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LA JEUNE FILLE ET LA PAROISSE CHAPITRE PREMIER

X^A Paroisse en général

E mot Paroisse indique ici YEglise qui — élevée au milieu d'une population catholique qu'elle domine — est pour les âmes et pour chaque âme en particulier ce qu'est, au milieu d'un groupement de maisons, cette maison particulière que chacun appelle maison paternelle, ma maison.

Douce appellation que celle-là, ma maison.

Là, tout est à moi, tout est pour moi.

Là, vit mon père, vit ma mère, vivent mes frères, mes sœurs. Là, je vois mon nom écrit partout, je sens que mon nom est aimé de tous.

Maison paternelle, ma maison; elle m'est toujours ouverte quelle que soit l'heure où je veux y rentrer.

Ma maison, j'y suis toujours accueillie avec affection, j'y trouve tout ce que réclament les besoins de mon cœur, les a'spirations de mon intelligence, les tristesses et les douleurs de ma vie.

Ame catholique, tout cela tu peux le dire avec plus de vérité de ton église paroissiale.

La paroisse et Tâme

1. La paroisse est pour Tâme ce que la famille matérielle est pour le corps vivant et animé.

Elle donne à l'âme tout ce que la famille donne à l'être humain, perfectionne ce que la famille donne, et ajoute ce qu'elle ne peut donner.

La paroisse est la famille des âmes, et là seulement, l'âme trouve tout ce dont elle a besoin.

Là, les âmes peuvent se regarder et s'aimer les unes les autres comme se regardent et s'aiment des sœurs dans la famille.

Là, lésâmes jouissent, toutes, des mêmes privilèges, participent aux mêmes leçons, reçoivent les mêmes soins, viennent s'asseoir ensemble à la même table.

C'est que, là, toujours vit et réside, dans toute l'étendue de sa puissance, de sa tendresse, de sa richesse, de sa délicatesse, de sa science, V Etre qui est le centre de la famille et sans lequel nulle famille ne peut exister :

Jésus- Christ

Jésus-Christ, qui sous la forme de la Sainte-Hostie renfermée dans le tabernacle, comme dans son sanctuaire, est à la fois le Père et la Mère, possédant en Lui, dans un degré infini, c'est-à-dire inépuisable :

La puissance du Père, La tendresse de la Mère,

se manifestant à nous, se communiquant à nous, se donnant à nous par le ministère visible du prêtre à qui il dit : «Comme mon père m'a envoyé, je vous envoie. — Allez enseigner. — Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. — Qui vous écoute m'écoute. »

Aussi le prêtre, parlant au nom de Jésus-Christ, appelle-t-il chaque âme : Mon enfant, et chaque âme a-t-elle le droit de lui dire : Mon Père.

1. Jésus-Christ, dans l'église paroissiale, est tXfait pour les âmes tout ce (\\i'est et tout ce que /^// le père de famille pour ses enfants.

Il y est toujours ; et chaque fois qu'un catholique vient dans sa paroisse, il peut dire en toute vérité : Mon Père est là !

Il y sera toujours, parce que, à toute heure du jour ou de la nuit, une âme peut avoir besoin de la sainte Communion, et Jésus-Christ ne veut pas que, par sa faute, cette âme soit privée de nourriture. Il exigera que toujours Ventrée de la paroisse soit facile à toute âme qui désirera venir à Lui ; et toute âme est sûre de trouver toujours :

Près du Père, la parole qui console, Près du Maître, la lumière qui dirige.

Près du Bienfaiteur, l'aumône qui relève, Près de Celui qui peut tout, l'espérance qui rassure. Sans église paroissiale que deviendraient nos âmes ?

3. Sans doute, partout où est la Sainte-Eucharistie, Jésus-Christ s"y trouve avec toute sa puissance et toute sa miséricorde. Il est dans les oratoires privés,

11 est dans les chapelles des Communautés tout comme dans les enlises paroissiales, mais on peut le dire avec vérité. Il est là, en quelque sorte moins Père pour ceux qui, étrangers à la Communauté, délaissent l'église paroissiale sans autre raison qu'un attrait produit par la sensibilité et par l'imagination.

