‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 89 sur 115 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les livres publiés dans la période où se limitent nos promenades ne présentent pas un bilan littéraire particulièrement éclatant. Entre les véritables nouveautés de l'année, je ne vois guère à mettre à part qu'un vrai livre qui, tout démodé qu'on puisse le prétendre , mérite encore des lecteurs pour la vigueur d'esprit dont il témoigne et surtout pour la place qu'il occupe dans la filiation des idées : ce sont les Ruines de Volney.

Ce n'est pas à dire que la librairie demeurât inactive. Elle publiait en abondance des compilations ou des traductions, la plupart du temps en plusieurs volumes, sur les constitutions, les lois, l'histoire des peuples modernes, sur le commerce et sur l'éducation, sur l'esclavage des noirs : s'agit-il notamment de la constitution anglaise ou de la formation des États-Unis d'Amérique, elle paraît insatiable. Il n'y a pas de mal non plus à recourir à la sagesse des anciens, pourvu qu'on en tire tout net des conclusions pour les temps nouveaux. On n'est plus guère auteur: les fournisseurs des grands libraires de-

viennent publicistes et n'ont pas d'ordinaire le temps de faire court. Il faut donner une pâture, des recueils de pièces, des répertoires, aux orateurs de l'Assemblée , aux travailleurs des comités , aux membres deâ Jacobins et de la multitude des sociétés populaires.

On se montre très friand de révélation sur l'ancien régime, comme la Police de Paris dévoilée^ de Manuel. Treuttel donne en treize volumes une imposante édition des Mémoires de Saint-Simon, à peine déflorés par les discrets et honnêtes larcins de Duclos. Les commentaires sur les œuvres de Jean- Jacques, et sur l'application de ses maximes à la Révolution abondent aussi.

Le Voyage à Madagascar et aux îles Seychelles^ de l'abbé Rochon, la Vie du capitaine Thurot^ sortie de l'imprimerie du Cercle social, peuvent encore être tirés de la masse indigeste des ouvrages de deuxième ou de dixième main.

Les romans galants ne manquent point, ni même les romans allégoriques, mais rien ne sort du courant ordinaire, h' Emilie de Varmont, de Louvet, plaidoyer en faveur du divorce et du mariage des prêtres, n'hérite à aucun degré du succès des Aventures du chevalier de Faublas. Florian se rappelle au souvenir des lecteurs sensibles avec «nn Gonzalve de Cordoue , contre lequel La )e s'escrime de la férule dans un interminable le du Mercure français. Rétif de la Bretonne Hit à peine un moment d'attention avec ses gestes Veillées du Maltais. Un seul roman nt à la vogue : c'est l'histoire enfantine et sen-

timentale de Petit Jacques et Georgette ou les Petits Montagnards auvergnats^ mêlée de romances, qui, bientôt mises en musique par M. Ducray-Duminil, auteur du roman, avec accompagnement de harpe par M""" Ciéry, adoptées par toutes les vielleuses du boulevard, mettent sur les dents Durieu,'le marchand de musique de la rue Dauphine, débordé parles commandes de la province.

Ni les écrivains, ni les imprimeurs n'ont le cœur, en somme, aux besognes de longue haleine. Les événements sont tellement précipités, l'esprit public subit des soubresauts si rapides que l'on n'ose se flatter d'exercer une action, ni peut7Ôtre d'exprimer fidèlement sa pensée, s'il s'écoule un intervalle appréciable entre l'instant où le feuillet d'écritui*e mal séchée aura quitté le bureau de l'auteur et celui où l'imprimé courra les rues et enjôlera le passant affairé. Le public prend de toutes mains tout ce qui est court et se rapporte aux événements de la veille , du jour et du lendemain, les journaux qui se sont mis à pulluler dès les premiers jours de la Révolution, les brochures, les pamphlets, les feuilles volantes.

Mais voici un libraire qui va nous consoler. C'est le sieur Gueffier jeune. « La littérature, longtemps étouffée par cette foule de journaux que la Révolution a fait naître, commence, dit-il, à reprendre son ancienne activité. » Cet exorde est pour nous annoncer Tapparîtion de VAlmanach des gardes nationales.

