‹ La vie apres le pensionnatChapitre 19 sur 49 · Une mère pratique · texte numérisé non relu

Une mère pratique

C'est la mère d'autrefois, cette mère que nous retrouvons quelquefois encore dans les familles qui nous confient leurs enfants et que nous voudrions pouvoir admirer partout.

Xous reproduisons les pages que nous avons adressées à l'une délies, quelques jours après que sa fille fut revenue du pensionnat :

Encore un an, deux ans au plus, et elle ne sera plus là votre enfant,

là, près de vous,

là, avec vous,

là, sous votre garde,

là, sous votre direction.

Vous la voyez s'approcher cette heure de la séparation, de l'éloignement, du déchirement. Et vous voudriez l'éloigner encore, encore.

Et malgré vos efforts elle avance toujours.

Vous souvient-il de ce qui se passa dans votre cœur, il y a huit jours, quand votre fille quittant le pensionnat vint, un peu pâle, mais toute radieuse se jeter dans vos bras, le visage plein de larmes et de sourires, vous disant : «C'est pour toujours maintenant — toujours avec toi, maman ! chère maman !

Vous souvient-il qu'à ce mot « pour toujours » des larmes vinrent à vos yeux et votre cœur se gonfla ?...

Ah! vous aviez aperçu à travers ce moment de réunion si attendu et si heureux, vous aviez aperçu comme une porte ouverte dans un lointain vague encore, mais bien, bien réel; une voix vous murmurait tout bas : Elle te quittera encore, et cette fois....

Pauvre mère !

Mais pas de sensibilité, mère ! Soyez ferme et voyez, calme et généreuse, cet avenir.

Oui, votre fille vous quittera un jour. Oui, votre fille fera un jour ce que vous avez fait vousmême

elle ira, guidée par Dieu, fonder une nouvelle famille.

Le bon Dieu le veut ainsi.

C'est Dieu qui lui a dit : Tu quitteras ton père et ta mère pour t'attacher à ton époux.

Devant cette réalité, vous avez, vous, un devoir à remplir : Former votre fille à son rôle de maîtresse de maison.

Ce devoir presque matériel, n'est pas le seul que Dieu vous impose et nous aurons plus tard à vous parler de devoirs autrement importants.

Aujourd'hui, nous mettons seulement en rapport, votre expérience des choses de la vie avec l'inexpérience de votre fille.

Plus tard, aux heures où vous aurez à lui parler de son avenir, nous mettrons en rapport votre cœur et surtout votre âme avec son âme.

Allons au côté pratique.

Dès les premiers jours de son installation, ou mieux et plus simplement de sa revenue avec vous et dans la maison paternelle, dites-lui :

I. Tu vas, sous ma conduite, prendre petit à petit la direction complète de la maison.

Commence par te rendre bien compte de tout le mobilier, et d'abord du linge.

Tu vas, chambre par chambre, armoire par armoire :

Faire un inventaire de tout le linge que nous avons, le marquer, s'il ne l'est pas déjà : puis le ranger par ordre, dans des cases spéciales :

Le linge neuf, pour remplacer petit à petit celui

qui est usé, le linge de toilette, le linge de service pour la cuisine et la table,

le linge à raccommoder, le linge hors d'usage pour être donné aux

pauvres et pour les cas de maladie, le linge sale, qui doit être suspendu plutôt

qu'entassé et tenu dans un appartement

bien sec.

Tu dois — et je te l'apprendrai, — te rendre compte de la valeur et de l'emploi de ce linge.

Le linge de chanvre est grossier mais solide.

Le linge de lin, bien plus beau et presque aussi solide, est bien plus apprécié.

Le linge de coton est le meilleur de tous les linges de corps; il participe aux qualités de la laine et tient presque lieu de flanelle.

C'est le linge de lin ou de chanvre — ce qu'on appelle ordinairement la toile — qui est employé pour les draps, les serviettes, les tabliers... c'est-à-dire tout le linge de table et pour mouchoirs de poche....

Je te ferai assister à nos lessives et tu apprendras à les diriger.

Pendant les semaines où je prendrai une couturière pour confection ou réparation de nos vêtements et de notre lingerie, tu viendras passer toutes tes journées avec elle et je t'indiquerai ce que tu auras à faire.