Dans les chapelles des Communautés, ily a peut-être quelque chose de plus mystérieux, de plus impressionnant; on y prie, ce semble, avec plus de recueillement et de ferveur, mais là, on n'est pas chez soi.

L'imagination, le cœur y trouvent peut-être plus de charmes, mais l'âme n'y reçoit pas ordinairement la même vigueur.

Dans ces chapelles, la sainte communion est en quelque sorte le repas de ramifie; il paraît plus succulent, il ne nourrit pas mieux; peut-être même rend-il moins fort pour la lutte.

Ce n'est pas sans raison que subsiste l'obligation pour tous les fidèles d'aller recevoir la communion pascale dans la paroisse.

4. Dans les chapelles des Communautés, Jésus- Christ est là spécialement pour ceux qui desservent ces chapelles; dans l'église paroissiale, Jésus-Christ est là directement pour tous les membres de la paroisse qui ne forment qu'une même famille, la famille catholique.

Les prêtres attachés à la paroisse sont là, euxaussi, spécialement pour tous les fidèles; il y a obligation pour eux de résider là, de recevoir tous ceux qui ont besoin d'eux, de les écouter, de se dévouer, de rester avec eux, même aux dépens de leur vie.

Ce que d'autres prêtres font par charité, eux le font par devoir ; ils s'y sont obligés.

Serviteurs du Maître et du Père Jésus-Christ, ils sont aussi les serviteurs des fidèles quelle que soit la position sociale des paroissiens, leur fortune, la pauvreté de leurs vêtements, le degré de leur intelligence, l'état de leur santé.

3. Certes, nous n'aurons jamais des paroles assez fortes pour proclamer la nécessité des religieux réalisant dans leur personne la pratique des conseils évangéliques que Jésus-Christ désire voir observés, vivant sur la terre la vie des anges du ciel, et étant des paratonnerres perpétuels détournant ou affaiblissant les punitions méritées par les péchés des hommes.

Les religieux indépendamment de leur sanctification personnelle ont pour but :

de soutenir et d'augmenter la puissance et l'éclat de LEglise en montrant, en elle et par eux, ce qu'il y a de plus héroïque dans la pratique des vertus,

de venir en aide à l'Eglise dans les soins qu'elle prodigue aux âmes,

de lui servir de défense contre ceux qui l'attaquent; défense qui semble plus spécialement réservée aux religieux, parce qu'ils ont plus de temps à donner à l'étude et qu'ils sont plus libres dans leur action,

de procurer à quelques âmes une formation et une direction dont elles ont besoin pour arriver à la perfection à laquelle Dieu les appelle.

Les chapelles des religieux rendent de réels services aux paroisses; là se font des retraites spéciales, là se ranime de temps en temps la foi qui semblait dormir — mais ces chapelles ne peuvent remplacer les paroisses. La paroisse sera toujours la maison des âmes et ce sera toujours pour un catholique un honneur et un bonheur d'être un paroissien fidèle.

La paroisse tient de la façon la plus intime à Inorganisation même de VEglise et les curés qui reçoivent directement leur pouvoir de l'Evéque se rattachent par lui à la vivante et indissoluble unité du ministère apostolique dont le souverain Pontife est le chef.

C'est par l'intermédiaire des curés préposés à chaque paroisse et non par les religieux que les fidèles reçoivent directement les enseignements delà foi;

C'est par les curés à qui les Evêques les transmettent que les fidèles reçoivent communication des

paroles du Pape, des définitions de foi qu'il promulgue^ des lois disciplinaires qu'il juge à propos de faire;

C'est par les curés que les paroissiens sont associés à ce beau mouvement qui partant du centre de Jésus-Christ lui-même comme de sa source, et passant par le Pape et par les Evêques, se répand au moyen des curés, dans toutes les parties du monde catholique, comme le sang qui par les artères va porter la vie dans tous les membres de l'homme.

