‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 73 sur 115 · Courrier des 8$ départements, octobre · texte numérisé non relu

Courrier des 8$ départements, octobre

hasard, du moins on le dit, dans les salons ou elubs, où Ton n'est admis que sur présentations. De ceux qui avaient été fondés avant la Révolution dans les bâtiments neufs du Palais-Royal, un instant fermés au début de 1789 par mesure générale, l'un, qui s'appelait tout simplement le Club, où l'on n'était admis que par un vote unanime et qui se piquait d'être le premier et le seul de son espèce à se maintenir, sans les ressources du jeu, n'a jamais reparu. Le Salon des Arts, dont le local, situé au-dessus du café dû Caveau, a son entrée par la rue de Beaujolais, n'a pas rempli tout le programme d'expositions, de concerts, de lectures qu'il s'était tracé ; il a restreint son logement, et n'est plus guère qu'une dépendance réservée du café ; il en est de môme du Club ou Salon des Echecs, situé au premier étage au-dessus du café de Foy, du club des Arcades, au-dessus de Corazza, et le club national, administré par la veuve Chaligny dans la galerie de Valois au-dessus de l'hôtel Montpensier, n'a guère plus d'importance. En revanche, il s'est établi dès l'année 1789, sous le patronage direct du duc d'Orléans, un grand cercle appelé le Club de Valois, où toutes les opinions devaient se rencontrer, où pourtant le train de vie même qui y règne fait prévaloir de plus en plus l'élément aristocratique. On y trouve salle à manger, salons de réception, salon de lecture fourni des principaux papiers publics et d'une bibliothèque ; on y joue aux échecs, aux dames, au trictrac, au billard et aux jeux de cartes réputés de société. Le Salon ou Club des Etrangers, transféré, en novembre 1791, de la rue du Mail à la rue Saint - Thomas-

du-Louvre, n'est accessible aux Parisiens qu'après réception au scrutin, mais il offre aux nouveaux arrivants la facilité d'obtenir, sur caution de personnes connues, l'admission pour un temps avant d'être soumis à un ballottage; les dames y ont accès deux fois par semaine, pour une réunion de musique et une réunion de danse * ; assemblée de dilettantes, sans aucune couleur politique au début, il a été pris pour lieu d'asile par les débris de l'ancien Club monarchique fondé aux Capucins- Saint-Honoré et dissous après une vie errante et cahotée. Le Salon des Italiens, ayant vue sur le boulevard et adossé au Théâtre-Italien, qui n'a pas davantage le caractère d'une société politique, passe de plus en plus pour un foyer de contre-révolution. Le ci-devant noble disparaît à peu près à la Société commerciale, rue Basse-Porte-Saint-Denis, où l'on jouit à la fois de la vue du boulevard, de celle de la campagne et d'un jardin spacieux : les discussions et les délibérations sur les affaires politiques n'y sont point permises, les jeux de hasard et ceux qui y ont rapport en sont absolument exclus. Les cotisations sont communément de 72 livres par an; celle du Salon des Italiens monte à 120 livres.

Les formalités d'admission deviennent de moins en moins rigoureuses et surtout il n'est plus question sérieusement de l'exclusion des jeux de hasard, dans un certain nombre de réunions qui ne sont que des maisons de jeu décorées d'une enseigne décente. C'est le cas d'un prétendu Club de la Liberté

U Général Thiébault, Mémoires ^ t. T, p. 166»

ouvert à Tarcade 137 du Palais-Royal, au-dessus de Fhôtel de la Reine, et dans la même galerie de Valois, au numéro 445, du Club Polonais, « à la tête duquel sont deux ci-devant gentilshommes qui, en cinq semaines, ont gagné plus de 500,000 francs, outre des frais immenses *. »

Le foisonnement du jeu est le grand tourment des administrateurs, que Ton objurgue de toutes parts sur leur impuissance à en arrêter le scandale. Dans toutes les galeries du Palais-Royal, on distribue des cartes d'entrée pour tripots, intitulées billets de société^. « Pourquoi n'empôche-t-on pas, s'écrie Audouin, ces engloutisseurs des fortunes de provoquer surtout les jeunes gens nouvellement débarqués à monter dans ces cavernes, dans ces repaires du jeu, et de distribuer aux passants des cartes assassines, en leur disant eu l'oreille : Brillante société, monsieur, au premier, société très bien composée. Ce qui signifie véritablement : Allez vous faire égorger 3. » Chaque tripot a ainsi ses « marcheurs » pour souffler la tentation au pied de l'escalier; ceux d'une certaine importance entretiennent en outre des embaucheurs, d'anciens gardes du corps, souvent des chevaliers de Saint-Louis qui racolent des victimes dans les tables d'hôte, les cafés, ou en liant conversation devant les étalages, à la sortie des spectacles. L'hôtel Radziwill est périodiquement dénoncé comme un coupe-gorge. On y compte, afflrme-t-on « plus de quarante tripots remplis de

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