‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 86 sur 115 · Moniteur du 26 novembre · texte numérisé non relu

Moniteur du 26 novembre

2. Après la soirée du 21 février, le Club des bonnes gens ne re-

Tant et de si vife incidents coup sur coup ne sont pas sans faire naître des préoccupations. Il y a bien le bon La Chabeaussière qui s'efforce de tout calmer en morigénant les auteurs agressifs sur un air de goguette, et en disant au nouveau théâtre :

Sois toujours gai, toujours badin, Parfois sois même un peu malin,

Mais jamais de satire. . .

Dans une arène de combats, Les Muses ne trouveront pas

Le petit mot pour rire *.

Mais le ministre de Tintérieur Cahier est sérieusement alarmé; il écrit au Directoire du département : « Je ne suis point instruit des détails, mais il parait que Ton compose des pièces tout exprès pour fournir des allusions aux partis opposés, pour aigrir leur ressentiment et les provoquer au combat. Il faut, messieurs, à quelque prix que ce soit tarir cette nouvelle source de discordes «. » A quoi les administrateurs et le procureur-général-syndic du département, faisant observer que le soin de la police est déféré par les lois à la municipalité, rejetant d'ailleurs bien loin la pensée que le ministre songe à « voir ressusciter les anciennes entraves de la censure préalable », répondent qu'il n'y a aucune des

parut pas de quelques jours sur l'affiche ; mais une dernière représentation, la 45«, fut donnée le 2 mars.

1. Couplets au Vaudeville, c'est-à-dire à l'adresse de ce théâtre, et non « chantés sur le théâtre du Vaudeville », comme on a paraphrasé dans certaines réimpressions. La Feuille du jour (!•' mars) reproche à l'auteur « un peu trop de sévérité dans sa réprimande ».

2. Lettre datée du 25 février, insérée dans les papiers publics du 27.

pièces anciennes où les partis ne sachent saisir des allusions pour se provoquer » ; c'est, en effet, ce dont on fait journellement Texpérience.

Le Panthéon de la rue de Chartres sort donc indemne de la bourrasque, d'autant plus qu'on loue dans le Prix de la Beauté, pièce nouvelle qu'il a substituée à celle de Léger, « de fort jolis couplets constitutionnels ». Mais les soucis des autorités responsables de la tranquillité publique ne tardent pas à avoir un résultat, c'est d'empêcher la représentation d'un opéra dont on faisait bruit depuis quelque temps : Adrien, empei*eur de Rome, paroles d'HoflTmann, musique de Méhul. On annonce un grand spectacle, des pompes monarchiques, un triomphe impérial, où même on apprend que le char sera traîné par des chevaux blancs sortant des écuries royales. Là-dessus les imaginations se sont échauffées; les aristocrates ont fait circuler des mots d'ordre, ont annoncé qu'ils saisiraient l'occasion d'acclamer la monarchie comme ils l'entendent, comme ils la regrettent, et non pas celle d'un roi soliveau. Les cerveaux des amis de la Constitution ont travaillé en proportion. Hoffmann essaie d'écarter ces impressions en se montrant surpris « qu'un opéra, genre, dit-il, le plus frivole de toute la littérature », puisse devenir un sujet d'inquiétude publique, en déclarant que son opéra est imité et traduit en partie de Métastase, que, « fait avant la Révolution, il n'a pu être destiné à produire un clioc d'opinions funeste ». Il fait même « distribuer les

1, Lettre du 2 mars, Tan IV» ô'^ ^•* ' ^^^^U;^

scènes d'Adrien à la porte de TOpéra » pour permettre à tout le monde de se former un jugement. Malgré cela les rapports ne deviennent pas plus rassurants. La municipalité ne verrait pas de remède à cette situation s'il s'agissait de tout autre théâtre ; car elle non plus ne songe pas à ressusciter la censure préalable et sa seule conception de son rôle, suivant les expressions mômes de la lettre du Directoire, c'est que « quand la licence dégénère en scène de violence, c'est alors à la force publique à rétablir l'ordre et à faire respecter la loi ». Mais l'Opéra est dans une situation particulière ; c'est un théâtre municipal, qui est même devenu un des fardeaux les plus incommodes de la municipalité parisienne. C'est un de ses membres, spécialement délégué, qui est directement chargé de l'exploitation, et l'on avait agité plusieurs fois la question de savoir si on soutiendrait ce spectacle, ou si on le laisserait tomber. Dans la seconde moitié de 1791, J. J. Le Roux avait présenté et publié sur ce sujet un rapport par lequel il demandait à être relevé de sa faction. Son vœu le plus sincère eût été que la liste civile prît la charge de cette Académie de musique, qualifiée de royale. Il ne lui semblait pas possible que l'on continuât un système d'administration directe qui obligeait à provoquer des délibérations pour le moindre détail et le moindre paiement. Il jugeait encore moins raisonnable de laisser disparaître un établissement qui procurait au commerce parisien une circulation estimée naguère plus ou moins exactement à une vingtaine de millions de livres, mais que les évaluations les plus rigoureusement contrôlées ne pouvaient

