‹ La vie apres le pensionnatChapitre 22 sur 49 · CE QUE DOIT ETRE LA VIE INTIME DE LA JEUNE FILLE DANS SA FAMILLE · texte numérisé non relu

CE QUE DOIT ETRE LA VIE INTIME DE LA JEUNE FILLE DANS SA FAMILLE

La vie intime de la jeune fille dans sa famille, doit être :

une vie de prière,

une vie de travail intellectuel^

une vie de perfectionnement .

La vie intime de la jeune fille doit être une vie de prière

I. La prière, au pensionnat, était comme le cadre dans lequel se mouvait toute l'activité de la maison : la prière commençait la journée, la prière finissait la journée,

la prière, de temps en temps, venait illuminer, pendant la journée :

les heures de travail, les heures de récréation, et jetait sur chacune d'elles — sans les encombrer jamais et sans les interrompre jamais — un rayon de ciel qui les rendait plus brillantes et plus douces.

Heureuses les familles qui se meuvent, elles aussi, dans cette atmosphère divine de la prière.

Heureuses, seriez-vous, jeunes filles, si, par vous, votre famille se sentait peu à peu enveloppée de l'esprit de prière.

Une famille n'est pas, dans le sens strict du mot, une maison religieuse, mais elle doit être :

une maison pieuse, c'est-à-dire une maison dans laquelle Tidée

de Dieu maître qui commande,

de Dieu auxiliaire qui vient en aide et qui conseille,

de Dieu puissant qui protège,

de Dieu bon qui console et qui donne, est permanente.

Une famille doit être une maison chrétienne, c'est-à-dire une maison :

dirigée par les enseignements de Jésus-Christ,

soutenue, dans son travail, par l'exemple de Jésus-Christ,

fortifiée et relevée par les sacrements institués par Jésus-Christ.

C'est la prière qui entretient dans la famille cette vie pieuse et cette vie chrétienne.

La prière est l'indice de la vie chrétienne comme la respiration est l'indice de la vie naturelle.

La prière n'est pas plus gênante pour la vie chrétienne que n'est gênante la respiration pour la vie naturelle, d'autant qu'elle ne consiste pas

— 9^ — essentiellement dans le mouvement des lèvres ni dans le murmure des paroles, elle consiste surtout dans la tendance de l'âme à s'unir d Dieu.

La prière vocale dans la famille, peut être courte, doit même être courte, mais régulière, respectueuse, confiante.

La prière doit èiro, faite en famille au moins le soir.

Oh ! cette prière en famille, le soir, présidée parle père et par la mère, comme elle apaise les peines de la journée, comme elle prépare le corps et l'esprit au repos réparateur que va donner le bon Dieu et comme elle rend doux et affectueux ce baiser du soir de chacun des enfants.

C'est une des obligations importantes de la mission de la jeune fille en rentrant chez elle; et, si la prière en famille n'existe pas, elle doit rétablir, elle le peut; elle rentre dans la maison non plus en enfant mais en reine.

Lisez cette belle page dans laquelle le poète provençal Mistral, raconte ce qui se passait, le soir, dans la maisonnée, où tous se rassemblaient pour prier Dieu :

« Mon père, dit-il, était un grand et beau vieillard, digne dans son langage, ferme dans son commandement, bienveillant au pauvre monde, rude pour

lui seul.... Il avait, dois-je dire, une foi profonde; il faisait à voix haute la prière pour tous; et puis, lorsque en automne, les veillées s'allongeaient, il lisait TEvangile à ses enfants et domestiques.

« Lui, quelque temps qu'il fît, était toujours content, et si, parfois, il entendait les gens se plaindre, soit des vents impétueux, soit des pluies torrentielles : « Bonnes gens, leur disait-il. Celui qui est là-haut sait fort bien ce qu'il fait, comme aussi ce qu'il nous faut. »

Ces souvenirs, simples et purs, sont très chers au poète. — « Q^ui me rendra, dit-il. le délice, le bonheur idéal de mon âme ignorante, quand, telle qu'une fleur, elle s'ouvrait toute neuve aux chansons, aux sornettes, aux complaintes, aux fabliaux, que ma mère en filant, cependant que j'étais blotti sur ses genoux, me disait, me chantait, en douce langue de Provence.... Après le lait que m'avait donné son sein, elle me nourrissait, la sainte femme, avec le miel des traditions et du bon Dieu.

