Thermomètre du
LES CAFÉS, RESTAURANTS, CERCLES, ETC. 19b
nîstration, les exploiteurs du grand tripot Radziwill passent en jugement, le M décembre; le sieur Simon Péchard, maître du biribi, est condamné à 3,000 livres d'amende; Buisson, garçon du dit jeu, à 300 livres et le sieur Guirault de Taleyrac, ci-devant juge du point d'honneur, propriétaire de la maison, attendu 1^ récidive, à 10,000 livres*. On fait observer, d'ailleurs, de toutes parts, que ces peines purement pécuniaires ne sont pas sérieusement décourageantes pour les gros croupiers qui font de brillantes affaires, et qui sont d'ailleurs peu sensibles à la déconsidération. La police donne alors un coup de filet dans un grand tripot voisin du perron ; un jugement du 18 janvier condamne les personnages associés pour l'exploitation de cette industrie, les sieurs Malmazet, Dithurbide, Boscal, chacun à six mois de Bicêtre, et la demoiselle Moza à six mois de la Salpétrière, sans préjudice des amendes ; une dame Beffroy, qui donnait à jouer rue des Bons-Enfants, est, dans la môme audience, condamnée à trois mois. Cet acte de vigueur est applaudi de tous côtés; quelques journaux n'en parlent pas; au moins, tous ceux qui en parlent approuvent-ils hautement. On a alors une grosse surprise ; Camille Desmoulins, que son camarade le royaliste Richer de Serizy a réussi à intéresser à la cause du sieur Dithurbide, et à celle de la dame Beffroy, fait placarder une protestation portant ce titre en gros caractères : Violation de la loi. Le scandale est vif; les feuilles rétrogrades le soulignent
1» Thtrmomètre du jour»
railleusement ; les journaux patriotes tancent Camille comme un écolier étourdi, le conjurent de revenir à lui, objectant tout au moins que les consultations d'intérêt privé ne se délivrent pas sur les murs, et demandent à faire Foubli sur cette incartade. Est-ce Camille qui s'entête, ou ne sont-ce pas plutôt les croupiers qui veulent tirer tout le parti possible de cette défense inespérée ? Toujours est-il que les malencontreux placards se multiplient et qu'à la place d'un exemplaire déchiré ou maculé, il en reparaît deux ou trois tout frais sortant de l'imprimerie. Cela prend une tournure de plus en plus choquante, et les remontrances deviennent plus sévères. L'ancien procureur de la lanterne, ne rencontrant que blâme et désaveu de toutes parts, invite le Patriote français à reproduire le texte de son affiche. Girey-Dupré, à qui Brissot, depuis son élection comme député de Paris, a transmis la direction du journal, tout en en demeurant le propriétaire, se «refuse catégoriquement à cette insertion, puis, dans un article signé, il déduit, en termes froids et dédaigneux, les raisons de son refus. Camille songe à venger sa déconvenue ^en reprenant les accusations des Morande et des Esménard, et telle est la genèse de son Brissot démasqué.
En attendant, l'affiche est loin d'avoir rendu, soit l'opinion publique, soit les tribunaux, plus tendres aux croupiers. Elle n'empêche pas les condamnations à la prison et à l'amende du sieur Chapottin, paulmier, au Palais-Royal, près du perron ; du sieur Desvertus, maître paulmier, rue Mazarine; du sieur
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Vatinelle. Les officiers de la police sont quelquefois obligés d'entrer en lutte avec les souteneurs payés des tripots, « connus sous le nom d'arsouilles * ». Dans la nuit du 31 janvier au l®"^ février, Pétion en personne, accompagné d'administrateurs, d'un commissaire et d'un détachement de force publique, fait une expédition contre les maisons de jeu du Palais- Royal et préside à l'arrestation de trente-cinq personnes. Les condamnations continuent à pleuvoir sur des croupiers ou des banquiers de trente-et-un du boulevard Saint-Denis ou du Palais-Royal. On rend justice, même dans des journaux hostiles, comme la Feuille dujoui\ à l'activité du maire. La voie publique au moins est débarrassée, et les maisons que tout le monde désignait et qui opéraient avec le plus de publicité et d'impudence sont fermées ; mais le mal n'est pas guéri dans sa racine : il couve.