I.A VIE ARABE
Plaines faciles, ravins escarpés,
Déserts, montagnes, il les a parcourus:
Chaque jour, il change sa maison — bivac ;
Il marche et se repose en masse.
Les Français voient leurs rangs s’accroître D'un grand nombre d’Arabes renégats,
Leurs armées se fortifient, les nôtres diminuent.
Nous ne pouvons plus continuer la lutte.
D’heure en heure, ils gagnent du terrain :
Le Dieu de forts leur donne la victoire ;
Nous en avons perdu le sens et le conseil.
Sultan, laisse-nous libres de faire ce qui convient.
Ils nous mangent si nous allons à toi,
Tu nous manges si nous allons à eux.
Nous ne savons plus où sont nos âmes ;
Est-il une plus horrible maladie?
Il ne nous appartient pas de te faire des reproches :
Ce qui est écrit est écrit ;
Mais, au nom de Dieu, sultan, prends pitié de nos misères. Et ne va pas détruire ta réputation.
Vois l’état des musulmans :
Leurs familles sont décimées,
Leurs chevaux sont épuisés,
Et le riche est aujourd’hui sans pain.
La poudre a mangé tous nos braves :
Ils sont au paradis, c’est vrai ;
Mais que veux-tu, sultan !
Personne ne peut braver la volonté divine.
LA MAAOl'NA
Quelle chose possible avons-nous négligé rie faire? Quel jour avons-nous refusé le combat?
Nous l’avons soutenu de notre sang,
Nous t’avons donné nos enfants sans jamais murmurer.
Ils ne te font donc pas pitié,
Ces vieillards, ces femmes et ces enfants,
Et toutes ces créatures souffrantes
Qui n’ont trouvé nul chemin pour se sauver ?
Nous sommes pris entre la pierre et la batterie :
Toutes nos richesses sc sont évanouies.
Nous n’avons plus rien à te sacrifier ;
Il faut nous résigner.
Le sabre est arrivé jusqu'à l'os :
Nous avons subi toutes les iniquités du monde. Heureux ceux qui reposent sous la terre,
Ils ne voient plus les roumis aux jambes rouges!
O notre seigneur, ô notre ami !
Compatis à notre sort.
Éloigne-toi, ne t'occupe plus de nous,
Qu nous compterons ensemble au dernier jour.
Nous ne te baissons pas, sultan I Nous prions Dieu qu’il te conserve;
Toute chose de travers se redressera,
Et l’ancien temps reviendra.
Ne dis pas : « Ils deviendront infidèles ; »
Nous ne ferons que respecter un voisin,
L’heure du chrétien est arrivée ;
Elle passera, et nous t’obéirons comme autrefois.
La fortune trompeuse a pour coutume De faire luire des jours tantôt heureux eltantôt malheureux, Aujourd'hui l’on pleure une défaite, et demain on chante une victoire.
C’est ainsi que le Créateur l’a voulu.
O mon Dieu, par le lvoran,
Par les anges, par les savants,
Et par les habitants du paradis,
Rendez la victoire aux musulmans !
Brisez la fortune des infidèles ;
Qu'ils soient chassés, qu’ils partent Avilis par les coups des guerriers de la foi.
Nos contrées se repeupleront et les créatures vous béniront.
Mille saluts aux Arabes qui patientent,
A ceux qui sont morts pour la religion,
A ceux qui veulent une revanche,
Et qui continueront un jour la gloire de leurs ancêtres.
Mille prières sur le Prophète,
Sur ses compagnons, sur ses amis.
Et sur les chefs de la loi,
Autant de fois salut que la poudre a tonné.
Certes, comme il arrive presque toujours en pareille occurence, les critiques les plus amères n’ont pas manqué au système de guerre inauguré, en 1841, par le maréchal, duc d'isly ; mais les Arabes, ainsi qu’on l’a vu plus haut, en ont immédiatement compris la portée, et les vaincus ont pris soin de rédiger eux-mêmes, le bulletin de nos succès. Ce
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