livre composé de feuillets blancs, sur la première
page duquel il avait écrit : Livre de dépenses de madame la Marquise de Villette.
Belle et Bonne parut surprise; et le vieillard lui dit : « Ma chère enfant, je n'ai rien à vous apprendre sur la manière de vous faire aimer, mais je vous dirai qu'une femme qui veut être considérée dans sa maison doit veiller sur ses dépenses et tenir ses comptes. »
Un oncle encore, prévoyant lui aussi, remit à sa nièce qu'il installait dans son domicile, un registre divisé en plusieurs parties, indiquant, chacune, les recettes et les dépenses qui peuvent se faire dans une maison.
Sur la première page on lisait ces mots : « L'économie est la source de l'indépendance et de la libéralité. »
A la partie des frais de table, on lisait : « L'homme sage a toujours trois cuisiniers qui assaisonnent les plus simples mets : la sobriété, l'exercice, le contentement de lui-même. »
Au chapitre des bonnes œuvres :
« Donne comme si tu recevais.
«Toutce que tu donnes est inscrit, comme un placementde tout repos, dans legrand livre du bon Dieu. »
Un livre de compte entre peu, à cette heure, dans les cadeaux qu'on fait à une jeune fille quand on l'installe maîtressede maison, et cependantneserait-il pas nécessaire ?
Quand on n'inscrit pas régulièrement ses dépenses — toutes ses dépenses — on se laisse aller à une foule de désirs qui créentdesbesoinsfactices, besoinsimpérieux qui portent à des dépenses bientôt regrettées.
C'est un sou, deux sous, c'est une somme insignifiante, mais à la fin du mois, ces petites dépenses font un total quelquefois important.
Quand on s'oblige à marquer toutes ses dépenses les plus minimes, on comprend la valeur d'un sou; on sait à quoi on peut l'employer utilement, on attend l'heure de l'employer.
La personne qui compte n'est jamais prise au dépourvu.
Elle sait se procurer un plaisir à elle-même et aux siens et ce plaisir ne nuit à rien.
Un livre de dépenses habituellement ouvert sur la table de la chambre où la jeune fille vient, tous les jours, écrire les dépenses et les recettes de la maison est un conseiller fidèle.
Ecoutez ce qu'il vous dit :
Avant de rien acheter, demande-toi : Est-ce nécessaire ? Si oui, achète tout de suite et écris ton achat ; si non, alors
même que cet achat te semblerait utile, attends jusqu'au soir ou mieux jusqu'au lendemain.
Bourse pleine rayonne la joie; Bourse vide rayonne la tristesse.
Ne dépense pas l'argent que tu n'as pas ; une dette est un clou qui s'enfonce toujours davantage en agrandissant la
déchirure.
Ordre, économie, propreté, sont la source de la prospérité
d'une maison.
Jamais de dettes, c'est la source de la paix, de la joie, et de la bonne entente dans un ménage; c'est la première résolution à prendre par une jeune fille, au jour de son installation comme maîtresse de maison.
Ne te laisse pas prendre à la facilité que t'offrent si gracieusement les marchands, de les payer plus tardai quand
tu voudras.
Résiste énergiquement à ces achats de toilette qui aiguillonnent la jeunesse et miroitent autour de son imagination, lui persuadant qu'elle sera plus belle et plus attrayante.
Ne t'encombre pas de futilités. Vois dans tes armoires, dans ces boîtes, au fond de ces tiroirs, vois sur ces étagères, que d'inutilités fanées par le temps, encombrantes et démodées.
Ne prends pas l'habitude de dire à une couturière, à une modiste : Marque^ sur ma note.
Ne va pas, sans besoin réel et encore... visiter, par simple curiosité, les étalages où courent toutes les jeunes filles. On n'en sort jamais sans avoir dépensé beaucoup d'argent, sans avoir, au moins, laissé pénétrer dans son imagination des désirs qui la troublent.
Le sage se fait une vie heureuse en la remplissant de petits bonheurs — l'étourdi se fait une vie malheureuse en la remplissant de petites dettes, résultat de petites dépenses inutiles.
Etre généreuse, c'est donner en se privant volontairement soi-même. — Etre prodigue, c'est donner sans penser qu'on se prive.
Par la générosité, on retranche un peu de son bien-être pour en faire participer un aiitre et c'est un acte méritoire — par la prodigalité, on retranche du bien-être de la famille pour n'en faire participer que la vanité personnelle ; c'est un acte coupable.
Tu seras heureuse si, chaque mois, chaque année au moins, en réglant tes dépenses et tes recettes, tu peux mettre de côté une somme d'argent quelque minime qu'elle soit en disant :
une part pour l'avenir,
une part pour faire du bien autour de moi.
Tu seras heureuse si en voyant le luxe de tes compagnes tu peux dire, sans accuser personne :
Que de choses dont j'ai su me passer !
L'argent sorti de la bourse pour soulager une misère ou contribuer à une bonne œuvre, n'a jamais diminué la somme totale à la fin de l'année.
La dépense faite pour procurer, de temps à autre, une joie, un bien-être, un délassement à la famille, ne cause jamais aucune inquiétude, et ne diminue pas le budget. Elle augmente l'activité et le dévouement de tous.
Le travail fait de bon cœur ne fatigue jamais. Heureux celui qui chante en travaillant. Il y a de gais refrains sur les lèvres qui donnent du ressort aux mains ; il y a de douces chansons dans l'âme qui donnent de la constance à la volonté et des illuminations à l'esprit.
ARTICLE TROISIÈME Vie intime de la jeune fille dans sa famille