I.A CONFIANCE EN DIEU
vous portez à la maison de Dieu. En entrant dans votre grande mosquée, j’ai voulu, comme cela est d’usage chez nous, ôter mes chaussures ; on m’en a empêché. Voilà qui est curieux.
» Ce que j’ai irouvé extraordinaire, c’est que tous vos soldats se ressemblent. On les dirait frères. Les fantassins sont vifs; sur le moindre signe, ils s’alignent comme les grains d’un chapelet ; seulement, pourquoi sont-ils ferrés comme des chevaux? ça doit être bien gênant. Quant aux cavaliers, on les prendrait pour des capitaines — kobtane. »
Les lanciers l’avaient frappé, bien qu’il les trouvât trop serrés dans leurs vêtements.
Un nègre conduisant l’orchestre au théâtre de l’Aleazar, l'avait indigné. Un nègre conduire des blancs ? On lui fit comprendre que ce n’était point un esclave, mais simplement un bon musicien ; cependant, il ne se rendit pas. Les décors, les changements à vue l’étonnaient, il les prenait pour de la sorcellerie. Clieghoul ed-djenoun.
Pressé de s’expliquer sur les femmes qu’il voyait, contrairement à la religion musulmane, se promener le soir, sur la place publique, en grande toilette, le visage découvert, et donnant le bras à des hommes, il se tint sur la plus grande réserve et n’en voulut dire que ceci :
— Partout elles sont les mêmes.
» Leur bonheur est de traîner à terre les longs plis de leurs vêtements ;
» Mais, si elles vous aiment, que de portes elles vous ouvriront ;
» Et, si elles vous détestent, que de dangers elles vous feront courir !
» Prenez garde ! avec un simple fil d’araignée, n Elles bâtiront devant vous un mur de fer. »
Puis il termina en citant ces vers d’un poète de sa nation :
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» Tout le monde m’obéit,
» Comment se fait-il donc que j’obéisse aux femmes,
» Même à celles qui résistent à mes volontés ?
» En face de l'ennemi, nous sommes des hommes de noble race ;
» En leur présence, nous ne sommes plus que des esclaves. »
La veille, assistant à un ballet et trompé par la légèreté du costume de nos danseuses, Aali, s'étant figuré qu’elles étaient toutes nues, se cachait la figure et les yeux avec les mains. On eut toutes les peines du monde le faire revenir de son erreur.
Le musée, le port, les quinconces, le mouvement commercial, l’air affairé des habitants, les types différents qu'il rencontrait, la vivacité des allures, tout se réunissait pour le surprendre, et presque rien n’y réussit. Une chose pourtant parut l’étonner. « Que font donc tous ces individus attablés dans la rue à la porte des cafés? — Ils boivent. — Quoi 1 sans soif, pendant toute la journée? C’est impossible. Dans mon pays, jamais on ne voudra le croire. »
« Et ces beaux carrosses — fiacres — que je vois là tout attelés? est-ce que votre sultan est arrivé? — Non. Ils sont à la disposition de celui qui veut s’en servir et les payer. — Si c'est vrai, c’est bien commode. Il n’y a de force que par Dieu ! La koua ila bdluh. »
« Mais je n’ai vu personne prier? — Chez nous, on prie d’habitude dans sa maison ou dans l’église. — C’est drôle ! Y a-t-il au monde une plus belle mosquée que la voûte des deux? Au surplus, Dieu a créé et séparé, liebbi khelvk ou fenek. »
Sur le musée, Aali émit l’opinion que les peintres, ayant fait des figures humaines sans pouvoir leur donner des âmes,
LA CONFIANCE EN DIEU
se trouveront comptables envers Dieu au jugement dernier.
On sait qu’en Orient peindre un bomme est un sacrilège.
Sur l’activité des passants: « Où va tout ce monde en courant? Est-ce contre les heures que vous vous battez? Pourquoi, cependant? Si celte terre valait seulement l’aile d’un moucheron, nos ancêtres ne nous auraient pas laissé ce précepte si connu :
« Marche, marche, suivant le temps ;
» Et, quand tu es fatigué, repose-toi ;
» L'écrit de Dieu t’arrivera,
• Quand bien même tu le fuirais avec des ailes. »
Le son des cloches l’avait tracassé : « Chez nous, répétait il, c’est avec la voix de la créature qu’on appelle à l'adoration du créateur. »
Aali ne pouvait, en outre, s’habituer à notre excès de curiosité. Faire cercle dans la rue pour une bagatelle, s’y arrêter pour écouter ce que disent les passants, ou se retourner pour admirer quelqu'un ou quelque chose, lui paraissait contraire à la dignité de l’homme.