Aussi bien, voulez-vous faire un choix d'almanachs pour l'année 1792[? C'est vraiment le cas de dire

qu'il y en a pour tous les goûts, et Ton sait la date d'apparition à quelques jours près. De notre temps, les almanachs sont pour la plupart fabriqués dès Tautomne; en ce temps-là, les plus hâtifs ne s'aventuraient point avant la dernière quinzaine de décembre, et il restait des retardataires jusque vers la fin de janvier. Le grand succès de Tannée, c'était YAlmanach du père Gérard^ par Collot d'Herbois, couronné par la Société des Jacobins, et recommandé par le comité d'instruction publique de l'Assemblée , pour Texcellence de ses enseignements civiques. On devine déjà que la seule annonce de ce catéchisme laïque avait sufû pour susciter un almanach de la mère Gérard, personnage de fantaisie ', tandis que le père Gérard évoquait le souvenir respecté d'un brave député breton aux États- Généraux. Rabaut de Saint -Etienne publiait un Almanach historique de la Révolution française^ avec les figures de Moreau le jeune. A côté, on ivowfdXi r Almanach du peuple ^ Étrennespour les citoyens -soldats^ r Almanach patriotique^ comtenant un précis des anciennes impositions, suivi d'un abrégé des maux causés par l'ignorance, le fanatisme, l'ambition des prêtres, etc., V Almanach

1. Outre VAlmanaek de la mère Gérard, chez Bouqueton, on trouve à la même date les Veillées de la mère Gérard, traduites du bas-breton, puis les Sntretiens de la mère Gérard en France où Tauteur propose un prix de cent mille francs à celui qui exterminera la gent jacobite. Ce ne sont pas à proprement parler des almanachs ; les Entretiens sont un factum émigré en forme de parodie de l'écrit de Collot d'Herbois. Un autre analogue a pour titre : Almanach de Vahhé Maury.

2. C'est devenu, avec peu de variantes, son Précis historique, continué depuis par Lacretelle.

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du Bonheur, par A.-J. Rénaux, les Étrennes au beau sexe ou la Constitution mise en chansons y le Triomphe de la liberté' et de Végalité, almanach républicain. Les officines aristocratiques n'étaient pas en reste et répandaient r Almanach royaliste, FAmi du roi, almanach des honnêtes gens, les Lubies dun aristocrate, V Almanach des Émigrants{daXé prétendument de Coblentz), t Almanach de Coblentz, ouïe plus joli des recueils catholiques, apostoliques et françois, à l'usage de la belle jeunesse émigrante, émigrée ou à émigrer (à Paris, chez Lallemand, au Pont-Neuf), le malicieux Almanach historique et critique des Députés à la première Assemblée législative.

Les Étrennes de la Vertu enregistraient les plus belles actions de Tannée écoulée. L Almanach des Muses, déjà ancien et toujours attendu, offrait des pièces inédites d'Andrieux, Marie-Joseph Chénier, Picard, Lebrun, Cubières, CoUin-Harleville , Berquin, de Saint- Ange, et d'un certain nombre de dames, parmi lesquelles on distinguait M*"" Dufrénoy et Fanny de Beauharnais.

Quelques-unes de ces signatures se retrouvaient dans une publication concurrente moins bien assise, V Almanach littéraire ou étrennes d Apollon, par d'Aquin, cousin de Rabelais : cette qualification passait pour un trait de modestie.

La veuve Duchesne, au Temple du Goût, continuait son Almanach des spectacles, qui ne comprenait plus seulement les théâtres de Paris, mais ceux des grandes villes. Elle trouvait un rival dans le libraire Froullé, qui inaugurait ambitieusement

V Almanach général de tous les spectacles de Vempire français, par une société de gens de lettres. Cailleau avait le Trésor des Ahnanachs, étrennes nationales, curieuses et instructives. Onfroy, en môme temps que VÉtat militaire de France, rééditait avec philosophie le Bon Jardinier, almanach pour l'année 1792, augmenté d'un supplément par M. de Grâce, censeur royal, amateur et cultivateur. Ce titre de « censeur royal », en janvier 1792, était bien purement honorifique !

