I. Peu parler est marque de sagesse
« J'approuve le peu parler, disait l'aimable saint François de Sales, pourvu que le peu que vous parlerez se fasse gracieusement et charitablement, et non pas mélancoliquement et artificieusement.
Oui, parlez peu et bon, peu et doux, peu et simple, peu et rond, peu et aimable. »
Le voilà ce peu parler de Marie qui doit être le vôtre.
Ce parler bon, doux, aimable, apportant dans toutes les réunions comme un gracieux rayon de soleil qui réjouit, une douce atmosphère qui met à l'aise, un parfum de fleur qui embaume.
C'est ce parler qui dans la famille répand la paix,' fait naître la joie, donne la lumière. Oh ! qu'il soit le vôtre, jeunes filles, comme il était celui de Marie !
Certes, Marie adolescente, Marie dans cette maison du Temple où elle passa sa jeunesse, auprès des compagnes avec qui elle vivait, auprès des femmes pieuses qui formaient sa famille, et qui la dirigeaient, Marie, dans ses paroles, n'avait rien de léger, rien d'étourdi, rien d'irréfléchi, mais non plus, rien de raide, d'embarrassé, de gêné; sa parole restait toujours simple sans doute, mais enjouée, gracieuse, aimable.... Marie était chez elle.
Autre la parole de la jeune fille dans une réunion d'étrangers et même de personnes connues, mais avec qui n'existe pas la douce familiarité de Tamitié, — autre la parole au milieu de ceux qu'elle nomme si volontiers les siens.
Avec les vôtres, soyez enjouée;
Avec les étrangers, soyez réservée ;
Avec tous, parlez à propos — difficile conseil que, seule, l'habitude de la prudence dont nous allons parler, fait mettre en pratique.
Parler à propos c'est :
ne heurter personne, ne froisser personne, n'irriter personne,
alors même qu'on doit faire un reproche ou refuser ce qui est demandé.
2. Trop parler, c'est parler sans rrflexion, manifestant les impressions qui subitement naissent dans l'âme, en voyant une personne ou en entendant prononcer une parole.
C'est prononcer rapidement un mot d'approbation ou de désapprobation; dire d'une personne qu'on voit pour la première fois : Elle me plaît ; elle me déplaît.
Trop parler, c'est surtout se laisser aller à ces défauts presque toujours graves, qu'on appelle défauts de la langue parce que, charitablement, on suppose qu'ils n'ont pas la volonté pour complice.
Langue intempérante qui parle toujours, parle de tout et à tout propos.
Langue indiscrète qui dit tout sans retenue et sans réflexion,
Langue maligne qui tourne tout en ridicule et cherche à faire rire de tout,
Langue critique qui trouve à redire à tout, poussée par l'orgueil et par la jalousie.
Langue hypocrite qui flatte et qui ment pour obtenir quelque chose,
Langue médisante qui dévoile tout ce qu'elle voit ou croit voir de défectueux dans la vie des autres,
Langue calomniatrice, la pire des langues, la plus coupable devant Dieu et devant les hommes et qui cause souvent des dommages irréparables.
3. Parler c'est dépenser; écouter c'est acquérir. En parlant on donne de soi-même; or, si l'on parle plus qu'on n'écoute, on apprend peu et l'on s'appauvrit vite.
En écoutant, on augmente ses connaissances, on s'enrichit de l'esprit des autres, du fruit de leurs études, de leur expérience.
S'il est bon de parler, il est meilleur de se taire ; et parler avec tact et mesure, c'est preuve d'un esprit réfléchi et d'un bon jugement.
Marie adolescente était prudente
Vous aussi soyez prudente, avec l'aide de Marie
La prudence n'est ni la plus belle, ni la plus grande des vertus, mais elle est la gardienne, la modératrice, la directrice de toutes les vertus.
La prudence garde la pureté,
La prudence garde l'humilité,
La prudence garde la discrétion des paroles....
Elle est la vertu qui voit de loin et qui voit juste.