2. Tu m'accompagneras à peu près chaque matin ail marché où je vais avec la bonne — tu nous

regarderas faire : choisir, sans empressement — marchander — discuter poliment — prendre garde à la monnaie que tu donnes et à celle qui t'est rendue... — plier, empaqueter chaque chose distincte avec soin, ordre, ménagement — ne pas craindre d'aller d'une marchande à l'autre — parler peu.... — Dans quelques semaines, tu feras le marché toi-même devant nous — puis tu le feras sans moi avec la bonne.

3. Le soir tu assisteras au rendement de compte que me font dans ma chambre, la bonne, la dépensière, la cuisinière....

Tu te rendras compte de mon livre de dépenses — tu me verras marquer jusqu'à un centime — quelquefois faire des comparaisons d'une semaine à l'autre.

Puis, prévoir, la cuisinière et moi, les dépenses du lendemain par à peu près — Le train ordinaire de la maison varie peu par lui-même — les extra exigent un peu de soins et de prévoyance : un ami attendu, un dîner de réception... de longtemps tu n'auras pas à t'occuper de ces extra, mais bientôt tu feras toute seule le menu ordinaire.

4. Tu feras bien, avec mon aide et celui de quelques livres pratiques, d'écrire pendant quelque

temps le calendrier de la cuisine... je t'indiquerai cela petit à petit.

5. Ne me quitte pas le matin. — Ecoute les ordres que je donne. — Suis-moi dans ma tournée de maison. — C'est presque un malheur que les domestiques soient levés avant la maîtresse de maison — qu'elle sache bien au moins, la domestique, ce qu'elle a à préparer chaque jour. — Que le travail du matin varie peu....

6. Le soir, tu le sais, je suis la dernière couchée — je ne me fie à personne pour la fermeture des portes et des fenêtres — je veux savoir tout mon monde rentré — les domestiques dans leur chambre, leur lampe ordinairement éteinte. — Nous ferons notre ronde ensemble. Rappelle-toi les premières lignes de ton livre du pensionnat : La science du ménage.

7. Quelquefois, devant moi, ce sera toi qui donneras les ordres. N'aie pas l'air embarrassée; commande comme si tu savais tout. Je suis là pour l'inspirer, — te souffler — te guider.

Si tu fais mal, je réparerai, sans qu'on s'en doute, ton inexpérience et je te dirai : Ce n'est pas comme cela qu'il faut faire.

Souvent je renverrai les domestiques à toi et je leur dirai : « Allez à Mademoiselle. »

8. Sois souvent à la cuisine, non pour trouver à redire ou pour tatillonner, mais pour t'instruire.

Apprends, sous ma direction, à faire les choses les plus communes et les plus usuelles... ces menues choses qcrr défailleraient une domestique : infusions, par exemple.

Avec la cuisinière mets le pot au feu ; demande-lui en souriant comment elle fait. De temps en temps fais-nous, à ton père et à moi, une gracieuse surprise à table en nous disant :Papa, ce plat est de moi.

Commence par les plats doux; ils sont les plus faciles à faire, et là, l'abondance ne nuit guère.

Vois-tu, mon enfant, toutes les femmes, même celles qui sont dans Taisance, doivent savoir faire au moins la cuisine indispensable. Une cuisinière peut tomber subitement malade, et alors ' ne comprendstu pas l'inquiétude, le malaise de tous si la femme ne sait pas la remplacer? — Il faut savoir cuisiner^ mon enfant.

9. Quand nous aurons du monde, je te laisserai faire les honneurs de la table.

Tu mettras le couvert — tu agenceras toutes choses avec goût — tu étaleras sur le buffet ce qui doit paraître.

Tu orneras le salon — le soin des fleurs te regardera toujours.

Et, dans les premiers mois, tu examineras, sans préoccupation, comment les domestiques font leur service à table et comment je veille moi-même à ce que rien ne manque à aucun de nos invités. Un invité est quelqu'un à qui nous devons toujours chercher à faire plaisir.

10. Après chaque repas, compte Vargenterie, ne la laisse pas sans nettoyer. Tous les soirs, vois si tout a été mis à sa place, dans sa boîte, dans son armoire.

Elle est bien longue, mon enfant, cette série des petits devoirs d'une bonne ménagère, et encore que de choses je n'ai pu te dire.... Sache-le bien, on n'est réellement utile dans sa famille, au point de vue matériel, que par Y ordre, la propreté, Yéconomie, Vactivité, la surveillance.