Les religieux sont les enfants de l'Eglise; ils ont été créés par elle; ils lui appartiennent; ils vivent de sa vie; ils travaillent sous son regard; ils reçoivent d'elle leur vie et leurs pouvoirs. Elle est l'arbre, ils sont les branches, ils sont les fleurs les plus belles. Or, les branches, les fleurs, les fruits, les feuilles tout est à V arbre.

6. Dans l'église paroissiale, tous les dimanches et les jours de fête, uyie messe est célébrée obligatoirement pour tous les membres de la paroisse.

Là et là'seulement, peuvent s'accomplir les quatre grands actes qui constituent la vie de famille des âmes.

Le Baptême, qui donne à l'âme sa vie surnaturelle. Il peut être administré partout en cas de nécessité, mais ce n'est que dans l'église paroissiale qu'il est

entouré de rites sacrés qui sans ajouter à sa puissance, donnent à l'âme des grâces particulières ;

La première Comtniinion, qui unit l'âme à Jésus- Christ, aliment de la vie surnaturelle. L'âme pourra renouveler ailleurs cette puissance de vie, mais elle a dû la puiser dans la maison paternelle, et cette première Communion laisse en elle des souvenirs ineffaçables ;

Le Mariage qui, perpétuant la vie naturelle devient sacrement par la présence du prêtre et oblige de donner la vie divine aux enfants que le bon Dieu enverra ;

La Sépulture enfin qui ramène dans la maison du Père le corps que l'âme a abandonné et que le Père veut bénir une dernière fois.

De la paroisse, et seulement de la paroisse, sort Jésus-Christ allant auprès du malade qui ne peut venir à Lui, pour se donner une dernière fois, et lui servir de viatique pendant son voyage vers l'éternité.

La première Communion fut faite dans la paroisse, la dernière Communion se fait par la paroisse.

La paroisse et le cœur

I. Le cœur ne ressentira pas, dans l'église paroissiale, les émotions, les joies, les douces et pures

sensations qu'il ressent dans la famille naturelle et dont il est si avide.

L'église paroissiale, nous l'avons dit, est fondée spécialement pour les âmes dont la véritable vie est toute surnaturelle.

Elle leur donne cette vie par le Baptême,

Elle entretient cette vie par l'Eucharistie,

Elle forme et dirige cette vie par les instructions du prêtre.

Elle rend à cette vie la force et l'activité qu'elle perd dans le contact du monde par le sacrement de pénitence.

Mais, le cœur trouve aussi dans cette église paroissiale, une large part de joie et de douces et pieuses émotions.

Elles ne sont pas les mêmes que celles de la famille, mais elles ont une délicatesse particulière ; elles font éprouver des sensations moins vives mais plus douces, plus intimes, plus durables et qui surtout ont, sur l'ensemble de la vie, une influence réelle.

On connaît vite, à leur douceur, à leur retenue, à leur réserve sans affectation et sans gêne, à leur 'dévouement plus assidu, à l'aménité de leur caractère, les personnes qui aiment leur église paroissiale, qui *i suivent assidûment les offices, y vont écouter les instructions, et sont heureuses de se prêter à ce qui rend cette église plus attrayante.

C'est que, dans TafTection donnée à l'église paroissiale ce n'est pas le cœur seul qui s'attache comme dans la famille, c'est Yâme aussi, l'âme surtout, l'âme qui communique au cœur quelque chose de divin, l'âme qui influe plus que le cœur encore sur le caractère. C'est elle, par son union avec Dieu, qui donne au cœur sa délicatesse, sa puissance d'affection, sa constance dans le dévouement.

2. De l'église paroissiale, et avec plus de vérité, on peut dire ce que dit le poète des murs de la maison paternelle :

Objets inanimés avez-vous donc une âme Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?

Oui, ils ont une âme, ces murs de l'église paroissiale !

Ils ont une âme, cqs fonts baptismaux, cetie chaire, ce confessionnal, cet autel, ce tabernacle surtout, cette statue de la sainte Vierge et de V Ange gardien y cette Table sainte.,..

Ils ont une âme, et cette âme nous parle, et les paroles qu'elle nous dit, ne sont ni imaginaires, ni puériles.

Sur son lit de mort, Lacordaire se reportant à ses premières années, disait :

« Mes souvenirs personnels commencent à se débrouiller vers l'âge de sept ans.