Elle voit ce qu'il faut faire, — comment il faut faire, — ce qui peut empêcher de bien faire, — ce
quil faut mettre autour du cœur et autour des sens, comme une sentinelle vigilante, pour les protéger.
Oh ! comme xVlarie la possédait cette vertu, et comme c'est à juste titre que l'Eglise l'appelle Vierge très prudente. Il n'a rien de trop, dit ingénieusement un auteur, ce superlatif en matière de prudence.
C'est presque toujours par une imprudence que commencent les grandes fautes, et il est si facile d'être imprudent.
Pour rester prudente, il ne faut être ni frivole, ni légère; il ne faut ni caprice ni impétuosité.
Pour rester prudente, il faut demeurer maîtresse de soi-même; il faut savoir se renoncer, se vaincre, se commander en toutes choses.
La prudence s'étend sur les regards, sur leslectures, sur les pensées, sur les amitiés, sur les paroles, sur la toilette....
La prudence rend parfois peut-être un peu craintive; est-ce un défaut? Non. La crainte d'offenser Dieu n'est-elle pas le commencement de la sagesse?
La prudence a pour auxiliaires :
Le discernement qu'on peut appeler l'œil de Vânie et qui cherche à voir avant d'agir.
La docilité qui demande conseil, quand il y a le moindre doute.
La prévoyance qui se précaationne.
La sollicitude qui, sans troubles, n'agit jamais sans se rendre compte de ce qu'elle fait.
O enfants de Marie, invoquez votre mère, pour que son souvenir soit toujours avec vous !
La prudence suppose la paix dans l'âme,
la retenue dansla parole, le calme dans l'action.
Elle prend, chez la jeune fille le nom de sagesse que l'Eglise donne à la sainte Vierge, et qui, appliquée à l'une de vous, veut dire : elle est aimable, elle est une amie sur laquelle on peut se fier; elle est capable de donner un conseil... malgré sa jeunesse.
N'est-ce pas un magnifique éloge ?
Marie adolescente était appliquée au travail Vous au8Si| soyez laborieuse, avec l'aide de Marie
1. Marie dans le Temple s'appliquait au travail des mains. Elle filait la quenouille et travaillait à Vaioruille, dit saint Bonaventure.
Nous savons, par l'histoire, qu'une des attributions des jeunes filles élevées dans le Temple à Jérusalem, était de confectionner de leurs mains les objets servant au culte divin; elles tissaient les étoffes de grands prix qui étaient ensuite recouvertes de riches broderies de soie et d'or; et la gracieuse statue de
Mère admirable nous représentant Marie assise, tenant un fuseau à la main, tandis que près d'elle est une corbeille remplie de l'ouvrage qu'elle a confectionné, n'est que la mise en scène des longues heures de la journée de la sainte Vierge.
Plus tard à Nazareth, où elle vivait avec Jésus enfant et avec saint Joseph, elle travaillait. Ecoutez ce que Fénelon avait recueilli des anciens Pères :
« Tantôt xMarie portait des fardeaux proportionnés à ses forces ; tantôt, de ses mains pures, elle cultivait le petit coin de terre qui avoisinait son humble demeure; tantôt, elle faisait les vêtements de la famille, selon la coutume des femmes juives; tantôt elle allait puiser de l'eau à l'exemple des plus illustres femmes des patriarches; tan tô.t elle apprêtait les repas quedevai^nt prendre saint Joseph et le divin F.nfant.»
Ils ne sont jamais petits et déshonorants, les travaux matériels qui servent au bien-être de la famille; il n'est jamais malséant dans la main d'une femme, quelque riche qu'elle soit, le balai qui entretient la propreté dans la maison, et surtout dans sa chambre à elle, et le travail qui apporte un peu d'ordre dans la chambre du pauvre.
