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I. CE qu'est en général la vie intime

I. La vie intime, c'est la vie en dedans; c'est-à-dire la vie de Vâme, la vie qui se passe loin des regards humains, sous le seul regard de Dieu, dans l'enceinte de cette petite chambre tant désirée par la jeune fille et devenue si coquette, si fraîche, si attrayante, par les soins affectueux de sa mère.

Certes, la jeune fille aime la vie extérieure qui lui permet : dans la maison — de témoigner par son activité à être utile, toute sa reconnaissance et tout son amour à ses parents qui ont tant fait pour elle;

Et qui, hors de la maison — la met en rapport avec des amies bonnes comme elle, dévouées comme elle, ajoutant par leur affection un nouveau charme à sa vie ;

En rapport avec ceux qui fréquentent sa famille et qui l'initient petit à petit à la vie du monde ;

En rapport avec les pauvres et les malheureux auprès desquels elle comprend le bonheur de la charité.

Certes, la jeune fille aime, unie à ses compagnes, et accompagnée de ses parents, les fêtes, les promenades, les courses, les voyages... toutes ces choses innocentes qui rendent la vie plus attrayante.

Mais elle aime aussi, elle aime surtout, les heures qu'elle passe seule dans sa petite chambre.

Petite chambre que, dès les premiers jours, elle a embellie de tous les souvenirs de son pensionnat et dont elle a fait non seulement un sanctuaire, mais aussi, comme Ta si bien dit Tune d'elles, un visible reliquaire.

Souvenirs religieux : Ils tiennent la plus belle place, .la plus apparente, la plus près du lit où elle repose la nuit, et qu'elle voit les premiers dès qu'elle s'éveille.

C'est un beau crucifix, c'est son image de première communion, son diplôme d'enfant de Marie, une radieuse statue de la sainte Vierge.

Ils sont là, dominant un élégant prie-Dieu, cadeau de sa mère — ce meuble sans lequel toute chambre intime, quelque riche qu'elle soit, est incomplète — et là, tous les matins, à genoux, elle renouvelle à Dieu sa promesse de rester fidèle chrétienne ; là, tous les soirs, elle vient demander' à Jésus-Christ et à la sainte Vierge une paternelle bénédiction.

Souvenirs du cœur : Dans un cadre élégant sont inscrits, avec le nom de ses maîtresses, le nom des

compagnes des dernières années, avec qui elle a travaillé, lutté, prié, et à qui elle a promis — recevant cette promesse à son tour — de ne jamais laisser venir Voubli autour d'elles.

Souvenir de V intelligence : Au premier rang de la bibliothèque que lui a procurée son père, se montrent ses livres de prix — ses cahiers reliés, contenant les résumés des devoirs et des leçons de la dernière année — des albums où sont copiés par ses compagnes quelques-uns de leurs devoirs et relevés quelques dessins faits par elles....

Oh ! chère petite chambre ! qu'elle y est bien, la jeune fille ! Comme elle y vient souvent — comme elle y trouve de fortçs et douces pensées, — comme elle est heureuse d'y retrouver, assise devant ce bureau qui lui rappelle ses beaux jours du pensionnat, la paix des belles années qu'elle regrette quelquefois.

Chère enfant, quand votre cham.bre vous deviendra moins chère, quand vous n'y monterez plus que le soir, pour y reposer, quand elle ne sera plus pour vous ni un sanctuaire, ni un reliquaire — regardez au fond de votre âme, vous n'y verrez plus aussi clairement le bon Dieu.

Ecoutez comme M"" Juranville a su décrire la chambre d'une jeune fille :

« Cette chambre fait plaisir à voir : elle reflète la joie, la candeur, la simplicité de celle qui l'habite. 8

Ici. est le lit avec ses petits rideaux blancs comme la neige, qu'il est bien fait I La plume a été remuée, puis égalisée; le traversin est parfaitement rond et bien posé; la couture des draps occupe juste le milieu de la couchette; la couverture a été également distribuée; pas un pli à la courte-pointe, on la dirait tirée à quatre épingles.

Ce n'est pas certes un mince talent que de savoir faire un lit; demandez plutôt aux pauvres malades et à ceux qui ont des insomnies.

Au bas du lit, est un frais tapis aux couleurs vives et brillantes.

Au pied du lit est un prie-Dieu surmonté d"un Christ et d'une statuette de la sainte Vierge. C'est là que la jeune fille, matin et soir, vient prier Dieu de la bénir et d'éloigner d'elle et de ceux qu'elle aime les dangers qui pourraient les menacer.

Un peu plus loin, est une armoire contenant le linge et les vêtements.

A côté de la fenêtre, se trouve une table-bureau sur laquelle sont déposés l'encrier, le buvard et la boite à ouvrage.

Le long du mur, est attachée la bibliothèque, une étagère contenant vingt ou trente volumes : ouvrages de piété, livres de prix, cadeaux d'étrennes.

La cheminée est garnie d'une petite pendule, de deux flambeaux et d'un vase où s'épanouissent quelques roses.

Des deux côtés de la cheminée, sont les photographies du père, de la mère, de quelques amis intimes.

Ajoutons quelques chaises, un tabouret, et... c'est tout....

Non, nous oublions les fleurs grimpantes qui ornent la croisée et les deux gais prisonniers, les deux chantres intarissables, suspendus au dehors dans une coquette cage, un serin et un chardonneret.

Oiseau, fleur, jeune fille, vont si bien ensemble. »

N'est-ce pas que c'est gracieux, que c'est pur, que tout y respire et que tout y donne la paix ?

La chambre d'une jeune fille, a-t-on dit, est le reflet de son âme.

Les meubles correctement rangés montrent un esprit méthodique, un peu compassé peut-être, mais ennemi du caprice et pour lequel le désordre est une souffrance.

La corbeille d ouvrage où l'humble vêtement destiné au pauvre gît auprès de la tapisserie brillante,, parle d'une travailleuse charitable et pressée.

La bibliothèque nombreuse déjà et choisie avec goût, le bureau ouvert, la plume encore humide indiquent cet amour du travail intellectuel qui donne tant de charmes à la vie et est une sauvegarde pour le cœur et une puissance pour soutenir dans les peines.

La petite chapelle pieusement mais simplement décorée, le prie-Dieu sur lequel reste empreinte la marque des genoux, le beau crucifix qui le domine reflètent un cœur pur qui se donne à Dieu et qui attend de lui la force, la paix, le dévouement, l'amour du sacrifice.

Le petit Jtiusée qui s'étale avec un art exquis sur les murs et qui fait revivre les absents et les disparus, source de la joie la plus douce, indique une âme qui n'oublie pas.

Si vous avez lu les Souvenirs d^iin vieillard, vous aurez certainement remarqué la page charmante, émouvante dans sa simplicité, où l'auteur nous admet à la visite intime de son secrétaire et ouvre un à un tous ces petits tiroirs pleins des souvenirs d'un passé déjà loin.

Q.ui, plus d'une fois dans sa vie, n'a fait cet inventaire si attendrissant.

Lettres du père, de la mère, des amies de pensions, des maitresses qui nous ont dirigées... devoirs faits avec entrain, pages écrites par des compagnes....

Oh ! comme toutes ces mille choses rendent attrayantes la chambre de la jeune fille et la lui font aimer 1

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