Chez Janet, à côté de V Almanach historique, par Rouy l'aîné, du Panthéon des philanthropes ou V École de la Révolution, avec figures de Dorgez, on trouvait les Perfidies siqjposées , qui avaient fourni au môme dessinateur l'occasion d'exercer son imagination dans un autre genre.

Un des plus infatigables fournisseurs d'almanachs pour la bonne compagnie était le sieur Desnos, ingénieur-géographe et libraire de Sa Majesté danoise, rue Saint-Jacques. Ses principales nouveautés de l'année étaient : les Étrennes musicales, avec des romances d'Estelle ; les Étrennes patriotiques de la Constitution française, avec carte des quatre-vingttrois départements; On ne peut s en passer ; le Petit nécessaire de tous les jours', les Tablettes économiques; les Passions du jeune Werther, enrichies de douze gravures ; V Almanach du juré français, avec la carte du département de Paris. Il rappelait en outre aux amateurs sa collection d'almanachs chantants, rajeunis chaque année par <3 changement de calendrier et quelques-uns par idjonction de gravures nouvelles, tous mis en

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vente reliés en maroquin avec portefeuille pour serrer les assignats , par exemple : Anacréon en belle humeur ; le Petit ChauHen ; les Escapades de r Amour ; les Soupers de Vénus ; les Grâces en goguette \ les Muses à Cythère ; le Calendrier de Paphos; les Loisirs d' Aglaé ; la Bergère qui s'y connait ; Ce qui plaît aux dames \ la Semaine d'un enfant de la joie et de la bonne compagnie; le Triomphe du beau sexe^ etc., etc. Notre géographe s'enorgueillissait d'avoir porté à cent volumes différents cette collection galamment badine. Dans son voisinage, la veuve Tiger, au Pilier littéraire, place Cambrai, mettait en vue dans un assortiment un peu plus restreint : Vénus ou la Toilette des jolies femmes; le Parterre de Flore, étrennes du printemps; le Chef-d'œuvre de V Amour ou Cupidon au Parnasse; le Petit Albert, connaisseur en physionomie sur les inclinations de l'un et l'autre sexe, et l'explication des songes pour gagner à la loterie avec sûreté, etc.

La veuve Bourguignon, libraire à Liège, multiplie d'ailleurs les avis pour mettre le public en garde contre les contrefaçons de son almanach de maître Mathieu Laensberg, célèbre mathématicien, « dont il n'y a qu'elle qui ait les seuls et uniques manuscrits ».

La presse périodique a pris un développement si prompt et si irrésistible ; du lit bien modeste où le pouvoir avait réussi à la maintenir par un système de censure, de privilèges et de pensions assignées à des gens de lettres sur ces privilèges, elle a débordé

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avec tant d'impétuosité et de fracas, qu'il semble qu'elle ne date que de la Révolution. Du moins le premier journal quotidien publié en France, le Journal de Paris ne remonte qu'à une douzaine d'années au-delà, et il est resté seul de son espèce jusqu'à la convocation des Etats généraux. Depuis lors, les tentatives plus ou moins heureuses et durables n'ont point manqué. Le Jowmal de Paris continue sa publication, donnant un soin particulier à ce que l'on pourrait appeler la chronique locale de la capitale. Il ne se flatte pas de reproduire d'une façon très étendue les débats de l'Assemblée et des clubs ; mais jusqu'au dernier jour de la Constituante, la physionomie des séances, retracée rapidement avec un peu trop de fleurs de rhétorique, mais avec beaucoup d'attention et d'étude, par Dominique-Joseph Garât, reste un des attraits du journal pour les citoyens attachés aux principes de la Révolution, mais qui contiennent leurs passions et mesurent leurs loisirs. Garât, cessant de siéger, ne croit pouvoir mieux faire que de passer le compte rendu de la nouvelle Assemblée à l'un de ses membres les plus éminents,' à Gondorcet ; mais, au bout de trois semaines au plus, une note très sèche annonce que Gondorcet est dépossédé de ce travail*. Le savant géomètre, dès le lendemain de l'affaire de Varennes, s'était, en société avec Thomas Payne et Duchastelet, prononcé pour le régime