Aujourd'hui, avec l'étroitesse du système brutal qui ne veut plus tenir compte des ailes de l'enfance, des instincts angéliques de l'imagination naissante, de son besoin de merveilleux — qui fait les saints et les héros, les poètes et les artistes, — aujourd'hui, dès que l'enfant naît, avec la science nue et crue on lui dessèche le cœur et l'âme,... »

Pendant la prière en famille, il descend du ciel, sur ce groupe béni, une rosée qui rafraîchit, qui épanouit, qui dilate et qui rend doucement joyeux.

La prière du matin ne peut ordinairement se faire en commun.

Si cependant la jeune fille a des frères et des sœurs plus jeunes qu'elle, elle doit remplacer sa mère pour ne pas les laisser sortir de leur chambre sans une petite prière; et si c'est elle qui a la charge de les éveiller, qu'elle les accoutume à dire pieusement à leur réveil : Mon Dieu, je vous donne mon cœur!

La prière du matin pour la jeune fille doit être suivie de quelques minutes d'une lecture pieuse, réfléchie, qui lui rappelle la présence permanente de Dieu dans la maison paternelle.

Ces quelques minutes sont précieuses.

On n'a encore parlé à personne; et la première parole est pour le bon Dieu.

On n'a encore entendu la voix de personne; et la première voix entendue est celle du bon Dieu.

On n'a encore reçu d'ordre de personne; et c'est Dieu qui vient nous dire ce que nous devons faire.

C'est l'obligation de remplir les devoirs de notre position d'enfant, soumise, dévouée, aimante;

C'est l'obligation du travail matériel auquel la jeune fille doit s'appliquer, dès la première

heure, et qui consiste à mettre de Tordre autour d'elle, et à s'occuper aux menus soins du ménage... tout ce que sa mère lui a confié;

C'est l'accomplissement des devoirs de politesse, de charité, de complaisance qui vont se présenter à elle, dès qu'elle sera avec les siens.

Les quelques pages que renferme la deuxième partie de votre livre : La jeune fille en vacances, vous seront très utiles pour cette lecture.

Utiles aussi un grand nombre des Paillettes d'Or qui seront pour vous, pendant les jours de votre adolescence, ce qu'elles furent, si souvent, aux jours de votre enfance : itn conseiller qui guidera vos pas — une force qui vous retiendra dans le devoir et qui vous ramènera si vous veniez à le quitter.

Votre livre de pieté à\i pensionnatdoit être toujours votre livre préféré.

Il y a là des indications précises pour la lecture méditée du matin.

Il y a là des conseils dont vous comprendrez mieux qu'autrefois l'importance et la sagesse — des directions pour vos confessions et vos communions.

Il y a là surtout, presque à chaque page, des souvenirs pieux qui seront un encouragement pour votre âme et une joie pour votre cœur.

Si la prière du matin peut être suivie de la sainte Messe et de la sainte Communion, comme l'âme

devient puissante pour rester fidèle à Dieu et unie à Dieu !

Comme le cœur devient bon et ingénieux pour trouver les moyens de se dévouer I

Comme la volonté devient ferme pour ne rien négliger de ce qui fait la vie utile et généreuse !

Ne laissez pas par votre faute, ni la sainte Messe, ni les communions que votre confesseur vous aura permises.

Lisez dans la Vie au Pensionnat, ce que nous avons dit du développement et de Talimentation de la piété.

C'est maintenant, plus qu'autrefois, que vous comprendrez la nécessité et le charme de la piété; maintenant que vous verrez toute la puissance de ce sentiment :

qui porte à vivre avec Dieu comme on vit avec sa mère,

qui fait éprouver pour Dieu ce que la piété filiale fait éprouver pour sa mère, c'est-à-dire le besoin d'être avec lui — d'avoir recours à lui — de compter sur lui, de faire tout ce qui est commandé par lui.

C'est maintenant, plus qu'autrefois, que vous ne vous contenterez plus de sentir la piété, mais que vous voudrez l'alimenter, la faire grandir, la voir pénétrer votre vie entière pour en faire une vie de foi,

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c'est-à-dire une vie d'action soms la direction et sous le regard de Dieu.

La piété sentiment suffit à l'enfance que Dieu attire à Lui par l'affection;

La piété action est celle que Dieu demande de l'adolescence.