Ne t'épouvante pas : je suis là, je te l'ai dit, pour te guider et te fortifier.

Je ne puis te tracer ici, ma fille, que l'ensemble des devoirs qui se présentent tous les jours.

Il en est d'autres qu'imposent des circonstances particulières et que je te rappellerai aux heures voulues.

En attendant, consulte les cahiers que tu as rapportés de ton pensionnat et dans lesquels tu as résumé les leçons de vie pratique qu'on te faisait, chaque semaine, telles que je les ai vues indiquées dans ton livre : La vie au pensionnat^ apprentissage de la vie en famille.

On t'a donné, superficiellement sans doute, mais suffisamment pour que tu ne sois pas trop entreprise :

Des leçons d'hygiène appliquée : à Vhabitation — à ["alimentation — aux vêtements — à Vexercice.

Des leçons de médecine pratique appliquée aux accidents — aux maladies — aux soins à donner — aux remèdes à préparer et à appliquer.

Des leçons de botanique médicinale.

Des leçons de droit usuely etc.

Complète tes cahiers de notes et de recettes, faistoi un petit trésor de ces mille choses qui se voient, s'entendent, se répètent, se lisent même dans les journaux que je te permets, et qu'on est heureux de retrouver pour être utile aux autres ou à soimême.

Mon enfant, une mère de famille est placée par Dieu comme la Providence de tout ce petit monde qui Tentoure, qu'elle aime et qui compte sur elle, la Providence aussi de ce monde plus étendu qui l'avoisine.

Il faut qu'elle sache un peu de tout, Il faut qu'elle puisse donner un conseil pour tout, Il faut qu'elle soit prête à mettre la main à tout. Il faut même qu'elle devine à peu près tout.

Ne serait-il pas utile d'ajouter ici, pour les mères et pour les jeunes filles, cette remarque d'un homme du monde ?

On ne se préoccupe pas assez sérieusement de l'importance de Yéconomie domestique, cette science par excellence de la femme aussi bien dans les maisons riches que dans les ménages modestes.

On ne saurait nier qu'il nous est agréable de voir une femme sachant peindre ou faire de la musique, broder finement, ou confectionner ces mille travaux exigeant de l'adresse et du goût, c'est un appoint qui ne peut déparer les éléments d'une solide instruction; on aime certes qu'elle s'entende à la littérature, aux beaux-arts.

Mais si son talent s'arrête là, son éducation est non seulement incomplète mais pèche par la base.

Q.u'une femme ait une teinte de tout, c'est bon; qu'elle sache gouverner sagement une maison, c'est mieux.

En général, la femme n'est pas organisée pour les applications soutenues de l'esprit; à part quelques

exceptions, ses aptitudes la portent plutôt vers les études qui ne demandent point d'efforts continus du cerveau.

Par contre, elle est bien faite pour comprendre l'économie domestique. Son adresse naturelle, un goût fin et délicat, son entendement aux choses du cœur, sont autant d'aptitudes diverses, qui ne demandent qu'à être cultivées, pour faire de sa maison un lieu plein d'attraits. Vrai sanctuaire où chacun des membres doit rencontrer les douceurs de l'amour filial, des soins réconfortants, et l'apaisement du chagrin inhérent à l'existence de l'homme.

L'important est de diriger l'éducation dés jeunes filles vers ce but, pour laire \2i femme forte, dont Fénelon, après la sainte Ecriture, nous a tracé le portrait.

Qu'on ne s'y trompe pas : en la femme reposent les garanties du bonheur de la famille; elle peut être aussi la cause inconsciente de ses malheurs.

11 est donc essentiel de la bien élever. (Penasson).

Monseigneur Dupanloup, dans ses lettres sur Véducation des filles, insiste sur la formation de la jeune fille à la pratique du ménage.

« Les paroles ne suffisent pas, dit-il; on devrait, dès le pensionnat, conduire les plus grandes élèves à

la lingerie, au repassage... afin qu'elles apprennent là, sur place, comment se dispose le linge, et qu'elles voient savonner, plier, repasser....

On devrait les conduire à la cuisine, aux offices, au jardin potager; leur apprendre à connaître les provisions nécessaires dans une maison, la manière de les conserver, l'usage qu'on en fait, les vases et les ustensiles employés, et l'entretien qu'ils exigent. Il serait bon de leur faire mettre la main à certains détails d'office, dresser des fruits, des desserts.

