‹ La vie apres le pensionnatChapitre 25 sur 49 · II. KÉCESSITÊ DU TRAVAIL INTELLECTUEL POUR TOUS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

II. KÉCESSITÊ DU TRAVAIL INTELLECTUEL POUR TOUS EN GÉNÉRAL

L'intelligence comme le corps ne peut rester stationnaire.

Seulement, si le- corps après un certain temps pendant lequel il s'est embelli, s'est fortifié, a pris son développement, décroit petit à petit,

L'intelligence a le privilège divin de pouvoir

s'embellir toujours, se fortifier toujours, se développer toujours.

Et alors même qu'accidentellement, elle ne pourrait plus acquérir, elle trouve — à moins de cas particuliers — dans les trésors amassés, une lumière et une force qui ne laissent pas ses derniers jours sans consolation.

Prendre soin de son intelligence est un devoir aussi rigoureux que prendre soin de son corps.

Laisser son intelligence dans l'abandon et se dire : Mon éducation est finie^ je n'ai qiCà me reposer^

Laisser son intelligence ouverte à tout ce qui l'entraîne et l'amuse, et se dire : Je puis me livrer à mon goiit pour la lecture^

Laisser son intelligence dans le désœuvrement et flotter au gré de l'imagination, et se dire : Je n ai plus de leçons à apprendre, plus de devoirs à faire :

C'est, devant Dieu, une faute grave ; et elle sera fortement punie, la négligence de cette faculté qui, devait nous rapprocher si intimement de Dieu et nous aider à l'aimer et à le faire aimer.

C'est, pour notre famille, pendant les jours où nous vivons encore avec elle, un grave sujet de tristesse. Avec l'abandon de l'intelligence viennent : la négligence dans les devoirs matériels, les exigences continuelles, l'aigreur du caractère, l'augmentation de la coquetterie, le dessèchement du cœur.

C'est, pour Favenir, se préparer une vie pénible; rien peut-être de compréhensible au dehors, mais,

dans l'intérieur du ménage, une vie de désunion et souvent de désordre matériel.

III. NÉCESSITÉ DU TRAVAIL INTELLECTUEL POUR LA JEUNE FILLE EN PARTICULIER

I. Avant le grand événement qui doit fixer sa destinée, la jeune fille appelée à être maîtresse de maison, soutien, auxiliaire, souvent conseillère de celui avec qui Dieu l'aura unie, directrice et formatrice des jeunes âmes que Dieu lui donnera, la jeune fille doit profiter de ce temps de vie de famille qui n'est que transitoire, pour se créer une valeur et un mérite personnel, pour se mettre à même de remplir le but de sa vie.

Ecoutez ce que dit P. Janet, sous ce titre :

Le goût de la culture d'esprit che^ la femme.

«a Le ménage est pour la femme une belle et grande occupation. Je ne veux pourtant point enchainer la femme au ménage.

Q.u*elle le prenne comme un devoir et comme un plaisir, rien de mieux ; mais que ce plaisir ne dégénère pas en manie.

Qu'elle soit la maîtresse et non la servante de la maison.

Q.u'elle ne soit pas seulement la ménagère de l'homme, mais sa compagne d'esprit.

L'homme fatigué, importuné, rentre au logis pour y chercher le délassement ; or, il ne lui faut pas seulement un intérieur bien réglé ni même un intérieur orné, il lui faut encore un esprit orné.

La femme ne doit pas oublier qu'elle est la joie, le charme, la récréation de la famille. Le grand principe de la politique domestique est de faire que son intérieur paraisse au mari plus agréable que celui des autres.

L'agrément est donc en quelque sorte un des devoirs de la femme.

Or, ce qui répand le plus de charme sur l'intimité d'un ménage, c'est la culture de l'esprit.

L'intimité qui a tant de charme a cependant des moments de langueur et de sécheresse; les plus grands sentiments, la piété même, ont de telles langueurs, à plus forte raison, les sentiments humains. L'intimité est indiscrète, elle trahit les défauts et les travers de chacun.

Ce qui comble le mieux les moments de vide et d'ennui, ce qui dissimule le mieux les défauts réciproques, ce qui adoucit et rapproche les humeurs, apaise ou prévient une querelle, épargne à l'un la^ honte de revenir, à l'autre l'embarras de pardonner, c'est un certain goût commun des choses de l'art ou de l'esprit.

