‹ La vie àParis pendant une année de la Révolution, 1791-1792Chapitre 90 sur 115 · Compte rendu du Mercure universel · texte numérisé non relu

Compte rendu du Mercure universel

2. Lemaire, à part l'affectation de langage populacier, soutenait

La presse contre-révolutionnaire n'est pas plus tempérée. Prenez des mains des aboyeurs qui se tiennent au perron du Palais-Royal ou devant le café de Foy ïAmi du Roi, ou plutôt les deux Amis du Roi, car il y a celui de l'abbé Royou, publié par la veuve Fréron, et celui de M. Montjoie, le Journal de la Cour et de la Ville, de M. Gautier, ou bien A deux liards, à deux liards mon journal, et vous ne verrez qu'appels à l'invasion étrangère pour mettre le peuple français à la raison.

Le Petit Gautier promet bonne récompense à qui enverra aux coalisés les signalements exacts des membres de l'Assemblée, pour éviter les méprises à l'heure de leur faire les honneurs du cordon. « Sans fixer, dit-il un autre jour, l'époque où les troupes étrangères entreront en France, pour empêcher les dangereux progrès de l'insurrection dans toute l'Europe, je puis certifier (et qui plus est aux yeux du vulgaire, je parie) que plusieurs armées vont soumettre les factieux. Au reste, il sera fort heureux pour les citoyens égarés par un faux patriotisme, d'être attaqués par une force majeure, qui leur fasse subito mettre bas les armes *. »

Ces gentillesses de la rédaction ne donnent d'ailleurs qu'une idée incomplète du mode de propa-

avec enthousiasme les principes de la Révolution, mais ne saurait être rangé parmi les violents. Voici en quels termes le Moniteur annonçait le 22 juillet 1791 l'arrestation passagère d'Hébert : « On a arrêté l'auteur d'un ouvrage intitulé le Père Duchesne, Il ne faut pas confondre cette feuille avec celle portant le même titre, et qui se publie par lettres rédigées dans des sentiments de paix et de patriotisme qui font honneur au cœur de l'auteur, excellent citoyen, et jouissant de Festime de tous les vrais patriotes. » 1. N» du il août 1791. .

iminatoire adopté par cet organe de Far- )ndé. L'édition destinée à la rue, dite édicolporteurs, portait en tête une série de les vendeurs criaient pour allécher les On voit que cette méthode, qui semble revenue d'Amérique, a des antécédents ms chez nous. En feuilletant ces numéros •teurs, on tombe à chaque instant sur des s le genre de ceux que voici, et qui sont lue au hasard. En tête du numéro du 191, cette série de titres :

es Troupes Espagnoles dans le territoire de France,

i ordonne le rassemblement de i 8 mille Tardes nationales et leur départ pour les frontières,

glaise envoyée contre les côtes de France,

on faite à tous les Militaires François,

tion dont il s'agit, c'est une lettre d'un offiigiment Colonel-Général, le major Déon, t ses hommes à se rendre à Furnes, « où r a fait donner des ordres pour recevoir ens qui s'y réuniront pour la défense de

miers titres, à la date du 12 août, sont :

d'une quantité prodigieuse d*officiers français.

Digiti

Marche des Troupes de la république de Be)*ne vers les frontières.

Et le reste à ravenant ; le 14 août :

Marche de cent cinquante mille Autrichiens^

Après ces appels variés aux croquemitaînes du dehors, un dernier titre annonce quelque accident parisien, de préférence un tumulte ou un scandale au Palais-Royal. Inutile de dire que toutes ces annonces à donner la chair de poule sont la plupart du temps mal justifiées par le texte, et, pour dire le mot, tirées par les cheveux.

Dans cet ordre d'idées le Journal à deux liards * réussit à renchérir encore. C'est une petite feuille créée pour hériter du subside de la liste civile, quand il est retiré aux Actes des Apôtres^ devenus compromettants et injurieux pour Louis XVI après Tacceptation de la Constitution. Il lui arrive de marquer cette différence comme dans cette note de son 15® numéro : « Ecoutez donc, messieurs les Aristocrates, je vous ai plaints, je me suis déclaré hautement pour vous. Je ne serai pas longtemps des vôtres, si vous dites du mal de mon Roi, si vous calomniez ses intentions et celles de sa courageuse épouse. Je suis royaliste, moi ! » A cette différence près, qui ne fait que montrer le collier dont l'auteur est attaché, c'est un incessant et monotone appel à

1. Ce journal est classé dans diverses bibliographies, notamment celle de M. Tourneux, sous la rubrique : les Folieè d'un mois ; c*est le titre sous lequel l'auteur, Tabbé de Bouyon, écoulait, réunis en cahiers mensuels, ses numéros invendus ; il recommençait d'ailleurs chaque mois un nouveau numérotage*

l'étranger, dans des entrefilets d'une extrême concision se rapportant à cet échantillon : « Les trois quarts et demi du peuple attendent avec autant d'impatience que les aristocrates, l'arrivée des troupes étrangères et des émigrants. » Le ton n'est pas moins acerbe dans la Gazette de Paris, par du Rozoi, et le Journal général de France, surtout quand l'abbé de Fontenai en est évincé par Boyer de Nîmes et réduit à la contrefaçon de son vieux journal. Il .s'atténue dans la Feuille du Jour, de Parisau, organe spécial des sentiments aristocratiques du corps de ballet de l'Opéra, et dans le Courrier français, de l'abbé Poncelin. La Gazette universelle, de Cerisier, les Annales monarchiques, nées depuis peu et qui vivraient mal si elles n'avaient un gros registre d'abonnements à servir gratis et dont les frais sont faits, suppose-t-on, par le château *, sont des organes monarchiens, moyennistes ou bicaméristes, mais n'en malmènent pas moins âprement les Jacobins et môme les Feuillants.

Un trait qu'il n'est pas possible de passer sous silence si l'on veut donner une idée des feuilles de la contre-révolution, car il est commun à presque toutes, c'est le déchaînement d'insultes contre les femmes. Les Actes des Apôtres ont donné le ton à cet égard ; mais ils n'ont pas tardé à être dépassés. Les outrages ne pleuvent pas seulement sur les femmes qui se mettent en scène dans les rassemblements ou dans les clubs, comme Théroigne, ou même sur celles qui tiennent à jouer par elles-

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