La sûreté, l’abondance, la continuité des approvisionne- \ •
menls de toute sorte l'avaient cependant surpris. « Tu en verras bien d'autres à Paris, lui disait le juif que j’avais attaché à sa personne, et que, dans son orgueil, il regardait comme son domestique. Mais les poulets qu'on vend n'ont pas le cou coupé! » Cette remarque est à la fois juive et arabe. Les deux lois sont d’accord, en effet, pour proscrire l'usage des victimes dont tout le sang n’est pas sorti.
Ce brave Aali, mort de fatigue en arrivant à Bordeaux, avait refusé de toucher à la viande qu’on lui présentait, dans la crainte que les animaux n’eussent pas été saignés selon sa loi: on avait dû le mener à l'abattoir où le rabbin fait
tuer selon la formule. En s’y rendant, nouvelle histoire ; il était tombé dans un troupeau de cochons : entouré, bousculé, plein d’horreur, il ne l’avait traversé qu’en se sauvant le nez dans la main, et en s’écriant : Ya lathif! ya lathif! (Dieu préserve! Dieu préserve 1) Rassuré un instant après sur l’orthodoxie de la table, il s'abandonnait sans réserve, quoique pourtant avec dignité, à l’hospitalité étrangère, le vin nécessairement excepté, car toute liqueur fermentée et pouvant produire l'ivresse est impitoyablement prohibée par le Koran.
— Tu vas à Paris, lui dis-je enfin ; où logeras-tu? Qui te nourrira? Tu es appelé par des frères; mais lu ne sais pas même où ils demeurent. Comment vas-tu t’en tirer?
Aali se prit alors à rire d’une façon silencieuse, mais ironique et presque empreinte de mépris.
— Comment ! je pars de Fez sans un denier, j’échappe à la bastonnade, à la faim, à la maladie, aux coupeurs de route, aux bêtes féroces, au naufrage. Je craignais tout des chrétiens dont je ne connaissais ni les mœurs ni la langue, et je n’en reçois que du bien. Sois tranquille. Celui qui m'a amené jusqu’ici saura bien, s’il le veut, me rendre le reste facile.
» Au surplus :
» Ce qui est écrit sur le front,
» La main de l’homme ne saurait l’effacer. »
(Li fi djebine.
Ma immahhi houa iddine .)
Tel est l’Arabe vu chez nous ; en voir nn, c’est voir tous les autres.
Pour achever l'histoire, quatre mois après, je reçus, par la voie d’Oran, une lettre de Fez : elle était de notre Arabe. Il
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avait complètement réussi dans son voyage et retrouvé scs frères (coreligionnaires) à Paris , par l’intermédiaire d'un vieux zouave qui savait quelques mots de sa langue. On ne l’avait laissé manquer de rien ; son mal d’yeux était guéri ; il était de retour chez lui, et, ce qui m’étonna le plus, il me remerciait.
Aali terminait en proposant de revenir en France avec un taleb (lettré) renommé de la province de Souss, qui tenait de Dieu le pouvoir de guérir, avec des talismans sans doute, la maladie des démons, c’est-à-dire l’épilepsie, morde d djenoun. Avait-il pris goût à notre pays, ou voulait-il, en amenant un médecin de sa religion, payer avec usure, dans sa pensée , la dette contractée envers la médecine chrétienne? C’est ce que je ne puis décider.
Quoi qu'il en soit, c’était un homme vraiment extraordinaire que celui dont je viens de raconter le passage à Bordeaux. Récits, légendes, chants d’amour, de guerre et de religion, histoire de son pays, détails intimes de mœurs, il savait tout, et pourtant il ne savait ni lire ni écrire. Je présume qu’il appartenait à la catégorie de ces trouvères doués d’une mémoire prodigieuse — gouaJ, — ou de ces improvisateurs déguenillés — meddahh, — si communs encore en pays arabe, et qui, certains d’être bien accueillis, se donnent la mission d’assister à toutes les fêtes, à toutes les réunions, soit pour y célébrer la gloire ou les fnalheurs de la tribu, soit pour y réveiller le fanatisme des populations. On les écoute toujours avec attention, surtout lorsqu’ils mettent les chrétiens en scène, ce qui n'arrive que trop souvent depuis que nous occupons l'Algérie.
Pour caresser l'orgueil national, la plupart du temps nous avons été vaincus et humiliés ; la joie se manifeste alors par de bruyantes acclamations ; mais, quand, avec la meilleure
volonté du monde, on ne peut dissimuler des revers tellement cruels qu'ils sont connus de tous, les figures se rembrunissent et reflètent des pensées sinistres de haine et de vengeance.
Souvent aussi ce sont des chants religieux qui captivent Pâme des assistants.
En voici un que j’ai écrit sous la dictée d’Aali; je le donne comme un spécimen du genre :
Ne nous révoltons pas contre l’ordre de Dieu !