Toutes les femmes, arrivées au déclin de la vie, devraient pouvoir faire en termes émus et reconnaissants, Véloge de leur aigtiille, comme le fait si bien M""" Juranville :
« O mon aiguille, 6 ma précieuse servante, ma fidèle compagne, mon aide, mon instrument intelligent et docile, à quel labeur t'es-tu jamais refusé pour moi r
Je regarde ce qui me couvre, ce qui me pare, ce qui décore ma chambre; la robe que je porte, la batiste brodée de mon mouchoir, le tabouret où mes pieds reposent, les blancs rideaux de mousseline qui tempèrent le jour du dehors.... Mon aiguille, tu as contribué à toutes ces nécessités et à tous ces conforts. Tu m'as prêté ton secours pour confectionner le grossier vêtement du pauvre, tu t'es appliquée au manteau de satin rose dont ma petite fille revêt sa poupée avec tant d'orgueil.
Amie de la causerie intime, dis-moi, depuis que mes doigts inhabiles essayèrent de te faire glisser dans le morceau d'étofte que m'abandonnait ma mère, jusqu'à cette heure où, presque enraidis, ils ne savent plus te manier avec adresse et diligence, ensemble que n'avons-nous pas fait ! ensemble que n'avons-nous pas écouté et vu, moi, la tête baissée sur ta marche régulière, te poussant toujours, et toi, devinant peut-être à l'attouchement de ma main, ce qui m'agitait le cœur.
Discret témoin de tant d'entretiens dont le souvenir m'est demeuré cher, de tant de lectures faites au coin du feu par une voix amie, de tant de conseils
— i89' — donnés et reçus, d'heureux sourires et de larmes qui sont parfois tombées jusque sur ton acier brillant, tu es plus encore, mon aiguille ! tu es une arme, oui, vraiment, une arme bienfaisante : par toi l'on a du pain pour ses entants, par toi surtout on conjure et l'on chasse les mauvaises pensées.
Soutien du pauvre, refuge du riche contre l'oisiveté, ingénieux talisman entre les mains de quiconque cherche à repousser le mal, ah 1 lorsqu'on te tire avec une active persévérance, comme la tête se calme, comme l'esprit devient accessible aux idées saines et bonnes !
As-tu conscience, mon aiguille, de tous les bienfaits que ta présence rappelle? T'a-t-on raconté toutes les misères que tu as secourues, les heures solitaires que tu as remplies, les loisirs que tu as charmés, les aumônes que tu as favorisées, les désirs frivoles bannis sous ton influence?
Ah ! si tu l'apprenais, quels mémoires tu pourrais écrire ! que dhistoires touchantes, utiles et morales dont tu fus le secret agent !
Mais que peu ou beaucoup te vénèrent, qu'on t'accorde plus ou moins d'estime, humble et grande ouvrière, mon respect pour toi n'en saurait être altéré. Oui, toi qui fais si peu de bruit, si peu d'éclat et tant de bien, reçois mon hommage de femme et d'amie, ma modeste aiguille! »
Une femme du monde entrant à Timproviste dans le salon d'une de ses amis intimes qu'elle vit entourée de layettes, de mouchoirs ourlés, d'un grand nombre d'ouvrages de couture, lui demanda en souriant quel était son secret pour faire tant de choses.
— Mon secret, dit-elle, il est bien simple. Je me lève de bonne heure et je me couche tard; puis j'ai pris l'habitude de ne pas perdre une minute et de me mettre à l'œuvre, dès que j'arrive d'une course. De plus pour gagner du temps, quand je suis dehors, je continue mes prières tout en marchant et je dis mon chapelet. Double profit : j'évite une foule de distractions inutiles et de désirs qui me tourmenteraient peut-être, et... je reste unie au bon Dieu, c'est tout !
2. A ce travail matériel, Marie ajoutait le travail intellectuel, la lecture réfléchie et aimée de la Bible dans laquelle elle avait lu ce commandement du Seigneur :
« Tu prendras le livre de la loi et tu le mettras sous tes yeux; tu le méditeras le jour et la nuit; il sera une lampe qui éclairera tes pas. »
Nous vous avons parlé de V étude en général, et de l'obligation pour vous de ne pas laisser votre esprit comme une terre sans culture; nous vous demandons de ne pas laisser votre âme sans lui donner
ce qui la fait vivre dans la joie et dans la sérénité : Quelques pensées pieuses qui seront pour elle la rosée dont elle a besoin.
