‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 115 sur 157 · SI · texte numérisé non relu

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Le repas est terminé : les divertissements commencent. On voit alors des musiciens venus quelquefois de très-loin, des chanteurs et des conteurs résidant dans la tribu ou de passage, des danseurs môme — zefjfane — faire de la musique, chanter, raconter ou danser avec un yatagan dans chaque main, en passant successivement devant les invités. Ce spectacle, plein de verve et d’entrain, est vraiment trèscurieux. Pendant que la soirée s’écoule ainsi, l’hôte va de l’un il l’autre, s’ingéniant à trouver un mot gracieux pour chacun, veillant h ce que personne ne manque de rien.

Minuit — nouss el lill — arrive : c’est à cette heure qu'a lieu la partie la plus sérieuse de la fête. Un homme (il y en a qui font ce métier) doué d’une voix retentissante, d’une parole agréable, vient se placer devant le groupe des personnes les plus considérables, et, là, sur un tapis qu'on étend à ses pieds, les invités vont tour à tour déposer leur offrande. Elle est d’ordinaire proportionnée à la fortune qu’on possède, à l’importance du malheur à réparer, au plus ou moins de sympathie qu'on éprouve pour l’homme qui est dans la peine, comme aussi à la valeur du cadeau que ce dernier, dans des circonstances identiques, a peut-être fait lui-méme autrefois à celui qui vient aujourd'hui le secourir. Un en a d’autant mieux gardé le souvenir, que l'usage force à donner au moins autant qu'on a pu recevoir ; le contraire serait sévèrement blâmé%par tout le monde. Pour opérer cette restitution moralement obligatoire, il n’est pas rare de voir contracter des emprunts.

Le crieur public — berrahh, — à chaque présent, riche ou chétif, qu’on lui remet, proclame de toute la force de scs poumons et de manière à être également entendu par les femmes reléguées dans un lieu réservé, qu'un tel, fils d’un tel, a donné tant de boudjous ou tant de douros (pièces de

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2 francs et de 5 francs'. Alors, suivant que le nom est plus ou moins sympathique, les assistants se communiquent leurs réflexions, et les femmes font connaître par leurs cris perçants et répétés toute la joie qu’elles éprouvent en voyant ainsi venir en aide au guerrier qui, dans les vicissitudes, les a plus d’une fois protégées.

Dans ees sortes de luttes, il n'est pas sans précédents d'entendre le beirahh exagérer à plaisir le chiffre des offrandes; cela flatte l’amour-propre et fait naître des rivalités qui tournent au profit du maître de la fête. On est sous les yeux de la foule, chacun veut paraître plus généreux que son voisin.

Quand ces enchères et ces surenchères se produisent, les cris des femmes deviennent plus retentissants. Les chefs encouragent les assistants, s'animent à leur tour, c’est une frénésie, mais la frénésie du bien. Depuis que le numéraire s’est répandu davantage, c'est-à-dire à partir de l’arrivée des Français, on a vu des offrandes atteindre le chiffre de 50 douros, 230 francs , et l’on en cite quelques-unes de 100 douros, 500 francs.

On touche au point du jour — fedjer , — la fête va finir. Un peu avant ce moment, on apporte au haii ou à 1 ’aglia tout ce qu’elle a pu produire; l’argent est compté en présence des gens les plus honorables, et il est immédiatement remis au brave que l’on vient tirer d’embarras. Celui-ci prend la somme qui lui revient, se couvre de ses dépenses, paye ses créanciers, offre ses remerclments, et garde le reste. Viennent ensuite les assurances, les protestations d'un dévouement réciproques et voilà comment se termine cette nuit qui a été une occasion de plaisir pour la tribu, pour ses alliés, tout eu mettant un terme à l'infortune d’un frère affligé.

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