Journal de Paris, 29 janvier
devait débuter deux ans plus tard sur les mêmes planches dans les rôles d'enfant, mais d'une sœur aînée.
Le répertoire du Théâtre-Italien était encore plus convoité, et il est des pièces, comme la Servante maîtresse, V Épreuve villageoisey Tom Jones, les Deux chasseurs et la laitière, que se disputent deux ou trois théâtres le même soir. Tous ces opérascomiques sont joués avec des paroles françaises, comme au Théâtre-Italien, car il n'est qu'un théâtre qui ait une troupe italienne^ c'est Feydeau, où font courir la Cosa rara, de Martini, et la Pazza d'amore, de Paësiello, jouées par une élite de chanteurs à la tête desquels on cite Mandini, Rovedino, Viganoni, M"®« Baletti et Morichelli, ce qui n'empêche pas la troupe française, avec Martin, Gaveaux, ]yime Verteuil, M"* Parisot, de tenir tête honorablement à Michu, à Chenard, à M'^^» Saint-Aubin et Dugazon, à M"«^ Carline et Rose Renault, les chanteurs à succès du Théâtre-Italien, auxquels s'ajoute Elleviou, reçu en avril 1792; et, quand les deux théâtres, devenus presque voisins, entrent en rivalité directe en tirant chacun une Lodoïska du « joli roman de Faublas », on s'accorde à juger que le Théâtre-Italien l'emporte pour la pièce, et qu'en revanche la musique de Feydeau, due au jeune Chérubini, l'emporte sur celle de Kreutzer; mais, pour l'interprétation, on ne sait à qui donner la palme et tout le monde veut comparer.
L'affluence et la diversité des spectacles sont surtout dans la partie populaire de la promenade des boulevards. Cela commence à la porte Saint-
Martin, où sont groupés l'Opéra et deri'ière lui, dans la rue de Bondy, le Vauxhall, dont tous les spectacles, peu littéraires, se terminent par un feu d'artifice, puis, dans l'ancienne salle des Variétés-Amusantes, le Théâtre français, comique et lyrique, qui tient un succès inépuisable avec l'opéra-folie du cousin Jacques, Nicodème dans la lune, et qui en corrige le modérantisme en lui donnant pour lendemains la Bastille, Y Artiste patriote ou la Vente des biens nationaux, le Curé amoureux^ les Vœux forcés, ou tout bonnement Tartuffe, Le boulevard du Temple aligne, séparés seulement par des cafés rustiques, les Délassements-Comiques, la salle située en face de la rue Chariot, où les représentations du Lycée dramatique s'éclipsent en octobre 1791, et qui, mise en vente un peu plus tard sous le nom de Variétés-Dramatiques* finira par ressusciter une fois de plus le nom de Variétés -Amusantes aux mains du sieur Lazzari ; TAmbigu, la Gaîté ou les Grands- Danseurs, le théâtre patriotique du sieur Salle, qui finira beaucoup plus tard sous le nom de théâtre de M'"^ Saqui*, le cabinet de figures de cire de Curtius, répétition de celui du Palais -Royal, et encore trois ou quatre établissements de marionnettes ou de sauteurs ; un peu partout on fait la parade ou, tout au moins, l'annonce au public. Tout à côté, à l'entrée du faubourg du Temple, se trouve le cirque Astley, que l'on commence à appeler le cirque Franconi, car la famille Astley
1. En Tertu d'un jugement du Tribunal du 4* Arrondissement (Annonces du Journal de Paris du 27 juin et du 6 juillet 1792).