Comme Marie lisant la Bible, aimez à lire ce livre divin, écrit spécialement pour nous, disciples et frères de Jésus-Christ : le saint Evangile où vous trouverez toujours avec les conseils qui dirigent, la force qui soutient et la grâce qui aide à travailler, à soufifrir, à se dévouer.
O doux enseignements de Jésus, qu'il fait bon vous entendre ! O saintes paroles sorties du cœur de Jésus, et dites, ce me semble, spécialement pour moi qui les lis, que vous m'êtes bonnes !
Vous me soutenez dans mes faiblesses, vous me relevez dans mes chutes, vous m'éclairez dans mes doutes.
Pages bénies du saint Evangile que m'a conservées l'Eglise, vous n'offrez pas à mes regards de simples signes me faisant connaître une pensée, vous êtes une voix qui me parle, qui me pénètre, qui met en moi, par chacune de ses syllabes, un germe vivant.
« Dans tous les mots de l'Evangile avec lesquels j'ai vécu, dit Coppée, j'ai vu briller la vérité comme une étoile, je l'ai sentie palpiter comme un cœur.
Ce livre m'a révélé V inconnaissable Dieu ! je l'ai vu Père, mon Père; je puis, dès ce moment, lui parler avec abandon et il m'écoute avec tendresse.
Les paroles de l'humble artisan de Nazareth comprises par moi en des heures cruelles ont, après dix-huit siècles, cette prodigieuse vertu de faire aimer la souffrance.
l'accueille aujourd'hui la vieillesse avec fermeté et avec joie, et, si je n'appelle pas les douleurs de la mort, je ne les crains plus, ayant appris, dans V Evangile, Vart de souffrir et Vart de mourir. »
Marie adolescente était bonne.
Vous aussi, soyez bonne avec l'aide de Dieu.
Nous résumons par cette parole Marie bonne, les vertus de la sainte Vierge que saint Ambroise propose à notre imitation, dans nos rapports de famille et d'amitié.
Marie ne blessait jamais personne. — Blesser, c'est peut-être ne faire qu'une légère égratignure, mais c'est toujours faire de la peine ; et le bon saint François de Sales, dans son pittoresque langage, disait ni piquer, ni mordre, ni découper ; un coup d'épingle, ajoutait-il, /a/V toujours un trou.
Marie était prévenante envers ses égales et ne portait envie à aucune d'elles.
Marie était pleine de déférence pour ceux qui lui étaient supérieurs par l'âge ou par l'autorité.
Marie voulait du bien à tous; à tous faisait du bien selon son pouvoir; en tous, elle cherchait ce qu'il y avait de bien.
Marie jamais, n offensa ses parents, même par un regard irrespectueux,
Marie jamais, n'eut le moindre dissentiment avec les siens. Il est si bon, pour ces mille petits accidents de la vie, de laisser croire aux autres qu'ils ont raison.
Marie jamais ne dédaigna les petits, ni ne méprisa les faibles; jamais elle n'évita la rencontre des nécessiteux.
Marie n'avait rien de précipité, rien de désordonné, rien d'impatient, ni dans sa démarqhe, ni dans ses goûts, ni dans ses actes.
Marie avait le visage doux et posé, le sourire attrayant et pur, le ton de voix simple et harmonieux.
Marie, dans l'ensemble de son extérieur, reflétait la vivante image de son âme dans laquelle Dieu habitait; et, par Marie, Dieu toujours se communiquait.
Oh! qu'il est beau, qu'il est attrayant ce portrait de celle que j'appelle avec tant de bonheur : Ma mère !
Marie ! xMarie ! quand donc pourrai-je devenir un peu comme vous?
marie adolescente était bonne en amitié pour ses compagnes
Vous aussi, soyez bonne en amitié
L'amitié est un sentiment du cœur produit par l'estime qu'on porte à une personne.