Bon de leur apprendre à connaître les plantes potagères — on en voit qui ne savent pas distinguer un chou d'un navet, un tilleul d'un cerisier — la raison de chaque chose, la conservation des fruits pendant l'hiver, l'époque des grandes provisions.... » Le prélat cite avec éloge cette page de madame Campan :

« Assise auprès de sa mère, une petite fille doit commencer à se servir de son aiguille, une heure par jour, à des reprises différentes; car il faut bien se garder de faire naître en elle du dégoût pour la plus constante et la plus précieuse occupation des femmes. Des ourlets, des points à marquer sur de très gros canevas, un morceau de tapisserie, un gros point, doivent être les premiers ouvrages.

Il est aussi très essentiel de leur enseigner le tricot fort jeunes. La couture du linge, la coupe des

robes, tout ce qui en dépend, doit être de même enseigné avec soin : plus on se rend habile à ces sortes d'ouvrages, plus on ajoute au plaisir que l'on trouve à les faire ».

3. Premiers conseils à la jeune fille devenue maîtresse de maison

Ces premiers conseils furent donnés à une jeune fille qui avait perdu sa mère, aux premiers jours de son entrée dans sa famille.

Elle se trouvait, à dix-huit ans, chargée en quelque sorte de la surveillance et de la direction de cette chère maison où son père, sa grand'mère, ses petits frères, venant instinctivement à elle, semblaient lui dire : Remplace^ donc la mère.

Elle le comprenait, et, poussée par son cœur, et voulant être réellement la mère, eWe s'adressa à une vieille amie dont elle savait le dévouement et l'expérience, la suppliant d'être son guide dans cette vie que le bon Dieu lui avait faite.

Quelques jours après, elle reçut les pages suivantes que nous a conservées M""^ Bourdon :

<< ... Vous êtes tout pour votre père, ma chère enfant, puisque. vous tenez dans sa maison la place de celle qu'il avait associée à sa vie; faites donc pour lui ce qu'elle aurait fait.

Egayez-le par une humeur douce, aimable, par des attentions empressées.

Veillez à son bien-être ; ayez l'œil sur ces soins matériels que les hommes négligent, alors même qu'ils en sentent le besoin, et dont ils souffrent quand ils en sont privés.

Ainsi : occupez-vous de son linge, c'est le seul luxe d'un homme — que ses repas soient servis selon son goût et à ses heures — donnez une active surveillance à l'arrangement de son cabinet de travail afin que les domestiques, sous prétexte d'ordre, ne jettent pas le désordre dans ses papiers.

Pliez vos goûts et vos désirs aux siens. Soyez prête à sortir avec lui quand il le désirera; et, pour cela, dès le matin, réglez vos occupations et disposez votre toilette — tâchez de causer avec lui, de faire de la musique avec lui; apprenez à jouer aux jeux qui le récréentetmontrez-voustoujoursheureuse de lui tenir tête en souriant.

S'il aime la lecture, devinez — c'est facile — les livres qu'il préfère et s'il discute quelquefois, discutez doucement et finissez toujours par le persuader qu'il a raison.

En un mot, rendez-le heureux, ce bon père qui a tant travaillé pour vous et que j'ai vu veiller avec tant d'anxiété auprès de votre petit lit, quand vous étiez atteinte des maladies de l'enfance.

O chère enfant, dans ce dévouement de toutes les heures qui vous fera vivre pour les autres, il y aura parfois des sacrifices à accepter , mais jetez un coup d'œil sur les années écoulées, pensez à tout ce que vos parents ont fait et souffert pour vous et toujours, toujours vous vous trouverez insolvable.

J'en dirai autant de votre bonne grand'mère, mais là vous trouverez matière à plus d'abnégation encore.

Elle est bien vieille, bien infirme, et ses facultés, si belles autrefois, ont subi des ans Virréparable outrage. Votre bon cœur trouvera là de nouveaux motifs de dévouement et d'amour; soyez attentive à son bien-être; exigez des domestiques, en leur en donnant l'exemple, un respect et des attentions de toutes les heures, tâchez de l'égayer doucement, et de deviner les volontés et les désirs qu'elle n'exprime plus qu'avec peine.

