Moniteur du 28 février
aussi tapageuses, si elle ne fût tombée précisément dans Un moment de grande fermentation. La jeunesse aristocrate avait de plus en plus manifesté dans les théâtres, soulignant tout ce qui pouvait évoquer le plus les souvenirs de Tancien régime et lorsqu'elle ne trouvait pas où se prendre dans les pièces mômes, faisant jouer par Torchestre ses airs favoris. Elle tenait par abonnement une bonne partie des loges et du balcon aux Italiens et à Feydeau, elle se mettait sur le môme pied au Vaudeville ; à la Nation elle pouvait compter sur toutes les complaisances de la part des comédiens, qui étaient de cœur avec elle; à la rue de Richelieu, depuis quinze jours qu'on donnait Caïiis Gracchus, elle se faisait un jeu de concentrer ses applaudissements sur un petit nombre de vers ou môme d'hémistiches pour mieux huer les autres ; à l'Opéra, quelques représentations de Didon, de Piccinni, lui avaient fourni l'occasion de saluer d'un enthousiasme délirant ces mots : « Si l'étranger l'emporte... » Les esprits s'échauffaient dans le camp adverse, lorsque, le lundi gras 20 février, Marie- Antoinette alla passer la soirée aux Italiens, où le spectacle devait commencer par les Evénements imprévus, de Grétry. « Ce n'était pas, dit le Patriote français, un événement imprévu pour les laquais, valets, pages et satellites de la Cour. » Ce public spécial commença par assommer, lors de l'entrée de la reine, un spectateur du parterre qui ne s'était pas assez prestement découvert, puis réclama de l'orchestre une série de morceaux non inscrits au programme. La rumeur de ce début provocant se propagea rapide-
ment dans les environs, au café Chrétien, à l'imprimerie du Patriote français^ au restaurant Gence ; en un clin d'oeil, tout ce qu'il restait de places disponibles au parterre fut occupé par des démocrates qui demandèrent le Ça ira. L'orchestre obéit alternativement, au milieu du bruit, aux courtisans et aux nouveaux arrivés, puis l'on commença la représentation ; mais les choses ne tardèrent pas à se gâter de nouveau. « M^^o Dugazon eut malheureusement l'idée de s'incliner devant la reine, en chantant dans un duo ces paroles : Ah ! comyne j'aime ma maltresse, A l'instant plus de vingt voix s'élèvent du parterre, en criant : Pas de maîtresse ! pas de maître ! liberté ! Quelques hommes répondent des loges et des balcons : Vive la reine ! vive le roi ! Vive à jamais le roi et la reine ! On répond dans le parterre : Point de maître ! Point de reine ! La querelle s'échauffe, le parterre se partage, on se bat et les jacobins eurent le dessous. Leurs touffes de cheveux noirs volaient dans la salle ; une garde nombreuse arrive... C'est la dernière fois que la reine soit entrée dans une salle de spectacle *. » Le silence se fait pendant la seconde pièce, Renaud d'Ast. On apporta les nouvelles aux Jacobins un peu avant la fin de leur séance, et un membre, Lafaye, fit cette communication : « La femme du roi * a été aujour-