Elle se manifeste par une joie toute intime à la pensée et à la vue de la personne aimée ; et elle cherche à lui faire du bien, à la rendre meilleure, et à être meilleure avec elle et par elle.
L'amitié qui ne serait pas fondée sur Vestime et n'aurait pas pour but le perfectionnement, ne serait qu'un entraînement des sens et n'aurait pas de durée.
L'amitié inspirée, gardée, conservée sous le regard de Dieu, entoure l'âme d'une atmosphère de paix, de joie, de dévouement — c'était l'amitié de Marie pour ses compagnes.
Oh ! comme elle devait aimer, Marie !
L'amitié peut être bonne, inutile, dangereuse.
Elle est bonne, quand elle est inspirée par la vertu réciproque de deux âmes, s'aimant parce qu'elles sentent que toutes deux aiment le bon Dieu.
Elle est bonne, quand, par cette union de deux cœurs, elle désire les rendre toujours plus aimantes, plus fidèles au devoir, et plus vertueuses l'une par l'autre. Oh ! qu'elle est suave, qu'elle est bienfaisante, comme elle charme la vie, cette amitié.
L'amitié est inutile quand elle ne repose que sur quelque chose de matériel ou de mondain, quand deux cœurs se sont rapprochés, attirés par l'esprit, par la richesse, par la beauté, par le désir de jouir.
Elle n'est pas coupable, mais elle peut le devenir, elle est toujours bien superficielle et disparaît vite.
L'amitié est dangereuse quand elle n'est fondée que sur une sympathie qui captive les sens, affaiblit la piété, fait' négliger le devoir pour se satisfaire soi-même ou pour plaire à son amie, et qui enfin cherche un peu de mystère.
O vous, qui voulez imiter Marie, aimez comme elle aimait; que Dieu soit le lien qui attache votre cœur au cœur d'une compagne. Dieu, a-t-on dit, est le divin ciment qui unit les âmes et, avec Dieu, qu'elle est douce l'amitié !
L'amitié est la fleur que Dieu dans sa bonté a placée parmi les épines si nombreuses sur la terre.
Marie adolescente vivait avec Dieu Vous aussi vivez dans l'intimité de Dieu avec l'aide de Marie
Marie vivait avec Dieu, voilà le secret de sa pureté, de son humilité, de sa prudence, de sa bonté.
Cette vie avec Dieu était de la part de Marie :
La vie d'un enfant
* qui aime son père,
qui se plaît avec son père, qui met son bonheur à faire plaisir à son père.
La vie d'une servante
qui est heureuse de servir son bon maître, qui est toujours prête à faire
tout ce qui lui est commandé, tout ce qu'elle sait être utile ou agréable à son maître et à ceux qui aiment son maître.
La vie d'un apôtre
qui sent le besoin de faire connaître son maître en parlant bien de lui, en le défendant, en le faisant aimer.
La vie d'une amie dévouée
qui est complètement à la disposition de celui qui, le premier, lui a donné le nom d'amie,
consacrant à son service tout ce qu'elle possède d'intelligence, de force, de santé, de richesse, de savoir-faire; n'ayant qu'un désir : vivre pour Lui, se donner à Lui, user toutes ses forces pour Lui.
Voilà bien, le cœur de Marie, les pensées de Marie, les désirs de Marie, les efforts de xMarie.
O enfants, enfants qui êtes si heureuses et si fières de ce nom à' Enfants de Marie, ne sentez-vous pas en vous le désir de vous donner à Marie pour qu'elle vous apprenne à vivre comme elle avec Dieu ?
Marie adolescente vivait dans le recueillement. Vous aussi, vivez recueillie avec l'aide de Marie.
I. Vivre dans le recueillement, c'est d'abord se plaire dans sa chambre, et plus tard dans ce qu'on appelle vulgairement son che^ soi. Voilà pourquoi, nous vous l'avons dit, rendez-la votre chambre, simple sans doute, mais resplendissante d'ordre, de bon goût, de tout ce qui est capable d'attirer votre cœur et de vous y retenir.