Un peu de musique, un album feuilleté ensemble, une lecture faite en commun, un entretien intelligent

sur ce qu'on lit, sont de belles et heureuses distractions qui enlèvent pour quelque temps le mari et la femme au tracas des affaires, aux soucis de famille, à la clairvoyance dangereuse de l'intimité. »

L'âme de la femme, dit M^'"" Landriot, est de la même origine que celle de l'homme ; elle a besoin de lumière aussi. Cette plante divine ne doit pas rester étiolée ; il faut qu'elle donne ses fruits.

Une sage distribution de lumière dans l'âme de la femme ne lui fera jamais de mal.

Elle met les idées en place ; et c'est souvent la seule chose qui manque en certaines têtes ;

Elle rectifie le jugement, fortifie la volonté, et donne à la conduite une marche plus digne et plus assurée.

Puissiez-vous donc, conclut le prélat, après avoir filé la laine et le lin avec vos mains ingénieuses, devenir également habiles :

à suivre une conversation surune question sérieuse,

à méditer un livre dont quelque grande et noble idée fait le sujet principal.

Joignez-y ce que Fénélon appelle si bien la pudeur de la science chez les femmes, et vous mériterez qu'on vous applique cette parole des livres saints :

Une femme de bon sens est amie du silence ; rien n'est comparable à une femme instruite.

2. D'ailleurs cet intervalle entre votre sortie du pensionnat et votre établissement quel qu'il soit, peut être rempli, au point de vue intellectuel :

1° Par une place d'institutrice, si vos parents le jugent utile ou nécessaire. Le diplôme que vous avez obtenu vous donne droit à être acceptée par une famille.

2° Par des leçons données dans votre famille, à vos petits frères, à vos petites sœurs qui restent alors sous la garde de votre mère et sous la vôtre.

3° Par une certaine indépendance qui vous laisse au milieu des vôtres, sans avoir aucun travail intellectuel bien déterminé.

Dans les deux premiers cas, vous devez revoir, page à page, les livres classiques déjà appris au pensionnat et qu'il vous faut apprendre aux autres.

C'est tout un travail, pénible sans doute, mais allégé par la pensée que vous êtes utiles à vos parents.

Procurez-vous, dès les premiers jours — et vous pouvez les demander au pensionnat — les livres dont se servaient vos maîtresses, qui, connus sous le nom de Livre du maître, développent et complètent les volumes que vous mettrez entre les mains de vos jeunes élèves.

Ces livres seront pour vous un auxiliaire précieux, ils vous guideront dans votre enseignement.

Nous ne pouvons pas ici donner à votre expérience les conseils que réclamerait votre nouvelle position de maîtresse. Ayez recours, comme pour tout ce qui a rapport direct à votre conduite, à celui à qui vous .avez confié le soin de votre âme.

3. Si vous ne devez pas enseigner, et si la Providence vous laisse, comme nous lavons dit, dans une certaine indépendance, vous comprendrez vite, par ce qui se dira autour de vous — par la conversation de ceux qui fréquenteront votre famille — par la manière de parler, de raconter, de juger des personnes que vous verrez, vous comprendrez vite combien sont superficielles les études que vous avez faites et combien de choses vous connaissez peu ou vous connaissez mal — et vous sentirez le besoin de lire, d'apprendre, d'interroger, d'étudier, de recommencer vos études.

Ne vous effrayez pas de ce mot. Ce que vous avez appris jusqu'à cette heure est tracé sur votre esprit comme, autrefois, vos maîtresses traçaient une dictée sur le tableau noir avec la craie... les lignes étaient distinctes à la première heure, elles s'effaçaient d'elles-mêmes, petit à petit.

Soyez bien persuadée que ni votre éducation ni votre instruction n'est finie à dix-huit ans; et que, si vous ne profitez pas de ces quelques années de liberté

pour les compléter, vous ne le pourrez plus quand, plus tard, comme votre mère, vous serez chargée d'une famille.

4. Si, maintenant, vous prenez l'habitude du travail intellectuel, cette habitude restera en vous comme une consolation inestimable.

Ne cherchez pas sans doute à être une femme savante mais simplement une femme instruite et par là même agréable : elle sait causer; utile : elle sait conseiller; pleine d'aménité : elle sait écouter, apprécier, applaudir.

