‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 11 sur 157 · I. ES ANCIENS A II A 11 E S · texte numérisé non relu

I. ES ANCIENS A II A 11 E S

vont 1101» apprendre de l'Arabie antique; et, si je n'ai pas la prétention de faire ici une œuvre d’érudit et de critique, j'ai du moins celle de rester un narrateur curieux et aussi lidèle que possible de l’inconnu.

J'entre en matière.

Du temps de leurs aïeux, les Arabes allaient faire leurs dévotions dans un temple situé à la Mecque. Il avait été construit par notre seigneur Abraham, qui lui avait donné le nom de Knaba, et il renfermait la fameuse pierre noire que l’ange Gabriel était censé lui avoir apportée du ciel pour sanctifier la maison de Dieu. Dite Allah. On voyait dans ce présent la preuve que la race arabe était privilégiée entre toutes.

On aimait à la trouver aussi dans cette source miraculeuse que Dieu lit jaillir sous les pieds d'Ismaiil pour*apaiser sa soif quand, par suite de la jalousie tyrannique de Sarali, femme légitime de son père Abraham, il fut chassé et abandonné avec sa mère Agar, Hadjer, dans les environs de la Mecque, qui était alors un lieu complètement désert. Cette source, contenue et aménagée, prit plus lard le nom de Byr Zem-Zem, le puits de Zem-Zem, et, aujourd'hui, nul ne revient encore du pèlerinage sans rapporter dans sa famille au moins un llacon, Zem-Zemiya, de cette eau sacrée. On l'emploiera à purifier le linceul des morts.

La pierre noire, dans le principe, était un rubis, yakoute , mais les péchés des hommes l'ont noircie. Elle a des yeux et une langue, elle voit, elle entend, et, au jour du jugement dernier, elle vendra témoignage pour ceux qui l'auront baisée, contre ceux qui l’auront dédaignée.

Il est curieux de considérer que la représentation de la Divinité par une pierre noire a été de lout temps, en Asie Mineure, admise et reconnue. Elle arriva en Grèce sous le nom de Cybèle; à Rome, sous celui de la Grande Déesse, amenée

en procession par Héliogabalc, empereur et prêtre de ce culte. On l’avait connue dans l’ancienne Lydie, elle avait pénétré en Asie, en Phénicie : Hérodote eu parle, et aussi tout l'Orient grec l’adorait. Qui peut savoir pourquoi des peuples de races différentes et, à certains égards, de même civilisation, représentaient, sous cette forme primitive et presque sacrée, la Divinité ? Pour moi, qui n’ai point à entrer dans le fond d’une question de ce genre, je serais tenté de donner pour origine à ce culte quelque pierre d’aérolitlie devenue bientôt, comme les boucliers de .\uma,des emblèmes mêmes de la Divinité.

Suivant certaines traditions, la Kaaba existait mille ans avant le premier homme ; les anges et les démons y allaient en pèlerinage, et, quand Adam fut chassé du paradis, c’est devant la Kaaba qu'il s’arrêta.

Pendant longtemps, on y adora le vrai Dieu, le Dieu unique, proclamé par Abraham ; plus tard, ce culte pur fut remplacé par une idolâtrie confuse, et une grande diversité de religions et de superstitions régnait dans les familles, dans les tribus qui constituaient le peuple arabe et en faisaient une espèce de république composée de fiefs héréditaires.

Un certain nombre d'entre elles, nous citerons les llabêaa, les llhossane et les Kodflaa, professaient la religion chrétienne.

La religion juive était suivie à Houmayr par les lteni- Kenanate, les /I eni-Hared, les Beni-Kaab et Koudate.

Les Tamime pratiquaient la religion dite Madjouciya. ils se prosternaient devant les arbres et le feu.

C’est chez eux que vivait Alaay, fils de Zérara-ben-

douss, qui épousa sa propre fille.

Une sorte de polythéisme, connu sous le nom de Zendaka ,

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avait fait invasion chrz les Koraïche. Cette tribu, à laquelle appartient Mohhammcd, était, par son habitation sur le territoire de la Mecque, par la possession de la Kaaha et par les fonctions sacrées qui lui étaient dévolues, désignée aux. respects et aussi aux jalousies des autres tribus.

La religion la plus répandue sous diverses formes était l'idolâtrie. On adorait des plantes, des animaux, le cheval, le chameau, le palmier, etc., etc.