Que nulle part, vous ne soyez aussi bien, aussi à votre aise, aussi heureuse que dans votre chambre ; que vous souffriez un peu, les jours où vous n'aurez pu y monter et n'y rester que le soir, à l'heure du repos.
Nous vous avons déjà parlé de ce petit sanctuaire, laissez-nous encore vous recommander de le rendre attrayant, en l'ornementant de tout ce qui peut l'embellir, vous y attirer, vous y retenir.
Il faut un peu de poésie dans l'arrangement d'une chambre. Et la poésie, c'est-à-dire ce qui est beau, ce qui fait sentir à l'âme quelque chose qui ressemble — mais plus élevé et plus délicat — à la sensation qu'éprouve le goût matériel en savourant des fruits ; cette poésie il faut la faire pénétrer partout; partout, c'est possible même dans la plus modeste demeure : un pot de fleurs sur une croisée, — une chansonnette sur les lèvres, — une gravure piquée au mur — quelques vers harmonieux parlant d'espérance et de paix dans le souvenir, — un regard joyeux sur la campagne.... Oh 1 comme ces riens ajoutent un peu de bonheur à la monotonie de la vie !
2. Vivre dans le recueillement, c'est encore et surtout vivre et se plaire en dedans de soi.
Comme votre chambre, faites-le, ce dedans, resplendissant d'ordre, de bon goût, de pureté.
Ce dedans est la demeure du bon /)/>?/, et vous y retirer, c'est y trouver le bon Dieu, c'est vivre avec lui.
Ce dedans est aussi la demeure de vos Souvenirs, et s'ils sont gracieusement installés dans votre chambre, ils sont vivants dans votre âme et ils sont pour vous, une douce et aimable compagnie.
3. Vivre dans le recueillement, c'est encore ne jamais séparer les uns des autres les ^^/^5 ^^ />/V/é'',
c'est-à-dire la vue de Dieu, la pensée de Dieu, des actes de la vie ordinaire. C'est travailler, se récréer, faire toutes choses sous le regard de Dieu.
Au pensionnat, à la paroisse, dans l'intimité du confessionnal, le prêtre vous enseigne la religion, sa doctrine, sa morale. — Il vous éclaire sur vos devoirs. — Il aide votre faiblesse par ses encourageantes paroles. — Il vous relève, et vous soutient encore de temps en temps, mais il ne peut vous suivre partout, dans votre maison, dans votre famille, dans votre cœur, dans votre conscience : Là, finit son sacerdoce ; là, commence le vôtre.
C'est vous qui devez vous dire : Vois Dieu. — Vis avec Dieu. — Demande à Dieu — Attends tout de Dieu. — Pour toutes choses : craintes, projets, peines, déceptions, douleurs physiques ou morales, va prendre conseil de Dieu.
Voilà le recueillement; voilà comment nous comprenons la vie intérieure de la très sainte Vierge.
Elle aimait sa petite chambre ; et sans se faire remarquer, sans laisser inachevé aucun des devoirs matériels, elle y entrait heureuse* elle y restait paisible, elle y travaillait unie à Dieu.
Elle aimait ces moments de douce solitude intérieure, qu'on peut toujours trouver même au milieu des occupations matérielles, et pendant lesquelles
elle se sentait sous la protection et sous la direction paternelle de Dieu.
Elle aimait surtout ces heures de prières pendant lesquelles, humble, soumise, aimante, elle faisait provision, pour les dépenser au service des autres, de force et de dévouement.
Ah ! chères jeunes filles, donnez-vous de bonnes heures de vie intérieure, et ne soyez pas comme ces femmes dont on a dit :
« Leur maison tient à peine dans leur vie la place qu'occupe une virgule dans la phrase d'un discours ; elles y passent, elles s'y agitent, mais ne s'y arrêtent pas. Rien ne serait amusant à raconter, s'il n'était pitoyable à constater, comme la distribution d'une journée chez une femme qui ne sait pas rester chez elle. »
Derniers avis pour le perfectionnement de la vie.