La jeune fille voudrait, certes, vivre toujours d'affection, mais Dieu lui a fait dire que Xaffection qui n'agit pas est une affection stérile; et Dieu n'aime pas les âmes stériles, il veut qu'elles portent des fruits :

fruits de travail assidu,

fruits de luttes intérieures et extérieures,

fruits de dévouement généreux,

fruits de supports connus de Dieu seul,

fruits de renoncement de toutes les heures,

fruits qui se résument pratiquement :

dans l'accomplissement affectueux de la volonté de Dieu manifestée par la position où il nous a placés, dans la docilité parfaite à accepter les peines,

les contrariétés, les pauvretés de la vie, dans le filial abandon à la paternelle amitié de Dieu.

Ces fruits, la piété ne les fera germer en vous qu'autant qu'elle sera gardée, alimentée, fortifiée par

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les pratiques de dévotion et surtout par la fréquentation des sacrements, telles que nous les avons indiquées dans la Vie au Pensionnat.

La. vie intime de la jeune ftlle dans sa famille doit être une vie ordonnée et régulière

La vie de prière suppose une vie ordonnée et régulière qui ne laisse pas les heures de notre journée s'en aller à Dieu, remplies par la fantaisie, par le caprice, par la vanité, par la futilité.

Aussi toute personne qui est maîtresse d'organiser sa vie intérieure, s'empresse-t-elle, si elle a du bon sens, de se tracer un règlement de vie.

Nous ne demandons pas une indication minutieuse de ce qui doit se faire heure par heure, comme elle existait au pensionnat, mais une indication sommaire : d'un travail déterminé et du temps à mettre chaque jour ou chaque semaine à ce travail — de tel livre à lire — de telle prière à faire

Indication qui ne laisse pas la jeune fille indécise, se demandant, chaque fois qu'elle entre dans sa chambre : que vais-je faire? quel livre vais-je lire?

Ce règlement ne doit être ni trop chargé, ni trop rigoureux ; il faut que l'âme et l'esprit puissent se mouvoir à l'aise dans le cadre qu'ils se sont tracés

— il faut surtout que par condescendance, par amabilité, par charité, la jeune fille sache laisser simplement ce qu'elle avait à faire au moment où elle a été dérangée, puis le reprendre simplement après.

Mais n'oublions pas que vivre avec ordre, c'est vivre vertueux, et que là où il n'y a pas d'ordre, il n'y a pas la marque de Dieu.

L'emploi de la vie extérieure de la jeune fille est réglé par sa mère, par sa position de famille, par le genre de travail qui lui est imposé ;

L'emploi de sa vie intime, des heures qu'elle a à passer dans sa chambre, doit être réglé par elle.

Trois points surtout demandent à être fixés :

Le lever du matin, Le travail intellectuel, Le coucher du soir.

I. Le lever du matin, à heure fixe et de bonne heure, est essentiel.

Tous ceux qui se sont occupés de la formation de la vie : médecins, moralistes, éducateurs, saints, tous ont dit, à la jeune fille, surtout :

Levez-vous de bonne heure, Levez-vous sans biaiser et sans discuter, Levez-vous à heure fixe.

Les médecins disent qu'une personne qui reste habituellement dix heures dans le lit, en sort toujours moins saine;

Les moralistes ajoutent : elle en sort souvent moins innocente.

A tout âge, huit heures, à moins de cas exceptionnels, suffisent pour reposer le corps : sept heures devraient être la règle commune.

Mfe" Dupanloup insistait sur le lever matinal qui, disait le P. de Ravignan, n'est pas un petit mérite pour des personnes du monde; il exige un réel sacrifice, mais il est le garant d'une journée bénie par Dieu.

Une jeune veuve, racontait l'évéque d'Orléans, me disait dans l'intimité : je me lève tous les jours à cinq heures du matin, et c'est vous. Monseigneur, qui avez déterminé chez moi cette habitude.... Un jour, que, venu à la maison, vous vous promeniez avec ma mère, je vous entendis lui dire : Une personne qui se lève tous les jours à cinq heures est assurée de son salut, car c'est à cette heure que l'âme se nourrit de sa meilleure nourriture. Je n'ai jamais oublié cette parole, elle m'a soutenue dans les efforts que j'ai dû faire chaque matin.

2. Le travail intellectuel déterminé. — Nous allons en parler.

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