Au nombre des tribus idolâtres, se trouvaient les Beni- Khelifa, qui avaient pris ce culte des Aamelek. I n nommé Ben-Yahya la- leur avait apportée de Syrie, où ils voyageaient. Ils pensaient que les idoles pouvaient leur donner de l’eau, quand ils en avaient besoin, et c’est à elles qu’ils s'adressaient dans toutes les circonstances de la vie.

Les premiers adorateurs des pierres furent les Beni- Smaïl — Ismaël. Voici comment:

Forcés de quitter les environs de la Mecque, il se dispersèrent en emportant chacun une pierre du Hharam. Dans le principe, leur intention ne fut que de continuer un honneur traditionnel rendu à ce temple, rappelé par les pierres qu’ils déposaient là où ils s’établissaient et autour desquelles ils pratiquaient des cérémonies religieuses. Ces cérémonies se transformèrent plus tard en une adoration véritable, de sorte qu'après plusieurs générations, les enseignements des ancêtres furent complètement oubliés et que les Beni-Sinaîl n’eurent pins pour toute Divinité que des statues.

Les Koraïche se donnèrent aussi une idole et l’érigèrent auprès d’un puits, au centre de la Kaaha. Elle se nommait Habel. Puis deux autres, Assaf et Na'ila lui furent adjointes et placées auprès du Byr Zem-Zem.

Assaf était un homme, et Nniln une femme ; ils avaient

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souillé In Kaaha du spectacle de leurs amours impurs et avaient été changés en pierre.

Les Bcni-Kenanale possédaient également une idole, El Aima, que conservaient les Beni-Chibane.

Les Toukuu habitaient El Taye : ils adoraient El Lata, qui était placé chez les Beni-Mouyuite. — A côté d’eux , d'autres tribus vénéraient la lune et les étoiles.

Manate était le nom de l'idole honorée par les Aouss et les Khezrodj.

On le voit, l’idolâtrie était partout chez les Arabes; leur superstition était telle, qu’ils n’entreprenaient jamais un voyage sans consulter leur idole et qu’au retour, avant’de revoir leur famille, ils s’empressaient encore à lui rendre hommage.

J'ai dit l'origine qu’on assigne aux idoles des Beni-Smnïl et des Koraïche; les traditions variaient pour les autres.

Voici les légendes les plus répandues : on prétend que les enfants d'Adam se nommaient Yakoute, Ydouk et A ’csrane ; ils étaient religieux, adoraient le vrai Dieu, Dieu l'unique. Un des trois frères mourut, les deux autres portèrent son deuil. Le démon, voyant leur douleur, vint les trouver et leur persuada de mettre dans lu temple l'effigie de celui qu’ils pleuraient. Ils suivirent son conseil.

Un second frère étant venu â mourir, son efligie, exécutée eu cuivre et en plomb, fut également placée dans le temple, ainsi que celle du troisième frère lorsqu'il trépassa. L’exemple fut imité. C’est ainsi que, le démon ayant détourné* l’esprit des hommes du culte de Dieu, ils perdirent peu à peu les traces de la vraie religion.

Les hommes adorèrent donc les représentations de leurs aïeux jusqu'à SUl-na Noltheu, notre seigneur Noé, qui s’efforça vainement de les faire renoncer à celte coutume. Le

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déluge vint ; il détruisit les idolâtres et enfouit les idoles sous la terre ; ruais le démon les déterra et les fit encore accepter par les peuples nouveaux.

Une autre version assigne pour origine à l’idolâtrie l'amour des populations pour Yakoutf , Yaouk, Nesrane, Omltlt’iUi et Souaane, gens de bien qui ont vécu dans la période comprise entre Adam et Noé.

Conseillées par le démon et mues par le désir de conserver l'image de ces hommes afin de mieux rappeler leurs préceptes, elles en auraient d'abord dressé l'effigie; puis serait venue une génération ignorante qui, tout en maintenant des noms vénérés, aurait fait des dieux de ces vains simulacres.

Yakoute était représenté sous la forme d'un lion; Yaouk, sous celle d’une jument ; Nesrane, sous la forme d'un aigle; Ouddenn, sous celle d'un homme, et Souaane, sous celle d’une femme. Le culte des idoles serait donc né du regret des vivants pour les morts.

