le jeune, représente Hébé versant le nectar à Jupiter. De cette pièce, richement sculptée et dorée, on passe à un salon percé de trois arcades répétées en face par des glaces ; il y a des glaces dans tous les intervalles entre les portes; le plafond, peint par Noël Coypel, a été conservé dans la décoration de cette pièce où les bas-reliefs, la sculpture et la dorure n'ont point été ménagés. Dans la ci-devant chambre à coucher, le plafond, peint par Durameau, représente le lever de TAurore ; les dessus de portes sont des bas-reliefs de Pajou, et sur les panneaux des portes sont des figures peintes par Monnet. Enfin, l'ancien boudoir, tout en arabesques peintes d'après les dessins de Tarchitecte de Wailly, est devenu naturellement le salon mystérieux et légendaire où l'on dîne à l'orientale, où les parfums s'échappent en petits filets nuageux des cassolettes, et où « l'avare n'entre jamais ». Il suffit de lire les descriptions données un peu auparavant à l'usage des visiteurs de l'hôtel de la Chancellerie d'Orléans pour se figurer le local désigné d'un restaurant de premier rang*. On est surtout sûr d'être soigné si l'on s'est mis dans les bonnes grâces du premier garçon, Jacques Narbonne. Aussi le vieil observateur de Paris, Mercier, s'écrie-t-il : « La meilleure chère ailleurs ne vaut pas un dîner de chez Méot, chaud, prompt, bien fait; on choisit

1. Thiéry, Cf^utde des amateurs et des étrangers voyageurs à Pans^ t. I-, p. 288.

ses mets sur une liste de cent plats, liste imprimée avec rimportance la plus soignée ; beau salon doré, sculpté, théâtral ; pyramides de beaux fruits ; odeur succulente qui se répand à la ronde, et qui vous donnerait de l'appétit, si vous n'en aviez pas. C'est là qu'on dîne en homme heureux, mais le dîner coûte fort cher*. » On dénonce au patriote Corsas un dîner, dans lequel figuraient plusieurs députés et qui n'est pas monté à moins de 10 livres 10 sols par tète ».

Quelques mois après, le 1«^ janvier 1792, le sieur Savard ouvre, avec plus de fracas peut-être, au Palais-Royal, galerie des Variétés, une « maison de restaurateur où on trouvera tout ce qu'on peut désirer dans le grand genre », avec un très beau salon et plusieurs pièces pour des sociétés particulières, ayant vue sur le jardin ; chez lui aussi, on trouve tous les vins de première qualité ; mais son succès n'arrive pas à balancer celui de Méot.

Les heures bourgeoises des repas sont : neuf heures du matin pour le déjeuner, une heure et demie ou deux heures pour le dîner, neuf heures du soir pour le souper ; mais les hommes de plaisir et les gens affairés retardent d'une heure au moins chacun de ces repas.

Les graves personnages qui redoutent la familiarité des cafés et autres lieux publics ont toutes les ressources imaginables pour lire les gazettes et pour jouer les jeux de société, à l'exclusion des jeux de

1. Le Nouveau Parte , t. IV, p. 227. Cf. le môme ouvrage, t. ni, pp. 109 et suivantes.

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