‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 80 sur 115 · Brazier, Chroniques des Petits Théâtres de Paris · texte numérisé non relu

Brazier, Chroniques des Petits Théâtres de Paris

est retournée à Londres, où elle a une grande entreprise, et, au mois d'avril, les journaux ont annoncé l'arrivée de M. Franconi écuyer, citoyen de Lyon, avec ses enfants, ses élèves et trente chevaux. Il a commencé le 14 ses exercices dans l'amphithéâtre Astley et obtenu un succès d'enthousiasme, grâce à ses chevaux dressés de manière à causer la plus agréable surprise aux plus grands connaisseurs de l'art de la cavalerie, aux représentations d'une bataille militaire et de la mort du général Malboroug, et surtout au chef-d'œuvre du sieur Franconi, « qui paraît au milieu du manège sur un superbe cheval dans un feu d'artifice des plus ardents. »

En septembre, le roi ayant accepté la Constitution et le peuple de Paris s'avisant que la Constitution avait commencé par accepter le roi, une détente sensible s'est produite dans l'esprit public à l'égard de la famille royale. La plupart des théâtres successivement donnent des gratis pour fêter l'événement. Les comédiens de la Nation choisissent Gaston et Bayard et la Pai^tie de chasse de Henri IV \ dans cette dernière pièce, Dazincourt introduit dans son rôle de Lucas, sur un air qui court les rues depuis quatre ans, des couplets assez imprudemment provocants , et si ouvertement de circonstance qu'Henri IV s'y trouve défini « bon époux ».

Net' bon roi n'a voulu que Tbien, Ces chiens dligueux n'en disent rien,

C'est ce qui me désole.

Pour tant de maux qu'il a soufferts, Nos cœurs, nos bras l'y sont ouverts

J'sis sûr que ça l'console.

On est tout à la joie, et il est d'observation de tous les temps qu'un public de représentation gratuite n'est jamais bien récalcitrant; la petite manifestation de Dazin court passe donc un peu mieux que sans encombre. L'Opéra, pour son gratis, donne Castor et Pollux, avec de la musique nouvelle de M. Candeille substituée à celle de Rameau ; des claqueurs embrigadés et stylés y découvrent et y soulignent des allusions monarchistes. Après cette préparation, on décide la famille royale à se montrer aux spectacles, et en effet, le roi, le « prince royal* » et leur famille se rendent à la 19® représentation de Castor et Polliix ; ils sont acclamés sur le boulevard et à leur entrée ; mais cela ne saurait suffire au zèle des « noirs ». Ils commencent par faire substituer à l'ouverlure de l'opéra affiché le quatuor : Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? Mais le moment épié est celui où Lays-PoUux chante à Castor: o Règne, règne sur un peuple fidèle ». On peut donner ici la parole à un témoin qui n'est pas un jacobin : « Les aristocrates et les applaudisseurs à gages firent retentir la salle de bruyants battements de mains. C'est ainsi qu'affectant de toujours voir et de toujours montrer dans Louis XVI le roi de l'ancien régime, de n'y voir jamais le roi de la Constitution, ces hommes imprudents alarmaient les constitutionnels et éloignaient de plus en plus les républicains, qui peut-être eussent fini par reconnaître Louis XVI pour leur roi, s'ils eussent pu ^T)érer qu'il oubliât sincèrement le passé, et qu'il

La Constitution de 1791 disposait : « L'Héritier présomptif ra le nom de Prince royal. »

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se renfermât un jour de bonne foi dans les limites que lui traçait la Constitution * ».

Il est décidé que Tépreuve sera renouvelée peu de jours après au théâtre de la Nation et, le 2S, les comédiens sont interrogés sur la composition du spectacle du lendemain. Ils devaient donner la Coquette corrigée et Crispin médecin ; le titre seul de la Coquette corrigée alarme M"»* Campan, femme de chambre de Marie-Antoinette ; elle craint judicieusement que la malignité ne trouva moyen d'en faire Tapplication à sa maîtresse ; s'armant de courage, elle confesse ses appréhensions, et la comédie de Lanoue est remplacée par la Gouvernante, de La Chaussée*. Cette comédie sentimentale ne prête à aucun genre d'allusion ; mais Torchestre y supplée en jouant à chaque acte des airs soigneusement triés, que les affldés accompagnent en fredonnant les paroles : « Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille? Aimons notre roi. Que d'attraits et de majesté 1 Chantons, célébrons notre reine. » Il ne s'élève que des murmures de protestation isolés et bien vite étouffés ; le !•' octobre, aux Italiens, où recommence une cérémonie analogue, les dissidences s'accentuent ; les soutiens du trône triomphent trop indiscrètement, ils jettent la semence des bagarres prochaines.

Les théâtres nouveaux, et môme parfois des salles toutes neuves, continuent à solliciter le public : le 16 août, la salle de la rue Louvois, toute blanc et

1. Mémoires du marquit de FerrièreSy éd. Berville et Barrière,

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