encore ramener au-dessous de huit millions. Il proposait, comme conclusion, à la Municipalité de confier Tadministration du spectacle à des entrepreneurs avec une subvention modérée, en s'en réservant la surveillance et la propriété *. Ces vues ont été adoptées et les entrepreneurs sont trouvés ; ils doivent prendre l'exploitation après les congés de Pâques et dès à présent ils comptent pour stimuler la location des loges à Tannée sur la promesse que « messieurs les locataires auront le choix de celles de la nouvelle salle qui sera construite au !•' janvier 1793, sur remplacement des Écuries du Roi, entre la rue Saint-Honoré et la cour du Manège, en face du jardin des Tuileries* ». Pour le moment, les municipaux restent à l'Opéra, sur leur domaine, maîtres et responsables. Aussi le délégué Le Roux en réfère-t-il le 12 mars au Conseil général de la Commune pour fixer la date de la première représentation. Bahl dit le substitut Danton, faisant allusion à la mort récente de l'empereur d'Autriche, la Cour est en

1. Rapport sur l'Opéra, présenté au Corps municipal le 17 août 1791, par J.-J. Le Roux, ofOcier municipal, nommé administrateur au département des Établissemens publics le 15 férricr dernier. In-8» de 98 pages. — Le Roux évalue le déficit moyen des dernières années à 362.977 liv. ; il estime que l'indemnité à offrir aux entrepreneurs peut être réduite à la moitié de ce déficit, parce qu'il existe de grands moyens d'augmenter la recette, de diminuer la dépense et d'empêcher le gaspillage.

2. Le choix de cet emplacement (on avait pensé en novembre à une construction au Carrousel) est annoncé dans la Feuille du Jour du 19 février. L'indication d'une date d'ouverture n'est maintenue dans les programmes de TOpéra que du 18 mars au 27, jour de la représentation de clôture pour la capitation des acteurs. Après les congés de Pâques, l'avis reparaît, mais les mots : « qui sera construite au !•' janvier 1793 » sont remplacés par : « qui va se construire. »

deuil, et les empereurs ont une mauvaise chance en ce moment : je demande l'ajournement. L'abbé Dreue déclare que la lecture du poème ne l'a pas rassuré et que, sans parler de la mise en scène, les ennemis de la Constitution s'empareront de plus d'un vers comme celui-ci :

Est-ce pour m'asservir qu'ils m'ont nommé leur maître ?

Il propose de vendre les chevaux blancs qui sont d'une certaine valeur et dont la nourriture est à charge aux finances de la ville, fort resserrées depuis l'abolition des entrées*. La Commune ne statue pas sur cette question d'avoine ; mais elle se pose ce cas de conscience : Est-ce à elle, dans un moment aussi difficile, de fournir un aliment au désordre? Et, finalement, elle libelle ainsi son arrêté en date du 12 mars, Tan IV« de la Liberté :

Sur le compte rendu des Administrateurs au Département des Etablissements publics, de Fintention où ils seraient de faire jouer l'opéra d'Adrien,

Le Corps municipal, après avoir entendu le Procureur de la Commune ;

Considérant qu*on a répandu sur cet ouvrage les impressions les plus défavorables ;

Que sa représentation pourrait être le prétexte de rassemblements et de troubles qu'on voudrait occasionner, soit par des applications relatives aux circonstances actuelles, soit par tout autre motif ;

Considérant qu'il est de la sagesse de la municipalité de prévenir toutes sortes d'excès, pour ne pas se trouver dans la dure nécessité de les réprimer ;

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