Votre savoir donnera à votre piété une puissance qu'elle n'avait pas; et votre piété donnera à votre savoir une grâce exquise qui le fera encore plus apprécier.

« Le travail intellectuel, dit M^'' Dupanloup, recueille, apaise et calme; il élève le niveau de la pensée; il donne une plus entière possession de soi, plus de gravité et d'autorité par conséquent pour commander, plus de force pour se soumettre et pour obéir, plus de patience pour supporter et attendre.

Je le dirai même, le travail intellectuel fait diversion aux mille petits tracas qui absorbent souvent l'existence des femmes.

Sans les faire sortir de la maison, elle les fait sortir d'elles-mêmes et de leurs soucis domestiques.

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Après quelques moments de lectures intéressantes et de travail utile... on se sent de meilleure humeur — le cœur reposé — le jugement plus net. »

5. Connaissez-vous la belle pensée de M"'^ de Sévigné sur la lecture :

La jolie, Theureuse disposition que d'aimer à lire ! On est au-dessus de l'ennui et de l'oisiveté, ces deux vilaines bétes I

Ecoutez comme elle a été commentée dans un journal d'éducation : V Ecole française.

« La charmante Marquise savait mieux que personne combien la jolie et l'heureuse disposition à lire était agréable et utile.

Elle avait une bibliothèque de choix à Paris, une autre au Rocher; et c'est dans la compagnie de ses amis les livres, qu'elle oubliait bien des tristesses et qu'elle calmait ou du moins endormait un peu son grand chagrin de la séparation.

Nous ne sommes pas appelées à jouer le grand rôle de M"""^ de Sévigné, mais toutes nous sommes appelées à créer autour de nous un foyer de bonheur dont nous sommes le centre.

Notre but, c'est, — tout en développant nos qualités et nos facultés en vue d'une fin souveraine — de rendre heureux autour de nous et d'être un peu heureux nous-mêmes.

La lecture est un des moyens pour atteindre ce but.

On distingue plusieurs sortes de lectures :

La lecture scientifique que nous faisons pour orner notre esprit.

La lecture religieuse dont le but est de détacher notre âme du terre à terre.

La lecture amusante qui, ainsi que son nom le dit, vient nous distraire, nous amuser.

Tout cela est personnel, c'est, disons le mot sans le prendre dans un mauvais sens, c'est égoïste.

Pourquoi ne pas se procurer le bonheur de donner un moment de joie, de doux passe-temps à ceux qui nous entourent — à une mère, à un vieux grandpère — en leur lisant tout haut quelque jolie page de poésie ou de prose, ou en leur faisant part de la nouvelle découverte scientifique ?

On associe ainsi ses pensées une fois de plus aux pensées de ceux qu'on aime et on goûte ce plaisir intellectuel si doux de vibrer à la même émotion.

Voilà la part large de la lecture, celle qui en fait un acte de bonté, de délicatesse, d'union et qui chasse l'égoïsme, comme la lecture personnelle chasse l'ennui et l'oisiveté, ces deux vilaines bêtes.

Toute vie bien réglée adoucit les aspérités du temps, a dit un philosophe — mais malgré la bonne volonté il est des heures où ce règlement de vie qu'on s'est imposé n'est pas possible.

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C'est an dérangement inattendu et inévitable — c'est un manque de vigilance — un désordre matériel qui survient — c'est une lassitude qui se fait sentir... le vide se fait entre nos occupations et alors l'ennui se glisse....

Q.ue faire ?

C'est ici que vient ledanger; quandl'esprit, lecœur, les mains sont vides, le souffle mauvais conseille des taquineries, des méchancetés, de mauvais actes.

Le remède, c'est le bon livre, le livre attrayant, le livre aimé, le livre couronné, qui semble nous appeler. — Lui, c'est le confident, c'est l'ami... ouvrez-le, selon la disposition de votre âme à la page pieuse ou à la page amusante, à la note scientifique où à la note littéraire ; il aura toujours une bonne parole : il vous distraira, il vous instruira, il vous consolera, il vous rapprochera de Dieu... toujours au moins, il fera passer les heures sans que votre œil lassé compte les minutes sur le cadran.

Il chassera l'oisiveté qui rouille l'intelligence, le cœur, et en même temps l'ennui qui décolore la vie. »

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