Deux actes ont gravé cette époque dans ma mémoire.

Ma mère m'introduisit alors dans une petite école pour y commencer mes études classiques, et me conduisit auprès du curé de la paroisse pour y faire mes premiers aveux.

Je traversai le sanctuaire et je trouvai, seul, dans une vaste et belle sacristie, un vieillard vénérable, doux et bienveillant. C'était la première fois que je m'approchais du prêtre; je ne Pavais vu jusque-là qu'à l'autel, à travers les pompes de l'encens.

Il s'assit sur un banc et me fit mettre à genoux près de lui. J'ignore ce que je lui dis et ce qu'il me dit lui-même ; mais le souvenir de cette première entrevue entre mon âme et le représentant de Dieu me laissa une impression pure et profonde.

Je ne suis jamais rentré dans la sacristie de Saint-Michel de Dijon, je n'en ai jamais respiré l'air, sans que ma première confession me soit apparue sous la forme de ce beau vieillard et de l'ingénuité de mon enfance.

L'église tout entière de Saint-Michel a, du reste, participé à ce culte pieux, et je ne l'ai jamais revue sans une certaine émotion qu'aucune église n'a pu m'inspirer depuis.

Ma mère, Saint-Michel, ma religion naissante, font dans mon âme une sorte £ édifice, le premier, le plus touchant et le plus durable de tous. )y

Ce que ressentit Lacordaire, qui de nous ne l'a pas ressenti ? Les souvenirs qui se sont éveillés si doux en lui, qui ne les a pas vu revivre dans son âme ? Certes, de toutes les chapelles où Dieu s'est manifesté à nous, il reste quelque chose de pieux et de bon, mais ce quelque chose n'est pas si fort, si puissant, si adhérent à notre être que les souvenirs de la paroisse où nous allions, tous les dimanches, en habits de fêtes, avec notre mère, notre père, toute notre famille. C'était bien là, un second che^ nous où nous avions notre place, la nôtre. Et quand après une longue absence nous la retrouvons, c'est toujours le cœur ému que nous nous y replaçons un instant.

Un poète, vivant loin du bon Dieu, Hégésippe Moreau, revint un jour dans son pays natal, et par un instinct qu'il ne s'expliquait pas voulut revoir sa paroisse.

A peine entré, dit-il, je tombai à genoux :

Et je balbutiai : Seigneur, faites-moi croire!... Le vent d'hiver pleura sous le parvis sonore; Et soudain je sentis que je gardais encore Dans le fond de mon cœur, de moi-même ignoré Un peu de vieille foi, parfum évaporé....

3- Certes, elle avait bien raison, la mère de saint François de Sales de dire à son fils :

« Ne l'oubliez jamais, votre plus grand titre de gloire, ce n'est pas le château de vos pères, c'est l'église où vous avez été fait chrétien, i»

Il avait bien raison, cet évéque, de dire de l'église paroissiale :

« Elle est, dans Vordre spirituel^ ce que sont les autres édifices dans Vordre temporel. »

Elle est la juaison commune où — avec un zèle qui ne se lasse jamais — se traite tout ce qui a rapport aux intérêts des âmes des paroissiens. Entre Dieu et le prêtre, il y a un courant continuel de paroles, de conseils pour maintenir ces âmes dans la vérité ; pour les relever et les rendre fortes.

Maison commune où tous peuvent entrer quand ils le veulent, sans permission à demander à personne — où tous ont une place à eux, leur place.

En dehors de sa propre habitation, le catholique n'est nulle part ailleurs plus à Vaise que dans son église paroissiale. 11 se sent là complètement chez lui ; et si le poète a pu dire :

Tout homme a deux pays : le sien, et puis la France,

Il peut dire, lui aussi :

Tout homme a deux maisons : la sienne, et puis l'Eglise.

Elle est ujîe école où, en chaire et au confessionnal, le prêtre, instruit par Dieu, fait pénétrer fortement et suavement dans chaque âme la parole qui Téclaire dans ses doutes, la guide dans ses démarches, la rassure dans ses craintes, lui montre avec clarté ce qu'elle doit faire.

