LA Z Y A R A
La zynra est la visite que les Arabes des tribus rendent au tombeau du saint qu'elles vénèrent, qui possède leur confiance, et dont ils se sont déclarés les serviteurs — khettdam. — Ils tiennent à honneur de faire des cadeaux à la zaouya où il est enterré. Ils lui apportent, ou les frères des congrégations religieuses — khouane — vont chercher chez eux, de l'huile, de la cire, du beurre, du miel, de l’orge, des raisins secs, des pains de figues, des poules, des œufs, des moutons, des chèvres et quelquefois de l’argent. Ces provisions, sans cesse renouvelées, servent à défrayer, à nourrir et à soulager tous les étrangers qui viennent y demander l'hospitalité. Dieu sait s’ils sont nombreux !
441 LA VIE AKAtlE
La zyara a, d’ordinaire, lieu une fois par an : à l’époque déterminée, les visiteurs puissants ou faibles, riches ou pauvres, malades ou bien portants qui veulent l’accomplir, sont accompagnés de toute leur famille, hommes, femmes, enfants, esclaves, etc., etc.
La marche est ouverte par les bannières de la zaouya au milieu desquelles est porté l’étendard vert du Prophète : la hampe en est très-haute, dominée par trois grosses boules en argent et terminée par un large croissant, signe de la lumière de l'islamisme.
Puis viennent les drapeaux aux couleurs de la tribu. Derrière eux se trouve d’ordinaire une musique composée de tambourins et de hautbois — Uboul-ghaïta, — quelquefois de cymbales retentissantes. Dans ce cas, le cymbalier est toujours un jeune nègre, le plus beau et le plus luisant qu’on a pu trouver ; il est splendidement habillé et placé sur un magnifique cheval blanc, conduit au moyen de deux longues rênes tenues, à droite et à gauche, par deux autres vigoureux cavaliers, montés sur des chevaux entièrement noirs.
Enfin, paraissent les guerriers et les chefs de la tribu ; ils sont suivis par la caravane en habits de fête. Les chevaux sont richement harnachés ; les palanquins des femmes ont revêtu leurs étoffes les plus voyantes, les plus somptueuses ; les bêtes de somme elles-mêmes, notamment les chamelles, sont parées avec soin. Le cortège entonne de temps en temps des chants religieux ou guerriers, et, sur tout son parcours, il ne manque jamais d'indiquer aux populations voisines, par des coups de fusil étourdissants, que le moment de sc joindre à lui est venu. De celte manière on augmente considérablement le nombre des pèlerins qui vont se trouver réunis à la zaouya. Ce spectacle ne manque ni de grandeur