1. L'entrée de Gondorcet est annoncée pour le lendemain dans le numéro du 22 octobre 1791 ; en tète de celui du 11 lioTembre on lit : « A dater d'aujourd'hui, l'article Assemblée nationale de cette feuille ne sera plus rédigé par M. Gondorcet. »

républicain, et le Journal de Paris se fait au contraire le champion de La Fayette et des Feuillants. Regnaud de Saint-Jean d'Angély, qui a pris le compte rendu de l'Assemblée après la rupture avec Condorcet, reste presque seul en évidence comme Tauteur du journal, mais les propriétaires Corancez, Romilly, Cadet de Vaux et Xhrouet ouvrent les portes à une rédaction plus batailleuse placée sous rimpulsion de Tex-censeur royal Suard. Ce personnage académique et hargneux s'entendait à merveille à enflammer ses amis d'un zèle belliqueux, à les encourager aux attitudes provocantes au risque de leur faire briser les plus chers liens d'amitié où môme de famille et d'amonceler sur leurs tètes des ressentiments inexpiables, sans toutefois se départir pour son propre compte d'une prudence relative. La direction mettait à sa disposition les suppléments, dont elle se réservait de décliner à l'occasion la responsabilité • , mais bien souvent la rédaction

1. Lire en tête du 56« supplément de 1792 (24 avril) un « avis des rédacteurs » qui coupent court à une série de Lettres d^un étranger et qui ajoutent notamment : « Nous prenons cette occasion de répéter que nos feuilles de Suppléments étant destinées à Tusage et à la commodité de tous ceux qui désirent de publier, à leurs propres frais, toute espèce d'avis, de réclamations, de sujets de controverse ou de discussions, nous ne faisons à cet égard que les fonctions d'imprimeurs ; que nous ne prétendons jamais adopter les opinions énoncées dans les morceaux que nous imprimons ainsi en supplément, et que nous ne nous croyons autorisés à en exclure que les écrits qui nous paraissent blesser les bonnes mœurs, les droits des personnes dans leur caractère privé, les principes généraux de la liberté. . . et ceux de la Constitution ». Est-ce en prenant cet avis au pied de la lettre que M. A. Guillois (Pendant la Terreur. Le poète Moucher j p. 165. ) afûrme que Suard et ses collaborateurs « payaient, au prix ordinaire des insertions, le droit de publier leurs articles »> ? En ce qui les concerne, c'est au moins invrai* semblable.

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particulière du supplément s*y trouva à Tétroit, et ce fut elle qui déborda sur la feuille ordinaire * . Suard s'associait quelques hommes qui s'inspiraient de sa circonspection, l'abbé Morellet, le député Ramond', d'autres sans doute dont on n'a pas percé avec certitude l'anonymat ou les initiales trop banales; il recevait et sollicitait au besoin les communications du duc de Liancourt, jde Gheron, député de Seine-et-Oise, de personnages des sections ou du club de la Sainte - Chapelle , comme Nau-Deville, Pitra, Davous ; d'autres tenaient la campagne à visage découvert : c'étaient Dupont de Nemours, Lacretelle le jeune, François Cheron, frère du député, et, se distinguant entre tous par l'acharnement et le ton de bravade, Roucher, André Ghénier, François de Pange. Tous ensemble, avec une animosité volontiers outrageante, dont les excès étaient rachetés, chez les trois derniers au moins, par la témérité, réagissaient contre l'influence des Jacobins et de leurs adhérents, dont était alors toute la Gironde. Rrissot, Manuel, Gollot d'Herbois, Marie-Joseph Chénier, Pétion, Gondorcet lui-même,

1. Les initiales dont signait Suard se rencontrent de temps en temps hors des suppléments ; c'est dans le corps du journal qu'a paru l'hymne célèbre d'André Chénier contre la fête des Suisses de Châteauvieux ; c'est aussi le cas, entre autres, d'un article de juillet 1792, invoqué par M. Guillois et dans lequel Chénier défendait contre Brissot « la doctrine parricide des Suppléments ».