Elle est un asile hospitalier où l'âme trouve tout ce qui lui est nécessaire :

malade, le remède ; triste, la joie ; délaissée, l'aflfection ; méprisée, la protection ; fatiguée, le repos ; accusée, la défense.

Elle est un lieu de repos :

pour le cœur qui a besoin de solitude, de paix, d'affection, d'intimité et même d'un peu de mystère,

pour Vesprit qui a besoin de délassements paisibles qui lui font oublier ses fatigues et qui aspire à voir, à connaître, à sentir, à apprécier les belles et grandes productions des artistes chrétiens, les seuls réellement compris.

Elles ont certes leur beauté réelle, les fêtes profanes^ mais elles ne valent pas nos fêtes religieuses.

Elles exaltent pendant ces quelques heures qu'on passe dans cette atmosphère de luxe, de décors, d'émotions habituellement sensuelles, mais elles ne donnent ni au cœur, ni à l'esprit, ni à l'âme surtout la sérénité, la paix, la joie douce que donnent nos fêtes religieuses.

On sort des fêtes profanes comme on sort d'un rêve avec un vide dans Tâme. On a perdu quelque chose. — On sort de nos fêtes religieuses, le cœur épanoui, l'esprit satisfait et l'âme plus forte. On emporte quelque chose de divin.

Dans W'gllse paroissiale, dit M^"" Francqueville : Aucun noble désir qui n'y soit satisfait, Aucune juste demande qui n'y soit accueillie. Aucun péril qui n'y soit conjuré, Aucun malheur qui n'y soit réparé.

Aucune souffrance qui n'y soit apaisée, Aucune maladie spirituelle qui n'y soit guérie, Aucun effort qui n'y soit encouragé, Aucune généreuse ardeur qui ne s'y alimente. Aucune vertu qui n'y ait déjà un commencement de récompense.

4. Complétons ces pages par les magnifiques paroles de M^"" Pie, qui indiquent si bie'n ce qu'est pour l'âme et le cœur Yéglise paroissiale.

« Tout, dit-il, tout, dans nos églises, chante un hymne à la bonté de Dieu.

« Ecrivez sur la façade extérieure du Temple, écrivez jusqu'au sommet de la flèche aérienne : Bonté, bonté du Très-Haut qui a daigné fixer sa tente parmi les enfants des hommes.

« Mais multipliez cette douce parole, placez-la sur toutes les parties inférieures de l'édifice sacré.

« Ecrivez sur ces fonts baptismaux : Bonté, bonté qui me régénère, qui me purifie, qui m'adopte, qui m'ouvre les yeux.

« Ecrivez sur ces tribunaux sacrés de la pénitence : Bonté, bonté qui me pardonne, qui me guérit, qui me relève septante fois sept fois, qui calme mes remords, qui me rend la paix de l'innocence.

« Ecrivez sur ces chaires chrétiennes : Bonté, bonté qui me proclame l'heureuse nouvelle, l'Evangile; bonté qui enseigne, au milieu des variations sans cesse renaissantes des opinions humaines, une doctrine incorruptible, immuable; au milieu des clameurs tumultueuses et passionnées des partis, une doctrine de paix et d'amour; au milieu des accablantes épreuves de la vie, une doctrine d'espérance et d'immortalité.

« Ecrivez sur ces tabernacles, écrivez-y en caractères d'or : Bonté, bonté qui me nourrit de l'aliment même des anges, qui m'enivre d'un calice délicieux;

bonté qui met mon Sauveur sous mes yeux, sur mes lèvres, dans mon cœur.

« Ecrivez au-dessous de cette image de Marie, écrivez-y en lettres d'azur : Bonté, bonté qui accueille les pécheurs, qui leur sourit, qui leur tend les bras; bonté qui console la pauvre mère, qui bénit et console les petits enfants, qui assiste le jeune homme dans les rudes combats de son âge, qui protège la timide innocence des vierges exposées à tant de dangers et de perfidies; bonté qui adoucit la vie, qui adoucit la mort, qui adoucit le jugement.