Elle aime à se promener, j'espère que bien souvent vous lui servirez de guide et d'appui; elle se plaît à entendre un peu de musique, chantez pour elle ! La joie que vous lui donnerez vaudra mieux que les applaudissements d'une assemblée brillante.

Enfin, mon enfant, je vous répéterai à vous, à Gustave, à votre petite sœur, à propos de cette bonne mère, ces vers d'une femme poète :

Son navire est au port et va plier ses voiles, Hâtez-vous de l'aimer c'est moi qui vous le dis, Car déjà son pied touche au seuil du paradis. L'ombre envahit ses jours, couverts de sombres voiles. Nul soleil d'autrefois dans son cœur ne reluit. Venez-y rayonner; la vieillesse est la nuit, Enfants, soyez-en les étoiles.

A votre frère^ à votre sœur^ vous devez, chère Albertine, Vaffection (et vous êtes en fonds, j'en suis sûre); de plus, le bon exemple et le bon conseil.

Tâchez d'obtenir leur confiance, mais vous ne le pourrez qu'en leur témoignant beaucoup de bonté et d'amitié. La bonté, c'est la clé d'or qui ouvre les cœurs, et là où l'esprit, la finesse, le talent échouent, la bonté réussit.

Veillez sur vous-même, afin de leur montrer un caractère égal, modéré ; témoignez-leur bien que leurs petites importunités(car ils s'adressent toujours à vous pour leurs études, leurs jeux, etc.) ne vous pèsent jamais, afin qu'ils viennent constamment vers vous avec pleine ouverture de cœur.

Gustave est très vif, et, par conséquent, souvent très peu raisonnable ; que votre raison, à vous, soit calme, dénuée de pédantisme, ne donnant pas tort à la bonne cause et assaisonnant au vinaigre vos remontrances et vos petits sermons.

Octavie est négligente, paresseuse; stimulez-la par une surveillance exacte et surtout par le bon exemple de l'ordre et de l'activité.

Enfin, que vous dirai-je r soyez mère, en aimant ces chers enfants, en étudiant leur caractère, en les rapprochant de votre père, en les entourant de bien-être, d'amour, de sollicitude!

Pour ces soins de toutes les heures, oui, ma chère Albertine, il faut être yncre et savoir aimer^ comprendre et se dévouer]

A ces conseils bien sérieux, j'en ajouterai un autre. 11 existe, chère filleule, une petite comédie qui porte un singulier titre : Un ange dans le monde, un diable à la maison. Beaucoup de jeunes filles, de jeunes femmes pourraient, hélas! être les héroïnes de cette petite pièce, mais j'espère que mon Albertine évitera ce tort et ce travers, et qu'aimable pour tout le monde, elle sera plus aimable, plus expansive, plus douce encore chez elle, au sein de sa famille.

Aux vertus solides, ajoutez l'agrément de la cordialité, de la complaisance, et aussi d'une politesse exacte, quoique toujours simple.

Parce^que vous êtes en famille, avec un frère, une sœur, de jeunes parentes, ne vous croyez pas dégagée des liens du savoir-vivre, et soyez sûre que, dans la vie intime, l'observation des bienséances, bien loin de diminuer l'amitié, y ajoute un charme.

Il y a des gens mal élevés qui pensent que la grossièreté est le synonyme de la confiance, et la familiarité, la monnaie de l'affection. Ne les imitez pas, et ce conseil s'applique surtout à votre jeune frère et à votre petite sœur. Ne souffrez pas que sous prétexte des libertés de la vie de famille, ils négligent leur petite toilette, leur tenue, qu'ils demandent brusquement et reçoivent sans remercier, qu'ils témoignent de l'humeur et se livrent avec une franchise trop entière aux explosions de leur caractère. » — Charmantes lettres de M"'^ Bourdon.

4. Premier cadeau à une jeune fille devenue maîtresse de maison

Si on permettait à une jeune fille de demander ce qu'elle désire et ce qu'elle croit le plus utile à sa nouvelle position de maîtresse de maison, certainement elle ne penserait pas au cadeau que fit Voltaire, vieux et souffrant, à sa nièce qu'il appelait Belle et Bonne, et que, quelques jours avant de la fiancer, il fit appeler près de son fauteuil de malade.

Le vieillard lui remit un beau livre relié en niaroquin. Ce n'était ni Zaïre, ni Tancrède, ni aucune de

ses œuvres auxquelles il devait sa gloire C'était un

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