2. Je le tiens pour l'auteur d'articles qui se rapprochent d'euxmêmes de ses discours à l'Assemblée et qui ont paru de mars à juillet 1792 dans les suppléments, sous la signature L. R. Les bibliographes ont été tentés de rapporter ces initiales à Rœderer. Il serait trop long d'exposer ici pourquoi cette attribution est incompatible avec rattitude observée dans cette période par le procureur général syndic du département.

étaient les victimes préférées de leurs sarcasmes et de leurs mépris : ce ne fut qu'incidemment et peu à peu que les plus ardents furent conduits à viser Robespierre.

Ce doyen des journaux quotidiens a vu s'élever de nombreux rivaux et parmi les plus prospères, on cite la Gazette nationale^ de Panckoucke, déjà plus connue par son sous-titre de Moniteur ; elle tire son principal prestige de l'extension donnée aux comptes rendus des assemblées et les soigne, d'ailleurs, de façon à contenter, dans chaque période, la faction dominante : pour le moment, c'est la Gironde qu'elle s'applique à faire reluire. Le Logographe^ avec un outillage industriel formé plus hâtivement, a, dans la même voie, ses jours de succès ; mais, pour gagner les subsides de la liste civile, il perd son temps et sa peine à suivre avec trop de scrupule des orateurs déjà délaissés du grand public, comme Vaublanc, Quatremère ou Ramond*. Les collectionneurs soigneux, amis du document, témoignent leur estime pour le Journal des Débats et Décrets^ fondé par l'imprimeur de l'Assemblée, Baudouin (qu'ils évitent de confondre avec le Journal des Débats des amis

1. Gouverneur Morris, dont les sympathies étaient pour le parti de la Cour, écrivait à JefiFerson le 10 juin 1792 : « Vous me priei de vous envoyer le Moniteur ; mais ce journal ne donne pas sur ce qui se passe dans l'Assemblée un rapport aussi fidèle que celui que vous trouverez dans le Lofjographe. S'il existe en France un gazetier impartial, c'est sans doute l'auteur de celui-ci. » Mémorial publié par Jared Sparks, traduit par Gandais, t. II, p. 147. — Le rédacteur en titre du Logographe^ jusqu'en janvier 1792, avait été Lehoday. Une déclaration du 30 avril 1792, publiée en réponse à des réclamations dirigées contre ce journal, est signée ainsi : Pour la Société Logographique, David, Plocque, P. Martin ; Ducos, rédacteur du Logographe,

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de la Constitution, beaucoup plus en vogue, bien qu'il n'ait promis d'abord que quatre numéros par semaine) ou encore pour la feuille affublée de ce titre compliqué : Assemblée nationale, coi^s administratifs et nouvelles politiques et littéraii^es de l'Europe, que les'vendeurs ont trouvé le moyen de désigner plus clairement en annonçant le journal de M. Perlet.

Avec Tournon pour rédacteur principal, l'imprimeur- libraire Cussac a depuis peu entrepris le Mercure national, où il s'efforce de rivaliser avec Je Moniteur même pour le détail des comptes rendus de l'Assemblée, et pour l'abondance des nouvelles étrangères ; il y absorbe, lors du changement de législature, le Point du jour, de Barère. Dans son Journal du Soir sans réflexions, un gros bon enfant, Eti-Feuillant (comme on a pris l'habitude de l'appeler à cause de la façon dont il abrège son prénom) résume les nouvelles de l'Assemblée avec plus de célérité que d'élégance ; les feuilles aristocrates l'appellent volontiers Bôti-Feuillant, et il lui arrive, aux Jacobins dont il est membre, de recevoir sur les doigts pour ses maladresses de rédaction; mais il est soutenu par la gloriole de son métier, sans alliage de vanité littéraire ni môme de prétentions politiques ; il achève la ruine de ses devanciers, le Postillon par Calais et tous les Postillons de tous les imitateurs de Calais, mais son succès suscite à son tour une nuée de contrefaçons dont Tune emploie Hébert comme manœuvre. Ses colporteurs ont oris l'habitude, pour lutter contre les confusions, l*ajouter: de la rue de Chartres, parce que c'est