« Mes frères, que j'élève ou que j'abaisse mes regards, de quelque côté que je les promène dans le saint Lieu, partout la bonté divine m'apparaît et rayonne en traits ineffaçables. »

L'aspect de nos temples a inspiré à un incrédule célèbre xMichelet, cette page émue :

« Hommes grossiers, qui croyez que ces pierres sont des pierres, qui n'y sentez pas circuler la sève et la vie, chrétiens ou non, révérez, baisez le signe qu'elles portent, le signe de la Passion; c'est celui qui a fait triompher la liberté morale. Il y a ici quelque chose de grand, d'éternel. Le drame éternel de la passion se joue chaque jour dans l'Eglise.

« L'Eglise est ce drame elle-même : c'est un mystère pétrifié, une Passion de pierre, ou plutôt c'est le Patient. L'édifice tout entier, dans l'austérité de sa géométrie architecturale, est un corps vivant, un homme. La nef, étendant ses deux bras, c'est l'Homme sur la croix; la crypte, c'est l'Eglise au tombeau; la tour, la flèche, c'est encore 'lui, mais debout et montant au ciel. Dans ce chœur incliné par rapport à la nef, vous voyez sa tête penchée dans l'agonie, vous reconnaissez son sang dans la pourpre ardente des vitraux.

« Touchons ces pierres avec précaution, marchons légèrement sur ces dalles. Tout cela saigne et souffre encore. Un grand mystère se passe ici, et je suis tenté de pleurer. »

L'esprit paroissial

Le mot esprit veut dire ici, manière particulière de voir, de penser, de juger, d'agir, — commune entre les membres d'une même famille ou d'une même société.

I. L'esprit paroissial fait regarder Vcglise paroissiale comme un complément de la maison paternelle

et fait naître dans le cœur ce quelque chose d'affectueux qu'on éprouve pour la maison paternelle. — Sentiment moins sensible peut-être mais plus élevé, plus paisible, et, sans bien s'en rendre compte, plus apprécié. — Ce sentiment est en quelque sorte plus dans l'âme que dans le cœur.

Il porte à venir volontiers dans l'église paroissiale ; à assister à toutes ses fêtes, à la préférer aux autres églises, à s'y trouver à l'aise.

Il excite à participer à toutes les œuvres qui s'y font et à se prêter volontiers à ce qui peut en rehausser l'éclat.

2. L'esprit paroissial fait naître entre les prêtres qui dirigent la paroisse — le curé plus spécialement — et les paroissiens, des rapports, toujours sans doute dominés par un grand respect, mais simples et qui permettent à ces prêtres d'établir des réunions de piété, des conférences, des catéchismes, des ouvroirs pour les pauvres, pour les tabernacles... et qui rendent les paroissiens dociles, assidus, empressés, dévoués.

Il établit, entre les paroissiens^ des rapports d'amitié et de fraternité qui forment entre leurs âmes comme des liens de famille spirituelle, aussi doux et plus forts et plus utiles surtout que les liens de l'amitié humaine. Les compagnes de première

communion, les associées d'une même congrégation, les collaboratrices d'un catéchisme de persévérance, les ouvrières dans une même œuvre, deviennent facilement des sœurs qui, plus tard, dans le monde, se soutiennent et s'entr'aident.

3. L'esprit paroissial s'établit, se développe, se maintient sous l'influence des enseignements de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par une grâce spéciale qui le fait vivre d'une vie surnaturelle.

C'est par l'efïet de cette grâce spéciale que naît dans l'âme des paroissiens :

Dans leurs rapports avec les prêtres : le respect et l'obéissance fondés sur ces paroles : Ecoutez-les : qui les écoute, m'écoute.

Dans leurs rapports mutuels : la charité, le support, la bienveillance, fondés sur ces paroles : Aimei-vou^; les uns les autres. — Ce que vous fere^ au plus petit des miens, c'est à moi que vous le fere:^.

Dans leur conduite privée : la paix, l'amour du travail, fondés sur ces paroles : Apprene^ de moi que je suis doux et humble de cœur.

C'est de cet esprit paroissial que naissent les devoirs dont nous allons parler.

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