I. O mon enfant, vous ne serez jamais sainte — et il faut être sainte pour faire un peu de bien sur la terre et surtout pour aller au ciel — si vous n'aimez pas la sainte Vierge d'un amour que j'ose appeler extraordinaire.
Jésus n'est venu à nous que par Marie, nous ne pouvons aller à Jésus que par Marie ; Marie toute seule peut nous conduire à Jésus.
Allez donc vous donner à Marie ; attache^-vons à Marie comme un enfant s'attache à sa mère — servei Marie comme une pauvre sert la riche princesse qui l'a adoptée et qui veut l'enrichir — cherche^ à faire pJais>r à Marie en remplissant tous vos devoirs comme une amie cherche à faire plaisir à son amie.
2. Une enfant qui aime la sainte Vierge ne peut continuer longtemps son assiduité à la prier sans prendre les sentiments, les habitudes, l'esprit de Jésus enfant. C'est de Marie surtout qu'il est vrai de dire : Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. Plus heureuse que les mères qui peuvent former seulement le corps de leur enfant, Marie peut donner aux siens, Je cœur, l'âme qu'elle veut ; et ce cœur et cette âme, oh ! comme elle les fait beaux, purs, vertueux ! Comme elle est fière de dire d'eux à Jésus-Christ : Tous mes enfants vous ressemblent.
Voulez-vous en faire l'expérience } Pendant un mois seulement, dites avec piété votre chapelet — à peu près à chaque heure, récitez un Je vous salue, Marie — communiez toutes les semaines en l'honneur de Marie — accomplissez avec générosité chacun de vos devoirs : prévenance, bonté, rapports,' renoncement pour les mille petites contrariétés de la journée, services rendus avec simplicité, temps bien
employé... comme si vous deviez, le soir, les présenter à Marie. — Faites chaque semaine une petite aumône. — Ne vous reposez pas sans demander généreusement pardon de vos manquements de la journée....
C'est peut-être un peu gênant, mais un mois passe vite.... Après, demandez à votre mère ce qu'elle pense de vous.
3. Dirigée, protégée, formée par Marie qui agira en vous sans vous faire sentir le travail qu'elle fait, vous deviendrez humble comme Jésus adolescent, q\ forte comme Jésus, faisant tout ce que voulait son Père.
Vous vous apercevrez petit à petit que les vanités du monde vous déplaisent, et vous sourirez au souvenir des futilités de toilette que vous avez recherchées: plaire ne vous sera plus rien, et alors seulement vous plairez sans le savoir.
Vous travaillerez avec paix sous le regard de Marie qui vous encouragera, et ce que vous ferez sera bon et utile.
Vous sentirez en vous le désir permanent de faire plaisir à tous, et ce désir, embellissant votre visage, donnera de l'activité à votre vie, répandra de l'amabilité sur tout ce que vous ferez et rayonnera la joie dans toute la maison. Vous vous oublierez avec bonheur.
C'est insensiblement mais sûrement que se produit cette action de Marie sur l'âme qui généreusement veut lui faire plaisir et qui, grâce aux lumières reçues et aimées, comprend qu'être vertueuse c'est être forte, c'est être constante, c'est savoir se priver, se renoncer, se donner.,..
Vienne l'heure du sacrifice — et cette heure vient toujours pour la femme plus encore que pour l'homme, — et elle est plus douloureuse, plus impressionnante et exige plus de générosité — Venfant de Marie est prête. Elle ne peut pas toujours cacher ses larmes, mais elle sait toujours obéir et continuer sa vie de dévouement.
1 I La jeune fille sœur des anges
Cette page est le portrait d'une jeune fille qui a cherché à imiter Marie.
Pourquoi ne serait-il pas le vôtre ^
Dieu, c'est la pureté infinie; ce qu'il y a de plus pur après Dieu, c'est Marie ; après Marie, c'est l'ange.
Mais après l'ange, c'est l'enfant et surtout la jeune fille, sœur des anges, lorsqu'elle garde, comme eux, l'innocence et les vertus dont la piété chrétienne la couronne.