* Durerons-nous un jour, une nuit?
Le bien, le mal, la vie, la mort,
Tout est dans la main de celui qui, seul, connaît les mystères de l'inconnu.
Je n'ai jamais possédé qu'une chèvre,
Personne cependant n’a connu ma misère :
Si le pigeonneau ne piaillait pas dans son nid,
Le serpent n’irait pas l’y dévorer.
Quan I je cours, je cours suivant mes forces ;
Quand je pleure, je pleure avec bonheur,
Et la fatigue vient-elle à m’indiquer que les jours sont las de moi,
le me résigne sans dire un mot.
O mon frère ! sers Dieu : plus tard, tu le trouveras ;
Sa miséricorde est plus vaste que la terre et le ciel réunis.
Qu'emportcras-lu d’ici-bas? Rien.
Vois: le monde n’a gardé aucune trace de ceux qui l’ont dominé; où sont-ils?
Où sont Adam et Noé, qui l'ont habité si longtemps ?
Où est Nemrod? où est Cheddad-benn-Mouad?
C’est comme s'il n'y étaient pas demeurés une heure.
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Après eux, sont venus des rois et des princes très-puissants ;
Ils ont éprouvé le même sort.
Plus tard, la terre a pris une autre figure et s’est montrée à l’envoyé de Dieu (à Mohhammed).
Elle lui a dit: « Regarde moi. »
Mohhammed a répondu : « Va-t’en, éloigne tou ombre de ces lieux;
» Le démon est tou ami, tu ne peux être le mien.
» Jusqu'à la fin des siècles, tu ne seras, aux yeux des adorateurs de Dieu l’unique,
» Qu’un cadavre impur, corps sans Sme,
» Vil festin des chacals et des chiens errants. »
0 mon frère ! ne t’inquiète pas des dettes de ce monde ; Pense aux dettes du jugement dernier.
L'ange interrogateur t’attend sur le seuil de la tombe ;
Il écoutera ce que tu pourras dire avec ta langue déliée ; Tes bonnes actions seront inscrites à droite.
Tes mauvaises actions seront inscrites à gauche ;
Puis l’ordre de Dieu s’accomplira.
L’enfer cric trois fois :
« O toi, qui m’attises pour raviver mes flammes !
» Livre-moi celui qui n’a fait que le mal ;
» Je le brûlerai sans pitié, b Le paradis crie trois fois :
« O loi, qui m’as embelli par tes eaux, par tes fleurs et par tes fruits !
b Accorde-moi celui qui a toujours suivi tes lois,
1 Je lui donnerai pour épouse une de mes liouris. »
Maître des créatures ! n’abandonne pas ton esclave :
Si j’avais consenti à glorifier ce monde,
Les dos se courberaient devant moi ;
J'aurais sur mon corps des vêtements riches,
Devant ma tente, des chevaux nobles, d'un grand prix,
Et bien d'autres choses encore.
Mais ce ne sont point de telles récompenses que j’ambitionne.
Je veux la vie éternelle que toi seul peux donner ;
Qui contracte amitié, doit rechercher le plus puissant ;
Un jour, il pourra dire avec orgueil :
« Mon ami, vous ne le connaissez pas? c'est Dieu. »
MALADIES
Fièvre.
Jaunisse.
Teigne.
Lèpre.
Mal d’yeux.
Mal dégorgé.
Maladie vénérienne. Chancre.
Gale.
Hémorroïdes.
Constipation.
Mal de tête.
Hhemma.
Sou-seffir.
Ferma.
Djedam. Bross.
Mord el aainine.
Mord el guerzi.
Morde el kebir.
llharara.
Djereb.
Bouasser.
Hhasserane.
Oudjaa er-rass.
MALADIES
Toux.
Le bouton de la sueur.
Inflammation.
Suppuration.
Rhumatisme.
Fracture.
Blessure.
Mal de cœur.
Rage.
Molaire gâtée.
Ophthalmie.
Urétrite.
Bubon.
Écrouelles.
Petite vérole.
Rougeole.
Scrofule.
Brûlure.
Dartres.
Rhume de cerveau.
Maladie de poitrine.
Point de côté.
Furoncle.
Taie sur l’œil.
Paralysie du nerf optique.
Bourdonnement d’oreilles; La peste.
Phthisie.
Hernie.
Rétention d'urine.
Mal d’eslouiac.
Abcès.
Saala.
Ilhabb el aareg.
Nefkh.
Ouaai. El guéhh.
El bercl. Errehh.
Heress. Gordd. Tekssir.
Djerhheu.
Oudjaa le galb.
El kleb.
Dersa messououssa.
Morde el aaïnine.