Il faut qu'il y ail du vrai dans cette assertion. Salomon a dit dans le livre de la Sagesse :

« Un père affligé de la mort prématurée de son fils, fit faire l’image de celui qui lui avait été ravi sitôt, et il commença h adorer, comme sou dieu, celui qui, comme homme, venait de mourir; il lui établit, parmi ses serviteurs, un culte et des sacrifices.

» Avec le temps et l’habitude, cette erreur se changea en loi, et l'ordre des princes fit adorer des morceaux île bois sculptés.

» Et pour ceux qui étaient bien loin cl absents, et qui manquaient à l'affection des proches, on en fit des portraits qu'on honora comme la personne même.

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» Et le peuple ignorant, séduit par la beauté des sculptures, fit vite un dieu du portrait d’un homme honoré. »

Maintenant, Salomon a-t-il emprunté cette idée aux Arabes, les Arabes l’ont-ils prise de lui, ou bien encore est-elle commune à tous les peuples de ce temps-là ? C'est là une question importante que je me déclare hors d’état de résoudre.

Quoi qu’il en soit, la Kaaba, cet oratoire d’Abralmui et d’Ismaël, en était venue à recevoir dans son sein trois cent soixante idoles dont les traditions étaient chères à tous les Arabes. Ils en avaient fait un lieu de pèlerinage remarquable par son luxe, par ses richesses, et tous professaient un profond respect pour ce lieu sacré.

Mohhammed conserva ce pèlerinage et ce fut un coup de génie. Créateur d’une religion nouvelle, il se donnait ainsi l’avantage de la tradition, l'autorité du passé, et le concours des populations elles-mêmes , dont il paraissait maintenir les usages. Mais il changea tout et agrandit tout. La Mecque, avant lui, réunissait les seules tribus de la péninsule arabique : elles y venaient plus pour le commerce que pour la religion, et plus pour la religion que pour la politique; une sorte de fêle fédérale en l'honneur des dieux locaux de chaque peuplade, quatre mois de trêve aux guerres civiles pour laisser à la foire commune le temps et le moyen de se tenir ; puis chacun s’en allait, et rien de général ne sortait de cette assemblée qui, composée de tribus trop éloignées les unes des autres, bien qu’avec le même genre de vie, ne. donnait pas le résultat politique atteint ailleurs par des fêtes pareilles chez les Latins et chez les Grecs. L’idée commune et l'intérêt commun manquaient à la fois aux Arabes. Dans le grossier panthéon des idoles rassemblées à la Kaaba, aucune divinité ne dominait les autres ; ainsi la force rcli-

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gicuso «'•tait perdue, détruite par des demi-forces égales. Les «lieux particuliers «le chaque fraction de territoire avec ceux «les étrangers voisins étaient confondus dans ce temple: pierre noire, divinités phéniciennes et chananéennes, importation du commerce étranger arrivé de Sidon par les Amalécites, — Hobal, Laie, etc., etc., — probablement aussi quelques idoles égyptiennes ou nubiennes qu'amenaient la proximité d’Adulis cl d’Axoum, de l’autre côté de la mer Itouge, et enfin, formant la part de l’élément véritablement sémitique, le Die» d’Abrabam unique et jaloux. De ce polythéisme de la Kaaba, Mohhammcd lit l’unité de la foi musulmane ; d’une réunion de <|uclquc$ tribus exclusivement arabes, le point central et permanent des idées, des lois et «les croyances d’une foule de nations différentes de langues et de races ; d’une habitude des populations, le fondement «le sa religion même, et, si je puis parler ainsi, l’appareil vital du mahométisme. — On n’a peut-être pas assez, en Europe, remarqué comment vit et respire le monde de l'islam. Pendant que nos États occidentaux, chacun avec su capitale, ses coutumes, scs codes, sa constitution sociale, s’administrent eux-mêmes cl «[lie le jeu des institutions se développe en dedans des frontières, ayant chacun pour centre sa capitale, tous les États musulmans n'ont ensemble qu'une capitale d'où tout part et où tout revient, et elle est placée de telle sorte, qu’elle parait, étant commune à tons, n’appartenir exclusivement à personne. A travers les hordes «le Turkomans, les déserts des Touaregs, les mœurs «>l les coutumes de la Perse, peuple de race indo-européenne, l'empire dcsTures, peuple de race mongole et tartare, les Berbères, les Nègres, les Chinois et les Arabes de Tunis, «le Tripoli, d’Algérie et du Maroc, à travers des nations de climats, langues, caractères et degrés de civilisation inégaux, la

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