Suivez-la dans le monde, au château comme à la chaumière, dans les riches salons comme dans la pauvre mansarde.
La jeune fille vraiment chrétienne est toujours le lis pur embaumant la demeure, la chaste et délicate figure dont on ne peut s'empêcher de respecter la présence ;
L'ange du ciel, qui embellit tout de son sourire, et laisse tomber de son cœur des trésors de douceur, de dévouement et de tendresse.
Si Dieu l'a fait naître dans la richesse, alors c'est l'apparition ravissante de la charité, en sa grâce la plus délicieuse et en son charme le plus touchant,
C'est l'irrésistible avocat du pauvre; c'est le rayon de soleil du vieillard, c'est l'amie des délaissés, la jeune mère des orphelins ou de ceux qui pleurent.
Elle fait croire en Dieu, tant elle lui ressemble par sa bonté ;
Et elle se fait pardonner son bonheur à force de le
partager.
Si du palais nous entrons au pauvre foyer, où l'on travaille tout le jour et où l'on dîne d'un peu de pain, comme elle nous paraît belle encore, la jeune fille honnête et laborieuse !
Qu'elle est belle avec son grand cœur et son grand courage, avec sa vie pleine de dévouement et de prière !
Ses jours semblent couler tristes et monotones, mais il y a une douce lumière qui les éclaire, la joie de la conscience et le regard de Dieu.
Pendant que les mains travaillent, l'âme est en fête, et dans son heureuse simplicité, elle peut dire au monde :
« Garde ton or et tes promesses, car avec mon Dieu je suis plus riche que toi. »
C'est la parole de la jeune ouvrière, douce et pieuse, fidèle au travail et alors fidèle encore à la vertu et au sacrifice.
C'est la parole de ces humbles servantes qui s'attachent à nos familles et passent dans nos demeures avec le Dieu qui les fortifie.
Modestes sœurs des anges, vous qui savez si bien aimer et souffrir, oui, restez pures, travaillez, priez, aimez bien Dieu.
Vous avez raison, le monde n'a rien qui vaille ce trésor.
L'amour divin, c'est une place dans le cœur de Dieu, et la prière donne des ailes pour y monter.
Le travail, c'est une source de nobles joies, c'est le gardien de l'innocence ;
Et l'innocence, c'est la sérénité du regard, la douceur du sourire, le parfum qui embaume tout autour de vous.
Vivre pur, c'est commencer la vie des anges, et goûter par avance les joies du paradis.
Oui, la jeune fille chrétienne est la fleur la plus suave, la plus gracieuse des jardins de l'Eglise.
On la trouve toujours sous les bannières de la Vierge des vierges, elle fait partie de ses congrégations, elle est une rose de toutes les guirlandes que lui tresse l'amour de ses enfants.
Humble, candide et vraie dans sa piété, la vierge selon le cœur de Dieu se plaît au pied du tabernacle et à la table des anges.
Elle fait de son cœur un autel d'où sa prière monte comme un encens d'agréable odeur.
De son cœur, elle fait tomber sur les paroisses et les familles une rosée de grâces et de bénédictions.
O tendresse des voies de Dieu !
C'est grâce à cette jeune fille, à son cœur à travers lequel se voit Jésus-Christ, à l'angélique sérénité de sa vie, à la pure séduction de ses paroles et à sa prière, qu'un frère ou un père oublieux de leur devoir, reviennent au Dieu qui a réjoui leur adolescence.
Que de parents devront leur salut à la piété candide d'une fille bien-aimée !
Dans la famille, elle est encore la douce créature qui s'oublie, se sacrifie et s'immole.
C'est la servante de tous; elle est à son père ce que les anges sont à Dieu.
Elle remplace sa mère pour la bonne tenue de la maison.
On la voit même souvent, dans le malheur, faire face seule à l'orage, et soutenir père, mère, frères, sœurs, par sou infatigable travail et son inaltérable tendresse. \Feuilles d'Or).