‹ La vie apres le pensionnatChapitre 18 sur 49 · Passons à un autre ordre de ressources · texte numérisé non relu

Passons à un autre ordre de ressources

Jai pris en main tes travaux de couture et de broderies qu'on a regardés sans les admirer, parce qu'il parait que tout le monde en peut faire autant, et je me suis renseigné sur leur valeur productive auprès d'une personne très expérimentée.

Sais-tu ce qu'on m'a répondu r qu'en tirant l'aiguille assidûment depuis l'aube jusqu'au soir, tu parviendras à gagner quotidiennement juste le prix d'un de nos déjeuners, ^o centimes. Une couturière gagne plus qu'une brodeuse.

Depuis huit ans tu prends des leçons de piano.... Es-tu capable d'en donner à ton tour? Bien loin de

là Dans les dix premiers jours de ton arrivée, tu as

épuisé tout ton répertoire de petites chansonnettes que tu savais par cœur, et si je te prie d'égayer ma soirée par une fraîche ritournelle, tu me demandes quinze jours pour l'étudier

Un orgue de barbarie acheté avec l'argent dépensé pendant ceshuit ans, me donnerait des airs plusvariés et ne m'agacerait pas les nerfs par le monotone essai de notes que tu ne peux pas trouver.

Durant huit ans encore, j'ai donné 20 francs par mois pour qu'on t'apprit le dessin. Cela m'a valu, je le reconnais, une volumineuse collection de nez, d'oreilles, de têtes ou de pieds, mais es-tu capable de faire un portrait ou le moindre croquis ayant quelque valeur ?.,. Le magnifique album que je t'ai acheté pour ta fête est là pour répondre.

3. J'avais demandé qu'on t'élevât pour être dans la suite, et à tout événement, une femme entendue

aux soins du ménage, et aujourd'hui j'ai voulu expérimenter ta science culinaire, tàter — comme on dit — de ta cuisine. Q.ue m'as-tu servi ? Un potage aux herbes chargé des éléments les plus disparates — des côtelettes brûlées, enfumées et charbonnées — et, sous forme d'omelette, une sorte de pâté d'œufs à couper au couteau. Aussi tu l'as vu, je n'ai point diné — et sans doute, c'est cet état de jeûne qui me porte à accentuer un peu aigrement mes justes récriminations.

4. Loin de moi cependant la pensée d'accuser tes maîtresses. Elles ont formé ton caractère, elles t'ont rendue pieuse et bonne, je les bénis.

Je ne t'accuse pas non plus, mon enfant; mais je constate un fait déplorable : cest que tu nés pas capable de gagner ta vie, ni même de V occuper utilement.

Tu passes des journées entières à lire 1... Ces lectures t'affaissent et ne trompent même pas ton ennui; je t'aperçois souvent bâiller sur ces livres.

Occupons-nous de remédier à ce mal; je veux absolument que tu aies un gagne-pain au bout de tes doigts.... Qu'est-ce que l'avenir, mon Dieu, et que peut-il te promettre ?

Si je venais à te manquer, mon enfant !...

^. Dès le jour même une couturière vint passer deux heures avec Louise qu'elle formait à tailler elle-même ses vêtements. Ces leçons se répétèrent tous les jours — le linge de la maison fut revu en son entier — un trousseau fut commencé et fini entièrement par Louise toute seule. — Avant la fin de l'année elle put se passer entièrement de couturière... et de modiste. Q.uand elle eut fini de mettre l'ordre dans la maison, elle s'occupa des pauvres, pour qui elle travailla.

On la vit presque tous les matins accompagner la cuisinière au marché. Timide d'abor4, et même un peu honteuse, elle osait à peine se pencher pour aider Catherine dans le choix qu'elle faisait. Elle s'aguerrit peu à peu et sut vite distinguer la qualité des objets. Plusieurs fois elle remplaça Catherine malade — et son père joyeux devinait à leur saveur, les mets préparés par sa fille.

Chaque soir, tous les deux jours au moins, elle s'obligea à écrire quelques pages d'un journal qu'elle venait lire à son père pour l'égayer et dans lequel elle retraçait des souvenirs du Pensionnat et ces mille petits riens de la vie de famille qui deviennent un trésor dans l'intimité.

Le père lui envoyait une partie des affaires qu'il avait à traiter ; et souvent, le soir, après une journée bien remplie, il l'embrassait avec bonheur en lui

disant : O ma fille, je n"ai plus peur pour ton avenir.

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