‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 12 sur 157 · I. A VIE AIIABF · texte numérisé non relu

I. A VIE AIIABF

circulation de l’idée musulmane s’accomplit à la fois pour tous comme le sang parti du cœur 5 revient pour s’en éloigner encore. La Mecque est donc le cœur de l’islamisme, et le pèlerinage à la Mecque, exécuté chaque année par des milliers de (idoles venus des quatre coins du monde mahoinétan, est le mouvement artériel qui le fait vivre. C’est pourquoi, un le conservant et eu l'étendant, le Prophète créa vraiment son empire. Tout croyant, pour être sauvé, doit venir à la Kaahaau moins une fois en sa vie ; c’est son premier devoir après celui de la guerre sainte. Les femmes, auxquelles la loi défend pourtant les voyages, doivent se rendre aussi il la Mecque si elles le peuvent. Les mosquées dans les villes, les zuouyas dans les tribus, chacune déposisilaire d’une copie du Koran, de ce )i\re d’où proviennent la loi et la constitution politique, fournissent eu grand nombre des aaoulamas, des tolhas et des cheikh qui vont entendre la lecture du texte original, que la Kuaba doit posséder jusqu’à la lin des siècles. On sait que c'est un point capital dans la religion tic ne traduire le Koran dans aucune langue : ainsi. Turcs, Persans, ludicns-maboinétans, Kabyles, royaumes Nègres, qui ont chacun leur idiome et leur littérature nationale, 11e peuvent avoir qu’eu arabe le texte primitif de leurs lois eiiiles et administratives, ainsi que les formules de leurs prières. Dieu — Allah — est Arabe, et tout musulman doit d'abord l'être avant toute nationalité. La nécessité de ne pas traduire, de n'altérer en rien le texte écrit dans une langue, d’ailleurs très-difficile, fait de la Mecque un concile permanent de fidèles, une académie de législation, de littérature et de théologie, et, par une suite naturelle d’idées, une assemblée toujours ouverte aux questions de politique et de guerre contre les chrétiens. L’est dans ces assises de la foi musulmane que le fanatisme se consulte, se juge, se

LES ANCIENS VftAltES

compte, s’examine et s’interprète lui-même chaque année. Ainsi, pour le fidèle en particulier, le voyage de la Mecque est une condition «lu salut éternel; pour le marabout, une affirmation de son origine religieuse ; pour le guerrier chef de tribu, la consécration morale de sa noblesse et de son pouvoir. Voilà le point vers lequel se tournent tous les regards, d'où partent tous les mots d’ordre, d’où s’élance pour aller partout l’idée musulmane, politique, religieuse, littéraire et ci- \ ile : c’est le cœur et le cerveau de l’islamisme.

Maintenant, je vais reproduire les diverses croyances «les Arabes sur l'âme et ses destinées après la mort.

Quand un Arabe perdait la vie, on plaçait sa chamelle préférée à côté de lui : elle devait y mourir de faim et Ici servir de monture dans l’autre monde.

Suivant les uns, l’âme résidait dans le sang ; suivant les autres, dans la respiration de l'homme ; les premiers trou- \ nient la preuve de leur opinion dans ce fait que le cadavre ne contient pas de sang, taudis qu’il y en a dans l’homme vivant, et que la chaleur et la moiteur disparaissent du corps de l’homme mort, qui devient alors sec et froid.

Les seconds assuraient que l’âme était un oiseau qui abandonnait le corps de l'homme au moment où il expire.

Ces opinions, entre lesquels a flotté l’antiquité entière, ont laissé des traces partout. Dans les langues sémitiques, l’âme et le sang veulent dire l’âme et le souffle : il en est ainsi en hébreu. Dans les langues indo-européennes , les mêmes mots expriment la même idée. Je rappellerai sur cette question le onzième chant de {'Odyssée montrant Ulysse descendu chez les Ombres, dont aucune ne peut le voir ni lui parler avant d’avoir bu le sang des victimes. Dans l’incantation, il voit sa vieille mère, lui parle, l'appelle ; elle ne le reconnaît ni ne l’entend qif après qu'elle a bu.

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