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dans cette rue, à rimprîmerie des frères Chaigneau, que sont les bureaux du journal. Les contrefacteurs les plus acharnés ne se déconcertent pas pour si peu, ils trouvent des imprimeries plus ou moins improvisées à côté ou en face des frères Chaigneau et ne se contentent pas, eux, de faire crier : « de la rue de Chartres » ; ils impriment ce complément audessous du titre.

Ce sont là les journaux paisibles, qui donnent plus de place à Finformation qu'à la polémique et qui ne prennent tout à fait couleur que par intervalles; ils ne fournissent qu'un aliment un peu fade * à un public excité, à de^ gens qui se mesurent et se défient du regard depuis le matin, devant la tasse de chocolat, jusqu'au soir, dans les salles de spectacle, s'étudient à manifester leur antagonisme jusque dans les boutons de leurs habits et le tour de leur coiffure et qui sont toujours sur le point d'en venir aux mains. L'esprit révolutionnaire se répand avec plus de liberté d'allures dans la Chronique de Paris, rédigée par l'abbé Noël, le savant Millin, avec la collaboration de Manuel, d'Anacharsis Cloots, de Charles Villette, et où Condorcet transporte son compte rendu des séances après sa brouille avec le Journal de Paris, Il a des allures plus constamment militantes dans le Patriote français de Brissot

i. M"»* Jullien (de la Drôme), voulant attester qu'elle fuit les occasions de s'échauffer le sang, écrit le 14 août 1791 : « Je lis les journaux d'Audouin et de Perlet, le Journal de Paris et le Moniteur, » En ce qui touche le Journal de Paris^ ce n'est que plus de six mois plus tard que commença la campagne des suppléments. Audouin, de son côté, était un jacobin décidé, mais dont la feuille était avant tout consacrée aux séances de l'Assemblée.

et de Girey-Dupré, les Annales patriotiques de Mercier et Carra, le Courrier des 83 départements de Gorsas, le Journal universel ou Révolutions des royaumes, par Pierre-Jean Audouin, grenadier volontaire au bataillon des Carmes, puis bientôt dans le Thermomètre du jour, de Dulaure. Le ton devient plus violent dans YOrateur du peuple de Fréron fils, suppléé un temps par le citoyen Labenette, fondateur malheureux du Journal du Diable et d'autres feuilles éphémères ; dans YAmi du peuple, du soupçonneux Marat, qui disparaît souvent, lui et parfois son journal avec lui, et entretient encore un tel mystère autour de sa personne que, le 21 mai 1792, le jour où l'Assemblée provoque des poursuites contre Marat et Royou, au sujet d'excitations diversement périlleuses pour la discipline militaire, un député (Bréard?) s'écrie : « Le nom de Marat est un nom supposé; il n'existe point de Marat journaliste », et il demande qu'on s'en prenne à l'imprimeur et aux colporteurs». Enfin, à travers les jurons et les gros mots de la rue, les invectives deviennent plus variées, les motions plus fantasques, les personnalités plus cuisantes, à la faveur de petits cadres romanesques, parfois ingénieux, souvent baroques, dans le Père Duchêne d'Hébert, celui qu'on a pris l'habitude d'appeler le véritable, parce que c'est lui qui a eu le plus de succès, bien qu'il ait eu des devanciers et des modèles, entre autres Lemaire, l'auteur des Lettres bougrement patriotiques *.

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