Tesspya.
Oulsiss.
Khenazer.
Djedri.
Bon hhameroun.
El bared.
Ilherka.
llhazaz.
Tezenndikh. Nczla.
El ghomma.
Hou djennb.
Demmala.
Bijada. El byad.
El aama el kohhali.
Zeff.
Hhabouba.
Sell.
El baadj. Fetek.
Hhasserane el boul.
El guerouicha.
Demmala.
LA VIE ARAI1E
Exostoses.
Kheroudj el aadam.
Maladie de foie.
El ghardouf.
Maladie de la rate.
Téhhane.
Mal de ventre. — Colique.
Oudjaa el betonn.
Saignée.
Fessada.
Le vent jaune. — Choléra.
Réhh lessefer.
Un boulon.
Hhabba.
Entorse.
Tefllaaïss.
Inflammation des bourses.
Nefkb el hhadjate.
Avortement.
Sekite. Terahh.
Accouchement.
Oulada. Nefass.
Éléphantiasis.
Koum el yazid.
Un coup de soleil.
Boklele echemss.
Un coup de lune.
Boklete el kemer.
Si le ciel est clair, disent les Arabes, tournez le dos à la pleine lune en vous couchant et couvrez-vous bien la figure et les yeux; autrement, vous attraperiez un coup de lune qui vous occasionnerait des rhumes et de grands maux de ti'te.
Diarrhée. — La peste du ventre. — La course des intestins. — La douleur.
Hhabotibel el kerch. — Bjeri messarine. — El hhelak.
Coup d’air (la maladie des imbéciles).
Dorb er-rehh ( mord echemail).
La bouche du chameau. — Bec de lièvre.
Fûum el djemel.
Épilepsie (maladie des démons).
Morde el djenoune.
Les Arabes n’ont pas de médecins — tebib — qui sachent guérir toutes les maladies : ils n’ont que des spécialistes, et
MALADIES
Dieu sait quels spécialistes! On trouve cependant encore dans les tribus des femmes âgées — adjaïz — qui, connaissant par la tradition et par l’expérience la vertu de quelques plantes ou racines, en tirent souvent bon parti, dans certains cas qu’il serait trop long d’énumérer ici.
Mais les remèdes souverains aux yeux des indigènes, ce sont les amulettes et les talismans — hharoux — que les marabouts et les tolbas, ces grands charlatans, leur fabriquent à prix d'argent. On les enferme dans de petits sachets eu cuir de Maroc — filali — plus ou moins ornés suivant la fortune du croyant, et on les porte au cou, sur la tète, ou sur les bras. Que renferment-ils? des mots et des versets du Koran auxquels la crédulité publique prête des propriétés merveilleuses.
Ce qui précède veut dire que les Arabes, s’imaginant que la plupart de leurs maladies ne reconnaissent pas d'autres causes que des influences surnaturelles, telles que les charmes, les sorts — aain — ou l'action des démons, — djenoun, — comptent sur la Divinité elle-même pour s’en préserver ou s’en guérir.
Lion. Sebaa, Assed.
Lionne. Laboua, Lebiya.
Tout combat contre le lion peut avoir pour devise : « Meurs ou tue ! » Aussi, chez les Arabes, donne-t-on à un homme qui
a tué un lion ce laconique et viril éloge : lui. » Iladak houa.
Sanglier, cochon de la foré!.
Cochon, truie.
Panthère.
« Celui-là, c'est
Hhallouf el ghaba.
Hliallouf, halloufa.
Nemerr.
La panthère se trouve sur toute la surface de l’Algérie. Elle n’habite que les pays couverts, boisés, accidentés et difficiles.
Partout et toujours le lion est un dangereux ennemi dont la rencontre est terrible. La panthère n’est redoutable qu’après une agression. Elle ne se résigne à la lutte que lorsqu’elle ne trouve aucun moyen de retraite.
Hyène.
| üebaa.
L’hyène est un animal dont les mâchoires sont fortes et dangereuses, mais timide et fuyant le grand jour : sa lâcheté est proverbiale.
Elle habite ordinairement des excavations que l’on trouve dans les ravins ou dans les rochers.
Elle ne marche habituellement que la nuit, recherche les charognes, les cadavres, et commet de tels dégâts dans les cimetières, que les Arabes, pour s’en préserver, ont soin d’enterrer profondément leurs morts. Ils ne veulent pas coucher sur la peau d'un animal aussi méprisable.
Chacal.
Renard.
Singe.
Éléphant
Girafe.
Cheval.
Jument.
Dib.
Taaleb.
Chadi. Kerd.
Fil.
Zerafa.
Aaoud. H homme.
Aaouda. Ferrss.
Chevaux.
Chameau, chamelle.
Chameau coureur.